‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 18 sur 348 · M PREMIER DIMANCHE DE LAVENT · texte numérisé non relu

M PREMIER DIMANCHE DE LAVENT

les bons soient exercés, et les pédieurs endurcis : quoique celle confusiou de biens et de maux enire dans l'ordre de la Providence , et que , par des routes et des méiiageineiiU impénétrables; Dieu s'en ser^'C |)Our conduire à ses fins le Juste et le pécheur, il faut cependant que le Fils de rUoiuine rétablisse toute chose: JVr ipxum instaurare om- »itrt;(Kriiiis.,l, ^0.)el qu’on vole enfin quelle dif- Térence on doit faire de l'impie d’avec l’iiomnie de bien ; de celui «|ui sert le Seigneur, d’avec celui qui le méprise : Quid *it inlrr juslum et impium; fl iuier servienietn Deo, et non seiTÎentem ei. (Malacii., III, 18.) Or, voUà le spectacle de ce dernier jour : l'ordre sera rétabli , les bons séparés des roécliants; les uns placés à la droite, et les autresà la gauche: Klshdurtoresçutdemddextrit suis, hœdos aiifrm à sinistris. (Mattii., XXV, 33.)

Séparation, premièrement, tonte nouvelle. On ne vous demandera pas, pour décider du rang que vous devez occuper dans cette formidable scène, votre nom , votre naiss.ince, vos litres, vos dignités; ce n’étoit là qu'une fumée, qui n'avoil de réalité (jue dans Terreur publique; on examinera seulement si vous êtes un animal immonde, ou une brebis innocente. On ne séparera pas le prince, du sujet; le noble, du roturier; le pauvre, du puissant; le conquérant, du vaincu : mais la paille, du bon grain; les vases d’honneur, des vases de honte ; les boucs, des brebis : lîl statuet oves quidem à dextris suis, lurdos aidemà sinistris.

On verra le Fils de Tllumiue parcourant des yeux, du haut des airs, les |>euples et les nations confondues et assemblées à ses pieds, relisant dans ce spectacle Tiilstoire de Tunivers , c’esl -à-dire des passions ou des vertus des hommes; on le verra rassembler ses élus des quaire vents; les choisir de toute langue , de tout étal, de toute nation ; réunir les enfants d’Israël dispersés dans Tunivers; exposer Tliistoire secrète d’un peuple saint et nouveau; produire sur la scène des héros de lu foi jus(]ue-là inconnus au monde; ne plus distinguer les siècles par les victoires des conquérants, par Télablissenient ou la décadence des empires, par la politesse ou la barbarie des temps, par les grands hommes qui ont paru dans cliaqiieàge, mais par les divers triomphes de la grâce, par les victoires cachées des Justes sur leurs passions , par rétablissement de son r^ne dans un cœur, par la fermeté héroïque d’un fidèle persécuté. Vous le verrez changer la face des choses, créer nn nouveau ciel et une nouvelle terre , et réduire cette variété infinie de peuples, de titres, de conditions, de dignités, à un peuple saint et à nn peuple ré*

prouvé, aux boucs et aux brebis : Ei skiluel otes quidfm à dexiris suis, hœdos autem à liuttiris.

Séparation, secondement, cruelle. On séparera le père de Tculant; l’ami de son ami; le frère de son frère : l’un sera pris, et Taulre laissé. La mort qui nous ravit les personnes clières, et qui nous fait [Mjusser tant de soupirs et verser tant de larmes , IMU5 laisse du moins une consolation dans l’espérance d’être un jour réunis avec elles. Ici la séparation sera étemelle; il n’y aura plus d’espoir de réunion ; nous n’aurons plus de prodies , de père , d’enfant , d’ami ; plus de liens que les flammes étemelles qui nous uniront pour toujours aux réprouvés.

