PRODIGUE
avoit été de mettre comme un abîme entre lui et la grâce, par les ténèbres qii’elte avoit rétiandnes sur son esprit , par un dégoût affreux des choses do ciel , par l’asservissenient des sens à l’empire delà volupté ; f’erejrê profecius est tii regiouem Imginquam. Or, la première démarclie de sa pénitence éloigne tous ces obstacles.
Premièrement , elle lui ouvre les yeux sur l’état honteux où la pa.<sion l’arnit réduit ; elle le fait rentrer en lui-même : In u oalem menus. Le ch.irme qui le fascinoit lomite tout d’un coup; il est effrayé de .se retrouver loi même tel qu’il est , couvert d’opprobre , confondu avec les plus vils animaux, partageant avec eux leurs plaisirs et leur nourriture : ah ! c’est alors que toutes les idées fausses et flatteuses sous lesquelles il s'étoit jusque-là représenté la pa.ssion s’évanouissent. Cette prétendue constance , celte Iwnlé de ctmr , celte noblesse de sentiments, celte tendresse née avec nous , celle desliiice des penclianis, vaines expressions , dont la corruption lâche de couvrir la lionte du vice; c’est alors que tout cela cliange de nom à ses yeux ; il n’y voit plus qu’un emportement honteux ; que la dépravation d’un cnnir livré par la justice de Dieu à ses propres désirs j qu’un avilissement qui le couvre de confusion : il ne se regarde plus que comme le rebut de son peuple , la Ironie de sa religion, l’opprobre de l'humanité, un monstre sur qui le Père céleste ne devrait plus jeter les yeux ipie pour le frapper , et ensevelir dans l’alilme sa personne et son ignominie : lu se aulem reeersui.
Et c’est ici où ce péclienr, louché et déjà éclairé, rappelle avec des larmes de componctiou , qui commencent à couler de ses yeux , celte première saison de sa vie où II vivoit encore dans l’innocence , où , élevé sous les yeux du père de famille , il goAloit encore les douceurs et l’abondance de sa maison : il compare la candeur et la tranquillité de ses premières mœurs, avec les chagrins et les amertumes des passions qui leur ont succédé : il voit qu’il n’y a eu d’heureux dans toute sa vie que ces premières années , où son cœur , encore calme et innocent , n’avoit pas éprouvé les troubles et les inquiétudes cruelles des engagements profanes; que ses joies alors étoient pures, ses désirs réglés et tranquilles, ses mœurs ordonnées et douces; que tous les malheurs ont fondu sur lui avec les étincelles impures qui allumèrent son cœur ; et que depuis ce moment fatal , ses jours n’ont plus été marqués que par de noirs cliagrins ; sa vie toujours agitée et inquiète; ses plaisirs même tristes et sombres : In se auiem retersus.
