‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 2 sur 348 · DE L'ÉDITION DE ITU · texte numérisé non relu

DE L'ÉDITION DE ITU

Los SermoDS de Massillon ' ont été prêches vingt ans de suite, à Paris ou à la cour, avec un succès toujours égal. C’est le préjugé le moins équivoque et le plus décisif en Riveur de ce genre d’ouvrages. Un talent médiocre a quelquefois la vogue; et tant qu’il ne sera pas effacé par un talent supérieur, on le verra s’attirer, et se conserver même pour un temps l’estime et les applaudissements du public. Mais, réunir en sa laveur et fixer constamment les suffrages d’une multitude libre et indépendante, toujours prête à se retirer dès qu’on cesse de l’attacher et de lui plaire, c’est ce qui n’est donné qu’aux génies du premier ordre. Il n’appartient qu’aux Bossuet, aux Boiirdaloue et à ceux qui leur ressemblent, d’exercer un empire perpétuel sur les esprits et sur les cœurs.

Nous pouvons donc nous dispenser de faire

* MiauHon (Jean-Baptiste^, né i Ilféres en Provence . le 24 Jntn 1665 , fit Ms <tti«le»au de l’Oraloire de u ville

natale , entra , en I6M . dans ertte congnigatkxa . fut onioutai prêtre , aignala ton talent dès son début dans la chaire» et aBa oéaorooftu l’enfèmieT dana le uinaaslère de Scpt-Futids , dont il prit l’IuMt, résolo d'échapper ainsi aux séductlou» du ramour-propre que sa piété Ini faiauit redouter.

Rendu cependant 4 la corv^gatkm de l'Ontoire par l'autorité du cardiqai de N oaillea . Massillon profema successive* ment les bellea-lettrea et la théologie à l’éxcuaa , à llontlui' aqn et i Vienne, futeusuile. en IGhl , appelé k Paris pour y dirigrr le séminaire de Saint* Magloire , alla deux ans après prêcher le carême à Montpellier, et y excila une teHe admiration, i|u'U loi devint désonnaia impoaaible de fuir la renommée.

Bappelé immédUtement dana la capitale, il y prêcha le carême de 16S9, fut nommé prédicateur à la cour pour l'Aveutde la même année» et y produisit une si profonde imprenkmqoc Louis XIV, dont il éloit dcsliuéirjire l’élagc fhDêbre . fétnolpia phisicara fois le desar de l’entendre. Ce ne fut ttéaiunoins qu'aprês la mort de ce prince que Masiul- Ion re^i la récompense duc à son talent. Promu , en 1717, k révèchéde Clermont, il prononça l'aiinée suivante devant Louis XV, alors égé de neuf ans. ses discours si connos sous le nom de Peut Carenu. fut reçu en 1719 4 l'AcaiWime françolse, et (>artit ensuite pour son diocèse, où il mourut le lit aeptnitlire 1743-

h'élo^e de cet iilusCre orateur, par d'Alcmliert , a été In 4 rAcadrmic fruiçoiic en 1771 , et sa ville natale lui a ék’vé une staine.

I ici t’éloge (les Serinons de Massitlon. Qu'a- I jouterions-nons à l’approbation constante et I unanime de toute la France? D’ailleurs le ; public s'apercevra bientôt que les Sermons i que noos lui présentons sont dans le vrai j goût de la chaire; c’est au cœur que parle . Massillon; c’est le cœur qu’il affeclc et cju’il I intéresse ; or , quiconque a le secret d’aller ! au cœur, soit qu’on l’écoute , soit ipi’on le ' lise, est sûr de plaire , et de plaire toujours.

I Ce pathétique qui fait la principale force i de l’éloquence et le caractère propre de no- ; tre orateur, manquoit presque entièrement ! à la chaire , lorsipie le ministère de la parvde I lui fut confié. On en avoit heureusement banni tous ces traits entassés d’une érudi- I tien déplacée, assemblage bizarre du satré ; et du profane, propre à imposer au vuf- I gaire ignorant, plus propre encore à révolj ter l’homme sensé. Mais le commun des pré- I dicateurs ignoroit l’art d’intéresser par le i sentiment, quoique de là dépende tout le succès du discours ; et combien d’autres dé- I fouts n’avoit-on pas encore à leur reprocher ?

! Aussi, lorsque Massillon arriva de la province, le révérend Père de La Tour, généi ral de l’Oratoire, lui demandant ce qu’il ^ pensoit des prédicateurs les plus suivis : Je j leur trouve, répondit-il, bien de l’etprit et I dei talenu; mai» tije prêche, je ne prêcherai . pat comme eux. U tint parole : il prêcha , et s’ouvrit une route toute nouvelle.

