‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 146 sur 348 · SDR L’INCONSTANCE DANS LES VOIES DU SALDT · texte numérisé non relu

SDR L’INCONSTANCE DANS LES VOIES DU SALDT

Et fiiint norhshna fiominlj i/Uuj , prjora piioiiôus.

Et le (leroicr l'bl de cct homme de^kmt pire qiir le pretnier. (Lrc.n.æ.)

La parabole de l’esprit impur, qui retourne dans le corps de l’Iiomme d'où on l’avoil cliossé , et rend son dernier étal pire ({uc le premier, n’esi, selon saint Chrysastùnie, qu’une prédiction enveloppée <|ue fait Jésus-Christ aux Juifs des malheurs qui alloieiit arriver à Jérusalem. .Sous ces iraiLs mystérieux, le ASauvetir du monde préteml leur rappeler l’étal déplorable où les iniquités de leurs (lères avoienl tant de fois réduit cette ville ingrate, et l’excès de sa miséricorde, toujours altenlivc ù la délivrer; et de là il leur laisse conclure que Jérusalem retombera si souvent dans ses inüdélitcs, qu’enlln le Seigneur va se retirer tout-à-fait d’elle , et que son dernier étal deviendra fure que le premier : fiunt norissima /lo-

mitiis illius, pejora pt ioribus.

Ainsi c’est comme s’il leur lenoit ce langage : Jénisalem étoit possétlée d’un démon, lors<{u’autrefuis elle imiloil toutes les impiétés des nations , qu’elle muUiplioil ses autels, (ju’elle oublioit le .Seigneur qui l’avoit retirée de l’hlgyple, et que ses princes etix-inémeH alloient sacrifier sur les liants lieux et faisoieiit mourir mes prophètes ; cependant je ne l’abandonnai point en cet étal; je suscitai d’autres prophètes mes seniteurs, <{ui lui annoncèrent ma volonté; je rompis les liens qui la retenoient captive à Babylone; je lui rendis le temple et l’autel saint, et je chassai le démon impur qui s’éloit emfiaré de mon liéritage : mais puis<|ue ses crimes recommencent sans cesse, que toutes mes miséricordes sur elle se terminent à de nouvelles ingratitudes, et qu’après avoir fait mourir les autres prophètes , elle va encore combler la mesure de ses péchés [lar le sang du flis et de l’héritier; je vais la li\Ter aussi à des calamités qu’elle n’avoil jamais éprouvées; ses murs vont être démolis pour toujours; son temple et son autel en qui elle meltoil sa confiance, ne seront plus que de tristes ruines : plus de sacrifices, plus de tateriiai:le , plus de prêtre, plus de propliète : Univtrsa arma fjus auferel in quiluis eonfidebal^ et spolia ejusdiafrilmel (Lü'C.fXi, 22.}; elle va devenir la proie d'un peuple incircoacis , qui $e {larugere seu

iuoisii;mk uim.vnciie de cap. f, me.

au

dé(U)uillej, qui ra.<scmbiera les aigles profanes autour do son cadavre, (|ui la ciiaiigora à jauiais en une affreuse solitude, et son dernier état deviendra de beaucoup pite que le premier : £t ftuni novissima hotniuU illius, pfjora prionhus-

Appli<iuuiis-nuns, mes Frères, cetXe elotuunle paraltüle : notre amc, cumme Tirilidèle Jéru.salem , a été souvent délivrée du démon, et souvent nous Tavuiis rappelé au-dedaiL< de nous ; mille fois nous nous soumics repentis; autant de fuis nous sommes retombt's : nous avuas pleuré nos plaisirs injustes; et de nouveaux plabirs ont un moment a{Hès essuyé nos larmes : dégot^lés du monde et de iMULs-tiièmes, nous nous sommes souvent retournés vers le Seigneur; et le lendemain dégoûtés du Seigneur , le c«*ur que nous venions de lui rendre , nous l’avons ei>core reiloniic au monde, qui nous on’roil de nouveaux charmes : nos nmnirs jns4|ues ici n’ont peut-être roulé que sur ces lrisU>s alternatives de repentir et de crimes. Tant de démarches de conversion , et tant de {uis en arrière; tant de sacrements, et tant de rccJintes rali! craignons enfin que le Seigneur ne se retire lout-à-fail de nous, et que notre dernier état ne de> ieiine pire (pie le premier! Pourquoi cela, mes Frères? c'est que toutes les ressources de salut , utiles à la conversion des autre» |K^lieurs, devieimenl inutiles à l'ame iiicoiLsiaiite et légère; c'esl-à diie, que l’inconslaiice dans les voies de Dieu, est de tous les caractères, celui qui laisse le moins d’espt'ranees de salut. Celte vérité est a.s.sez importante pour faire toute seule le stijel de cette instruction.

PKEMIÈIIE HÊFLE\IO>.

