‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 158 sur 348 · MÉLANGE DI · texte numérisé non relu

MÉLANGE DI

les amalears dn monde courir en dansant comme des insensés , un bandeau sur 4cs yeux , au précipice ; et vous faire , d'un s|>rctacle si aflligeant , un objet capable d’amuser votre loisir, ou d'égayer vos ennuis?

Je dis bien plus : pourrez-vous y retenir vos larmes? Quelle contrainte I quelle situation pénible que le commerce des mondains , pour une ame qui aime son Dieu , lors même que l'ordre et le devoir l’y engagent ! Vous cherchez le monde pour vous délasser ? mais vous devriez l'éviter, pour vous épargner les moments les plus amers d’nne sainte tristesse ; c’est au sortir du monde que vous devriez avoir besoin de délassement ; i)ue votre esprit , latigué de tant d’images amigeantes , devroit aller se consoler aux pieds de Jésus-Christ. Ah! si vous pouvez , je ne dis pas trouver encore queh|ue plaisir au milieu du monde ; mais le voir encore sans douleur, sans gémir en secret sur les jugements de colère (|ue Dieu y exerce sur les lioiumes; peut-être ne baissez-vous pas des abus qui vous laissent si tranc|uillc; peut-être portez-vous encore dans le cœur les mêmes passions , qui dans les autres n’ont rien qui vans alarme.

Passez an milieu de Jérusalem, disoit autrefois le Seigneur à l’ange exterminateur; marquez sur le front , et épargnez les hommes qui gémissent et qui sontaflligés des iniquités qui se commettent au milieu d’elle ; Transi per mecliam Jérusalem, et notabis sigiwm super frontes rirorvi» qui iiujemunl et mirreni ob iniquitates quœ fiuni in medio ejus ( Ezecii., i.\ , 4 ) : c’est le caractère le plus essentiel des Justes; c'est la manpie décisive à laquelle on les reconnolt. Tout le reste des habitants de Jérusalem est livré à la fureur du glaive et de la vengeance céleste ; ce petit nombre tout seul de Justes qui gémissent est épargné, et marqué dn sceau de -salut : le Seigneur ne reconnolt pour siens que ces âmes touchées dn zèle de sa gloire , qui répandent sans cesse devant lui l’amertume de leur cœur sur les iniquités de son peuple , et qui lui disent tous les jours avec un prophète : Regardez , Seigneur, dn liant de la demeure de votre gloire, et voyez : Attende , Domine ; de cwlo , et ride de habitaeulo saucto gloriir tuw. (Is., Lxitl, 15, 16, 17, 19.) Où est votre zèle? où est la force de votre bras? on dn moins, que sont devenues les enliailles de vos miséricordes anciennes sur votre peuple ? l'bi est aelus luus? fortitudo tua? multituda riscerum luoruin ? Car malgré nos iniquités, vous êtes encore notre Père; et Abraliam, dont nous faisons glaire d’être les enfants , et tous les saints protecteurs -de cet empire , en qui nous pourrions mettre notre couflaucc, semblent noos

S BONS, ETC. 3â!

avoir abandonnés , si vous ne jetez sur nous quelque regard propice : Tu eiiiiii Pater noster, et Abraham neseiritnos. Pourquoi , Seigneur, avezvous souffert que nous nous égarassions de vos voies saintes ? Quart errare nos [ecisii , Domine, de l'iis tuisf Pourquoi avez-vous laUsé endurcir notre cœur , aHii que nous ne vous craignissions plus? Quare iiidurasti cornostrum , ne timeremus le ! Ah ! revenez enfin à nous , Seigneur, à cause des sen iteursque vous vous réservez encore parmi les tribus de votre héritage : si nos infidélités allument dans vos mains la foudre prêle à nous frapper encore, que la fui et la piété de tant d’aines saintes que vous voyez encore au milieu de nous, vous désarment ; Conrertere propter serros Uios , tribus heredilatis luœ. Uni , -Seigneur, toute la gloire de J uda est éteinte ; ce royaume autrefois si illustre par la fui de nus pères, par la piété de scs souverains, 'par le sang de tant de martyrs, et par la sainteté et la science de vos ministres, imite toutes les mœurs des nations corrompues et perverses ; l’incrédulité s’y élève insensiblement sur les débris de votre aille : nous aurions encore besoin que votre miséricorde nous su.scitJt de ces lionimcs apostoliques, qui les premiers vinrent annoncer la foi à nos ancêtres encore assis dans les léuèbres de la mort et de l’idoUtrie ; et lions sommes |œcs(|ue redevenus tels que nous étions avant que vous fussiez notre Seigneur, et que votre saint nom fiU invui|ué |iarmi nous : Parti sumus quasi in principio.eüm non dominareris nostrt. neque inroearelur nomen luuni super nos.

Tels sont les gémissements de la fui, et l’usage que les gens de bien doivent faire du mélange des méchants avec lesi|uels ils vivent. Et pour voua , mes Frères, i|ui êtes encore l’ivraie de ce champ divin, reganiez les Justes qui sont parmi vous cuiunie les plus heureuses ressources de votre salut : respeclez-les , si vous ne pouvez pas les imiter encore i liez-vous avec eux , si vous ne pouvez encore les suivre : desirez de leur ressembler, si vous ne pouvez encore obtenir de votre fuiblesse que des désirs : favorisez leurs œuvres saintes, si vous ne pouvez encore rien entreprendre pour vous-mêmes : et par votre respect pour la vertu , tâchez d’en mériter le don précieux de celui auprès de qui nul sentiment de fui et de piété ne demeure sans récompense.

Ainsi soit-il.

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