PREMIÈRE PARTIE
La langue, dit un apôtre, est un (eu dévorant ; un monde et un assemblage d’iniquité; un mal inquiet; une source pleine d’un venin muriel: LiHÇua ignis est: unirersitaê iniquUatis; iaquielum malum; p/eno veneuo mortifère. (Jacub., ui, 6, H. ) Et voilà ce que j’appUquetois à la langue du roédUant , si j'avois entrepris de vous donner une idée juste et naturelle de toute l’énormile de ce vice : je vous aurois dit que la langue du détracteur est un feu dévorant, qui flétrit tout ce qu’il touebe ; qui exerce sa fureur sur le bon grain , comme sur la paille ; sur le itrofane , comme sur le sacré; qui ne laisse partout où ü a passé , que la ruine et la désolation; qui creuse jusiiue dans les entrailles de la terre , et va s’atlaclier aux choses les plus cachées; qui change en de viles cendres, ce qui nous avoit paru U n*y a qu’un nmment si précieux et si brillant; quü, dans le lenip.s même qu’il peroH couvert et presque éteint, agit av'ec plus de violence et de danger que jamais ; qui noircit ce qu’il ne [«ut consumer, et qui sait plaire et briller quclqoelois avant que de nuire : Lin^iui
iyNii rxl. Je vous aurais dit que U médisance est un assemblage d’iniquité : un orgueil secret , qui nous découvre la paille dans r<cil de notre frère , et nous cache la |HHilre qui est dans le nôtre : une envie basse, qui blessée des laienU ou de la prospérité d’autrui, en fait le sqjel de sa censure, et s’étudie à obscurcir féclat de tout ce qui Tefface : une baille déguisée , qui répand sur ses paroles rauieriume cacliée dans le ca'ur : uue duplicité indigne , qui loue en face et déclûre eu secret : une k'gèreté bonleuse , qui ne sait pas se vaincre et te retenir sur uu mot ; et qui sacrifle souveut sa (briune et son repos, à l’imprudence d’une censure qui sait plaire : uue barbarie de laogfruiii , qui va percer votre frère absent : un scandale, où vous êtes un sujet de duite et de pécbc à ceux qui vous écoulent : une ii^uslice, où vous ravissez à votre frère ce qu'il a de plus cher : /.tugua uuiversitas iniquitaiis. Je vous aurais dit que la médisance est un mal inquiet , qui trouble la société ; qui jette la (bssensiou dans les cours et dans les villes ; qui désunit les amitiés les plus étroites ; qui est la source des Uaiues et des vengeances ; qui remplit tous les lieux où elle entre de désordre et de cuiifusion; partout ennemie de la paix, de la douceur, de U politesse ebretienne : Zingua inquietum woluui. Enlin, j’aurois ajouté que c’est une source pleine d’un veuin mortel ; que tout ce qui en part est infecté, et iafecie tout ce qui l’environoe; que ses louanges mêmes smit empoisonnées; ses applaudisaemenU malins, son silence criminel; que ses gestes, ses mouvements, sesregards, que tout a son poison , et le répand à sa mausère : Zingua plem reueno morttfrro.
Voilà ce que j'aurots dû vous développer plus au long dans tout ce dbeours, si je ne m’clofa pro* posé que de vous peindre toute l'horreur du vice que jo vais combaHre ; maiiiie l’ai déjà dit; ç$ sont là de OM mveciivos puWiques, que persoime ne prend pour soi. Plus nous représentons le vice odieux, moins on s’y recunnoU soi-même : et quoiqu’eo convienne du principe , oa n'en fait aucun usage pour ses mœurs ; parce qu’un ironve toqioors dans ces peintures générales, des traits qui ne nous ressemblent pas. Je veux docK me borner ici à vous Caire sentir toute l’injustice de ce qui vous paruU le |rius innocenl dans la médisance ; et de peur que vous ne vous mécuniioisMez à ee que nous en dirons, ne l’attaquer qpe dans les prétextes dont vous vous serves tous les jours pour la jusUfler.
