SUR LES ÉLUS
qn’il a mérités; dans les ealamités pubUques qni affligent ses frères , qae le châtiment peot-ëtre de ses crimes particuliers : voilà ce qae c’est qu’on pénitent. Mais je voos demande encore, où sont parmi noos les pénitents de ce caractère? où sont-ils?
Ah ! les siècles de nos pères en voyoient encore aux portes de nos temples : côtoient des pécheors moins conpaUes que noos sans doate, de font rang, de toat âge, de font état; prosternés devant le vestOmle du temple; couverts de cendre et de cUioe; conjurant leurs frères qui enlroient dans la maison dn Seigneur , d’obtenir de sa clémence le pardon de leurs fiiutes ; exclus de la participation à l’autel , et de l’assùtaiiGe même anx mystères sacrés; passant les années entières dans l’exercice des jeûnes, des macératioDS, des prières , et dans des éprenves si laborieuses , que les pécheurs les plus scandaleux ne voudroieot pas les soutenir aujoard’hui un seul jour ; privés non-seulemenl des ptaisirs publics, mais aïoore des douceurs de la société , de la communicaUon avec leurs frères, de la joie commune des Bolennités; vivant comme des anathèmes, séparés de l’assemblée sainte ; dépouillés même pour un temps de toutes les marques de leur grandeur selon le siècle ; et u’ayant plus d’autre consolation, que celle de leurs larmes et de leur pénitence.
Tels étoient autrefois les pénitents dans l’Eglise : si l’on y voyoil encore des pécheurs , le spectacle de leur pénitenoe édlRoit bien plus l’assemblée des fldèles , que leurs chutes ne l’avoient scandalisée ; c’éloient de oes fiiutes heureuses , qui deveooieot plus utiles que l’innocence même. Je sais qu’une sage dispensation a obligé l’Eglise de se relâclier des épreuves publiques de la pénitence ; et si j’en rappelle ici Thistoire , ce n’est pas pour blâmer la prudence des pasteurs qui en ont aboli l’usage , mais pour déplorer la corruption générale des Gdèlea qui les y a forcés. Les cbangemeuts des mœm et des siècles entraînent nécessairement avec eux les variaüoas de U discipline. La police extérieure Ibndée sur les lois des iKnnmes, a pu changer ; la loi de la pénitence établie sur i’Evangile et sur la parole de Dieu , est toujours la même : les degrés publics de la pénitence ne sub* sistent plus, U est vrai; mais les rigueurs et l’ esprit de la pénitence sont encore les mêmes , et ne sauroienl jamab prescrire. On peut satisfaire à rÉglise sans subir les peines publiques qu'elle impoaoit autrefois : on ne peut satisfaire â Dieu sans lui en offrir de particulières, qui les égalent elqui en aoieot une juste compensation.
Or , regardez aaUHir de vous ; je ne dis pas que
vous jugiez vos frères ; mais examinez quelles sont les moeurs de tous ceux qui vous enviruimenl; je ne parle pas même ici de ces pécheurs déchirés qui ont secoué le joug , et qui ne gardent plus de mesures dans le crime ; je ne parle pas de ceux qui vous ressemblent , qui sont dans des mœurs communes , et dont la vie n’offre rien de scandaleux ni de criant : ils sont péciieurs r ils en convieudroient : voas n’êtes pas innocent ; et vous en convenez vous-mème:or, sont-ils pénitents? et l’élesvous? L’âge, les emplois, des soins plus sérieux vous ont fait peut-être revenir des ein|K>rtenietits d’une première Jeunesse : peiil-cire même lesamertûmes que la bonté de Dieu a pris plaisir de répandre sur vos passions ; les perfidies , les bruits désagréables, une fortune reculée, la santé ruinée, des affaires en décadence, tout cela a refroidi et retenu les pencitanis déréglés de votre cœur : le crime vous a dégoûté du crime même ; les [«NMUiis d’elleh-inêint'sse sont (M-uà peu éteintes; le leni|»s et In seule iiiconslance du cœur ont runi(KiYini lieits:ce(>endaiit. déguûlédescréatiires, vous ii’cu u’êles pas plus vi/ pour votre Dieu ; vous êtes devenu plus prudent, plus régulier, selon le monde, plus homme de pndHlé, plus exact â renqrlii' vos devoirs pulilics et particuliers; mais vous ii'êles pas pénilcnl : vous avez cessé vos désordres; mais vous ne k.s avez [»as expiés; mais vous ne vous êtes {vas coiivcrli; mais ce grand coup qui change te co ur , et <pit n tiouvellc tout rUomme , vous ne l’avez {) is eiieore senti.
Oponilant cet étal si ibiigcreux n’a rien qui vous .ilarine : des {iéches qui n'ont jamais été purlliés p.ir une sincère pénitence, ni par consé- <|uent remis tlevnnl Dieu, sont â vos yeux comme s'ils n'étuieul plus; et vous mourrez tranquille dans une iiiqN uULticc d’auiani plus dangereuse, que vous mourrez sans le comicdire. Ce n’csl [>as ici U1U2 simple expt\^.sion, et un mouvement tic zèle; rien n'esl plus réel et plus exactement vrai ; c'csl la siuialion de {ircMpietous les hommes, el meme des plus sages cl des plus approuvés dans le monde ; les premières manirs sont toujours licencieuses; ràge, les (iégoiils, un etablissement lixenl le cœur; retirent du dcsuidrc, réconcilient même avec les saints mystères : mais où sont ceux qui se convertissent? ou sont ceux qui expient leurs crimes par des larmes et des macérations ? où sont ceux qui , après avoir commencé comme des péciieurs, finissent comme des pénitents? où sont-ils ? je vous le demande.
