‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 149 sur 348 · UU · texte numérisé non relu

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sont des monstres, sans foi, sans pudeur, sans ancun frein qui les retienne ; et leur dernier Aat devient infiniment pire que le premier. Le monde ne nous fournit que trop tous les jours de ces tristes spectacles; et l'inconstance des pdcheurs dans les voies de la piété, et leur retour plus vif et plus eitréme qu'auparavant dans le vice, ne lui donne que trop d’occasions de faire des dérisions injustes de la piété même. Non, met Frères, la vertu ne dégénère jamais eu vice médiocre. La manne , cette viande formée dans le ciel, lorsqu'elle venoit à se corrompre sur la terre, dit l'Ecritute , elle n’étoit plus qu’un amas de vers et de pourriture : Scatne cæpU rfrmibut ; nique compulruit. (Exun. , xvi , 'èO.) Tel est le sort d'une amc , qui , élevée jusque dans le ciel par une conversion sincère , en retombe encore, pour ainsi dire, et vient de nouveau se corrompre sur la terre ; ce n'est plus qu'un spectacle d'iiorreur ; elle n'exliale plus qu'une odeur de mort ; ses scandales répandent partout l’infection du vice ; et il n’est pas de corruption , dit un proplièté, pire que la sienne ; Corrumpelurputrediiie pessimd. ( Mien., Il, 10. )

Vivez-vous donc encore, mon cher Auditeur, dans ces alternatives de grâce et de péché ? déclarez-vous enfin ; c'est assez balancer cuire le ciel et h terre, comme le disoit autrefois un prophète à des pécheurs semblables à vous : L'squequè claudiealisiii duat parta? (3. Heo., xviii, 21. ) Si Baal est votre Dieu , adotez-le tout seul , à la boime heure; mais si le Seigneur est le Dieu véritable, n'adorez plus que lui seul aussi : Si Dommut est Veut, seijuimiiii eum ; si aulem Baal, srquimini ilium. (lÜd.) Pourquoi ces efforts pour revenir au Seigneur, et ces foiblesses qui vous en séparent ? pourquoi ces vicissitudes puériles et étemelles, de crime et de vertu ? pourquoi ces plaisirs et ces larmes ? Ah ! ou essuyez vos larnies pour toujours, et recevez votre consolation en ce monde ; ou n’y chercliez plus d’autres consolations, ni d’autres plaisirs , que ceux de la grâce et de l’innocence. Fixezvous enfin : je ne parle ici que pour l’intérêt même de votre repos. Quelle vie pénible que ces révolutions perpétuelles de crime et de repentir ! vous le savez : éternellement combattu , et par ces troubles secrets qui vous rappellent à l'innocence , et par ces penchants infortunés qui vous rentralnent dans le vice ; toujours occupé , on à pleurer vos foiblesses, ou à surmonter vos remords ; januis heureux ; soit dans le crime, où vous ne trouvez point de poix ; soit dans la vertu , où vous ne pil|h vez vous faire une .situation ;durahle. Ayez éMM pitié de votre amc ; fixez-vons enfin : ctaUgHl line paix solide dans votre conacif nce ; meuq^

profit ces derniers traits de miséricorde que la honté de Dieu laisse encore tomber sur votre cœur. Peutêtre touchez-vous à cette dernière inconstance, qui

va leniiiner par i'ciidiircisseuicnl toutes les iiiégalilc* (le votre vie, et (|oe comme im arbre plus d’une fuis mort et déraciné , selon l’expression d’un a;H'rIre, von.*; allez rester fiour toujours sur le edté (p(C vous tornlterez : fixez donc dans le devoir toutes les amtatiuus de votre ame, ,ilin <|ue fondé et euraeimt dans la charité , vous ne vot ez plus un do ces hiHunies temftorels, dtml [«trie Jésus-Christ,

(pii ne croient en lui que {lour un peu de temps; < ei ipie vous puissiez un jour aller cecevoir dans le ciel la couronne du salut et de riinmoiialile, promise à eeiixipii auront persévén- jusipi'à la fin.

.yiiixi soil-il.

AfuUi /qfroti rrant in lânitl sub Fiiiuro proph4ta : et nemo eorum 7nun(fa(U4 est , nisi A'naman SyntJ.

