PREMIER DIMANCHE DE L’AVENT
Tennés 1 nos maux , mais tous les spectateurs insulteront à notre honte, et le pécheur n’aura plus pour lui que sa confusion , son désespoir et ses crimes. Première circonstance de la confusion de l'ame criminelle : la multitude des témoins.
Je prends la seconde dans les soins qu’on avoit pris de se déguiser aux yeux des hommes , tandis qu’au vivoit sur la terre. Car, mes Frères, le monde est un grand tliéJtre où chacun presque joue un personnage emprunté ; comme nous sommes pleins de passions , et que toutes les passions ont toujours quelque cliose de bas et de méprisable, toute notre attention est d’en cacher la bassesse , et de nous donner pour ce que nous ne sommes pas; l’iniquité est toujours trompeuse et dissimulée. Aùisi Unité votre vie, vous surtout qui m’écoutez, et qui regardez la duplicité de votre caractère comme la science du monde et de la cour, toute votre vie n’avoit été qu’une suite de déguisements et d’artilices; vos amis même les plus sincères et les plus familiers ne vous connoissoient qu’à demi ; vous échappiez à tout le monde, vous ehangiez de caractère, de sentiment, d’inclination selon le caractère de ceux à qui vous vouliez plane : par-là vous vous étiez fait une répuUition d’habileté et de sagesse ; et on n’y verra qu’une ame vile, sans droiture, sans vérité, et dont la plus grande vertu avoit été de cacher son indignité et sa bassesse.
Vous encore, ame infidèle, qu'un sexe plus jaloux de l’honneur avoit rendue encore plus attentive à dérober vos foiblesses à la connuissancc des hommes, vous étiez si liahile pour vous épargner la honte d’une surprise , vous preniez de si loin et si sûrement vos mesures pour tromper les yeux d’un epoux , la vigilance d’une mère , la bonne loi peut-être d’nn confesseur : vous n’auriez pas survécu à un accident qui eut trahi là-deasus vos précautions et vos artifices. Soins inutiles I vous ne couvriez, dit le Prophète, vos débordements que d’une toile d’araignée, que le Fils de l’Homme dissipera en ce grand jour, du seul souflle de sa boudie. J’assemblerai, dit le Seigneur, autour de vous, devant les nations assemblées, tons vos amants profanes; Coni/reqaèo super teomnesuinaiurts luos. ( Ezéch. , xvi, 37.) Ils verront cette suite éternelle de feintes, d’artifices, de bassesses; ce trafic honteux de protestations et de serments dont vous vous serviez pour fournir en même temps à des passionsdifférentes , et pour endormir leur crédulité; ils les verront, et, remontant jusqu’à la source des complaisances criminelles que vous aviez pour eux, ils les trouveront, non pas dans leur prétendu mérite, comme vous aviez
voulu le leur persuader , mais dans votre mauvais caractère , dans un coeur naturellement emporté , vous qui vous piquiez de l’avoir si noble, si sincère , et incapable d'être touché que du seul mérite : CoKjregabo super te omnesamalores tuas... et videèuat omneia lurpttudinem luom. (EzÉCii. , XVI , 37. ) Et tout cela se passera aux yeux de l'univers, de vos amis, qu’une apparence de régularité vous avoit conservés ; de vos proches , qui ne connoissoient pas le déshonneur dont vous les couvriez; de ce confesseur, que vous aviez toujours trompé; de cet époux qui avoit si fort compté sur votre fidélité ; £1 ridrèuni omnem lurpitudiiirm tuam.
O mon Dieu! la terre aura-t-elle d’abimea assez profonds où ne voulût alors se caclier l’ame infidèle? Car dans le monde , les hommes ne voient jamais de nos vices que les deliors et les scandales, et celle confusion nous est commune avec ceux qui se trouvent tous les jours coupables des mêmes fautes; mais devant le tribunal de Jésus- Christ, on verra vos foiblesses dans votre cœur même, c’est-à-dire leur naissance, leurs progrès, leurs motifs les plus secrets, et mille circonstances honteuses et personnelles dont vous rougirez plus que des crimes mêmes : ce sera là une confiisiao qui vous sera propre , et que vous ne partagerez avec personne : £1 eidrèual omnem turpihidinem tuam.
Enfin la dernière circonstance qui rendra la honte du péclieur aocaUaute seront ses qualités personnelles.
