‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 195 sur 348 · SUR LA MORT · texte numérisé non relu

SUR LA MORT

comme si son zHe ent dû le mener trop loin; et qui au sortir de là vint échouer contre la voix d*mie simple ftunme, et trouver dans sa lâcheté, la ten latimi qu’il ne sembloit craindre que de sa Terveur j et de son courap^. Quelle Illusion ! de ;>eur d’en I faire trop pour Dieu , on ne fait rien du tout : la crainte de donner trop d’attention à sou salut nous empêche d’y travailler, et l’on se perd, de peur de se sauver trop sûrement : on craint les excès chimériques de la piété, et on ne craint point l’éloipiemeni et le mépris réel de la piété elIc-méme.

crainte d’en trop faire pour votre fortune et pour votre élévation, et de la ponsser trop loin , vous arréte-l elle? refroidit-elle la vivacité de vns démardies et de votre ambition? n’est -ce pas celte espérance elle-méme qni les soutient et qui les anime? Rien n’est de trop pour le monde; et tout est excès pour Dieu : on craint , et on se reproche de n’en faire pas assex pour une fortune de boue ; et on s’arrête , de peur d’en faire trop pour la fortune de son éternité.

Mais je vais plus loin , et je dis que c'est à vous une ingralitade criminelle envers Dieu, dVloigner la pcn«éedela mort, seulement parce qu’elle vous trouble et vous alarme : car cette Impression de crainte et de terreur , est une ;^race singulière dont Dieu vous favorise. Hélas ! combien est-il (rimpies qui la méprisent, qui se font un mérite affreux de In voir approcher avec fermeté , et qui la regardent comme l'anéanltssemeiU entier de leur être? combien de sages et de philosophes dans le christianisme, (|ui, sans renoticer à la foi , l>omenl toutes leurs réflexions, toute la supériorité de leurs lumières , à la voir arriver iranqiiillement ; et ne raisonnent toute leur vie, que pour se préparer, en ce dernier moment, à une constance et à une sérénité d’esprit, aussi puérile que les hayeurs les plus vulgaires, et qui est l’usage le plus insensé qu’on puisse faire de la raison même? combien de ces hommes follement amoureux de la valeur et de la gloire, qui, au milieu des comliats , vont au danger comme à un spectacle , sans remonls , sans inquiétude, sans réllexion sur les suites <le leur destinée (celte témérité, la valeur de la nation l<i rend encore plus familière parmi nous, que partout ailleurs; et je parle devant une cour où ceux qui la conqiosent, sont en po-^'cssion d’en donner Pexempie aux antres)? combien de pédieurs dans b irjnquitlité des villes et dans l’obiveié d’une vie privée , livrés à rendurcissement et à im sens réprouvé , ne sont plus louches de cette image ? combien d’autres enfin , qui , par les suites d’un caractère trop vif, trop frivole, trop léger, et i»eu propre aux réOexIoQs tristes et sérieuses, passent tonte

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leur vie sans avoir pense une fois seulement qu'ils dévoient mourir? C’est donc nne grâce signalée que Dieu vous fait , de donner à celte pensée tant I de force et d’ascendant sur votre ame ; c’est donc vraisemUableinent b voie par laquellé il veut vous ramener à lui : si vous sortez jamais de vos égarements, vous n’en sortirez que par b : votre salut parolt attaché à ce remède. Que faites-vous donc en éloignant celte pensée, parce qu’elle vous jette dans des frayeurs salutaires ? vous vous privez du seul secours qui peut vous faciliter votre retour à Dieu ; vous rendez inutile une grâce qui vous est propre : vous savez, pour ainsi dire, mauvais gré à Dieu de vous en avoir favorisé; et vous vous reprochez à vous-même d’y être trop sensible. Trem •

I blez, mon cber Auditeur, que votre cœur ne se rassure contre ces frayeurs salutaires; qne vous ne voyiez d’un œü tranquille les spectacles les plus lugubres; que Dieu ne retire de vous ce moyen de salut, et qu’il ne vons endurcisse contre toutes ces terreursde religion. Cn bienfait non-seulement méprisé, mais reganlé même comme une peine, est bientôt suivi de l'indignation, ou du moins de l’indifTérence du bienfaiteur. Alors l'image de U mort vous laissera toute votre tranquillité : vous courrez à un plaisir an sortir d’une pompe lugubre : vous verrez dos mêmes yeux, nu un cadavre hideux, ou l’objet criminel de votre passion : alors vous en viendrez même jusqu’à vous savoir bon grc de vous être mis au-dessus de ces craintes vulgaires; jusqu’à vous applaudir d’un changement si terrilde pour votre salut. Mettez donc à proQl pour i le reglement de vos mccurs, cette sensibilité, tandis que Dieu vous la bisse encore : rapprochez de vous tous tes olijei s propres à retracer en vous celle image, tandis qu’elle peut encore troubler la fausse paix de vos passions : venez quelquefois sur les lomlieaux de vos ancêtres, méditer en présence de leurs cendres sur la vanité des choses d’ici-bas : venez les inierrckger quelquefois sur ce qui leur reste , dans le séjour ténébreux de b mort, de leurs plaisirs , de leur dignité et de leur gloire : venez vous-même ouvrir ces tristes demeures , et de tout ce qu'ils ont été autrefuis aux yeux des hommes, voyez ce qu’iissonl maintenant : des spectres dont vous ne pouvez soutenir b présence, des amas de vers et de pourriture; voilà ce qu’ibsont aux yeux des hommes : mais que sonl-Üs devant Dieu? Descendez en vuus-même en esprit dan« ces lieux d’horreur et (riiifeciion, et clioisissez-y d’avance votre place : représentez-vous vous-même dans cette dernière heure, étendu sar le lit de votre douleur, aux prises avec b mort, vos mem|>res engourdis, et déjà -saisis d'un froid mortel; votre