Qu’on ne le soupçonne pas néanmoins d’a- ; voir confondu Bourdaloue avec les autres I orateurs de son temps. Pouvoit-il ne pas ap- I plaudir à ce grand homme , duquel il est vrai i de dire, comme Quintilien le disoit de Cicéron : Qu’il faut juger du progrès que l'on a (ait dans l’éloquence , par le goût que l'on j trouve à la lecture de scs ouvrages. Trop con- I noisscur pour s’y méprendre, à peine eul-il cniendu Bourdaloue, qu’il l’admira; et s’il

PRÉFACE

ne le prit pas en tout pour son modèle , c’est <]ue son talent le portait vers un autre genre d’éloquence. Or, il ëtoit fortement pcrsuadi; que pour réussir en quelque genre que ce soit , l’on doit étudier son talent et le sui- ’.Te ; en un mot , travailler de génie ; que s’attacher servilement à copier la manièrt! d’un autre, quelque parlait qu’il soit, à moins (]uc sa manière ne se trouve assortie aux dispositions que la nature a mises en nous, c'est s’exposer à ne jamais rien taire qui ait un certain feu , et ce tour original qui fait le mérite des bons ouvrages.

Pour la plupart des autres prédicateurs, outre ce défaut d’onction et de sentiment, Xassillun leur repi'oclioit d'entrer dans un trop grand détail sur les conditions et sur les mœurs extérieures, moyen infaillible pour ennuyer les trois quarts de son auditoire, toujours composé de personnes qui diffèrent toutes entre clics, ou par l’ègc, ou par l'état, ou par la condition. Tandis que vous instruisez le magistrat sur les devoirs de sa charge , devez-vous vous flatter d’attirer l’attention de tout ce qui n’exerce point les fonctions de la magistrature? Kt tous ceux qui ne sont point engagés dans le commerce serontils curieux d'entendre des vérités qui n’attaquent que les fraudes et l’avarice des négociants? Non, sans doute : l’intérêt que nous avons à ce que l’on dit, peut seul nous y rendre attentifs. Cela étant, toutes les vérités que le prédicateur annonce, et que nous ne pouvons pas nous applii|uer personncllc*incnt , ne nous intéressant point , ce n’est plus qu’avec ennui et avec déj;oût que nous les écoutons ; et nous soupirons après la tin d’un discours qui ne s’adresse point à nous.

Le prédicateur doit donc éü'e sobre et réservé dans la p<ànture des mœurs extérieures et <les conditions, s’il désire être écouté attentivement. Veut-il attacher tout son auditoire? Qu’il attaque les passions , qui sont les mêmes dans tous les hommes, malgré la différence des objets vers lesquels elles se liortent. En peignant d’après nature les mouvements, les ruses, la souplesse des passions, rien rie ce que l'on dit ne peut être étranger pour aucun de ceux qui écoulent.

Enfin Massillon n’approuvoit |>as que l’on s’arrêtât si long-temps à établir des vérités que personne n’ignore, des maximes générales dont tout le monde convient; il vouloit ' que l’on s’appliquât principalement à décoii- : vrir ces malheureux prétextes que l’amoui propre trop ingénieux ne manque jamais de I suggérer pour secouer le joug de la lui ; et qu’après les avoir découverts, l’un en fit sentir avec force toute l’illusion.

Il se fit donc une manière de composer, qu’il ne dut qu’â lui-même ; et sans autre guide que son propre génie et ce talent original i qu’il avuit reçu de la nature, il sut se garan- { tir des défauts <|u’il avoit cru remarquer I dans les autres. Chez lui, rien d’inutile et de ! superflu. Dès la première phrase, supposant ; les principes, ou les établissant en deux I mots, il cherche les raisons sur lcsi|uellc.s I chacun en particulier, sans contester l’exis- I tence de la lui , ni la nécessité de lui obéir, i se met dans le cas de la dispense ; il cherche ' a'S raisons dans le cœur de ceux qui l’ccou- I lent, dans l’attache â ces passions, dont h»