Vous passiez pour ami fidèle, sincère, généreux : on verra que vous étiez lâche, perfide, intéiessé, sans foi , sans honneur, sans probité, sans conscience, sans caractère. Vous vous étiez donné pour une ame forte , et au-dessus des foiblesses vulgaires ; et vous allez exposer les bassesses les plus humiliantes, et des endroits dont l’ame la plus vile mourroit de honte. On vous regardoit dans le monde comme on liommc intègre, et d’une probité à l’épreuve dans l’administration de votre cliarge ; celte réputation vous avoit peut-être attiré de nouveaux honneurs et la confiance publique : vous abusiez cependant de la crédulité des hommes; ces dehors pompeux d’équité cachoient une ame inique et rampante; et des vues de fortune et d’intérêt avoient mille fois tralii en secret votre fidélité, et corrompu votre innocence. Vous paraissiez orné de sainteté et de justice; vous étiez toujours revêtu de la ressemblance des Justes; on voua croyoit l’ami de Dieu et l’observateur fidèle de sa loi ; et cependant votre cœur n’éloit pas droit de- I Tant le Seigneur; vous couvriez sous le voile de la
JUGEMENT UNIVERSEL
rel^imi une conseieitM aoaillée , et des mystères d’ignominie : vous marchiez snr les choses saintes pour arriTcr plus sûrement 1 tos Dns. Ah! vous allez donc en ce jour de révélation détromper tout l’univers ; ceux qui vous avoient vu sur la terre , surpris de votre nouvelle destiuée, chercheront l’homme de bien dans le réprouvé : Fespérance de l’hypocrite sera alors confondue. Vous aviez joui injustement de l’estime des hommes ; vous serez connu, et Dieu sera vengé. Enfin, mais oserai-je le dire id, et révéler la iiontede mes Frères ? vous étiez peut-être dispensateur des clioses saintes, élevé en honneur ^ns le temple de Dieu ; le dépét de la foi , de la doctrine , de la piété , vous étoit confié; vous paroissiez tous les jours dans le tancUiaite revêtu des marques redoutables de votre dignité, offrant des dons purs et des sacrifices sans tache; on vous confioit le secret des consciences , vous souteniez le bible dans la foi , vous parliez de la sagesse parmi les parfaits : et sous ce que la religian a de plus auguste et de plus saint, vous cachiez peut-être ce que la terre a de plus exécrable ; vous étiez un imposteur, un homme de péché assis dans le temple de Dieu ; vous enseigniez les autres, et vous ne vous enseigniez pas vous-même; vous inspiriez de l’harrenr pour les idoles, et vous ne comptiez vos jours que par vos sacrilèges. Ab ! le mystère d’iniquité sera donc révélé , et l’on vous conuoitra enfin pour ce que vous aviez toujours été, l’anathème du ciel, et la honte de la terre ; A'I videèual osMam iurpittidiRem fiuim.
VoiU, mes Frères, toute la confusion dont sera accablée l’ame criminelle. Et ce ne sera pas ici une confusion passagère. Dans le monde , il n’y a de pénible è essuyer que la première honte d’une faute ; les bruits tombent peu A peu; de nouvelles aventures prennent enfin la place des nêires , et le souvenir de nos chutes s’éteint et s’évanouit avec l’éclat qui les avoit publiées : mais au grand jour la honte demeurera éternellement sur l’ame criminelle : il n’y aura plus de nouveaux événements qni fassent perdre de vue ses crimes et son opprobre ; rien ne changera plus , tout sera fixe et éternel ; ce qu’elle aura paru devant le tribunal de Jésus-Clirist , elle le parolira dorant l’éternité tout entière ; le caractère même de ses tourments publiera sans cesse la nature de ses fanles , et sa honte recommencera tous les jours avec son supplice. Mes Frères, les réflexions sont ici inutiles, et, s’il vous reste encore quelque foi, c’est à vous à sonder votre conscience, et à prendre dès ce moment des mesures pour soutenir la manifestatiou de ce jour terrible.
Mais après vous avoir montré la confusion pu-
Sl
blique dont sera couvert le pécheur, que ne puisje vous exposer ici quelle sera la gloire et la consolation du véritable Juste, lorsqu’on étalera aux yeux de l’nnivers les secrets de sa conscience et tout le mystère de son cœur; de ce cœur dont toute la beauté , cachée aux yeux des hommes , n’étoit connue que de Dieu seul; de ce cœur, où il avoit toujours cru voir des taches et des souillures , et dont son humilité lui avoit dérobé toute la sainteté et l’innocence ; de ce cœur, où Dieu seul avoit toujours fait sa demeure, et qu’il avoit pris plaisir d’orner et d’enrichir de ses dons et de ses grâces! Que de nouvelles merveilles va offrir aux yeux des spectateurs ce sanctuaire divin, jusque-là si impénétrable , lorsque le voile en sera été ! que de fervents désirs! que de victoires secrètes ! que de sacrifices héroïques ! que de prières pures ! que de tendres gémissements ! que de transports amoureux ! que de fui ! que de grandeur ! que de magnanimité ! que d’élévation au-dessus de tous ces vains objets qui forment tous les désirs et tontes les espérances des hommes ! On verra alors que rien n’étoit plus grand et plus digne d’admiration dans le monde qu’un véritable Juste, que ces âmes qu’on regardoit comme inutiles , parce qu’elles l’étoient à nos passions, et dont on méptisoiliaht la vie obscure et retirée ; on verra que ce qui pas- .soit dans le cœur d’une ame fidèle avoit plus d’éclat et de grandeur que tous ces grands événements qui se passent snr la terre , mériloit seul d’étre écrit dans les livres éternels, et offrait aux yeux de Dieu un spectacle plus digne des anges et des hommes, que les victoires et les conquêtes qui remplissent ici-bas la vanité des histoires , auxquelles on élève des monuments pompeux pour en éterniser le souvenir, et qui ne seront pins regardées alors que comme des agitations puériles , ou le fruit de l’orgneil et des passions humaines. Premier désordre réparé dans ce grand jour : le vice dérobé ici-bas à la honte publique, et la vertu aux éloges qn’elle mérite.
Le second désordre qui naît dans le monde du mélange des bons et des méchants est l’inégalité de leurs conditions, et l’injuste échange de leurs destinées. Il en est du siècle présent comme de la statue dont Daniel expliqua le mystère : les Justes, comme une argile que l’on foule aux pieds, ou comme un fer durci par le feu des tribulations, n’y occupent d’ordinaire que les parties les plus basses et les plus méprisables ; au lieu que les péclieurs et les mondains, figurés par l’or et par l’argent, vains objets de leurs passions, s’y trouvent presque toujours placés à la tête , et dans les lieux les plus émiuents. Or, t^eat un désordre; et, quoique parlé