Mais , en second lieu , si tes ténèbres se dissipent,
VENDREDI DE EA DEUXIÈME SEMAINE
son liégoOt affreux pour les choses du ciel se cliange eu un saint de^r de la vertu et de la justice. Coûtbiru de serritrurs dans lu mai«oii de mon pne ont (lu pain en a/fom/iiiirr, d je suis ici ü mourir de faim Au lieu qiraulrefois la seule idée de la règle et de !a vertu le faisoil frémir ; la seule présence des gens île bien le fatiguoit ; la seule vue de la maison dupèrede famille lui éUiil insuppurtahie; il commence 3 envier la destinée de ses serviteurs, de ces aines fidèles ({ul lui sont attachées : il la compare  la sienne; leur abondance, à la faim qui le | dévore; la décenceüe leursilualioii, à l'tqiprohrede son état ; leur Irampiillit é, àscs inquiétudes ; l’estime oit ils ^ iveiU parmi les hommes , au mépris honteux uii il est tombé. Plus il examine U condition des gens de bien, plus son état lui parull insupporUilile. Quoi ! se dit-il alors à lui-métne, tandis que tant d’ames fidèles jouissent des avantages de la maison liaiernclle , des secours de la religion , des consola» lions secrètes de la grâce , de l’estime même des hommes ; iprelles mangent le pain des enfants, et espèrent de n’èlre pas exclues de l’hérilage; je me vois ici en proie à des passions honteuses, dêgoAté, déchii’é, tyrannisé |iar mon propre cœur; vivant sans consolation, sans liomieur même devant les hommes! l'^h! jtis()ues à quand une injuste foible>se prévaudra-t-elle sur mon re|H)s, sur mes lumières, sur mes véritables intérêts, et sur ma destinée éternelle? Qurndi inercfiiarii in domo pati is mei abundantpanibus ^ ego aufem hic famé pereo 1
Aussi , mes Frères , notre heureux iHnilenl veut à l’instant entrer dans la société des Justes, et grossir le nombre des serviteurs du )>ère de famille : Fac me sieuf uiiuin de mercenariis (wts. 11 ne s’en tient pas à de simples souhaits d’imitation , comme on fait tous les jours dans le monde envers les personnes dont on est forcé de respecter la vertu. Il ne se contente pas de dire, qu’elles ont pris le bon parti; qu’il n’y a que cela de solide ; qu’on est heureux quand on peut leur ressembler; que tout le reste est bien (>eu de chose, et qu'on ne désespère pas de suivre un Jour leur exemple. Vains discours , A mon Dieu ! dont on s’abuse soi-même, et qu'on ne tient que pour calmer les reproches secrets d’une conscience criminelle.
Notre prodigue touché ne renvoie pas à l’avenir: i! ne loue pas la vertu , dans la vaine espérance d’eu suivre on jour les règles saintes; il n’exagère pas les malheurs d’une vie criminelle, (wur se persuader à lui-même qu’un jour il en .sortira : la véritable doult'iir parle moins , et agit plus (>rumpleiiient ; il sent que ce moment est pour lui le muineiit du salut. Combatiu par ces agitations infinies , qui
partagent le cœur sur le point d’un changement ; par cette vietMitude de pensées qui se défendent et qui s’accuseol; cherclianl les ténèbres et la solitude pour s’y entretenir plus librement avec luimême , laissant couler des torrents de larmes sur son visage, n’étant plus maître de sa douleur, baissant les yeux de confusion , et n’osant plus les lever vers le ciel, d’où il attend néanmoins son salut et sa délivrance : Que lardai-je donc encore , dit-il d'une voix qui ne sort plus qu’avec üessou- |Hrs? qui me retient encore dans les liens liontctix que je respecte? Les plaisirs? ah I depuis long^ temps il n’en est plus pour moi, et mes jours ne sont plus qu’ennui et qu’amertume. Les engagements profanes , et la constance mille fois promise ? mais mon cœur in’apparlenoit-il pour le promettre, et de quelle fidélité vais-je me piquer envers des créaiure.s qui n'en ont jamais eu pour moi? Le bruit que mon cliangeinenl va faire dans le monde ? utais pourvu que Dieu l’approuve, qu’importe ce qu’en penseront les hommes? ne faqt-il pas que ma pénitence ait pour témoins tous ceux qui l'ont été de mes scandales ? et d’ailleurs que puis-je craindre du public , après le i..éprls et la honte que m’ont attirés mes désordres? L’incertitude du pardon? ahi j’ai un père tendre et miséricordieux; il ne demande que le retour de son enfant, et ma présence seule réveillera toute sa tendresse.
