SUR LA MORT
riirnnnlabUltë de nolïé état, ne lont pins ijne des lumières cruelles qui vont nous déchirer élerneilemenl.et Taire la matière la plus douloumise de noire supplice , pluiAt que des réflexions sages qui puissent nous conduire au repeniir. ''
Sor quoi pouTez-sous donc justifier cet oubli profond et incompréhensible, dans lequel vous vt- Tei de votre dernier jour? sur la jeunesse qui semble vous promeiire encore une longue suite d’années? La jeunesse? mais le fils de la veuve de Nalm étoit jeune : la mort respecte-t-elle les âges et les rangs? La jeunesse? mais c'est joslement ce qui me feroit craindre pour vous ; des moeurs licencieuses, des plaisirs extrêmes, des passions outrées, les excès de la table , les niouvemenis de ranibitiim , les dangers de la guerre , les désirs de la gitdre, les saillies de la vengeance; n’est-tx pas dans ces beaux jours que la plupart des hommes finissent leur course? Adonias efit vieilli , s’il n’eât été voluptueux; Absalom , s’il eût été libre d’ambition ; le fils du roi de Sicbem , s’il n’efit pas aimé Diaa ; Jonathas , si la gloire ne Ini edt creusé un biBib^ sur les nionlagnes de Gelboé. La jeunesse ? mais fiiut-il renouveler ici la douleur de la nation, et redoubler des larmes qui coulent encore ? faut-il aigrir la plaie qui saigne encore, et qui saignera long-temps, dans le oeiir dn grand prince qui nous écoule ? Une jeune princesse , les délices de la cour; un jeune prince, l’espérance de l’état; l’enfaiit même, le fruit pncieux de leur tendresse et des vieux publics; la cruelle mort ne vientelle pas (le les moissonner Ions ensemble en un clin d’oeil ? et cet auguste palais, rempli , il y a peu de jours, de tant dê gloire, de majesté , de magnificence , n’est-il pas devenu , ce semble , pour toujours une maison de denil et de tristesse ? La jeunesse? que la France seroit heureuse, si l’on eût pu compter sur cette ressource ! hélas ! c’est la saison dà périls, et l’écueil le plus ordinaire de la vie.
Sur quoi vous nssnrez-vous donc encore ? sur la force du tempérament ? Mais qu’est-ce que la santé la mieux établie ? une étincelle qu’un souffle éteint: il ne faut qu’un jour d’infirmité pour détruire le corps le plus robuste du monde. Je n’examine pas après cela ri vous ne vous Dallez point même lâ-dessus; si un corps ruiné par les désordres de vos premiers ans, ne vous annonce (as au dedans de vous une réponse de mort ; si des infirmités habitnelles ne sons ouvrent pas de loin les portes do tombeau ; si des indices fâcheux ne vous menacent pas d’un accident soudain ; je veux qoe vous prolongiex vos jours au-delà même de vos eàpéranew. Hélas, mes Frères! ce qui doit finir,
peut-il vous paroltre long ? regârde* derrièrè vous f où sont vo8pieniièresnnnees?i|nelaisseui-ellesde réel dans votre souvenir? pas plus (|u’un songe de la nuit : voua rêvez que vous avez vécu ; voilà lont ce qui vous en reste : tout cet intervalle qui s’est écoulé depuis votre naissance jus |u’aujnurd’hui , ce n’est qu’un trait rapide qu’à peine vous avez vu passer : quand vous auriez commencé à vivre avec le monde, le passé ne vous pai oitroit pas plus long ni plus réel : tous les siècles qui ont coulé jusqu’à nous, vous les regarderiez coiuiue des instaui, fug.tifs ; tous les (leiiples qui ont |>aru et dispam dans l’univers , luiiles les révolutions d’empirCs et dé royaumes, tous ces grands evenvmenls qui em belÜMienl nus histoires, ne seroieiit pour vous que les differentes scènes d'un spectacle que vous auriez vu finir en un jour. Itap|>elez stulenieiil les victoires , les prises de place, les traités glorieux, les magnificences , les événements pompeux des premières années de ce règne ; vous y louchez encore : vous en avez été la plupart, non-seulement spectateurs ; mais vous en avez partage les périls et la g.oire ; ils passeruiil dans nos annales jusqu’à nos dentiers neveux ; niais (tour vous , ce n'est déjà plus qu’un songe , qu'un éclair qui a dispara , et que chaque jour efTace même de votre souvenir. Qu’est-ce donc que le peu de chemin qui vous reste à faire ? croyoïis-noiis que les jouis à venir aient plus de réalité que les passés ? les années paraissent longues quand elles sont encore loin de nous ; arrivées , elles