I intérêts nous sont malheureusement plus I chers que notre salut ; passions auxquelles ' nous voudrions bien ne pas renoncer, sans ; être forces cependant de nous regarder comme infi-actcurs de la lui. C’est là qu’il découvTe la source intarissable de tous ces frivoles prétextes et de ces tempéraments que l’homme imagine pour allier Dieu et le monde, Jésus-Christ et Déliai. Nous sommes tentés d’accorder à nus passions tout co qu’elles désirent; mais nous voudrions en même temps nous mettre à l’abri des remords qui viennent empoisonner nos plaisirs ; car pour peu qu’il reste de sentiment de religion dans une ame, le remords est inséparable du vice ; et pour calmer les alarmes d’une conscience qui n’est pas encore endurcie , il faut lui jicrsuader qu’elle n’est pas coupable. Que faisons-nous donc? Nous avons recours :i mille subtilité^, à des subterfuges, à des exceptions, à des modifications qui, laissant sid)sistcr le précepte en lui-même, anéantissent totalement pour chacun de nous en particulier l’obligation de l’accomplir. Ainsi ' la conscience est rassurée contre les terreurs

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de la loi ; elle apprend à ne plus redoutcr ses menaces. Que craindroil.^lieen effet? La loi ne punit que les prévaricateurs ; or, où la loi cesse d’obliger, il n'y a point de prévarication.

Que fait Massillon? Afin de dissiper ces ténèbres, qui pour être volontaires n’en sont |>as moins épaisses , il vous met votre propre cœur sous les yeux, selon l'expression du propliètc; il vous force de vous y voir tel (|ue vous êtes, et tout autre que vous ne croyez être, c'est-à-dire le jouet déplorable de mille passions qui obscurcissent les lumières de votre esprit, et corrompent la droiture de votre cœur ; il vous force de reconnoitre que ce n’est pas de ce fonds de lumière et de droiture naturelle que Dieu a mis en vous, encore moins des lumières de l’Évangile, que vous tirez les raisons par lesquelles vous prétendez être dispensé de la loi ; que le langage que vous tenez est le langage des passions , et qu’elles seules vous inspirent. Cessez donc d’être vicieux , et vous cesserez bientôt d’alléguer ces prétextes comme des raisons décisives. Et c'est ici surtout que triomphe l’éloquence de Massillon. Lorsqu’après avoir démasqué les ruses et les artifices de l’amour-propre, il en montre dans tout leur jour la misère et la fausseté, avec quelle force et quelle véhémence ne les combat-il pas !

C’est un torrent impétueux qui renverse tout ce qu’il rencontre; c’est pour ainsi dire un déluge de raisons toutes convaincantes, toutes intéressantes , qui , à l’appui les unes des autres, viennent coup sur coup confondre et accabler le pécheur. Cependant le pécheur, accablé et confondu , n’ayant rien à répliquer, voit avec étonnement que le prédicateur, loin d’être épuise, a mille traits encore dont il pourroit le percer. Et ce qui forme le caractère distinctif de l’élotpience do Massillon , c’est que tous ses traits portent droit au cœur : c’est de ce côté-là qu’il dirige toujours ses coups ; ce qui est simplement raison et preuve dans les autres , prend dans sa bouclie la teinture du sentiment ; non-seulement il convainc , mais il touche , il reiniie, il altendi'it; il ne se contente pas

de vous prouver que le parti de la vertu est le plus raisonnable et le plus digne de l’homme; dans scs discours la vertu vous paroit souverainement aimable ; vous n’y trouvez que des douceurs et des consolations; vous voudriez déjà être en possession d’un bien sans lequel vous n’imaginez, plus de bonheur. Il ne se borne pas à faire sentir l’injustice et la déraison du vice, il le fait trouver difforme , haïssable ; vous ne pouvez plus vous souffrir sous l’empire de ce cruel tyran ; vous ne l’envisagez plus que comme l’ennemi juré de votre félicité. Entrant dans une sainte indignation contre vous-même, vous vous trouvez si aveugle, si injuste, si malheureux , que vous ne voyez d’autre ressource que de vous jeter entre les bras de la vertu.

Des Sermons composés dans ce goût ne pouvoient manquer d’être écoutés avec une extrême attention. Chacun se reconnolt dans ces tableaux vifs et naturels où le prédicateur peint le cœur humain, et montre les' ressorts qui le font mouvoir; chacun s’imagine que c’est à lui que le discours s’adresse, que l’orateur n’en veut qu’à lui; de là l’effet prodigieux de ses instructions. Après l’avoir j entendu , on ne s’arrêtait point à faire l’éloge { ou la critique du Sermon ; l’auditeur se reti- I roitdans un morne silence, l’air pensif, les j yeux baissés, le recueillement sur le visage,

I emportant l’aiguillon que l'orateur chrétien I lui avoit laissé dans le cœur. Ces suffrages i muets valent bien les plus grands applaudis- I sements : ceux-ci flattent le ministre, et lui prouvent qu’il a su plaire ; ccux-là le consolent, et l'assurent qu'il a touché. Aussi, lors(|ue Massillon eut prêché son premier Avent à Versailles, Louis XIV lui dit ces paroles remarquables : Mon père, j'ai cniendu pliuiciirt grands orateurs dans ma chapelle ; j'en ai été fort content : pour vous, toutes les fou que je vous ai entemlu, j'ai été trcs-niécontent de moi-même. Éloge parfait, qui honore également le goût et la piété du roonartjue, et le talent du prédicateur.