Je me lèverai donc, sargam; je ferai un effort sur la honte qui me retient, et sur ma propre foiblesse ; j’irai dans sa maison sainte , où il est toujours prêt à recevoir et à écouter les pécheurs : Ibo ad patrem. Je suis un enfant ingrat , rebelle , dénaturé, indigne de poiier son nom, il est vrai : mais U est encore mon père : Iho ad patrem. J'irai répandre à ses pieds tonte l’amertume de mon ame ; et là, ne faisant plus parler que ma douleur, je lui dirai : Afon p^re^fai pêché contre le Ciel, ri devant vous: cottlre le Ciel, par le scandale et le d'^réglement public de ma conduite : contre le ciel , par les discours d’impiété et de libertinage que je tenois, pour me calmer et m’affermir dans le crime : contre le ciel, parce que, comme un vil animal , je n’ai jaiiuis levé les yeux en haut pour le regarder, et me souvenir que c’étoit là ma patrie et mon origine : contre le Ciel , par l’abus honteux que j’ai fait de sa lumière, et de tous les jours qui ont composé le cours de ma vie triste et criminelle : i’errori tn cnlum. Mais ce qui a paru de mes désordres à la face du soleil n’en est que le cAté le plus supportable; les crimes qui n’ont eu que vous seul pour témoin sont bien plus digne.s de votre colère; j’ai péché encore devant voua : Pee'cavi t» Ccefttm cl corùm le ; devant vous, par tant d'ceU'
b, -juiT'l'U
1/1:NKANT PUODIGUK.
vrrsile ttiièbrcs«<)t)C voire <i*il invisible a lêes en secret : devant vous, |>ar les circonslances its plus honteuses, et dont le seul souvenir nie trouble et me confond : devant vous, par Tiisage indi;nie des dons et des talents dont vous m’aviez favorise : devant vous enfin, par tant d'invitations secrètes toujours rejetée^^, vous qui m’aviez secouru dès mon enfance, et qui aviez été pour moi le meU* leur de tous les pères; j’ai été le plus ingrat et le plus dénaturé de tous les enfants ; Pteccari tii celum et coram te.
Queixliaugement, et quel exemple plein de con« solation pour les pédieurs! la grâce abonde où le péché avoit abondé. Il semble, ô mon Dieu! que vous voulez être particulièrement le père des ingrats , le bienfaiteur des coupables , le Dieu des pécheurs, le consolateur des pénitents. Aussi, comme si tous les litres pompeux qui expriment votre grandeur et votre puissance, n’étoieiit pas dignes de vous , vous voulez qu’on vous appelle le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolaiiou. (2Coh. , 1,3.) Non, mon citer Audiletir, que l’abondance de vos iniquités n’alarme pas votre oouliance : le médecin céleste se plaît à guérir les maux les plus désespérés : les plu.s grands péelteurs sont les plus dignes de sa pitié et de sa miséricorde : sans doute il n’a permis que vous tombassiez dans ce gouffre, et qu’il ne manquât plus lien à vos malheurs, que |H>ur faire éclater davantage en vous les richesses et la puissance de sa grâce. El n’est-il pas plus grand en effet, lorsqu’il relire Jonas du fond de l’ablme , que lorsqu’il ne fait que soutenir Pierre, qui coromençoit seulement à enfoncer sur les eaux ? Si vos péchés sont montés au plus liaut point , ah ! voilà peut-être le inoiiieiil de sa grâce : peut-être la miséricorde de Dieu a marqué le premier signal de ses faveurs par le dernier degré de vos crimes : tout ce qu’il y adeplusà craindre dans nos maux, c’est la défiance du remède. Mais si le pardon accordé par le père de famille à notre prodigue ne vous touche pas assez , du moins que les consolations qui accompagnent sa pénitence, aciiè* vent de vaincre vos résistances.
Oui, mes Frères, c’est ici la troisième circonstance du retour de notre heureux pénitent : les fruits de l’iniquité avoient été pour lut amers comme de l’absinthe , les premières démarches de sa pénitence sont suivies de mille consolai ons.
Premièrement, consolation du coté des facilités qu’il trouve dans la sainte entreprise de son chmigement.Lepère de famille aperçoit son filsde loin; et le voyant foihle, exténué, agile, et hors d’état pi-esque de se soutenir, il court au devant de lui. 11 court, dit saint Ambroise; il se luiie d'aller au 1.’
