MERCREDI DE LA TROISIÈME SEMAINE
SERMON
POUR LE VtIK'.RKbl RE LA tllUISIÈMË SEMAINE UE cauEhe;.
DU VÉRITABLE CULTE
ropu/tti Wf labHs me honorât; cor aulrm fot'um longé fit à me.
Ce peuple m’bouore des lèvres; et son co-ur est loin de moi. ^MATTB.. If, 8.)
Voici , mes Frères, la nouvelle alliance, c’esl- A-(Ure, la religion du cœur établie, le culte siurilucl élevé sur les ruines de la superstition et de rhypoerbie ; l'olRnssance et la miséricorde préfé> rées aux oiTrandes et aux victimes; l'esprit qui vi>ifie, opposé à la lettre qui tue ; la chair qui ne sert de rien, rejette; la piété qui est utile à tout, annoncée; en un mot, les traditions huiiiaiiies, les doctrines nouvelles, les erreurs populaires, la re* liglon des sens, ou condamnée dans ses abus, ou réglée dans ses usages.
Je sais que l’hérésie trouva, le siècle passe, dans ces paroles de mon texte des occasions d'erreur, et des prétextes de calomnie; elle accusa l'Église d’avoir succédé en ce point aux erreurs de la synagogue. L'institution sainte de nos sacremeitls, les honneurs rendus aux saints et à Marie; les al)stinences et les veilles; la décoration des temples et des auleb, l’appareil extérieur et respectable du culte; les pratiques les plus universelles et les plus anciennes ; celles dont l’origine , cachée dans des temps reculés, fait de l’ignorance même o«i l’on est de leur établissement , la preuve la plus décisive de leur sainteté : tout cela ne fut plus dans la bouche du schisme que des traditions liiiinaines contraires à la loi de Dieu; et les abus où l’ignorance et la superstition avoieiit conduit les simples aux siècles précédoits, nous furent imputés comme la croyance commune et la foi de toutes les KgHscs.
Vous avez depub, o mon Dieu ! réparé les ruines de votre maison : vous avez rassemblé les dispersions d’Israél. La terre heureuse que nous iiahituns n’a plus que le même langage; le mur funeste de séparation est détruit, et votre sanctuaire voit dans son enceinte, Samarie et Jérusalem ne former plus comme autrefois qu’un même peuple aux pieds de vos autels! C’est à vous maintenant , Seigneur, à changer le dedans, à ramener les cœurs, à éclairer des esprits qui peut-être Q’ont plié que sous le bras de rUooxme ; aOn que
non seulement il n’y ait plus qu’un bercail et «lu’im |)asletir, mais même «{u’un cœur et qu’une aine dans votre ÉgliJ^e.
Mais à nos prières, mes Frêrc.s, U foui joindre vos exemples ! vos mœurs doivent aclievér de désabuser nos frères revenus à nous, encore plus que nos instructions : et comment voulez-vous qué nous leur inspirions du respect pour les saintes pratiques du culte , tandis que vous les autoriserez à les mépriser, en les méprisant vous-mêmes, ou à les regarder comme des superstitions par l’aboS que vous en ferez?
Dans le dessein donc que je me sub proposé de vous entretenir sur une matière si utile, c’est-àdire, de vous expliquer les règles de la fitété dœétlenne , et l’esprit du véritable culte ; je veux combattre deux erreurs opposées, et qui me paroissent ici également dangereuses. Il est des fidèles parmi nous, (|uise font bonueur de mépriser toutes les pratiques extérieures de piété, qui les traitent de devotiom populaires, et nous disent sans cesse que Dieu ne regarde qne le cœur, et que tout le reste est inutile; première erreur qu’il importe de combattre. Il en est d’autres, qui, négligeant l’essentiel de la lui , mettent en ces vains dehors toute leur religion et toute leur confiance ; seconde erreur sur laquelle je lâclierai de vous instruire. Ne rejetez pas les pratiques extérieures du culte et de la piété; ce seroit un orgueil et une singularité blâmable, et vous n’adoreriez pas le Seigneur en vérité : ne comptez pas sur cet extérieur, jusqu’à croire que, sans vous appliquer à purifier votre cœur, et à régler vos mœurs, cet extérieur tout seul suffira pour vous rendre agréables à Dieu; ce seroit l’erreur des pliarbiens, et vous n’adoreriez pas le Seigneur en esprit. Ne méprisez pas l’extérieur du culte et de la piété ; n’en abusez pas : voilà tout le dessein de ce discours. Implorons les lumières, etc.
Avif ^ertu.
Je suppose d’abord , mes Frères, que le véritable culte, si nous le considérons en lui-même, et sans aucun rapport à l’état présent de l’homme, est purement intérieur, et se consomme tout entier dans le cœur. Adorer l’Élre souverain, contempler ses divines perfections, s’unir à lui par les saints mouvements d’un amour pur et parfait , la louange, b bénédiction, l’action de grâce, c’est toute la religion des esprits bienlieureux ; c’est celle des Justes qui nous ont précédés avec le signe de la (bi ; c'eût été la religioa de l'iiomme in-
DU VKUITABLK CULTE.
)iocent, dil staiiil Augustin, si, dtdui de cei étal de justice uü il avoil été d‘ai>ord ci-éé , un ne reùt pas condamne à ramper sur la terre , et à ne pou* Yoir plus s*êlever à son Créateur, que par le ministère des mêmes créatures qui l'eu avoient éloi^é.