Le style de Massillon, quoique noble et digne de la majesté de la chaire , n'en est pas moins sinq)le et à la portée du |)cuplc.

PKÉKACE.

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PHÉKACE.

La vivacité de sod imagination ne prête à scs expressions que ce qu’il fout d'agrément pour satisfaire l'homme d'esprit, sans que la multitude soit réduite à admirer ce qu'elle n'entend pas.

Ennemi de tout ce qui ressent l'affectation dans le style , il l'étoit encore plus de ces pensées qui n'ont d'autre mérite que le brillant , qui ne font qu'amuser l'esprit i.t le détourner de l’attention qu’il doit aux vérités importantes qu'on lui annonce. MassUlon n'offre partout que des idées grandes et sublimes qui élèvent l’ame , qui montrent la religion sous ce caractère de noblesse et de majesté qui lui est propre , et ipi’elle semble perdre quelquefois, parce qu’on l’a confiée è des mains qui , loin de l’embellir, ne peuvent que la défigurer.

On croira sans doute que des discours si éloquents, dans lesquels il y a d’autant plus d’art qu’il n’y parait rien que de naturel, étaient le fouit d’un travail long et |>énible, et que cette belle et noble simplicité, qui se refuse souvent aux efforts mémos des plus grands hommes, n’est pas venue se présenter à lui , sans qu’il l’ait long-temps recherchée : point du tout. Ces Sermons ont été composés avec une facilité qui tient du prodige : pas un seul qui ait coèlé plus de dix à douze jours. Combien de gens, même du métier, trouveraient que ce temps sufliroit à peine pour en former et pour en bien digérer le plan ! En 1704, il parut pour la seconde fois à la cour. Louis XIV, après lui avoir témoigné dans les termes les plus gracieux son extrême satisfaction , ajouta ; Et je veux, mon Pire, voiu eniemtre désormais tous les deux ans, Sur-lc-cliamp Massillon forma le dessein de ne revenir à Versailles ([u’aveedes sermons nouveaux. Il <!St foclieux <|u’un tel projet n'ait point eu desuite. n’en juger que par cette aboudanec, cette richesse , cette variété qui rt^gne dans tout ce qui est sorti <le sa plume, on sent qu’il étoit parfaitement en étal de l'exiicuter.

En 1718, déjà nommé à l’évécbé de Clerntont, il fut chargé de prêcher le carême devant le roi, qui euti'oil alors dans cet âge où la raison commenee îi se dével<ip|>er. Il

I crut qu’en celte occasion il devoit prêcher I pour le prince lui-même, et pour l’instruire I des devoirs de la royauté. Mais pour cela il ! falloit des sermons tout différents de ceux I qu’il avoit prêches justpi’alors, lesquels, et pour le fond des clioscs et pour la manière,

I ne pouvüient convenir à un jeune prince de { neuf ans. Il inventa donc, pour ainsi dire,

! un nouveau genre d’éloquence ; le style , l’in- ; struction, tout fut proportionné à l'Age du ' jeune monar<|ue. Dans le style, il ré)>andit plus de vivacité , plus d’agréments , plus de ' fleurs , et même quelque chose d’académique.

Les instructions , dé|x)uillées de la sécheresse . du raisonnement, forent des maximes sur les devoirs des princes, exprimées en peu de mots, mais présentées de manière à faire { une vive impression sur l’esprit et sur le eceur. Ce style et cette façon d’instruire étoit ' queltpie chose de tout nouveau pour Massillon; cependant six semaines suffirent pour eomposer ces dix sermons si admirés , si van- I tés, qui renferment en abrégé tout ce qui peut former un prince chéri de Dieu et des hommes, et (|ui furent souvent interrompus, ou par des applaudissements, ou par les larmes de son auguste auditoire.