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devant pour le soutenir, de peur qu’il ne trouve <nir sou clictnin quelque obstadequil’arrète : yéccurrit ne quisimpediat. Il faut si peu de chose pour ébranler un {lécheurdans ce commencement de sa carrière : c’est un liommequi a été Ixittn long-temps des flots et de l'orage, qui en se relevant , voit encore tout tourner autour de lui, et est iMrs d’état de se soutenir, si une main secourable ne l’empédiede reluinlier. Une ocra.sion, un dégoût, un obstacle, tout est ca[iablealors d’éteindre dansime ame les premières operations de la grâce. Ledéinon même , plu.s attentif que jamais à ne pas se laisser enlever des mains une proie qui lui écliappe, répand mille nuages sur l’esprit, et n’offre à une ame touchée, que des difficultés insurmontables daas sa iH>iivelle entreprise : diflicuités du cété du monde, qu'elle voudn>il encore ménager ; UifTicuItés du oàté de ses prétentions et de ses espérances huniuiiies, qu'elle craint de penlre ou de reculer; diflicuités du côté de ses iiaisoas, de ses proches, de ses amis , de son rang , de sa naissance , de ses emplois ; autant de fantômes que le démon réalise, qu'il grossit, qu’il peint vivement dans l'imagina- Uon, qu’il présente sans cesse à l’ame timide et Irrésolue; de sorte que suspendue souvent entre ses frayetirs et ses bons désirs , entre ses résolutions et ses défiances, entre ses anciennes erreurs et ses nouvelles lumières , elle s’arrête quelquefois, elle délil>ère , elle se découragé , elle recule; et ai»rès avoir supputé long-temps sa dépease et ses forces, selon le mot de rÉvangile, elle en demeure là, et ne jette pas même les premiers fuiidemenis de l’édilice.
Mais que fait alors l’amour toujours attentif du père de famille ? Il court vers sou enfant ; il se hâte de le soutenir; il le rassure contre ses frayeurs et sa propre faiblesse; il calme ses agitations ; il dissipe se.s nuages : yicrurrit ne ^uis impediaf. Ce n’est pas assez : il rassemble mille circoastances qui lui facilitent toutes ses démarches; U éloigne des occasions où sa foible>se auroil pu échouer; il renverse les projets qui l’auroient exjKtté à de nouveaux périls; ii ménage des événements qui lui deviennent de nouvelles facilités de rompre ses cliaines : Accurrit ne quis impediaf ; tout semble aider cette ame touchée, tout la soutient, tout la favorise ; ces montagnes qu’elle croyoit être devant elle, et ne pouvoir jamais frandiir, s’apla> nissent comme par un soudain encliantemenl; ces impossibiliU^ tant redoutées, s’évanouissent; plus elle avance, plus voies se dégagent ; et les obstacles eux-mêntos qui l’alarmoient, deviennent les facilitcsde sa pénitence : ^ccurrit ne<füis impedtaf.
Secondement, consoiatiuu du côté des douceurs VJ
VENDREDI DE LA DEUXIEME SEMAINE
secrètes qu*on Ironvc dans les premières démarclics (fune nouvelle >ie. Le père de famille ne se contente |ia.s de courir an-devnnt de son fils reirouvcj il se jette à son cou, il l’embrasse, U le iiaise; sou cœur peut à peine sufTire k toute sa tendresse paternelle; ses faveurs sont encore au-dessous de sa joie et de son amour : CecUUl super coUum ejus, et osculatus est eum. 11 retrouve son fils qu’il avoit perdu : Perteraf, et inrenius est : il le retrouve, i la vérité, sale, hideux, déchiré; mais ce qui devroit aHumcr ses fotidres, ne réveille que son amour ; U ne voit en lui que ses malheurs; U ne voit plusses crimes: Perierat, et tnrcHhis est : il n’a pas oublié que c'est ici un enfant ingrat et rebelle ; mais c’est ce souvenir même qui le touche : il voit revivre un enfant qui ëtoit mort à ses yeux ; il recouvre oe qu’il avoit perdu. Cecidit super coIltt»ifjitf,f(oscuiofus«1cum: image tendre cl consolante de la joie que la conversion d'un seul pécheur cause dans le del, et des consolations secrètes que Dieu fait sentir à une ame de ces premières démarches de son retour vers lui ! Cecidit super eolfum cjus, et oscuMfua est eum. O clémence paternelle ! ù source inépuisable de bonté! 6 miséricorde de mon Dieu ! que vous revient-il donc du salut de la créature?