-ietï .IRl'm DE LA QÜA

laagiu' doja liée àe& ctialnes üe la mort; vas yeuï fixes, immobiles, couverts d’un nuaj'e confus, devant qui tout commence à disparoitre ; vos prodies et vos amis autour de vous, faisant des vœux inutiles pour votre santé, redoublant voire frayeur cl vos regrets par la tendresse de leurs soupirs el l’abondance de leurs larmes; le ministre du Seigneur à vos ciHés, le signe du salut (alors votre seule re<S4>urce) entre ses mains, des paroles de foi , de miséricorde el de confiance à la bouche. Rapprochez ce spectacle si instructif, si intéressant : vous-méme alors dans les tristes agitations de ce dernier combat , ne donnant plus de marques de vie que dans les convulsions qui annoncent vo< tre mort; tout le monde anéanti pour vous; dépouillé pour toujours de vos dignités et de vos litres; accompagné de vos seules œuvres, et près de |taroilre devant Dieu. Ce n’est |ias ici une prédiction; c’est l’bisloire de tous ceux qui meurent chaque jour à vos yeux , et c’est d’avance la vétre. Rappelez ce moment terrible : vous y viendrez, et le jour peut-être n’est pas loin , el peut-être y touchez-vous di^a. Mais enfla, vous y viendrez ; et quelque loin <]u’il puisse être, ce sera demain , et vous y arrivei^z en nii instant ; et la seule consolation que vous aurez alors, sera d’avoir fait de toute votre vie l’étude, la ressource et la préparation de votre mort.

Enfin, et c’est ma dernière raison, remontez à la source de ces frayeurs excessives qui vous rendent l’image et la pensée de la mort si terrible, vous la trouverez sans doute dans les embarras d’une conscience criminelle : ce n’est pas la mort que vous craignez, c’est la justice de Dieu qui vous attend au-delà, pour punir les infidéliiés et les désordres de votre vie : c’est que vous n’ôlcs pas en état de vous ))résenter devant lui , tout couvert des plaies les plus honteuses , qni défigurent en vous sou image; et que mourir pour vous dans la situation où vous êtes, ce .seroil périr pour toute la duréedes siècles. Puriliezdonc votre conscience ; finissez et expiez vos passions criminelles; rappelez Dieu dans votre cœur; n’offrez plus rien à ses yeux digne de sa colère et de ses châtiments; mettez-vous en état d'espérer quelque diose de ses miséricordes infinies après la mort , alors vous verrez approcher ce dernier moment avec moins de crainte et de saisissement ; et le sacrifice que vous aurez déjà fait à Dieu du inonde et de vos passions , nun-seulement vous facilitera , mais vous rendra iiiêmc doux et consolant , le sacrifice que vous lui ferez alors de votre vie.

Car diles-moi, mes Frères, qu’a la mort de si effravant })oitr une ame fidèle? de qnoi la sépare-

rRIÈ.ME semaine.