Qiioitjue la grâce ail de.s ressources infinies pour ramener un cicur rebelle, et qu’elle cliange souvent les inclinations les plus opposées au devoir, en des préfiaratiuiis même de (Hiiiilence; néaninoiii.s il est des âmes, qui |>ar leur pro^rre caractère, offienl bien moins d'espérance de salut, et scmltleiU ne lai&vcr plus de voie à la grâce pour les ramener à la vérité et à la jusiice.

Or , tel c>t le caractère d’une arne légère et inconstante , qui tantôt touchée de ses misères , revient à Dieu; tantôt oubliant Dieu, se laisse rentialnerà ses iiiir>èrcs; tanUU se dt^ulile du monde, tan ôt de la vertu; |iaruil aujourd'hui toute de zèle {tour les devoirs, cl demain plus vive (|iie jamais pour les |»lalsirs, et n’a de fixe qu’une variation éternelle de résolulions, que ni la grâce ni le |Kcbé ne Mturoil fixer. Etat as-^cz ordinaire dans le monde, où tout est plein de ces âmes foibles et légères , en tpii la grâce opère encore de saluls dé-

sirs, et des déinarclies imbne de salut; mais en qui les passions démentent bientôt ces déinarclies , et prévalent toujours sur la grâce.

En effet, il est impossible, dit l’ Apôtre , que ceux qui ont été une fois éclairés; qui ont goûte le don du ciel, et les vertus du siècleivenir; qui ont été rendus participants de l’Esprit saint ; et qui après ('ela sont re(oml>és , se renouvellent par la pénitence : c’est-à-dire, pour renfermer cette vérité dans les Iwnies de la et de la doctrine sainte , et expliquer l’Apôtre par lui-méme, que les ressources ordinaires dont Dien se sert pour ramener les autres pécheurs, sont, premièrement, les nouvelles lumières dont il les favorise ; Semel miif tffumiiiati( Hkiir. , vi , 4. ); secondement , le nouveau goût de U justice et de la vérité, qui accompagne toujours les coramenccmenls de la pénitence : Guslaverunt etiam donum cœlesie ( Ibib. VI, 4. ); troisièmement enfin, la participation de l’Esprit de Dieu dans les saints roj'sières, lesquels par la grâce de la jusilKcation mettent, pour ainsi dire, le dernier sceau à la pénitence : Participes facti suHt Spiritùs sancU. (Ibid., vi, 4.) Or, toutes ces ressources deviennent inutiles à l’ame inconstante dont je parle, de sorte que l’Apôtre désespérant presque pour elle d’un retour constant et durable à la vertu, semble dire que ce retour est impossible; c’est-à-dire si difficile, qu'on ne voit presque plus de ressource pour les âmes de ce caractère : établissons cette vérité.

La première ressource utile pour ramener une a me de l’égarement, c’est la ccHinoissance de la vérité : Semei rtmt i/fumiaafi. Comme le monde entier est dans l’erreur et dans les ténèbres sur les devoirs de la foi; que les maximes y sont fausses, les préjugés injustes, les règles dangereuses, les vérités mêmes affoiblies et corrompues , et que l’aveuglement y fait toute la sécurité des pédieurs ; le premier moyen que la grâce emploie pour la conversion d’oneame mondaine, c'est de lui montrer le monde et réternitc tels qu’ils sont en effet , et tels qu’elle ne les avmi jamais vus. Alors le voile qu’elle avoit sur les yeux tombe tout d’uo coup; de quelque côté que cette ame jette 1a vue, elle voit ce qu’elle n’avoit jamais vu; ses devoirs, ses espérances, ses égarements passés, ses sujets de craindre pour l’avenir, le vide de toutes les créatures, l’abus de tous les plaisirs, l’erreur de toutes les fortunes, le néant de tout ce qui ii’cst pas Dieu. Alors celle ame réveillée comme d’un profond sommeil par l’éclat soudain de ces divines lumières, est surprise d’avoir si long-temps ignoré les seules vérités qu’il lui importoit de connoitre; e.sl effrayée d’avoir jusque là dormi sur le UmvI du

Digitr?cG-by Googic

SUK L'INCONSTANCE, etc.

précipice sans ravoir sa; est huiuiliéc de s’étre toujours piquée de raison, de conduite, de force d'esprit, de discernement, et d'en avoir manqué pour le seul point essentiel, ei d'avoir pris si grossièrement le change sur ses intérêts étemels : et la nouveauté donnant comme une nouvelle force aux impressions que fait la vérité sur elle , elle s'applaudit d'avoir enfin ouvert les yeux; elle dit, comme Augustin : Je vous ai connue et aimée trop tard, ù vérité ancienne et toujours nouvelle ! et réglant ses penchants , ses m<purs , ses devoirs , ses regrets sur ces nouvelles lumières, elle ne voit plus qu'avec mépris les erreurs qui l’avoient au- .Irefois si tristement abusée. Aiusi rappelez-vous tous les jours del voies de l'égareinent, d moti Dieu! des âmes heureuses; et en ouvrant tout d'un coup leurs yeux è cette lumière qui fait connoitre la vérité, vous ouvrez leur cœur è l’attrait qui la fait aimer.