Troisièmement, consolation du cété de la participation aux saints mystères, dont on avoit si longletnpsvécu privé par ses dérèglements. père de
famille fait tuer le veau gras, il appelle son fils retrouvé , à œ festin céleste ; U le nourrit de la viande des élus: j^dducite vlfuluin sn^inalum: mmiducemus et epufemur. On avoit vécu tant d’années sans Dieu , sans religion , sans espérance , éloigné de l’autel et des sacrifices, exclu comme un anathème de rassemblée sainte, de la société des Justes et de toutes les consolations de la foi ; quelle douceur de se retrouver au pied de l’autel saint avec ses frères, nourri du même pain, soutenu de la même viande, attendant les mêmes promesses, secouru de leurs prières , fortifié par leurs exemples, animé par riiarmonie des saints cantiques, qui accompagnent la solennité et l’allégresse de ce divin bamjuet! Af cùm veniret, uuditil sympèouiam et chorum. Ame heureuse ! regrettez-vous alors les plaisirs honteux dont la grâce vient de vous d^oùler ? voyez- vous encore dans le monde, où vous avez passé des jours si pleins d’amertume, quelque chose qui puisse vous rappeler à lui, et qui vous paroisse digne de votre cœur? et un seul jour passé dans la maison du Seigneur au pied de l*autcl saint, n’est-il pas plus consolant pour vous, que les années entières passées dans les plaisirs et dans les aswiid)léea des pécheurs ?
Enfin, la dernière circonstance des égarements du prodigue avoit été le mépris et l’avilissement où il étoit touillé : rimrmeuret la gloire font le dernier privilège de sa {lénilence. On le rétablit dans tous les droits dont il étoitdécliu;oo le revêt d’une robe de dignité et d’innocence; on met à son doigt nne marque de puissance et d’autorité; on luidimne même la préférence sur son aîné : c*est-li-dire, que la pitié fait oublier ce qtie nos passions avoient, ou d’insensé, ou de méprisable ; ou, pour mieux dire, n’eo rappelle le souvenir, que pour donner plus de prix aux vertus qui letir ont succédé : elle cliange en estime et en respect le mépris que nos vices nous avoient attiré; elle nous rétablit dans tous le* droits dé notre naissance, de nos litres, de nos dignités, avilis par nos dissolutions ; elle nous tire de U boue et de l’obscurité de la débauche* ponr nous rendre anx fonctions publiques; elle nous sépare de la société basse et lionteuse des hommes oliecurs et dissolus, pour nous réunir aux iKMnmes sages et illustres de notre rang et de notre étal ; en un mot , au lieu que nous étions comme le prodigue , l’opprobre du ciel et de la terre, elle nous rend la joie des gens de bien, la consolation des pasteurs, la gloire de la religion, l’admirattoa même des mondains , no iq)ectacle digne des anges et des hommes.