t*elle ? d*un monde qui périra ^ et qui est la patrie des réprouvés; de ses riclieases qui l’embarrassent , dont l’usage est environné de périls , et qu’il lui éloit défendu de foire servir à la félicité de ses sens ; de ses proches , de ses amis , qu’elle ne foit que devancer, et qui vont bientél la suivre ; de son corps, qui avoit été jusque U, ou l’écoeil de son innocence, ou l'obstacle perpétuel de ses saints désirs ; de ses maîtres et de ses sujets , dont les premiers exigeoient souvent d’elle des complaisamces criminelles, et les autres la rendoient responsable de leurs infidélités et de leurs crimes; de ses places et de ses dignités , qui , en muliipliaut ses devoirs, augmentoient ses périls; enfin de la vie, qui n’étoit pour elle qu’un exil , et un désir d'en être délivrée. Que lui rend la mort pour ce qu’elle lui 6te? elle lui rend des biens immuables, et que personne ne pourra plus lui ravir ; des plaisirs éternels , et qu’elle goûtera sans crainte et sans amertume ; la passession de Dieu même , assurée et paisible, el dont elle ne pourra plus déchoir; la délivrance de toutes ses passions, qui avoient été pour elle une source continuelle d’inquiétudes et de peines; une paix inaltérable, qu’elle n’avoit jamais pu trouver dans le monde; la dissolution de tous les liens qui fallaclMMent à la terre , el qui l’y retenoient comme captive ; enfin la société des Justes et des bienheureux , pour celle des hommes pécheurs dont elle se sépare. Et qu’y a-t-il donc de si doux dans celte vie , û mon Dieu, pour une ame fidèle , qui puisse l’y attacher? c’est pour elle une vallée de larmes, où les périls sont inCnis, les combats journaliers, les victoires rares, les chutes inévitables; ou les violences doivent être continuelles; où il faut tout refuser à ses sens; où tout nous lente, el tout nous est interdit ; où ce qui plaît le plus, est ce qu’il faut le plus fuir et craindre ; en on mot , où si vous ne souffrez , si vous ne pleurez, si vous ne résistez jusqu’au sang, si vous ne combattez sans cesse, si vous ne vous liaissez vousmème , vous êtes perdu. Que trouvez -vous là de si aimable , de si attirant , de si capable d’aUaclier une ame chrétienne? et mourir, n’est-oe pas un triomphe et un gain pour elle ?

Aussi , mes Frères , la mort est le seul point de vue et la seule consolation qui soutient la fldélilé des Justes. Gcinissem-ils dans raflliclioii? ils savent que leur fin est proche; que les tribulations courtes et passagères de cette vie , seront suivies d’un poids de gloire étemelle ; et dans cette pensée, ils trouvent une source inépuisable de patience, de fermeté, d’alli^px^. Entent-ils la loi des membres s'élever contre la loi de l’Esprit, et exciter en eux ces mouvements dangereux, qui

SUR LA

porteni rimtocence jusque sur le bord du prcci> piœ? ils n'ignorent pas qu’après la dissolution du corps terrestre » on le leur rendra cy^leste et spiri* tuel ; etqu’alors délivrés de toutes ces misères, ils seront semblables aux auges du ciel ; et ce souvenir les soutient et les fortifie. Sont-ils accablés sous la pesanteur du joug de Jésus*Cbrist ? et leur foi plus foible , est-elle sur le point de se ralentir, ou de succomber sous le poids des devoirs austères de TÉvaugile ? ali ! le jour du Seigneur n'est pas loin ; ils touchent à la bienheureuse récompense; et la fin de leur course, qu'ils voient déjà, les anime, et leur fait reprendre de nouvelles forces. Écoutez comme l'Apdtre coosoloit autrefois les premiers fidèles : Mes Frères, leur disoit-Ü , le temps est cour( ; le jour approche ; le Seigneur est à la porte, et il ne tardera pas : réjouissez-vous donc; je vous le dis encore, réjouissez-vous. C'éloii là toute ta consolation de ces hommes persécutés , outragés , proscrits, foulés aux pieds, regardés comme les balayures do inonde, ropprobre des Juifs, et la risée des gentils. Ils savoient que la mort alloit essuyer leurs larmes ; qu'alors U n'y auroit pluB pour eux, ni deuil, ni douleur, ni souffrance; que tout y seroit nouveau; et cefre pensée adouctaoit toutes leurs peines. Ah ! qui efit dit à ces généreux confesseurs de la foi que le Seigneur ne leur feroit pas goûter la mort, et qu'il les laisseroit vivre éternellement sur la terre, eût ébranlé leur foi , tenté leur constance; et en leur ôtant cette espérance, on leur eût Ôté toute leur consolation.

Vous n'en êtes pas sans doute surpris, mes Frères ; parce que pour des hommes affligés et malheureux, comme ils étoient, la mort devoit pamlire une ressource. Vous vous trompez ; ah ! ce n'éloient pas leurs persécutions et leurs souffrances qui faisoient leur malheur et leur tristesse; c'étoit là leur joie, leurcousolaiion, leur gloire: nous nous glwiflons dans les tribulations, disoient-ils : Cforiumur ta fri6ula(io»i&us (Rom., v, 3): c'étoil l'éloignement où ils vivoient encore de Jésus- Christ; c*éloit là la source de leurs larmes, et tout ce qui leur rendoil la mort si désirable. Tandis que noos sommes dans le corps , disoii l’Apôtre , nous sormnes éloignés du Seigneur ; et cet éloignement étoit un état triste et violent pour ces hommes fidèles : toute la piété consiste à soul^itcr notre réunion avec Jésus-Christ notre chef, à soupirer après l'iieureux moment qui nous incorporera avec tous les élus dans ce corps mystique, qui sa forme, depuis la naissancedu monde, de toute langue, de toute tribu, de toute nation ; qui est la fin de tous les desseins de Dieu, et qui doit le glorifier avec Jésus-Christ dans tous les siècles. Nous sommes

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