‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 176 sur 348 · SI R LA MÉDISANCE · texte numérisé non relu

SI R LA MÉDISANCE

vous lo tronvei*«7 moins Oit»ne de vos éganis? ce qui devrait vous Je rnuJre respi'Cfab'e, vous autorise à le décrier ? WVles-vous [las devenu au dedans de vous, dit l’Apdtre, un jti|(e de petisées injustes ? et votre œil n'esl-il donc méclianl , que |«rce que votre frère est bon ?

D’ailleurs, les défauts que vous censurez sont légers : maiseii auriez-vous la même idée, si Ton vous les reprodiuit à vous-même ? Quand il vous est revenu certains discours tenus en votre absence, lesipiels, à la vérité , n'altaquoieiit pas essentiellement votre honneur et votre probité, mais qui ri pandoient dans le public quelques unes de vos fuiblessi's, quelles ont été vus dispositions? Mon Dieu ! c’est alors que l'un grossit tout ; que tout nous parult essentiel ; <|ue, peu content d’exagérer la malice des (larules, on fouille dam le secret de rinteuliuri, et qu’on veut trouver des motifs encore plus odieux que les discours mêmes. Ou a beau nous dire alors que. ce sont là des reproches qui iriiitercsseiit [ as l’e&senlieJ , et qui an fond ne sauroienl nous faire tort ; on croit avoir été insulté; ou en parle; ou s'en plaint; on éclate ; on n'est plus niaiire de son ressentiment ; et tandis que tout le monde blâme l’excès de notre sensibilité, seuls nous nous obstinons à croire que raffaire est sérieuse, et que notre honneur y est inttTcs.'tv Servez- vous <louc de celle règle dans les défauts que vous publiez de votre frère ; appliquez-vous roffcn>e à vous-mème; tout est léger contre lui ; et sur ce qui vous touche, tout [larolt essentiel à votre orgueil, et digne de vejrgeaiice.

Eiiün , les vices ijue vous censurez sont légers : mais n'y ajoutez-vous rien du votre? les donnezvous pour ce qu'ils sont ? ne mêlez-vous pas au récit (|ue vous en faites , la iiialigiiilé de vos conjectims? ne les nieUez-voii.s [tas en un certain point de vue , (]ui les tire de leur état naturel ? n'embellUscz-vous pa:^ votre histoire ? et pour faire an héros ridicule qui plaise, ne le faites- vous [tas tel qu’on le souhaite , et nuii pas tel qu’il est en effet ? n'accoin|»agiiez-Yous [tas vos discours de certaim gestes qui laissent tout entendre ? de certaines expressions qui ouvrent l'esprit de ceux qui vous écoutent â mille soupçons téméraires et llétrissaïus? de certain silence même , qui donne plus à (M'iKser que tout ce que vous auriez pu dire ? Car, qu’il est difticile de se tenir dans les bornes de la vérité, quand on n'est |rius dans celles de la charilc ! Plus ce que l'on censure est léger, plus riiiqiosuire est à craindre : U faut embellir pour se f|[iire écouter; et l’on devient calomniateur , où l'on n'avoil pas cru même être inédbaiii.

Voilà les circonstances qui vous regardent ; mais

si à cet égard les médisances que vous croyez légères sont très-criminelles , le seront-elles moins par rapport aux personnes qu'elles attaquent ?

Premièrement , elle est |>eut êire d’un sexe , où sur certains points principalement les taches les plus légères sont essentielles ; où tout bruit est un déshonneur public; où toute raillerie est un ontrage ; où tout soupçon est une accusation ; en un mot , où n'élre pas loué, est presque un affront et une infamie. Aussi saint Paul veut que les femmes chrétiennes soient ornées de pudeur et de modestie ; c'est-à-dire, il veut que ces vertus soient aussi visibles en elles, que les ornements qui les coovrenl ; et le plus bel éloge que l'Esprit saint fasse de Judith , après avoir parlé de sa beauté , de sa jeunesse et de ses grands biens, est qu'il ne s'étoit jamais trouvé personne dans tout Israël qui eût mal parlé de sa conduite; et que sa réputation répondoil à sa vertu.

