‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 126 sur 348 · RESPECT · texte numérisé non relu

RESPECT

voDS qne tont vous applaudisse , et que tous n'y ayez pas vos censeurs , comme vos panégyristes i Ici vous êtes liomme essentiel, ami généreux, homme de guerre supérieur aux autres , courtisan sincère et désintéressé, esprit orné et élevé, femme sans rcproclie et exempte même de soupçon : li on vous accuse de perfidie , on vous taxe de mauvaise foi, on avilit l’éclat et le mérite de vos talents et de vos services , on vous rauge parmi les esprits vulgaires, on vous prêle des atlacliements secrets, et des faiblesses indignes de votre gloire. Essayez de toutes les situations, et voyez si vous pourrez jamais parvenir i mettre tous les hommes dans les intérêts de votre réputation et de votre conduite. Moïse vengeant la cause d'un Israélite opprimé, contre la violence d’un Egyptien, n’est pas à couvert de la censure de ses frères. Moïse vengeant la gloire du Seigneur sur ses frères mêmes , en exterminanl les murmurateurs, n’est pas plus heureux dans leur esprit, et n’évite pas leurs reproches. Moïse retiré pendant quarante jours sur la montagne , préférant les saintes douceurs de sa solitude , et les communications inefiables avec son Dieu, à la conduite des tribus , et au vain édat du gouvernement et de l’autorité, est, dans les discours publics de toute l’aimée , un séducteur , qui après avoir trompé le peuple en l’engageant dans le désert , a disparu pour se dérober au cliàtiment que méritoit son imposture. Moïse au milieu de ce même peuple , conduisant les tribus, et exerçant le ministère dont le Seigneur l’avoit cliargé, est un ambitieux qui aime le gouvernement, et qui usurpe seul une autorité qu’il devroit partager avec Aarou son frère. Le zèle, l’indulgence; la vie commune, la retraite; la fuite des grandes places, les grandes places elles-mêmes; tout trouve des censeurs. Faites convenir , si vous le pouvez, tous les hommes sur votre sujet, et alors on vous permettra , i la bonne heure , de vous faire de la vanité de leurs opiuions la règle de votre conduite. Vous déplaisez toujours aux uns par les mêmes endroits par où vous avez su plaire aux autres . Les hommes ne sauraient convenir, parce que les passions sont la règle de lenrs jugements, et que les passions ne sont pas les mêmes dans tous les hommes.

Or , nion cher Auditeur , puisque dans aucune circonstance de votre vie , vous ne sauriez éviter la bizarrerie des jugements humains , pourquoi la craindriez-vous dans la piété seulement? Que vous arrivera-t-il lors(|ue vous voua serez déclaré pour Jésus-Christ? ce qui vous arrive tous les jours dans vos entreprises temporelles; cliacun s’érigera en juge de cette nouveiie démarclie ;

HUMAIN. aSS

clucun croira être en droit de vous prescrire loin de vous des règles de son goilt , et de vous donner des avis de sa façon ; vous aurez des apologistes, et vous aurez descenseurs. Or, si cet inconvénient ne vous arrête pas dans les affaires de la terre , faut-il qu’il vous détourne de la grande affaire du salut? et êtes-vous sage de n’oser voiu sauver par la crainte d'un mal , que vous ne sauriez éviter même en ne vous sauvant pas ? Ah I regardez plutêt la contradiction des langues, et la diversité bizarre des jugements humains , comme une suite des ordres étemels de la sagesse divine , laquelle peraiet t|ue le monde soit toujours cette Babel insensée, où chacun parle un langage différent, afin que la foi de ses serviteurs s’inslruhe dans celle confusion, y découvre le peu de solidité des opinions et des censures humaines , et apprenne à ne pas craindre ce que le monde lui-même nous apprend à mépriser.

Mais je vais plus loin, et je dis: Quand même en prenant le parti de la vertu , voas auriez fait du monde entier le censeur de votre conduite: ehl qu’importent, mes Frères, les jugements des liommes i celui qui a su mettre son Dieu dans ses intérêts? Est-ce pour le monde que vous trataillez à votre salut ? si vous périssez , i’iiomnie vous sauvera-t-il? et si le Seigneur vous justifie, qui osera vous condamner ? cliacun ne (wrtera-l-il pas son propre fardeau devant la majesté terrible de celui qui reprendra le monde de l’injustice de ses jugements, et qui jugera ceux qui jugent la terre? Craignez donc les jugements de Dieu, mon clier Auditeur, parce qu’ils doivent décider de votre éternité; nuiis pour les hommes, ne daignez |>as même savoir ce qu’ils peiisent de vous. Eh ! qu'a de commmi leur estime, ou leur mépris, avec votre desliuée éternelle ?

Mais non, je me trompe; leurs mépris et leurs censures sont toujours la récompense de la vertu , et le présage le plus certain de notre salut : et par conséquent , si voU'e cliaugemenl de vie avoit pu mériter les applaudissements d’un certain monde, vous devriez vous défier d’une démarclie qui aurait pu lui plaire. Une vertu du goût des pécheurs me seroit suspecte; l’œuvre de Dieu approuvée des hommes me feroit craindre qu’il n’y eût encore quelque cliose d'humain ; je tremblerois pour un diangement qui n'auroit pascliangé ce monde réprouvé à votre égard; il y aurait toujours lieu d’appréhender qu’il ne restât encore entre vous et lui quelque conformité seaèle (car d’ordinaire il ne sauroit goûter que ce qui lui ressemble), et que Jésus-Clirist ne condamnât en vous ce que le monde y approuve encore. Mais si vous êtes asseg

MARDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE

beureax poar mériter ws ceixares, je votu le die de la part de Dieu, ne craignez rien ; le méprii do bominea vous répond de l’approbation du del ; vont appartenez à Jésua-Christ dè« là qne le monde vous réprouve.