Or, le premier {H'éiexte, qui autorise dans le nuMide presque ternies les médisances , et qui fait que DOS entretiens ne sout plus que des censures éterueUes de uw frères , c’est la légèreté préten-
SUR LA MEPiSANCL.
due dei Tîcee que nmw centarnot. On ne vnmiroit perdre uu homme de n'put^lioii , et ruiner n Lripue, en le ddrhononnt dani le monde: Oétrir U remme nir le Tond de sa conduiie , et en venir i des points essentiels ; ceU sennt trop nmr et trop grpssiee = ttll)^ débuts qui (ondui-
sent nos jugemenu à les croire coupables de tout le reste ; mais de jeter dans l’esprit <le ceux qui noqs épputenl , mille $ou|>(nQ.H qui laissent eu|èevoir ep qu’on n’oeeroit dire ; nuis de bire des remarques satiriques qui décoqvrenl du mrsttre qii personne n’en voroi( auparavant j mais de donner duridieule- par des mtetprétalionsempobonnéei. e des manières qqi jusque Id u’avaiept pas rétesllé rattenliqn ; mais de laisser tour <aiieni|re sur pertains points , en prolesiant qu’on n'y enlend pw ducsse soi-même : c’es( de quoi le monde bit peu de scrupule; et quoique les mutila, k* cirounstances , les suites de ces discours soient trés-crim>nellea, la gaieté en excuse la malignité aiq>rès de ceux qui nous écouteut, et Doqs en culte le critne ^ Dous-méntes.
Je dis premiemnenl les motifs. Je sais qtme'eit par rimucenoe de rintention surtout , qu’oit se justifie ; que vous nous dites Ions les iowfe . qtie votre dessein o’est pas de Qétrir h réputatèm de votre frère , mais de voua réjoitir ■■‘noro'vv’èW sur des défauts qui ne le déshonoreat pas dam le monde. Vous rtqouir de sas débuts , moq ober Auditeur ! Mais quelle est ottte jiùe crueUe qui porte b tristesse et l'auierlutiie (Wu le emw de votre (rère I mois pù est l’iupapeisce dfuu plastic, lequel prend s« «mree dw des v^ qui devroieot vous inspirer de U euwpqsawn Pt da |i douleur ; mqis ii Jésus-Cldisl débnd danp l’Evamiie d’amuser l’eumsi d«t consetsatsoiips par des paroles oiseuses, vow sera-t-il plist pwmisde l’égayer par des dérisiopa ai des ceusuresè mais si la |pi maudit celui qui découvre W honte de ses proebes, Kcex-vons plus 4 rouvert de b uialédic- Uou , vous qui ajoulea 4 celte découverte , b raillerie et l’insulte ? mais si celui qui appelle son frère d’un tenue de mépris, est di^te , selon Jésus- Christ, d’une punition éternelle; celui qui le rend le mépris et le jouet d’une assemblée prubae , évileta-t-il le même supplice ? Vous réjouir disses débuts ! Hais b charité se réjouit-elle du mal f mais est-ce 14 se réjouir dans le Seigneur , comme l'ordomic l’.VpdIxé? mais si vous aimez votre b4re comme vou.s-mémp , pouvez- vous vopa cépum; de ce qui l’aftlige? Ah! l’iiàrlise avoit hpireuc apuebis des spectaelés des gladiateurs , et ue croyeit pas que des fidèies élevés dans la douceur et dans b béuigaite de Jésus-Ciiriat, imsseot imwceiB-
menl repaître leurs yeux du sang et de b mort de ces inliirtuués esclaves, et se birc un délassement inuocent d’un pbisir si inhumain. Mau vniu repoavplex vons-mènie des spectacles plus odieux pour égayer voire ennui t vous amenez sur b scène , non plus des scélérats destinés 4 b mort , mais déS membres de Jésus Afiuist , vos frères ; et b volts réjouissez les spectaleurs des plaies que vous bilpB 4 leur personne , consacrée par le bap-
