‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 178 sur 348 · SUR LA MEDISANCE. 58T · texte numérisé non relu

SUR LA MEDISANCE. 58T

Tofiensent; comme « le privilège delà piété, dont Taine es.t la cliarité, étoii de nous dispenser de la cliarilé même. Ce n’eat pas (jue je veuille ici justilier les discours du monde, el lui fournir de nouveaux traits contre le zèle des gens de bien; Tnaifi je nc doU pas aussi dissimuler, que la liberté qu*on se donne de censurer la conduite de ses frères, est nn des abus les plus ordinaires de U piété.

Or, mon cher Auditeur, vous que ce discours regarde, écoulez les règles que TEvangile prescrit sur te zèle véritable , el ne les oubliez jamais. Souvenez-vous premièrement , que le zèle qui nous Élit gémir des scandales qui déshonorent TEglise , se contente d’en gémir devant Dieu ; de le prier qu’il se souvieune de ses misâ^icordes anciennes ; qu’il jette des regards propices sur son peuple ; qu'il établisse son règne dans tous les cœurs; et qu’il ramène les pécheurs de leurs voies égarées. Voilà une manière sainte de gémir sur les chutes de vos frères : parlez-en souvent à Dieu , et oubliez-les devant les hommes.

Souvenez-vous secondement , que la piété ne vous donne pas un droit d’empire et d'autorité sur vos frères : que si vous n’ètes pas établi sur eux , et responsable de leur conduite; s’ils tombent, ou s’ils demeurent fermes, c’est Taffaire du Seigneur, et non pas la vôtre : qu’ainsi vos plaintes publiques et étemelles sur leurs désordres, partent d’on fonds d’orgueil, de malignité, de légèreté, d’inquiétude; que TÉgliseases pasteurs pour veiller sur le troupeau ; que Tarche a ses ministres qui la soutiennent , sans qu’un secours étranger et téméraire s’en mêle; et qiTeiifin , loin de corriger par là vus frères, vous désiionorez la piété; vous jnsliGez les discours des impies contre Tliomme de bien; et vous les autorisez à dire, comme autrefois dans la Sagesse : Pourquoi celui-ci croit-il avoir droit de remplir les rues et les places publiques de plaintes et de clameurs conti'e notre conduite ? et se fait-il un point de vertu de nous diffamer dans Tesprit de nos frères ? Improperai nobispeetêta legis^et diffamai in nos prccala discipiinæ nosirœ.

Souvenez-vous troLsièmemeut , que te zèle qui est selon la science , cherclie le salut , et non la diffamation de son frère ; qu’il veut édilier , mais qu’il n’aime pas à nuire; qu’il s’étudie à se rendre aimable , |K>ur se rendre plus utile ; qu’il est plus touché du mallieur et de la perte de son frère, qu’aigri et scandalisé de ses foutes; qu’il voudroit pouvoir se les cacher à .soi-mëme, loin de les aller publier devant les autres; et que le zèle qui les censure , loin de diminuer le mal , ne foit qu'augmenter le scandale.

iiouvenez-vons quatrièmement, que cezèle ccn-> seiir «jue vous faites parollre contr-e votre frère lui est inutile, puis(|u’il n’ene^l (las lénioiu; qu’il est même nuisible à sa conversion , que vous reculez en l’aigrissant par vos censures , s’il vient à les apprendre ; nuisible à sa réputation que vous bletaez, à la piété que vous décriât; nnisible enfin à ceux qui, vous écoutent; qui, respectant votre prétendue vertQ , ne croient pas qu’oa puisse s’égarer en soivant vos traces , et ne mettent pins la médisance au nombre des vices. Le zèle est homble , et il n’a des yeux que pour ses propres misères ; U est simple , et il lui est plus ordinaire de croire trop focilement le bien que le mal ; U est miséricordieux , et les fautes d’autnii le trouvent toujours aussi iqdulgent, que ses propres fautes le trouvent sévère ; il est délicat et timoré , et il aime sonvenl mieux manquer de blâmer le vice, que s’exposer à censurer le pécheur.

Ainsi, vous, mes Frères, qui, revenus des égarements du monde , servez le Seigneur, souffrez que je finisse en vous adressant les mêmes paroles que saint Cyprien adressoit autrefois à des serviteurs de Jtsus-Ghrist , lesquels , par un zèle indiscret, ne foisoieul pas de scrupule de déchirer leurs frères. Une langue qui aoonfessé Jésus-Christ ; qui a renoncé aux erreurs et aux pompes du monde ; qui bénit tous les jours le Dieu de paix aux pieds des autels; qui est souvent consacrée par la participation des niy.stères saints , ne doit ^us être inquiète , dangereuse , pleine de M et d’amertume contre ses frères : c’est une ignominie pour la religion , que d’abord après avoir offert au Seigneur des prières pures , el un sacrifice de louanges dans rassemblée des fidèles , voos alliez lancer les traits venimeux du serpent, contre ceux que Tunion de la foi, de la charité , des sacrements ; que leurs propres égarements même devroient vous rendre plus chers et plus respectables : Linijua Christum confessa uou sif mafrdira, non (urètifenfa; noit ronviliis perstrepeus audiatur; non conira /ratres ft Dei sacerdoteSy post verba laudis, serpentU veiiena jaenfrfur. (S. Cyph. )

Otons, par la sagesse et la modération de nos disconrs , aux ennemis de la vertu , toute occasion de blasphémer contre elle : corrigeons nos frères , plus par la sainteté de nos exemples, que par l’aigreur de nos censures : reprenons les en vivant mieux qu’eux, et non pas en parlant contre eux : rendons la vertu res|)octab!c par sa douceur, encore plus que par sa sévérité : attirons à nous les pécheurs , en compatissant à leurs fautes , el non en les censurant : qu’ils ne s’aperçoivent de notre vertu, que par notre charité et notre indulgence :

58« MARDI DE LA OUATRIEME SEMAINE

et que notre attention clnrilabîe ù couvrir et excuser leurs vices, les porte à les corxlaiimer, et à 8*en accuser plus s^vèreinetil eiix-nu^mes : {>ar-là nous ^^agnerons nos frères ; nom honorerons la piété; nous confondrons Tinipiélé et le libertinage; nous ôterons an monde ces discours si cuinmuns et si injurieux à la véritable vertu; et après avoir usé de niisèiicorde envers nus frères, nous irons avec plus de crmiiance nous présenter au Père des mbériatrdcs, et au Dieu de toute consolation , et 1a demander pour nous-méiues. jiinsi soU-tl.

SERMON

POUR l.E MARDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE

DE CyVAÉME.

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