‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 194 sur 348 · MOUT · texte numérisé non relu

MOUT

les sens, Iroublcla raison, noircit rimàginaiion, empoisonne toute la douceur de la vie : on n’ose lixer ses regards sur une image si affreuse : nous éloignons celte (icnsée, comme lu plus triste et la plus amère de toutes ; tout ce qui nous en rappelle le souvenir, nous le craignons , nous le fuyons, comme s’il devoii hâter pour nous cette dernière heure. Sous prétexte de tendresse, nous n’aimons pas même I] u’uii nous parle des personnes chères (}ue la mort nons a ravies ; on prend soin de dérol>vr à nos regards les lieux qu’elles Iiabiloient, les peintures où leurs traits sont encore vivants, tout ce qui iKKirroil réveiller en nous avec leur idée , celle de la luorl qui vient de nous les enlever. Que dirai-je? nous craignons les récits lugubres; nons poiisvsons là-dessus nos frayeurs jus4)u’aux plus puériles siqierslttions; nous croyons voir partout des présages sinUtres de noire mort , dans les rêveries d’un songe , dans le chant nocUimc d’un oiseau, dans un nombre fortuit de convives, dans des événements encore plus ridicules : nous croyons U voir partout, et c'est pour cela même que nous lâclioas de la perdre de vue.

Or, mes Frères, ces frayeurs excessives élotent pardonnables à des paîeits , pour qui la mort étoit le plus grand des malheurs, puisqu’ils ii’altendoient rien au-delà du tombeau, et que vivant sans espérance, ils roouroieiit sans consolation. Mais on doit être surpris que la mort .soit si terrible à des dirétiens, et que la terreur de cette image leur serve même de prétexte pour J'éloigner de leur peosce.

Car en premier lieu , je veux que vous ayez raison de craindre celte dernière heure ; mais comme elle est certaine, je ne comprends pas, que parce qu’elle vous paruit terrible , vous ne deviez pas vous en occtJpcr et la pi'évenir : il me semble au contraire , que pins le malheur dont vons êtes menacés cbl aflrëux, plus vous devez ne pas le perdre de vue, et prendre sans cesse des mesures pour n’en cire pas surpris. Quoi ! plus le péril vous frappe et vous épouvante, plus il vous rendroil indolent cl inappliqué? les terreurs outrées de votre imagination vous guériroient tic celte crainte sage môme qui o|)ère le salut ? et parce que vous craignez trop, vous ne penseriez à rien? >Iais quel est l’homme que Tidéc trop vive du danger calme et rassure? quoi î s’il faIJoil marclier par un sentier éli oil et escar|)é , entoure de toutes parts de jM*ccipices, ordonneriez-vous qu’on vous Ixindat les yeux pour ne pas voir le danger, et de peur que la profondeur de l’abîme ne vous fu tourner la tête? Aliî mon cher Auditeur, vous voyez votre lonibcau ouvert à vos pieds* cet objet affreux vous alarme;

/fis JFUDI !)K LA QUATRIEME SEMAINE.

ri ;<ti li^u (le proiuli'e <ians la sages>:<^ de la relipion, lojjle.s les prérautioiis qu’elle vous offre pour ne tmnber inopimiDfut dans re jrouffre. vous vtMis luuitiez vous-inèuic l(*s yeux pour .ne le pas voir J vous vous faites de< divc»siuii> réjouissantes pour en effacer l’idée de votre esprit ; et, semhlaMc h ces vicUiiies inforlum’es du pai^anisme, vous courez au bûcher ies yeux bamles, couruiuic de fleurs, envirunrié de danses et de cris de joie, pour ne pas penser au terme falai où cet appareil vous conduit, et de peur de voirl’auiel, c’esl-àdire, le lit de la mort, où vous allez à l’instant être immolé.

De plus, si en éloignant celte pensée , vous pouviez aussi éloigner la mort , vos frayeurs aiiroieiU du moins une excuse. Mais pensez-y, ou n’y pensez j»as, la mort avance toujours; chaque efforl que vous f.tiies pour en éloigner le souvenir, votis rapproche d’elle ; et à l’heure marquée elle arrivera. Qu’avancez-vnus donc en déloiimanl votre esprit de cette peasée? Diminuez-vous le danger? vous raugmentez; vous vous rendez la surprise inévitable. Atlnuclssez-vous l’iiorrcur de ce spectacle en vous le dérobant? ah ! vous lui laissez tout ce qu'il a de plus terrible î Si vous vous rendiez la pensée de la mort plus familière, votre esprit foible et timide s'y accuutumeroil insensiblement; vous |>onrr«ez peu à peu y fixer vos regards , et l’envisager sans troulUc , ou du moins avec résignation , an Ut de la mort : elle ne seroit plus pour TOUS un spectacle nouveau. Un danger prévu de loin n’a rien qui étonne: la mort n’est forniidahle que la première fois qu’on en rap[H*lIe le souvenir; et elle n’est à craindre que lorsqu’elle est iiiipréV4»e.