donc qu'il en coûle à voire frère pour vou< riiiouir ? ne sauriez- vous Irouver de joie dans |Os eoireUens, s’il nelburnii, pour ainsi dire, son MY^re sang à vos plaisirs iojusies ? Edifiez vous ^ um Ift autres, dit saint Paul , par des paroles de paia ei de cUariIti : racontez les merveilles de pieti sur les Justes, rbisloire de ses miséricordes sur les pécheurs : rappelez les vertus de ceux qui oous (MU précédés avec le signe de la foi : faites- YOUS uu saint délassement du récit des pieux exemples de vps frères avec qui vous vivez : pariez avec une joie religieuse des victoires t e U foi ; de l’agrandisseinent du règne de Jésus-Clirist; de ^•i^U^sseI^ent de U vérité ; de l'extinclioD des YjfVTura ; (ks grâces que Jésus-CUrLvt fait è son Eglise, en lui suscitant des pasteurs fidèles , des dopteurs éclairés , des princes religieux : anîmezvo^g à la vertu par la vue du peu de solidité du Ynmpde, du vide de ses plaisirs, et de la misère dea pécheurs qui se thTeut à leurs passions déréque ces grands objets oe sont pas digues de Ig èote des cbréiicos ? c’est ainsi pour- Qtk ks premiers fidèles se it^uissoienl dans k , et faiaoient de la douceur de leurs eu-
, upa des plus saintes coa^olations de leurs laoaporeUes. C’est notre cœur, mes ^ décide de nos plaisirs : un cœur corrompu ne trouve de joie que dans tout ce (|ui lui rappelle rimage de ses vices : les joies iimocenles aecoRvieoneutqu’à la vertu.
Euefiet, vous excu.sez la malignité de vos cea> suces suc i’iunoceuce de vos intentioDS. Mais approkudissous le secret de votre cœur : d’où vient que vos censures portent toujours sur cette personne, et que vous ue vous délas.sez jarnav plus agréablement et avec plus d’esprit, que lorsque vous rappelez ses defauts ? ne seroil ce point une jeJousiesecrètePsestalents, sa fortune, sa faveur, sou poste, sa rqmtalion , ne voua blesseroient- Us pas encore plus que défauts? le trouveriez-vous M digue de censure , s’U avoit moins de qualités
Iqui le mettent au-dessus de vous ? seriez-vous si aiae de Caire remarquer ses endroits foibles , si tout k woude UC lui eu irouvuit pu de foriavonUgeox?
380 LUNDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE
SaOl auroit'il redit m .«ourent arer tant de conv plaisance, que David nVloil que le fils d’I'^aT, s'il lie l'eiH re^ranlé comme un conctirreni pliinltgrie que lui de Tempire ? D’où vient que les défauis de tout autre vous trouvent plus indulgent ? qu'ailleurs vous evcuser. tout ; et qii’ici tout s’envenime dans votre bouche? Allez à la source; n'y a-t-il pas quelque racine secrète d’amertume dans votre cœur? et |K>uvez-voiis justifier, par l’innocence de vos intentions, des discours qui partent d’un princip’ si corrompu ? Vou'< noas assurez que ce n’est ni haine , ni Jalousie c«Hiire votre frère ; je le veux : mais n’y aurod-il pas peut-être dans vos satires des motifs encore plus lias et plus honteux? n’affeciez-vous pas de censurer votre frère devant un grand qui ne l’aime pas 7 ne vonlez-vons pas faire votre cour, et vous rendre agréable , en rendant votre frère un sujet de ou de mépris? ne sacrifiez-vous pas sa réputation à votre fortune? et ne cherchez -vous pas à plaire , en donnant du ridicule à un homme qui ne plaît pas ? Les cours sont si remplies de ces satires d’adulation et de bas intérêt ! I.es grands sont à plaindre dès qu’ils se livrent à des aversions Injttsies : on a bientôt trouvé des vices dans la vertu même qui leur déplaît.
