MORT. 4IS
trapeoartrinlerTalle qne noos verrions encore devant noua : cette image, toujours présente malgré noos â notre esprit, nous dégoAteroit de tont , noos rendrait les plaisirs iosipidea , la fortune indifférente , le monde entier â charge et ennuyeux ; ce moment terrible, que nous ne pourrions plus padre de vue, réprimeroit nos passions, éteindrait nos haines , désarmeroit nos vengeances , calmerail les révoltes de la chair , viendrait se mêler à tous nos prajeta ; et notre vie, ainsi déterminée â un cetlain nombre de jours précis et oonnns, ne serait qu’une préparation â ee dernia moment. Sommes-nous sages, mesFrèras? la mort, vue de loin â un point sdr et marqué , noos effraierait , nous délaeheroit du monde et de nous-mêmes , noos rappelleniit â Dieu , nous occuperait sans cesse ; et cette même mort incertaine , qui peut arriva chaque jour, chaque instant; et celte mwt qui doit nous surprendre , qui doit venir quand nous y penserons le moins ; et cette mort qui est pent-êlieâ la porte, nons laisse tranquilles ; qne dis-je? nous laisse toutes nos passions , tons nos attachements criminels , toute notre vivacité pour le monde , pour les plaisirs , pour la fortune ; et parce qu'il n’est pas sdr si nous ne mourrons pas aujourd’hui, nons vivons comme si nos années dévoient être éternelles.
Remarquez en effet, mes Frères , que cette incertitude est accompagnée de toutes les circonstances les plus capables d’alarma , ou du moins d’occuper un iKÙnme sage , et qui fait quelque usage de la raisan. Premièrement , la surprise de ee dernia jour , que vous avez â craindre , n’est pas un de ces accüenis rares , uniques , qui ne tombent que sur quelques malhenrenx , et qn’il est plus prudent de méprisa que de prévoir. li ne s’agit pas ici , pour qne la mort vous surprenne, que la foudre tombe sur vous , que vous soyez ensevelis sous les ruina de vos palais , qu’un naufrage vous engioutisse sons la eaux ; ni de tant d’aulra malheurs , que leur singularité rend plus terribla , et cependant moins appréhendés ; c’est un malbear familier ; il n’est pu de jour qui ne vous en fournisse da exempta ; presque tous la homma sont surpris de la mort ; tous l’ont vue approcha , lorsqu’ils la crayoient encore loin ; tons se disoient à eux-mêma , comme i’insensé de l’Évangile : Mon ame , reposrz-roiu , vous avez du Me» pour plusieim onnéa. (Luc, xii, 19.) Ainsi sont morts vos pracha , vos amis, tous ceux presque qne vous ava vus mourir ; tous vous ont laissés vous-mêma étonnés de la promptitude de lenr mort : vins en avez cherché da taisons dais l’impnideiKe do malaile, dans rignonnoe de l’art.
444 JEUDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE
iLins le clioix des remèiles ; mais U meilleure H la seule , c'esl que le jour du Seiqiieur nous surprend toujours. l.a terre est comme un viste cliamp de bataille où l'on est tuns les jours aux prises arec l'emiemi : vous eu êtes sorti lieureosenient aujeurd'Iiul ; mais vous y avea vu périr des gens qui ae promeltoient d’en sortir comme vous : il lanifra demain rentrer en lice; quivousa dit que le sort, si bizarre pour les autres, sera toujours constammeul heureux pour vous seul ? et piiisqn’enAn tous devez y périr , êtes-vous raisonnable d’y bttir une demeure stable et permanente , sur le lieu même destiné peut-être à voua servir de sépulture? Mettez-vous dans telle sitiialion q«’il vous plaira, il n’est point de moment qui ne puisse être pour vous le dernier , et qui ne l'ait été à vos yeux de quelques uns de vos frères : point d'action d’éclat qui ne puisse être terminée par les ténèbres éternelles du tombeau ; et llérode est frappé au milieu des applauJissenienis insensés de son peuple ; point de jour solennel qui ne puisse finir par voi re pompe funèbre; et Jezabel fut prieipilée le jour même qu'elle avuit choisi pour se montrer avec plus de faste et d’ostentation aux fenêtres de son palais ; point de festin délicieux qui ne puisse être pour vous une nourriture de mort ; et B.ilthazar expire autour (l’une table somptueuse : point de sommeil qui ne puisse vous conduire à un sommeil étemel ; et lloloplierne, au milieu de son armée, vainqueur des royaumes et des provinces , expire sous le glaive d’une simple femme d’Israël ; point de crime qui ne puisse finir vos crimes ; et /ambri trouve nue mort infâme dans les lentes mêmes des filles de Madian : point de maladie qui ne puisse être le terme fatal de vos jours ; et vous voyez tous les jours les infirmités les plus légères tromper les coo jectures de l’art et l’atleule des malades , et tourner tout d’un coup à la mort ; en un mot, représentez - vous dans quelque circonstance de votre vie , où vous puissiez jamais vous trouver, à peine pourrez -vous compter ceux qui y ont été surpris ; et rien ne peut vous garantir que vous ne le serez pas vous-même. Vous le dites ; vous en convenez ; et cet aveu si lertilile n’est qu’un discoiirs que vous donnez i fnsage , et ne vous conduit jamais ê une seule précaution , qni poisse vous meure à couvert du (léril.