Il y avoil beaucoup de lépreux en Israfl du (ciups du pro> phite élMe , et aucoD d’eux ue fut guéri que le mmI Kaarnan le SfrlcQ. (Lie, IV, 27.)

Vans nous demandez toiis les jours, mes Frères, s’il est nai que le chemin du ciel soit si difficile ; et si le nombre de ceux qui se sauvent est aussi pelit que nous le disons. A une question si souvent proposée , et encore plus souvent éclaircie, Jésiis-Cbrist vous répond atijourd’Imi qu’il y avoit beaucoup de veuves en Israël affiigées de la famine ; et que la seule veuve de Sarepta mérita d’èlre secourue par le prophète Elle : que le nombre des lépreux éloit grand en Israël du temps du prophète Elisée ; et que cependant Naamau tout seul fut guéri par l’homme de Dieu.

Pour moi , mes Frères, si je venois ici vous alarmer plutôt q'ie vous instruire, il me sufiiroit de vous exposer simplement ce qu’on lit de plus terrible dans les livres saints sur cette grande vérité ; et parcourant de siècle en siècle l'hisloire des Justes, vous montrer que dans tous les temps, les élus ont été fort rares. La famille de Noé , seule sur la lerre sauvée de l'inondation générale ; Abraham , seul discerné de tout le reste des hommes , et devenu le dépositaire de l'alliance ; Josiié et Caieh , seuls de six cent mille Hébreux, introduil.s dans la terre de promesse; un Job, seul juste dons |a

POL'R LE JEUDI DE LA TROIStÈXE SEMAINE DE CAREME.

SÜR LE PETIT NOMBRE DES ÉLDS.

Sun LES ÉLUS.

terre de Ilus ; Loth, dans Sodome ; les trois en> &Dts juifs, dans Uabylone.

A des ligures si effrayantes auroient succédé les expressions des pro|^iètes ; vous auriez vu dans Isaïe les élus aussi rares que ces grappes de raisin qu’on trouve encore après la vendange , et qui ont échappé à la diligence du vendangeur; aussi rares (}ue ces épis qui restent par hasard après la moisson, et que la faux du moksonueur a épargnés.

L’ÉTiogUe auroit encore ajouté de nouveaux traits à la terreur de ces images t je vous aurois parlé de deux voies , dont Tune est étroite, rude, et la voie d’un très petit nombre; l'autre, large, spacieuse, semée de fleurs, et qui est comme la voie publique de tous les hommes , enlin , en vous faisant remarquer que }>ariout dans les livres saints, la multitude est toujours le parti des réprouvés; et que les élus , comparés au reste des hommes , ne forment qu’un petit troupeau qui édiappe près* que à la vue ; je vous aurois laissé , sur votre salut, dans des alannes toujours cruelles à quiconque n’a pas encore renoncé à la foi , et à l’espérance de sa vocation.

Mais que ferois-je en bornant tout le fruit de cette instruction , à vous prouver seulement que très peu de personnes se sauvent? hélas! je découvrirois le danger, sans apprendre à l’éviter; je vuus monirerois avec le propiièle, le glaive de la colère de Dieu levé sur vos têtes , et je ne vous aiderois ps à vuus dérober au coup qui vous menace; je troiiblerols Icscunscienoes, et je n’inslniirois [las les pécheurs.

Mon dessein donc aujourd'hui est de cliercher dans nos mœurs les raisons de ce petit nombre. Comme chacun sc flatte qu’il n’en sera pas exdu, il importe d’examiner si sa coidiance est bien fondée. Je veux, en vous marc|uant les causes qui rendent le salut si rare, non pas vous faire conclure en général que peu .<ierunt sauvés ; mats vous réduire à vous demander à vous-mên>e, si, vivant comme vous vivez , vous pouvez espérer de l’être : qui suis-je? que fais*je |»our le ciel? et quelles peuvent être mes espérances étemelles?

Je ne me propose point d’autre ordre dans une matière aussi importante. Quelles sont les causes qui rendent le salut si rare ? je vais en marquer trois principales, et voilà le seul plan de ce discours: l’art et les reclierches seroient ici mal placés. Appliquez-vous, qui (|ue vous soyez : le sujet ne sauroil être plus digne de votre aileniion , puisqu’il s’agit d’apprendre quelles peuvent être les espérances de votre destinée étemelle. Implorons, etc. Ave Maria.