Mais enfin , vous ne vous sentez point coupable, dites-vous , de tous ces lâches motifs ; et s’il vous arrive quelquefois de médire de vos frères , c’est en vous pure indiscrétion , et légèreté de langue. Mais est-ce donc par^là que vous vous croyez plus innocent ? la légèreté et l’indiscrétion ; ce vice si indigne de la gravité du clsrétien, si éloigné du sérieux et de la solidité de la foi , si souvent ctmdamné dans les livres saints , peut-il justifier un autre vice ? Eh ! qu’importe à votre frère que vous déchirez , que ce soit en vous indiscrétion ou malice ? un dard décociié imprudemment hiit-il une plaie moins dangereuse et moins profonde que celui qu’on a tiré à dessein ? le coup mortel que vous portez à votre frère est-il plus léger, parce que c’est l’imprudence et la légèreté qui l’ont lancé ; et que fait l’innocence de l’intention où l’action est on crime ? mais d’ailleurs , n’en est-ce pas un , d’être capable d’indiscrétion sur la réputation de vos frères ? Y a-t-il rien qui demande plus de circonspection et de pmdence ? tous les devoirs du christianisme ne sont-ils pas renfermés dans celui de la charité ? n*esl-ce pas là , pour ainsi dire , toute la religion ? et n’élre pas capable d’attention sur on point aussi essentiel, n’est -ce pas regarder comme un jeu tout le reste? Ali! c’est ici où il faut mettre une garde de circonspection sur sa langne ; peser toutes ses paroles , les lier dans son
cœur , comme dit le Sage , et les laisser mûrir dans sa bouche. ( ErrU., xxviir , 2fi , 29. ) Vous : écliap{ie-t iljamaisde ces discours indiscrets contre vous-même ? manquez-vous qiielquefoisd’attenlion sur ce qui Intéresse votre honneur et votre gloire ? Quels soins infatigables ! quelles mesures ! quelle industrie! dans quel détail vous voit-on descendre pour la ménager et l’accroître î S’il vous arrive de vous blâmer , c’est loujoui-s avec des circonstances qui font votre éloge : vous ne censurez en vous que des défauts qui vous fimt honneur; et en avouant vos vices, vous ne voulez que raconter vos vertus ; l’amour de vous-inème ramèiu; tout à vous. Aimez votre frère comme vous vous aimez, et tout vous ramènera à lui ; et vmw serez incapable d’indiscrétion sur ses intérêts, et vous n’aurez plus besoin (le nos instructions sur ce (}ue vous devez à sa réputation et à sa gloire.
Mais si ces médisances, que vous appelez légères, sont criminelles dan.s leurs m ilifs , « Iles ne le sont pas moins dans leurs circonstances.
Je poiirrois d’abord vous faire remarquer que le monde familiarisé avec le crime, et qui, à force de voir les vices les piiLS crianLs devenus les vices de la multitude , n'en est presque plus louché , appelle légères les médisances qui roulent sur les foihiesses les plu.s criminelles et les plus honteuses : les soupçons d’infidélité dans le lien sacré du mariage ne sont plus un décri formel , et une Détrissure essentielle ; ce sont des discours de dérision et de plaisanterie : accuser im courtisan de {>ern<lic et de mauvaise foi, ce n’est pins attaquer son honneur, c’est donner du ridicule aux protestations de sincérité dont il nous amuse t rendre sti>pectc d’hypocrisie la piété la plus sincère , ce nVsl pas outrager Dieu dans ses Saints , c’est un laiig.ige de dérision que l’usage a rendu (xunmun : eu un mol , hors les crimes que l’autorité publique punit, et qui nous attirent , ou la di.igrace du maître , ou la perte des biens et de la fortune , tout le reste paroU léger, et devient le sujet ordinaire des entretiens et des censures publiques.
Mais ne poussons pas plus loin cette réflexion. Je veux que les défaiiU <p)e vous puldlez de votre frère soient légers: plus iis sont légers, plus vous êtes injuste de les relever : plus il mérite <pie vous usiez d’indulgence à son égard : plus il faut .supposer en vous une malignité d’attention à qui rien n’écliappe ; une dureté de n^ilure) , qui ne sauroil rien excuser. Si les défauts de votre frère éloient essentiels, vous l’épargneriez; vous le trmu'erîez digne de mire indulgence; la politc.sse et la religion vous feroient un devoir de vous taire : ch ! quoi? parce qu’il n’a que de légères fuiblcsses,
DTTJÎTTT^ by Cioogle