disparui.s.sent , elles noos écliappent en un instant; et nous n’aurons pas tourne la tète , que nous nous trouverons , comme par nn enciiantement , an terme fatal qui noos parait encore si loin , et ne devoit jamais arriver. Regardez le monde tel que vous l’avez vu dans vos premières années , et tel que vous le voyez aujourd'hui ; une nouvelle cour a succédé à celle que vos premieis ans ont vue; de nouveaux personnages sont montés sur la scène ; les grands rôles sont remplis par de nouveaux acteurs; ce sont de nouveaux événements, de nouvelles intrigues, de nouvelles passions, de nouveaux héros dans la vertu, comme dans le vice, qni font le sujet des louanges, des dérisions, des censures pabliqiies : un nouveau monde s'eSt élevé insensiblément, et sans que vous vous en soyez aperçu, snè les débris du premier : tout passe avec vous (A comme vous ; une rapidité que rien n'arrète, en'traîne tout dans les abîmes de l’etemité : nos ancêtres nous en frayèrent hier le chemin; et nous allons le frayer demain à ceux qui viendront aprèii nous. Les âges se renouvellent ; la ligure dn monde ptese sans cesse; les morts et les vivants se reof-
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ptacent et «e succèdent continuellement : Hen ne demeure ; tout clianiçe , tout s’use, tout s’étetnl; Dieu seul demeure toujours le même ; le torrent des siècles, qui entraîne tous les hommes , coule devant ses yeux ; et U voit, avec indignation , de Ibibles mortels , emportés par ce cours rapide , rinsuUer en passant; vouloir (aire de ce seul instant tout leur bonlteur ; et iwnher, an sortir de là, entre les mains de sa colère et de sa yengeance. Où sont maintenant parmi nous les sages , dit l’Apdtre? et un liomme, fût-il capable de gouverner l’univers, peut-il mériter ce nom , dès qu'il peut oublier ce qu’il est et ce qu’il doit être ?
Cependant , mes Frères , quelle impression biil sur nous l’inslabililé de tout ce qui passe? la mort de nos proches , de nos amis, de nos concurrents, de nos maîtres ? Nous ne pensoas pas que nous les allons suivre de près; nous ne |ieiisons qu’à nous revêtir de leurs dépouilles : noos ne pensons pas au peu de temps qu’ils en ont joui; nous ne pensons qu'au pUisir qu'ils ont eu de les posséder; nous noos hâtons de proliur du débris les uns des autres : nous ressemblons à ces soldats insensés , qui au fort de la mêlée , et dans le temps que leurs compagnons tombent de toutes parts à leurs côtés sous le fer et le feu des ennemis , se chargent avidement de leurs habits; et à peine en sont-ils re- Tétus , qti’un coup mortel leur ôte avec la vie cette folle décoration dont ils venoienl de se parer. Ainsi le fils se revêt des dépouilles du père , lui ferme les yeux , succède à son rang , à sa fortune , à ses dignités, conduit l’appareil de ses funérailles, et se retire plus occupé, plus touché des nouveaux litres dont il est revêtu , qu’instruit des derniers avis d’un père mourant; qu’affligé de sa perte, ou du moias désabusé des choses d’ici-bas par un spectacle qui loi en met sous les yeux le néant, et qui lui annonce incessamment la même destinée. La mort de ceux qui nous environnent n’est pas pour nous une instruction plus utile : un tel laisse un poste vacant, et on s’empresse de le demander; un autre vous avance d’un degré dans le service ; celui-ci finit avec lui des prétentiMU qui vous auroient incommodé ; celui-là vous laisse l’oreille et la faveur du maître , et c’étoil le seul qui pouvoil vous la disputer; un autre enfin vous approche d’une dignité , et vous ouvre les voies à une élévation où vous n’auriez pu prétendre qu’après lui ; et là-dessus , on se ranime , on prend de nouvelles mesures, 00 fait de nouveaux projets; et loin de se détromper par l’exemple de ceux que l’on voit disparoltre, U sort de leurs cendres mêmes des étincelles fatales qui vietmenl rallumer tous nos désirs, tous dos attacUemeots pour le oiODde; et
la mon , cette image ai triste de boire misère , It mort ranime plus de passions parmi les liommes , que toutes les iUusioctt mêmes de la vie. Qu’y a-t-il dooc qui puisae noua détacher de ce monde misérable, puisque la mort même ne sert qu’à resserrer les liens, et noos affermir dans Terreur qui nous y attache?