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PREMIKIIE PARTIE.

Peu de gens se sauveot, parce qu’tm ne peut comprendre dans ce nombre que deux sortes de personnes, ou celles qui ont été assez heureuses pour conserver leur innocence pure et entière; ou celles qui, après l’avoir perdue, l’ont retrouvée dans les travaux de la pénitence. Première cause. 11 n’y a que ces deux voies de salut ; et le ciel n’est ouvert , ou qu’aux i nnocents , on qu'aux pénitents. Or, de quel c6té êtes-vous? êtes-vous innocent? êtes-vous pénitent ? Rien de souillé n’enlrera dans le royaume de Dieu : il faut donc y porter, ou une innocence conservée , ou une innocence recouvrée. Or, mourir innocent est un privih^ge , où peu d’ames peuvent aspirer : vivre pénitent est une grâce que les adoucissements de la discipline, et le relâchement de nos mœurs rendent pres^pie encore plus rare.

En effet, qui peut prétendre aujourd'hui an saint par un titre d’innocence? Où sont ces âmes pures en qui le péché n’ait jamais Iiabité, et qui aient conservé jusqu’à la fln le trésor sacré de la première grâce qne l’Eglise leur avoit confié dans le l)aptême , et que Jésus-Christ leur redemandera au jour terrible des vengeances ?

Dans ces temps heureux où toute l’Eglise n’étoit encore qu’une assemblée de saints, il étoit rare de trouver des fidèles, qui après avoir reçu les dons de 1’E.sprit saint , et confessé Jésus-Christ dans le sacrement qui nous régénère, retombassent dansledéréglementdeleurs premières mœurs. Ananie et Saphire furent les seuls prévaricateurs de l’Eglise de Jéro-salem : celle de Corinthe ne vit qu’un incestueux : la pénitence canonique étoit alors un remède rare; et à peine, |>arroi ces vrais Israélites, se troiivoit-il un seul lépreux qu’on fût obligé d’éloigner de l'autel saint, et de séparer de la communion de ses frères.

Mais depuis , la foi s’afToiblissant en commençant à s’étendre, le nombre des Juifs diminuant à mesure que celui des fidèles augmentoit , le progrès de l’Evangile a , ce semble , arrête celui de la piété ; et le monde entier devenu chrétien , a porté enfin avec lui dans l’Église, sa corruption et ses maximes. Hélas! nous nous ^roiis presque tous dès le sein de nos mères : le premier usage que nous faisons de notre cœur, est un crime : nos premiers penchants sont des passioas; et noire raison ne se développe et ne croit, que sur les débris de notre innocence. La terre, dit un prophète, est infectée par la corniplion de ceux qui I l'luibiient; tous ont vkHé les lois, changé les or- I donnances , rompu l’alliance qui devoit durer éter-

DiQüUeu

JEUDI DE LA TUOISIÈME SEMAINE

nellcmenl; opèrent l'iniquité, et à peine s'en trouve-t-il un seul qui fasse le bien : l’injustice, la calomnie , le luenson^ , U perfidie , l'adultère , les crimes les plus noirs ont inondé U terre : Meiidarium . et furtum , et aduftenum taundaremaf. (OsKR, IV, 2.) Le frère dresse des embâchea au frère, le père est séparé de ses enbois, l’époux de son épouse ; il n’est point de lien qu'un vil in* téi-ét ne divise , la bonne foi n'est plus que la vertu des simples, les haines sont étemelles, les réconciliations sont des feintes, et jamais on ne r^rde un ennemi comme un frère : on se déchire, on se Uevore les uns les autres ; les assemblées ne sont plus que des censures publiques ; la vertu la plus entière n’est plus à couvert de la contradiction des lani^iies ; les jeux sont devenus , ou des trafics, ou des fraudes, ou des fureurs; les repas, ces liens innocents de la société , des excès dont on n'oseroit jiari^; les plaisirs publics, des écoles de lubricité : notre siècle v oit des horreurs que nos pères ne connoissoieiit même pas ; la ville est nne ^ intve peclieresse ; la cour est le centre de toutes les passions humaines; et la vertu autorisée par l'e!kemple du souverain, honoré de sa bienveillance, animée par scs bienfaits, y rend le crime (dus circonspect, mais ne l’y rend pas peut-être plus rare : tous les états, toutes les conditions ont corrompu leurs voies; les pauvres murmurent contre la main qui les frappe; les riches oublient l’auteur de leur abomlance ; les grands ne semblent être nés que pour eux-mêmes; et la licence paroil le seul privilège de leur élévation ; le sel même de la terre s’est affadi ; les lampes de Jacob se sont éteintes; les pierres du sanctuaire se traînent indignement <lans la boue des places publiques , et le prêtre est devenu semblable au peuple. O Dieu ! e»t-ce donc là votre Eglise et l’assemÛée des saints? est -ce là cet héritage si chéri , celte vigne bien-ainiée, l’objet de vos soins et de vos tendresses? et (pi’offroit de plus coupable à vos yeux Jérusalem , lorsque vous la frappâtes d’une malédiction éternelle?