Que faut-il donc encore , mon cher Auditenr, pour vous animer à suivre cet exemple ? Vous errez depuis long-temps , comme le prodigue , dans des contrées étrangères , livré à la honte et à l'opprobre de vos passions : pourquoi refuseriez* vous de vous jeter dans le sein que le Père céleste vous ouvre aujourd’hui avec tant de bonté? 11 vous a souffert durant les emportements d’une jeunesse déréglée ; U se promettoit que ces premiers égare* ments passés, l'âge, l’expérience, sa grâce, raroèneroient enfin votre cmir ; ce temps est venu ; qu’attendez-vous encore pour revenir à lui ? Les pr^iers désordre.s de votre vie pouvoient trouver leur excuse dans la force des passions et de la licence de l’àge; mais h l’henre qu’il est, qu'y at*il qui puisse vous excuser? des années qui s'écoulent, la plus belle saison de votre vie qui vous écliappe, la jeunesse éteinte, un visage détruit, et TOUS antioii(;ant tous les jours par son changement, qu’il est temps enfin de clianger à votre tour ; le monde tous les jours moins agréable, parce que tous les jours vous lui plaisez moins; tout oe qui vous environne, ou vous ennuyant par un long usage, ou vous faisant entendre en s’éloignant peu i peu de vous, qu’il ne faut plus compter sur un monde où vous ne sen ez plus que d'un appareil incommode, et qu’il est insensé de coorireocoro
SUR L’INCONSTANCE, etc.
après ce qui vous fuit , el de vous obstiner à fuir un Dieu qui court au devant de vous : qu’attendezvous encore ?
Et au fond, quelle vie roalbeurcuse menezvous? sans foi, sans relùnon, sans la ccHisolaüon des sacrements , sans pouvoir vous adresser à Dieu dans vos prières , sans aucune joie véritable daas leoFur, lassé des plaisirs que vous poursuivez, ennuyé d’un inonde où vous ne traînez pbLs que le |K)iils de vos dêgoiits et de vos crimes? qu’attendez-vous pour Unir vos peii>es et vos inailieurs avec vosdi-sordres? liCs mystères saints quiapprochent; le temps de propitiation ou nous sommes entn'^; toute ri'^lise occupée de la conversion des pécbeiirs; la voix de ses ininlsires qui vous exliorlent de toutes parts à la pénitence; vous-méme ému, ébranlé de tout cet a;>pareil de religion, qu'atteiHlez-vous ? Porterez-vous jiLsqu’aii festin {jascal , jusqu’à la solennité de la résurrection , vos impuretés et votre ignominie? serez-vous un anatlièmeaii milieu de vos frères, sépare de l’autel et des sacrifices, tandis qu’ils participeront tous à l’azyme sacré , cl qu’ils célébreront le jour du Seigneur ?
Quelle joie pour vous, mon cher Auditeur, si entrant aujourd'hui dams des sentiments de componction; si prenant au sortir d'ici des mesures solides de pénitence ; si vous adressant à quelque homme de Dieu aux pieds duquel vous alliez mettre ce poids d’iniquité qui vous accable; nous vous voyons assis à la table du Père céleste aux jours solennels (]ue nous attendons ! Quelle joie , si nous lui entendons dire : fils èioit mort , et
U fsirfssuscil^ : ilétoU perdu, et il esi retrouvé! Que de divines consolations vont sc ré|>andre alors dans votre ame! Les cantiques célestes des esprits qui sont autour du Irùne de Dieu, soiemiUeroitt ce jour heureux : les saints qui sont sur la terre, en béniront les richesses de U miséricorde divine : les liommes {lécheurs cnx-mènies admireront votre cliangemenl , et seront ébranlés par l’exemple de votre pénitence. Puissiez-vous, mon cher Auditeur, vous laisser loucher à des mutiCs si pre.ssanls; etvous, d mon Dieu! faire que mes souliaits ne soient pas vains; écouler la préparation de mon emur, et mes vœux ardents pour le salut de mes frères; et répandre un esprit de componction sur Ifrs |iéclieurs qui m’écoulcnt , afin que revenus de leurs voies égarées , iU vous trouvent prêt à les recevoir dans le sein de votre gloire et de votre immorlalilé.
y^insi soit‘iL
SERMON
PUl'Il LE TRUISIÈME DIMAMCDE DE CARp.ME.