Montrez-nioi seulement ^dans vos mœurs des traces légères de pénitence. Quoi? les lois de l’EgUse! mais elles ne regardent plus les persomieq
JF.LDI Di; L.V TROlSifcMK SKM.VIN’i;.
ü'iiii ocriaiii ran;, el ru<ngc en a pres(|ne fait des deroin obscurs et populaires. Quoi ? les soins de la fortune ? les inquiétudes de la faveur et de la proapérité ? les fatigues du service ? les dégoAts et les gènes de la cour ? les assujétissements des emplois | et des bienséances ? mais voudriez-vous mettre vos crimes au nombre de vos vertus ; que Dieu vous Int compte des travaux que vous n’endurez pas pour lui; que votre ambition , votre orgueil , votre cupidité vous dccliargeassent d’une obligation qu’elles mêmes vous imposent ? vous êtes pénitents du monde ; mais vous ne l’étes pas de Jésus-Clirist. ; Quoi entin ? les iniimiités dont Dieu vous afflige ? les ennemis qu’il vous suscite ? les disgrâces et les pertes qu'il vous ménage ? mais recevez-vous ces coups avec soumission seulement ? et loin d’y trou- | ver des occasions de pénitence , n’en faites-voas pas la matière de nouveaux crimes ? mais quand vous seriez lidèle sur tous ces points, seriez- vous pénitent ? Ce sont les obligations d'une ame innocente , de recevoir avec soumission les coups dont Dieu la frappe; de remplir avec courage les devoirs pénibles de son état; d’être Adèle aux lois de l’Eglise; mais vous, qui êtes pédieur, ne devezvous rien au-delè ? Et cependant vous prétendez au salut; mais sur quel titre? Dire que vous êtes innocent devant Dieu , votre conscience rendroit témoignage contre vous-même : vouloir vous persuader que vous êtes pénitent , vous n’oseriez , et vous vous condamneriez par votre propre bouche : sur quoi donc pouvez-vous compter, A homme qui vivez si tram|uille : L'bi fst ergo gloriatto tun? ( Hom., lit, 27. )
Et ce qu’il y a ici de terrible , c’est qu’en cela vous ne faites que suivre le torrent ; vos mœnés sont les mœurs de presque tous les hommes. Vous en connolssez peut-être de plus coupables que TOUS ( car je suppose qu’il vous reste encore des sentiments de religion, et quelque soin de votre salut ) ; mais de véritables pénitents en connoissezvous ? il faut les aller chercher dans les cloHres et dans les solitudes ; vous comptez à peine parmi les personnes de votre rang et de votre état , un petit nombre d’ames dont les mœurs plus austères que celles du commun , s’attirent les regards , et peut-être aussi la censure du public ; tout le reste marche dans la même voie. Je vois que chacun se rassure sur son voisin ; que les enfants succèdent là-dessus à la fausse sécurité de leurs pères ; que nul ne vit innocent ; que nul ne meurt pénitent ; je le vois , et je m’écrie ; O Dieu ! si vous ne nous avez pas trnmiws ; si tout ce que vous nous avez dit sur la voie qui conduit à la vie, doit s’accomplir jusqu’à un point; si le nombre de ceux qu’il bit-
droit perdre ne vous fait rien ralialtrc île la sévérité de vos lois , ou va donc se rcndie cette multitude mAnie de créatures qui disparaissent tous les jours à nos yeux ? où sont nos amis ? nos proches , nos maîtres, nos sujets qui nous ont précédés ? et quelle est leur destinée dans la région éternelle des morts ; que serons-nous un jour nous-mêmes ?
Lorsqu 'autrefois un prapliète se plaignoit au Seigneur , que tous avoient abandonné son alliance dans Israël , il répondit qu’il s’étoit encore réservé sept imlle bummes qui n’avoient pas fléchi le genou devant Baal : c’est tout ce qu’on royaume entier renfermoit alors d’ames pures et fidèles. Mais pourriez-vous encore aujourd’hui , A mon Dieu ! consoler les gémissements de vos serviteurs par la même assurance ? Je sais que votre œil discerne encore des justes an milieu de nous ; que le sacerdoce a encore ses Phiuée; la magistrature ses Samuel; l’épée ses Josué; la cour ses Daniel, ses Esther et ses David , car le monde ne snbsisie que pour vos élus , et tout serait détroit si leur nombre étoit accompli ; mais ces restes heureux des enfants d’Israël qui se sauvemnl, que sont-ils comparés aux grains de sable de la mer ; je veux dire à cette mulAtode inflnie qui se damne ?
Venez nous demander après cela , mes Frères , s’il est vrai que peu seront sauvés. Vous l’avez dit, Amou Dieu! et par-là c’est une vérité qui demeure éternellement. Mais quand Dieu ne l’anroit pas dit, je ne voudrais, en second lien , que voir im instant ce qui se passe parmi les hommes ; les lois sur lesquelles ils sc gouvernent , les maximes qui sont devenues les règles de la multitude ; et c’est ici la seconde cause de la rareté des élus , qui n’est proprement qu'un développement de la première : la force des coutumes et des usages.