Voilà donc déjà une voie de salut fermée pres- <|ue à tous les hommes; tous se sont égarés. Qui que vous soyez qui m'écoutez ici, il a été un temps où le péclié régnoil en vous : l'âge a peutêtre calmé vos passions; mais quelle a été votre jeunesse? des infirmités habituelles vous ont peutêtre dégoûté du monde ; mais quel usage faisiezvous avaul cela de la santé ? un coup de la grâce a peut-être changé votre conir ; mais tout le temps qui a précédé ce cliangemenl, ne priez-vous }>a8 sans cesse le Seigneur qu’il l’elTace de son souvenir ? Hais à quoi m’amusé-je ? C^oos sommes tous

péclieurs , ô mon Dieu ! et vims nous connoissez; ce que nous voyons niêtue de nos égarements , n'en est peut-être à vos yeux que l’endroit le plus supportable ; et du edté de l’innocenoe, chacun de nous convient assez qu’il n'a plus rien à prétendre au salut. Iljte reste donc plus qu'une ressource; c’est U pénitence. Après le naufrage, disent les Saints, c’est U planche heureuse, qui seule peut euoore nous mener au port ; il n'y a plus d’autre vote de salut pour nous. Qui que vous soyez qui avez été péclieur, (wînec, sujet, grand, peuple, la pénitence seule peut vous sauver.

Or, souffrez que je vous demande , où sont les pénitents parmi nous? où sont-ils? forment-ils dans l'Église un peuple nombreux? Vous en trouverez plus, disoit autrefois un Père , qui ne soient jamais tombés , que vous n’en trouverez qui, après leur chute , se soient relevés par une vâiuble pénitence : cette parole est terrible. Mais je veux que ce soit là une de ces expressions qu'il ne faut pas trop presser, quoi<|ue les paroles des saints soient toujours respeculiles. Ne portons pas les choses si loin ; la vérité est assez terrible, sans y ajouter de nouvelles terreurs par de vaines déclamations, Examinons seulement si du côté de la pénitence, nous sommes en droit la plupart de préieudre au salut.

Qu'est-ce qu'un pénitent? Un pénitent, disoit autrefois Tertullien , est un fidèle qui sent tous les moments de la vie , le malheur qu'il a eu de perdre et d’oublier autrefois son Dieu; qui a sans cesse son péché devant les yeux ; qui en retrouve partout le souvenir et les tristes images : un pénitent, c'est un homme chargé des intérêts de la ju-stice de Dieu contre lui-même ; qui s’interdit les plaisirs les plus innocents, parce qu’il s’en est permis de criminels ; qui ne souffre les plus nécessaires qu'avec peine; qui ne regarde plus son corps que comme un ennemi qu'il faut affmbUr ; comme un rebelle qu'il faut châtier; comme un coupable à qui désormais il faut presque tout refuser; comme un vase souillé qu’il faut purifier; comme un débiteur infidèle , dont H faut exiger jusqu'au dernier denier : un pénitent , c'est un criminel , qui s’envisage comme un homme destiné à la mort , parce qu’il ne mérite plus de vivre ; ses mœurs par ctuiséquent , sa parure , ses plaisirs mêmes , doivent avoir je ne sais quoi de triste et d’austère, et U ne doit plus vivre que pour souffrir : un pénitent ne voit dans la perte de ses biens et de sa santé, que la privation des faveurs dont U a abusé; dans les humiliatioas qui lui arrivent, que la peine de son péché ; dans lea douleurs qui le déchirent , que le commencement des supplices

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