En elTet, mo Frira, le Juste ici-bu ressemble i ce feu sacré que les J iiifs , de retour de la captivité, retrouvèrent caché dans la entrailla de la terre. Il ne leur parut d'abord, dit l’Ecritore, qu’une eau épaisse et boueuse ; Ifon tnveaerunf tpaem, led aquam crasiamf(2. Macr., i , 20) ; mais i peine le soleil , vainqueur do nuaga qui le eaclioient alors, eut lancé dessus quelqua traits de sa chaleur et de sa lumière, qu’on vit i l’instant ce feu divin se rallumer , et briller d’un écUt si extraordinaire et si nouveau , que la spectateurs ébiouis en lurent saisis d’admiration et de surprise ; Uiipie iemptu affuH qui sol refulsit , qvi priùs eral i* nubilo, aceensvs est ignis magma , éln utornaa mirorrntiir. (2. Mach., 22.) Telle est la condition do Juste en cette vie : le feu sacré qu’il porte caché dans son cœur est couvert sons de vila apparenca; au le regarde comme une boue méprisable qui n’at propre qu’à être foulée aux pieds, parce que c’est ici le temps de sa captivité, et que Jésus-Christ, le soleil de l’éternité , at encore caché pour lui dans un triste nuage. Mais quand nue fois le Dis de l’homme paroissant du luiut da airs sur une nuée de gloire, vainqueur de sa ennemis , et ayant à sa pieds la nations assembléa, aura laturf sur ce Juste quelqua traits de sa lumière et de sa majesté; alors on verra ce feu caché sons ta apparenca d’une vile boue se rallumer ; cei homme si obscur , si méprisé, se démêler de la foule, tuilier d’un éclat nouvau, s’élever dans la airs , environné de gloire et d'immortalité; et offrir aux amateurs du monde nn spectacle d’autant plus étonnant, qu’il ajoutera i leur surprise le désapoir affreux d’une destinée bien différente : Utgue lempus affait quù sol refulsit, qui priùs eral in nuMIo, aeceusus est ignis mapims, lia ttl omnes Mirarrntur. Foibla homma ! que va discours [laroissent méprisabla è une aine qui peut se consoler dans cette espérance!

Aussi, ma Frèra, ai la timidité du rapect humain est insensée en elle-même, elle l’est encore plus dans touta la circonstanca qui l’accompagnent. Ecoutez-en la preuva , mon cher Auditeur ; et premièrement, si vous èta désabusé do monde, jusqu’à souhaiter mille fois chaque jour de rompre avec loi , pourquoi comptez-vous encore pour quelque ciiose sa jugements ? si après l’avoir bien connu, vous le trouvez digne d’un pro-

fond mépris, pourquoi vonlez-vous encore être approuvé de ce qui vous pardt si indigne de Tétre ?

D’ailleurs ne pourroit-on pas vons dire, à voiu surtout ; Vous avez jusqu’ici joui si injustement de l’atime da homma ; vous èta un abîme de misère et de corruption aux yeux de Dieu); vous seul savez jusqu’où la mesure de va foibiessa et de va erima est montée en sa présence, et de ces foibleasa qui , exposéa aux regards publia , vous anroient couvert d’un opprobre et d’une ignominie étemelle : cependant le monde vous a loué, knaque vous roardiiez dans sa voia ; il a donné à de vaia talents de vaina lonanga : vous ava passé pour généreux , fidèle, modéré, sage, désintéressé , équitable : touta ca vertus , sans la piété, étoient de faussa vertus, vous le savez; |dns faussa encore dans votre crrur par la soins qne voa ava pris de dértdier aux yeux da homma va vica vérilabla ; eh! ne faut-il pas que Dieu soit vengé ? qne vous rentria dans l’ordre de la vérité et de lajustiee; que vous souffriaque le monde refuse injustement à votre vertu, la lonanga qn’il avoit autrefois injustement donnétt à vas vica, et qne vons réparia par une humiliation légère , l’injustice de la gloire et de reatime que vous avez si long-temps nsurpéa? Juga vonsinème si cette compensation n’at pas équitable.

Ce n’at pa tout encore; ar enfin pourquoi craindria-voa, dans la voia dn salut, ce qne vousn’ava pas craintautrefois dans celle du crime? Vous IM comptia pour rien la discours da liomma, lorsque vous vons livriaàda excès honteux? Quoi ! va passions n’ont pas craint la censure pubiiqne , et votre pénitence seroit plus timide? vous ne vous èta pu ménagé pour le ^isir , vous vous ménageriez pour le salut? Vous disia tant autrefois, au milieu de va joia insenséa, pour vous aima sur la discours publia , qn’il fout laissa parla le monde; et cela dans le temps que vous l’abnia le pla , et que vous en suivia avec plus de goût la maxima ; sa jugements seroient-ils devenus d’un plus grand poids pour vous , depuis qne vous ara résolu de l’abandonna ? et ne commenceria-vous à le craindre que depuis que vous Commença à le méprisa ?

Ah ! c’at donc pour le Seigneur tout seul qu’on at timide, ma Frèra : le crime va la tète levée ; 1a vertu rougit et se cache ; le crime, cet enhnt de ténèbra, ne craint pu la lumière; la vertu, ce fruit de la lumière, cberdM la ténèbra, et n’ose se montra. Hérode, à la bce de la Palestine, déatiooore son nom et son rang pa la honte d’une passion incatoense; Jézabel, cette princesse si chargée de crioia, choisit un jour solennel pour se

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