Séparation, iruisièmement , ignominieuse. On est si vif sur une préférence , lorsque dans une occasion d’éclat on nous oublie , on nous laisse confondus dans la foule l'on est si touché lorsque , dans la distribution des grâces, on voit des subalternes emporter les premières places ; nos services oubliés; et ceux que nous avions toujours vus audessous de nous , élevés et placés sur nos tètes ! mais c’esl dans ce grand jouroii la préférence sera accompagnée des circonstances les plus humiliantes pour Tame criminelle.Vons verrez dans ce silence Quiversel, dans cette attente terrible où chacun sera de la déci.<iion de sa destinée , le l-'ils de THomme s'avancer dans les airs, des couronnes dans une main , et la ver^ de sa fureur dans Taulre , venir enlever à vos côtés nn Juste dont vous aviez peut-être ou calomnié l’innocence perdes discours téméraires, ou méprisé la vertu par des plaisanteries impie.s ; im Fidèle , qui peut-être éloit né votre sujet; un l^zare, qui vous avoit importuné inutilement du récit de ses besoins et de son indigence; un concurrent que vous aviez toujours regardé d’un œil de mépris, et sur les ruines duquel vos intrigues et vos arlifices vous avoient élevé : vous verrez le Fils de THomme lui mettre sur la tête une couronne d’immortalité, le fiiire asseoir à sa droite , tandis que vous , comme le superbe Aman, rejeté, humilié, dégradé, n’aurez plus devant vos yeux que TappareÜ de votre supplice.

Oui , mes Frères , tout ce qo’nne préférence peut avoir d'accablant se trouvera dans celle-ci. Un sauvage, converli à la foi , trouvera sa place parmi les brebis; et le dirétien , héritier des promesses, sera laissé parmi les boucs. Le laïque s’élèvera comme un aigle autour du corps , et le ministre de Jésus-Christ restera couvert de honte et d'opprobre sur la terre. L’homme du moiule passera à la droite, et le solitaire à la gaudie. Le sage , le savant , Tinvesligaleur du siède sera

JUGEMENT UNIVERSEL

chassé du cété des animaux immondes; et l'idiot qui ne savoit pas même rêpomire aux bt'nêiHciions communes y sera placé sur un trdne de gloire et de lumière. Raliab, une femme pécheresse, moniera à la céleste Sion , avec les vrais Israélites ; et la sreur de Moïse, et l’épouse de Jésus-Christ, sera séparée du camp et des tentes d’israél, et parollra couverte d’une lèpre honfetise : Et $iaiuet ores j/uidem à dexiris suis, lurdos autem à sioistris. Vous voulez, ô mon Dieu, que rien ne manque au désespoir de l’ame infidèle. Ce ne sera pas assez de l’accabler sous le poids de son infortune; vous lui ferez encore un nouveau supplice de la félicité des Justes qui lui seixml préférés, et qu’elle verra I portés par les anges dans le sein de l’immorlalilé.

Quel changement de scène dans runivers, mes ! Frères! C’est alors que tous les scandales étant arrachés du royaume de Jésus-Christ , et les Jusics : entièrement séparés des pécheurs , ils formeront | une nation choisie, une race sainte, et l’Eglise des premiers nés , dont les noms étoient écrits dans ; le ciel. C’est alors que le commerce des méchants, ' inévitable sur la terre, ne fera plus gémir leur foi i et trembler leur innocence; c’est alors que leur ; partage n’ayanl plus rien de commun avec les in- ' fldèles et les hypocrites, ils ne seront plus con- | traints d’ètre les témoins de leurs crimes, ou quel- | qiiefuis même les ministres involontaii*es de leurs (lassions; c'est alors que Ions les liens de société , | d’autorité ou de dépendance, qui les attachoient ici-bas aux impies et aux mondains, étant rompus , ils ne diront plus avec le Prophète : Seigneur, pourquoi pi'olongez-vous ici notre exil et notre demeure? noire aine sèche de douleur a la vue des crimes et des prévarications dont la teri'e est infectée. C’est alors enfin que leurs pleurs se changeront en joie, et leurs gémissemenls en nciions de grâces ; Us (lasseront à la droite comme des lirebis , et la gauche sera pour les boucs et pour les impies : Et statuet oves quidem à dextris suis, haidos anfem à sinistris.