Mais cette ressource de salut si infaillible pour les autres pécheurs, n'est plus d’aucun usage pour vous, qui tant de fois éclairé et tant de fois infidèle, si souvent détrompé des erreurs et des abus du monde, et si souvent rendu à leur séduction , n'avez presque plus rien à espérer de ces divines lumières. Car quelle impression pourront faire désormais sur vous les vérités de la foi montrées? que vous découvriront-elles que vous n'ayez déjà vu ? Vous avez vu clair, et dans la vanité de toutes les choses humaines, et <lans les grandes vérités de l'éternité; ce ne seront plus là pour vous de nouvelles lumières; vous n'en serez plus ébloui, frappé, renversé; et du moias elles ont perdu û votre egard la surprise et l’attrait de la nouveauté si heureux pour les autres |>éc])eurs. I.a première fois que les Israélites dans le désert virent durant la nuit la colonne lumineuse qui devoit les précéder, la nouveauté du spectacle les frappa; ils craignirent la majesté de Dieu qui se rendoit visible au milieu d'eux : la surprise , la terreur , l’admiration, le respect, les rendit dociles aux ordres de Moïse: mais quand ils furent une fois retombés dans leurs murmures , cetlc lumière céleste eut beau reparoUre, ce ne fut plus pour eux qu'un spectacle ordinaire, qui ne lit plus d'impression, et ne changea rien à leurs mœurs.

Dans celle figure, mon cher Ânditenr, lisez rhistoirc de vos malheurs. I.a première fois que Dieu vous montra sa lumière , et qu'il vous éclaira sur les misères et sur les plaies de votre ame, effrayé de votre étal , vous fîtes des efforts pour en sortir; frappé des nouvelles lumières qui vous déeouvroient ce (jue vous n’aviez pas encore vu, vous rompîtes à l’insUiit avec un certain monde , et

avec ce que vos passions avolent de plus grossier et de plus marqué; vous fûtes quelque temps fidèle à la grâce , et à la vérité qui s’étuil montrée à vous ; mais depuis, rentrainé par votre faiblesse, vous avez fait à la vérité de nouveaux elTorts pour rompre des chaînes si promptement renmiées; mais si vous vous en souvenez , ces efforts ont été plus languissants; votre componction a été moins vive; déjà familiarisé avec les vérités les plus terribles, l’horreur de votre état a fait moins d’impression sur votre cœur; et celte démarche de pénitence ne vous a pas mené si loin, et a eu encore moins de suite que la première: de sorte que depuis, toujours éclairé et toujours infidèle; toujours rappelé par la vérité, toujours rentrainé par vos injustes pencliants; votre vie n'a plus clé qu'une triste vicissitude de lumières et de ténèbres; un état où la vérité ne se montre que pour s'éclipser i’inslanlqui suit; et oû elle ne reparolt encore, que pour céder encore aux passions qui viennent sul)sÿtoer à sa place Terreur et le mensonge.

Ame infidèle ! quelle ressource peut-il donc vous rester encore dans la connoissance de la vérité ?

^ que vous apprendra-t-elle de nouveau ? que le monde est un abus ? Ah ! vous Tavez dit vutis-mème I mille fois dans voe moments de pénitence; que les , plaisirs ne laissent qu’une satiété et un vide affreux ; dans le cœur ? vous vous Tètes avoué à vous-méme autant de fois qu’il vous est arrivé d’en goûter les fausses douceurs ; qu’il est affreux de sacrifier une élemilé tout entière à un instant d’ivresse et de volupté? c'est la première reflexion qui vous a toujours frappé au sortir du même crime; qu’un clin d’œil peut décider de noire vie? que la pénitence dans ce dernier moment n’est plus, ou (pTiin désespoir sans confiance , on (pTune frayeur .sans mérite; et (|u'enfîn on meurt tel qu’on a vécu? c’e.sl de l’impression de celte vérité que vous sont venus tous ces intervalles de repentir qui ont partagé (ouïe voire vie.

Qu'a donc de nouveau Dieu même à vous apprendre? de quelles lumières pcul-il encore vous favoriser, que vous n’ayez mille fols et suivies et abandonnées? quelle vérité peut-il encore vous montrer, (jue vous n'ayez dtqa et goûtée cl méprisée, cl sur laquelle vous ne vous soyez cl alarmé et calmé prt'sque dans le même instant? Il peut encore vous éclairer, je le sais; mais ce sera plutôt pour vous une nouvelle occasion île résister à la 1 vérité, (ju'im nouvel aurait pour la suivre r vous vous êtes familiarisé cl avec elle et avec vos pas- I siens; vous avez iéc^)iiciiié dans votre cœur la luj inière et les ténèbres; vous vous êtes accoutumé i à soutenir la vue des maximes saintes , et celle de

Page 1