Secondement, si celte incertitude ne rouloit qùe sur l’heure , sur le lieu , ou sur le genre de votre mort, elle ne paroltroit pas si affreuse : car enfin, qu’importe au chrétien, dit saint Augustin , de mourir an milieu de s« prodies , on dans des contrées étrangères; dans le lit de sa douleur, ou dada
te aetn des ooides, pourvu qtrïlMmdaMiipiéié
et dans ht justice? Mais ce qnll va id de tem’Wé; c’est qu’il est incertain si vous mourrez dans le Seigneur , On dans votre pécité ; C’est que vous ignorez oe que voua serez dans celle autre terre , oA les conditions ne rhsngenint plus ; entre les mains de qni tombera votrrame, seule, étrangère, tremblante, au sortir du corps ; si elle sera environnée de lumière , et pniire aux pieds du Irdne sur les aHes des esprits bienlienreui, ou enveloppée d’un nuage affreux , et précipitée dahs les abîmes : vous êtes entre ces deux étetUilês ; vous ne avez à laquelle des deux vous appartiendrez ; la mort «ule vous découvrira ce secret; et dans celte incerthiide , vousêles irsnipiilleF et vous la laissez venir indolemment , comme si elle ne devoit décider de rien pour vous ? Ah ! mes Frères , si tout devoit finir avec nous , l’impie anroil encore tort de dire ; Ne pensons point S la fin de notre viè; mangeons et bavons , nous mourrons demain : plus il irouveroil de douceur S vivre, plus il auroil raison de craindre la mort , qui ne serait pour lui cependant qu’une cessai ion entière de son ètée. Mais nous, à qui la foi découvre au-deiê des peines ou des récompenses éternelles ; nous qui devons arriver i la mort incertnins sur celle icrrlWe allemative, n’ya-l-il pas de la f.ilie , qiiedis fe? de ht fùreur (en ne tenant pas à l.i vérité le même disooma que l’impie : Mangeons et buvons, nous moDiTons demain); mais de vivre comme si nous pensions comme lui ? Eh ! pouvons-nous être on seni instant tans nous occuper de ce moment décisif , et sans adoucir par les précautions de la fol , oe que celte incertitude peut jeter de trouble et de frayeur dans une ame qui n'a pas encore renoncé à ses espérances étemelles ?
Troisièmement , dans inutet les autres incertllodes , ou le nombre de ceux qui partagent avec nous le même péril , peut nous rassurer ; ou des ressources dont nous pouvons nous Dalter , nous laissent plus tranquilles; on enfin, tout au pire, la surprise n’est qu’une instraclion , qui nous apprend , à nos dépens , è être une antre fois plus fur nos gardes. Mais dans rincertiltide terrible dont U s’agit , mes Frères , le nombre de cèuz qui conrent le même risqne que lions , ne diminne rien au nôtre : toutes les ressources dont nons pouvons nous flatter an lit de la mort , sont d’ordinaire des Uhisions; et la religion elle-même qui les limmit, n’en espère presque rien ; enfin , la surprise eZt sans retour ; nous ne mourons qu’une fois ; et nous neponvons pins mettre à profit notre imprudence pour une autre occasion. Notre malheur nous détrompe , il est vrai ; mais ces iiouvellrs lumières ^tÛMipénl natte erreur, devenues mutiles par