Mais d’ailleurs , quand telle pensée vous Iroiiblci oit , feroil sur vous des impressions de frayotir et de tristesse , où seroit rinconvénieni ? N’tHesvüus sur la terre que pour y vivre dans un calme indolent, et ne vous y occuj)er tpie d’images douces et riantes? On en perdroii la raison, ditesvous, si l'on y pensoil tout de bon. On en peulrtul la raison? iiuiis tant d’ames fidèles, qui mêlent adle |icnsee à toutes leurs actions, et qui font du souvejiir de celle dernière heure le frein de leurs passions , cl le plus puissant motif de leur fidelité; mais tint d’illustres penitents, qui s’enfcrnioient tout vivaiifs dans des tombeaux, pour ne pas perdre de vue l’image de la mort; mais les Saints, qui mauroieni tous les jours, comme l’ApiUie, pour ne pas mourir élernelleineul , en ont-ils perdu la raison ? Vous en perdriez la raison? c’est-à-dire , vo:is rcganlericz le monde comme un exil ; les plaisirs, comme uue ivresse; le péché, connue le

; plus grand des malheurs; les plates, les lionnenrs, ' la faveur, la foi tune, comme des songes; le salut , tNjmmc la grande cl unique affaire ; est-ce là per- • dre la raison? Heureuse folie î et que ii’étes-vous dès aujourd’iiui du nombre de ces sages insensés ! j Vousen t»erdrie/.l.i raison ?oui, celle raison fausse, mondaine, orgreilleuse , cliarnelle , insensée , qui vouH séduit; oui, cette raison currumpiie, qui obscurcit la foi, qui autorise les passions, qui nous fait préférer le temps à réteniilé , prendre l’ombre pour la vérité, et qui égare tous les hommes; oui, cette raison déplorable , celle vaine philosophie , qui regarde comme une foiblesse de craindre un avenir, et qui, parce qu’elle le cniim trop, fait semblant, ou s’efrorcc de ne pas le croire. Mais cette raison sage, éclairée, modérée, chrétienne; mais cette prudence du serpent, si recommandée dans l’Evangile, c'est dans ce souvenir que vous la trouveriez; mais celte sagesse piéférable, dit l’Esprit saint, à tous les trésors et à tous les honneurs de la terre; cette sagesse si honorable à l’homme , et qui l'élève si haut au-dessus de lui-mèine , celte sagesse qui a foemé tant de héros chrétiens, c’est l’image toujours présente de votre dernière lieure, qui en embellira votre ame. Mais celle pensée, ajoutez-vous, si l’on s’étoit mis en léie de l'approfondir et de s'en occuper .sans cesse, seroit capable de faire tout quitter, et de jeter dans des résolutions violentes et extiômes : c’est-à-dire, de vous deiarherdti monde, de vos vices, de vos passions, de rinfamie de vos désordres, pour vous faire mener une vie chaste, n glée, clirélienne, seule digne de la raison : voilà ce que le monde appelle des résolutions violentes eie.MrOmes. Mais de plus, sous prétexte d’éviter de préiendus excès, vous ne prendriez |>as même les résolutions les plusnéccssaircs? commeucez toujours : les premiers Inmsports se raleulLs'cnt hienldt ; et il est bien plus aisé de modérer les excès de piété, que de ranimer sa langueuretsa paresse. Mais d'ailleurs, ne craignez rien de la ferveur excessive cl de» eiuportcmenU de votre zèle ; vous n’irez jamais trop loin de ce cûlé là. Cil cœur indolent, «msuel comme le vôtre , nourri dans les plaisirs cl dans la paresse , sans goût pour tout ce qui regarde le service de Dieu , ne nous promet pas de grandes indiscrétions dans les démarches d’une vie chrétienne : vous ne vous connoissez pas vous-méme ; vous n’avez pas éprouvé (|uclsobsiacies toutes vos inclinations vont mettre aux pratiques les plus communes de la piété. Prenez seulement des mesures contre la tiédeur et le découragement ; voilà le seul écueil que voils avez à craindre. Vous vous rappelez riiisloire de Pierre, qui se Ut ordonner de rcmeUre le glaive ,

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