Secondement , vos ceasures s’en prennent peutêtre à vos maîtres; à ceux que la Providence a établis sur vos télés, et auxquels la loi de Dieu vous ordonne de rendre le respect et la soumission qui leur est due. Car l'orgueil qui ii’aime pas la dépendance , se dédommage toujours en trouvant des foiblesses et des défauts dans ceux auxquels U est forcé d'obéir : plus ils sont elevés, plus ils sont exposés à nos censures; la malignité même est bien plus éclairée à leur égard ; on ne leur pardonne rien : ceux quelquefois qui sont le plus accablés de leurs bienfaits, ou le plus honorés de leur familiarité , sont ceux qui publient avec plus de témérité leurs imperfections et leurs vices; et outre le devoir sacré du respect qu'on viole, on se rend encore coupable du crime lâche et honteux de l’ingratitude.

Troisièmement, c'est peut-être une personne consacrée à Dieu, établie en dignité dans l'Eglise, que vous censurez ; laquelle engagée .par la sainteté de son étal à des mœura plus irrépréhensibles, plus exemplaires et plus pures , se trouve désbo^ norée et flétrie par des censures , qui ne feroient [las le même tort à des personnes engagées dans le monde. Aussi le Seigneur, dans l'Ecriture, maudit ceux qui ne feront tu- me <[ue toucher à seo oints. Cependant les traits <ie la médisance ne sont jamais plus- vifs , plus brîllams , plus applaudis dans le monde, que lorsqu’ils pêrlent sur les ministres des saints autels : le inonde, si indulgent pour lui-même, semble n’avoir conservé de sévérité qu’à leur égard ; et il a pour eux des yeux plus censeurs , et une langue plus empoisonnée que pour le reste des lioiumts. Il est vrai , ù DH>a Dieu 1 que notre conversation parmi ks peuples

3fS LUNDI DE LA QUATRIEME SEMAINE.

n'est pas tonjonn naiiRte, et t canrert de loot i«proelie ; que nom aduptons sourent les nunin, le Tasle, l'iodulence, ruisivete, les plaéiirsdu monde) que nous aurions dd combattre; que nous montrons aux fidèles plus d'exemples d'etfaeil et de négligence que de vertu ; que noos soaniies pliis jaloux des prééminences que des devoirs de ndtte éut; et qu’il est dinicile que le monde honore an caractère, que nous déshonorons tiOus-mêiiKS; Mais je vous l’ai dit souvent , mes Frères , nos infidélités devroient faire le sujet de vos larmes, pluldt que de votre joie et de vos censures : Dtèa punit d’ordinaire les dérèglements des peuples par la eorrnptioo des prêtres; et le plus terrible fléau dont il frappe les royaumes et les empirès , c'est de n’y point snsciler des pasteurs vénérables et des ministres sélés, qui s’opposent an torrent desdb^ solutions; c’est de permettre que la M et la religion s'affuihlissent jusqu'au milieu de ceux qui en sont les défenseurs et les déposilaites ; c’est ipK la lumière qui étoit destinée à vous éclairer se change en ténèbres ; que les coo[>érateois de votre salut aident par leurs exesuplet à votre perie ; que du sanctuaire même d’oti ne devroil sortir que la bonne odeur de JésusCfarist, U en sorte nné odeur de mort et de scandale ; et qu’enfln l’abomlnatioa entre jusque dans le lien saint. Mais d’ailleon, que chûige le relâchement de nos moeors à la sainteté du earactère qui nous consacre ? les vases sacrés qui servent â l’asiet, péCr être d’un méul vil, sont-ils ntolM dignes de vem respect ? et quand le ministre mériterolt vos mépris , seriez-vous moins sacrilège de ne pas respecter son minûtère?