La disposition de l’univers ainsi ordonnée, tons Ies(KQ(ite8 de la terre ainsi séparés, cliacun immobUeè la place qui lui sera toiuh«'e en (larlage , la surprise, la terreur, le désespoir, la confusion (>einle sur le visage des uns; sur celui des autres la joie, la sérénité, la confiance ; les yeux des J listes levés en haotversle Fils de l’Homme, d’où ils aitemlent leur délivrance; ceux des impies fixés d’une manière affreuse sur la ten*e, et (lerçant prescpie les abîmes de leurs regards , comme (loiir y marquer déjà la (ilace qui leur est destinée; le Kui de gloire , dit l’Evangile , placé au milieu des detix peuples, s’avoncera; cl se tournant du côté t.

de ceux qui seront à sa droite, avec nn air plein de doureur et de majesté , cl seul ca(mble de les consoler de tontes leurs (leines (lassées, U leur dira : FeneZy Us héuis de mon Père, posséder U royaume qui tous a été préparé dés le rommenccmcjjf des siècles. ( Mattii., xxv, 34. ) Les (lécheurs vous avoient toujours regardés comme le rebut et la portion la plus inutile du monde; qu’ils apprennent aujourd’hut que le monde lui-même ne sulisistoit que pour vous, que tout étoil fait (Kjur vous , et que tout a fiui dès que votre nombre a été rempli. Sortez enfui d’une terre où vous aviez toujours été étrangers et voyageurs; suivezmoi dans les voies immortelles de nia gloire et de ma félicite , comme vous m’aviez .suivi dans celles de mes hiimiliaiions et de mes souffrances. Vos travaux ii’onl duré qu’un instant ; le bonlieur dont vous allez jouir ne finira plus : Venitey beuedicti Patris met, possidete paralum vobis regnum ù coustiftifioHc mtiHcft. (Matth., xxv, 34. )

Puis se tournant à gauche, la vengeance et la fureur dans les yeux , lançant çà et là des regards terribles, comme des foudres vengeurs sur celte foule de cou{>.ib)es; d’une voix, dit un Prophète, qui entr’ouvrira les entrailles de l’ablinc (wur les I y engloutir, il dira , non comme sur la croix : Mon I Père, pardonnez-leur, parce qu’ils ne savent ce qu’ils font : mais , Relii'ez-vous, maudits, dans le j feti étemel qui est pré(>aré à Satan et à ses anges : vous étiez les élus du monde, vous êtes maudits . de mon Père ; vos plaisirs ont clé rapides et pas- ' sagers, vos (jeines seront cternelles : Diseedite I à me, matedictiy tu igneai (etenium qui parafus I fsl diabolo et augelisejus. (Mattii., xxv, 41.)

Les Justes alors s’élevant dans les airs avec le Fila i de flloinme , commenceronl à chanter le cantique céleste : Vous êtes riche en miséricorde, Seigneur,

I et vous avez couronné vos dons en ré:ooi(>ensaul I nos mérit&i. Alors les impies maudiront l’aiileiir I de leur être, et le jour fatal qui (irésida à leur I naissance ; ou plulùt ils entreront en fureur contre ' eux -mêmes , comme les auteurs de leur$ mal- I heurs et de leur («rte. Lt's abîmes s’ouvriront, le.s I deux s'abaissei'oiU, les réprouvés, dit l’Èvangile,

I iront dans le supplice étemel, et les Justes dans j la vieéternelle : 76uii( hi i» supplicium releruuin, t jusfi au/m in ri/«m (etenwm. (Mattii., xxr,

I 46. ) Voilà un (xirtage qui ne cliangera plus.

I Après un récit si formidable et si pro(>re à fairè impression sur les cœurs les (ilus emiurds, je ne I puis finir qu’en vous adressant les mêmes (urolcS

Iqiie Moïse adressa aulrefois aux Israélites, a|>i*è5 leur avoir ex(Hisé les menaces terribles et les |m*omesscs consolâmes renfennées dans le livre de là

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