Successeurs de son inlidélité, nous le sommes de sa peine : enfants d'un père cltarnel , nous naissons charnels comme lui; notre aine, enveloppée dans les sens, ne peut presque plus se passer de leur ministère; il faut à notre culte des objets sensibles qui aident notre foi , qui réveillent nuire amour, qui nourrissent notre espérance, qui facilitent notre attention , qui sanctilieiU l’usage de nos sens, qui nous unissent même à nos frères : telle est la religion de la terre; ce sont des symboles, des ombres , des énigmes qui nous llxent , <)ui nous purifient, qui nous réunissent. Abel offrit des sacrilices ; Enos invoqua le nom du Seigneur avec l'appareil des cérémonies sensibles ; les patriarches dressèrent des autels ; la loi vil multiplier à l’infmi ses prati<{ues et ses observances : l’Église plus spirituelle en eut nioias , niais elle en eut : un Dieu même maniresté en cliair y devint visible, pour s’insinuer à la faveur de nos sens Jus<|iie dans nos cœurs; et ce mystère, oonlinué sur nos autels sous des signes mystiques, doit servir, justpi’à la consommation des siècles, et d’exercices et de consolation à notre foi.
Les liommes ne peuvent donc se passer d’un culte extérieur, qui les réunisse, qui les discenie des infidèles et des cirants, qui édilie même leurs frères , qui soit mie confession publique de leur fui ; voilà (Murquoi Jésus-Christ a rassemblé ses disciples sous un chef et sous des pasteurs visibles ; les a unis entre eux par la participation extérieure des mêmes sacrements , les a assujélis aux mêmes signes sensibles , et a donné à son Église un caractère éclatant de visibilité auquel oii ne peut se méprendre , et qui lui a toujours servi de rcmpait contre toutes les sectes et les esprits d’erreur, qui dans tous les temps ont voulu s’élever contre elle.
Cependant , ce n’est pas l’iiérésie seule qui a prétendu borner tout le culte à l’intérieur, et regarder toutes les pratiques seasibies comme des su|iersülions populaires , ou des dévolions inutiles. On peut dire que cette orgueilleuse erreur a régné de tout temps dans le monde. Nous entendons dire tous les jours que la véritable piété est dans le cœur; qu’on peut être homme de bien, juste, siucère, humain, généreux, sans lever l’étendard, sans courir à toutes les dévotions , sans se faire un monstre d’un vain discernement de viandes dont U santé peut souffrir, parce que ce u’est pas ce qui
cnti'c par la bouclic qui smiille l'homme, mais ce qui sort du cœiœ; sans une exactitude puérile sur certaines pratkjues que les cloîtres, plutôt que les apôtres , ont introduites dans la religion : et que les devoirs du christianisme sont plus spirituels , plus sublimes , plus dignes de la raison , que tout cc détail de dévotion auquel on assujélit les simples : c’est-à-dire , que la sagesse du monde oppose trois prétextes pour autoriser unes! dangereuse illusiim : l'inutilité de l'exlérieur, la foibie simplicité de l’extérieur, l’abus de l’extérieur. Combattons ces prétextes, et établissons ruiililé, la sagesse et le véritable usage du culte extérieur.
^'ous nous opposez en premier lien , (|uc TesseiUit'l de la dévotion est dans le cœur, et que tons ces dehors sont inutiles. Mais, je pourrois vous demander d’abonl : En liannLssant cet extérieur que vous croyez si inutile , êtes-vous du moins Rdêle à cet essentiel auquel vous vous retrandiez ? En méprisant tout ce que vous croyez de surcroît dans la religion, accomplissez-vous du moins tout ce dont la lot de Dieu vous fait iin devoir indispensable? En croyant qu’il sunil de donner le cœurà Die» , le lui donnez-vous, du moins, tandis que tous les dehors sont encore au monde? J’en appelle ici à votre conscience. Crlorifiez-vous Dieu dans votre cor|)$, et ne le faites-vous pas servir à des passions injustes? Remplissez- vous tous vos devoirs de père, d’époux, de maître, d’Iiommc public, de dirétien?'N’avcZ'VOus rien à vous reprocher sur l'usage de vos biens , sur les foiictions de vos charges, sur la nature de vos affaires, sur le ix)n ordre de vos familles? Portez-vous un cœur libre de toute haine , de toute jalousie , de toute animosité envers vos frères? leur innocence, leur réputation, leur fortune ne i»erd elle jamais rien par vos intrigaes, ou par vos discours? Préférez- vous Dieu à tout , à vos intérêts , à votre fortune , à vos [daisirs, à vos penchants; et la perte de tout ne vous parullelle rien à l’égal de lui déplaire? Vous renoncezvous «ms cesse votis-même ? Vivez-vous de la foi ? Ne comptez-vous pour rieti tout ce qui sc passe ? Regardez- vons le monde comme rcimeini de Dieu ? (iémissez-vous sur les égarements de vos mœurs passées» ? Porlez-vons un cti'ur {létiitent , humilié, iirisé, sous un extérieur encore mondain? Avezvous horreur de la seule ap|iarence du mal ? en fiiycz-vous les occasions? en cherchez-vous les remèdes ? Voilà cet essentiel que vous nous vantez tant ; y êtes-vous fidèle ? Non , mes Frères , il n’est que les âmes livrées nu momie et à scs amusements, qui nous re<lisent sans cesse qu'il suflU de donner le cœur à Dieu , et que c’est là l’essentiel. C’est que comme il est visible qu’elles ne lui donnent pas 2L