Ici , mes Frères, je ne vous demande que de la raison. Quelles sont les conséquences naturelles que le bon sens tout seul doit tirer de l’incertitude de la mort ?
Premièrement, Tlieure de la mort est incertaine ; chaque année , chaque jour , cliaque moment peut être le dernier de notre vie : donc c’est une folie de s’attaches à tout ce qui doit passer en un instant , et de perdre par là le seul bien qui ne passera pas : donc tout ce que vous faites uniquement pour la terre doit vous paroltre perdu , puisque vous n’y tenez à rien , que vous q’y pouvez compter sur rien , et que vous n’en emporterez rien que ce que vous aurez bit pour le ciel : donc les royaumes du monde et toute leur gloire , ne doivent pu balancer un moment les intérêts de votre éternité , puisque les grandes fortunes ne vous assurent pu plus de jours que les médiocres ; ni que Tunique avantage qui peut vous en revenir, c’est un dugrin plus amer , quand il faudra au lit de la mort s’en séparer pour toujours : donc tous vos soins, tous vos mouvements, tous vos désirs doivent se réunir à vous ménager une fortune durable , un bonheur étemel que personne ne puisse plus vous ravir.
Secondement, Tbeure de votre mort est incertaine: donc vous devse mourir chaque jour; ne vous permettre aucune acüou dans laquelle vous ne voulussiez point être surpris ; regaider toutes vos démarches, comme les démarches d’un mourant qui attend à tous moments qu’un vienne lui redemander son ame; faire toutes vos truvres comme si vous deviez à Tinstant en aller rendre compte; et puUi]ue vous ne pouvez pas répondre du temps qui suit, régler telleineiit te présent, que vous n’ayez pas besoin de Tavenir pour le réparer.
Enfin , Tbeure de votre mort est incertaine : donc ne différez pas votre pénitence; ne- tardez pas de vous convertir au Seigneur, le temps presse; vous ne pouvez pas même vous répondre d’un jour , et vous renvoyez à un avenir éloigné et incertain. Si TOUS aviez imprudenunent avalé un poison mortel , renverriez-vous à un temps éloigné le remède qui presse , et qui seul peut vous conserver la vie? la mort que vous porteriez dans le sein , vous |»crmettroU-eUe des délais et des re-
SUR LA
nùsiM? Voilà vûlT€ élal. Si vous êtes sage , prenez i à rin&lanl vos précaïUions : vous portez la nmrl dans votre ame , puisque vous y portez le [>écliê : hâtez-vous d'y remédier ; tous les instants sont précieux à qui ne peut se ré|K>ndre d’aucim : le breuvage empoisoniM* qui infecte voire ame , ne sauroit vous mener loin : la l>onté de Dieu vous uffrà eiMHHre le remède; bâtez* vous encore une fiMS d'en oser, tandis (|u'U vous en laisse le temps. Faudroh-ü des exhortatioas pour > ous y résoudre ? ne devroit-il pas suftlre qu'on vous montrât le bienfait de la guérison? faut-il exhorter un infurtuné que les flots entraînent y à faire des efforU tM)ur se garantir du naufrage? devriez-vmis avoir besoin lànlessus de notre ministère ? Vous louciiez ù votre dernière lieure; vous allez paroltre en un clin U’œü devant le tribunal de Dieu : vous ;k>uvez employer iiUIenient le moment <iul vous reste. Presque tous ceux qui meurent (ous les jours à vos yeux le laissent écliapper, et meurent sans en avoir fait Jficun usage : vous imitez leur négligence; la même surprise vous attend ; vous luotirrez comme enx, avant (|uc d’avoir commencé à mieux vivre. On le leur avoii amioncé, et nous votis l’annonçons ; leur malheur vous laisse iiLsensibles, et le sort infortuné qui vous attend ne touchera pas davantage ceux à qui nous l'annoncerons un jour ; c’est une succession d’aveuglement qui passe des pères aux enfauU, et qui se perpétue ^)r la terre : nous voulons tous mieux vivre, et nous mourons tous avant d’avoir bien vécu.
Voilà , mes Frères , les réflexions sages et naturelles où doit nous conduire rincertitiide de notre dernière heure. Mais si de ce qu’elle est ioeerlaine, vous êtes imprudent de ne pas vous en occuper davantage, que si elle ne devait jamais arriver ; ce que sa certitude a de terrible et d'effrayant , vous excuse encore moins de folie , d’éloigner celle triste image, comme ca(>able d’emimisonner tout le repos et toute la douceur de votre vie. C’est ce qui me reste ù vous exposer.