Que dirai-je enfin ? vos détractions et vos censnres attaquent peut-être des personnes qni font une profession publique de piété, et dont ceux qui vous écoulent respectoient la vertu. Vous leor persuadez donc qn’iia en avoient trop cru : vous les autorisez i penser qu'il y a peu de véritables gens de bien sur h terre; qne tons ceux qu’on donne pour tels , examinés de près, resKOiblent au reste des hommes : vous confirmez les préjogés do monde contre la vertu, et donnez uA nouveau crédit i ces diaeouTs si ordinaires et si bijorièox â la religion, snr la piété des serviteurs de Jésua-Cbrist. Or, tout cela vous parolt-il kirt léger ? Ah ! mes Frères , les Justes sont ki-bas comme des arches subites , au milieo desquelles le Seigneur résidé , et dont il venge rigoureusement les mépris et lea outragea : ils peuvent diaooeler quelquefois dans la voie , comme l’atcfae d’Isratl , condnile en triomphe dans Jéruanlem ; car la vertu la plus pure et la phB brillante a sés taches et tes éclipses] et

la plus solidene se soutient pas partout également : mais le Seigneur s’indigne , qne des téméraires semblables a Oza se mOlént de les reelresser; et â peine y uinclient-lls , qu’il lès fèappe d’anathème ; il prend sur lui lès plus légère mépris dont On déâ- Innore ses serviteurs ; et ne peut SouRHl' que la vertu , qui a pu trouver dei admirateurs parmi lea tyrans mêmes et lés fieiiples lés plus barbares , hé litRité sentent qUe des eènSUres et des dérisioifil pannl les fidèles. Aiisd les enbnts d'Israël furent dévorél Sdr l’heure pour avoir insulté par des railleries le petit nombre de cheveux de l'hoHinle dé Dieu ] H cepèndânt ce if étaient là qne des indberétioHS pnériies si pardonnables â cet âge. Le feu dti eUfl descendit sur l’onicier dé l'impie Uebozias, éf le eot^iha â l’instant pour avoir appelé par dérision Éllé , rhomme do Dieu ; et cependant c’étolt nn courtisan de qni on dèvoit exiger moInS d’égards, pour l’austérité et la aimplicité d’un praphèlé, et pont la vertn d’nn homme rustique en apparence, et odieux â .son mallre. MIchol fat frappée de atérililé, ponr avoir trop aigrement censuré les saiofs éxcèa de la jtde et de la piété de David devant l’arche ; et cependant ce n’étoit là qu'unè délicaiésse de femme. Mais toucher à ceuâ qui servent le Seigneur , c'eSt loucber, dit l'Écriinre, à li pnnielle de Son œil ; fl mandit invisibicmefit ceS cearafiratémeraireade la pieté ; et S’il ne les frappé pas de mort â nilstafii , cMnfflê atllrelbls , U IcS masqfie Sdr IC from, dès cette vie, d’on caractèré de réprohatiob, et tenr refose pour eux-m'émes le dofi préCKDx de la grâce et de la Sainteté qn'IK ont méprisé dans les autres : et cependant ce sont les gens de bieh qui sont aujourd’hui le plfis én butte â la malignité des dheotna publics; et roM peut dite qne la vertu fait dans le monde pins de censeurs que le vice.

Je n’ajoute p.is , mes Frères, que si èes médisanees, que vous ap|)elez légères, sont Irès-criminrllcsdans leurs muliA et dans leurs circonstanoes , elles le sont encore plus dans lenrs suites : je dis leorssuites, lonjonrsirréparables, mes Frères. Voué pouvez expier le crime de la volupté par la mortiflcaiion et la pénllenee ; le crime de la haine par Ti~ niour de votre ennemi ; le erhne de ramtniioti, ch rentmfamaux boimeiin ctauipompesdusiêele; M crime de rirtjuslice, en restituant ce que vonsaveê ravi à vos frères ; le crime même de rimpicté et du libertinage, par un respect religtênx et pnbltc poor le culte de vos pères ; maia le crime de la détracüon, par quel remède, quelle vèrtn, peut-il se réparée? Tous n’avez révélé qu’à an seul les vices de voue frère ; je le veux ; mais ce confident tnfoetonèCn aura MenlM à son tant plasiCan auttes ,

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