A l’égard de l’action , cette partie si essentielle à l’orateur, ce ne fut pas d'abord par j cet endroit i|u'il se fit admirer. Le goAt du I tentps n’étoit pas le sien. 11 ne |>ouvoit souffrir qu’au lieu de cet air naturel qui porte avec soi la conviction , l’on prit un certain air emprunté, et un ton de déclamateur, qui I faisant regarder les ministres de Jésus-Christ comme des gens qui ne montent en chaire I que pour jouer un |>ersonnage, été pres(]ue toute lu force et toute croyance à leurs discours. Il falloit donc s’attendre (|ue l’auditeur, gâté par ce goût de déclamation presque généralement répandu, se révolteroit d'abord contre la manière de dire de Massillon, I dans laquelle aucune des règles qu'on s' étoit I faites, ne paroissoit observée. Mais comme I il faisoit néanmoins une impression extraor- I dinairc sur les esprits , on se rendit bientôt à ! l'expérience : on ne s'einlxiiTassa plus de ces I prétendues règlesque l’orateur paroissoit né- 1 gliger ; et le pul>|^ s'élevant au-dessus des

PREFACE

{H’cjugés, cuuclul avpc ralsoiu|u’il l'alloii sans cloute ()uc sa manièi-e de dire fill bonne, el ({n'cUc fût iiièinc la meilleure , |>uisqtic nul autre |U'édicatcur ne faisoit , à beaucoup près, une impression aussi vive.

Au reste , il seroit fort difficile de faire comprendre à ceux qui ne ront point entendu, ce i|uc u'etoit que son action. Elle lui étoit tellement propre, qu’on |>cut assurer que comme il n'eut |X)inl de modèle i suivre, il n'a point formé d'élève qui l'ait imité.

Ou le voyoit arriver dans la chaire comme un homme qui vient de méditer profondément un sujet. Dès qu'il jiaruit, son air recueilli et ))énétré annonce déjà la grandeur et l'importance des vérités dont il va vous entretenir. Il n'a [las ouvert la bouche, et l’auditoire est saisi. Il |iarle enfin, mais ce n'est pas comme un orateur qui vient débiter avec art un discours dont il a chargé sa mémoire. Tout coule de source. Il parle de l'abondance du cœur, ne pouvant contenir audedans de lui les vérités dont il est plein. Un feu intérieur le dévore ; il faut qu’il lui ouvre une issue, et qu’il le laisse éclater au dehors. Aussi rien en lui qui ne soit animé; tout parle, tout persuade, tout remue, tout attendrit, tout porte dans l’anie la conviction et le stmliment ; et cela n'étoit jioint du tout un effet de l'art dans Massillon ; c'étoit un talent naturel qui lui faisoit exprimer et dire les choses avec force et vivacité, parce qu’il les sentoit de même.

Il faisoit donc proprement consister tout le mérite de l'action, à paroitre bien pénétré lui-même des vérités dontil vouloitconviiincrc ses auditeurs. Jamais personne n'a porté ce talent plus loin que Massillon : c'est le ténioiguage que le public en a rendu , et l’éloge qu’en ont fait toutes les personnes de goût. Seroit-il permis de rapporter à ce sujet un trait remarquable par sa singularité, et qui nous échappe ? L’acteur le plus parfait qu'ait eu le théâtre françois voulut l’entendre : il fol frappé du vrai qu'il trouva dans sa manière de prononcer, et dit à un autre acteur qui l’avoit accompagné : Mon ami, voilà un orateur, et nous, nous ne sommes que des comédiens.

Il n'est pas besoin d’avertir le public que

c'est ici la première cklition des Sermons de Massillon. Il est vrai qu'on imprima sous son nom , il y a près de quarante ans , quatre ou cinq petits volumes; mais plus de la moitié des sermons que renferme ce recueil, sont de différents prédicateurs , dont quelquesuns même ont revendiqué publiquement ce qui leur appartenoit , entre autres , feu M. Poncet de la Rivière, évêque d’Angers : l'éditeur du P. Bretonneau qui vient d’en réclamer trois qu’il a, dit-il, trouvés dans Je manuscrit de ce prédicateur, et que nous ne trouvons point en effet dans celui de Massillon. Pour les autres dont les auteurs ne noos sont point connus, en attendant que quelqu'un veuille les adopter, ils ne jouiront pas sans doute plus long-temps de la réputation que leur donnoit une origine supposée.

A l'égard d'une vingtaine de sermons que l’on pourroit appeler avec un peu plus de fondement. Semions de Massillon, qu'on prenne la peine de les confronter avec l’original que nous donnons aujourd'hui, la différence est palpable ; si l’on y trouve quelques traits de ressemblance, c’est celle qui peut SC trouver entre un squelette, et un corps vivant plein de suc et d'ciidtonpoint ; entre un original de Micliel-.Lnge, et la copie de ce même tableau faite par (|ur1(|ue apprentif sans talent.

On trouve dans ces pièces informes des lambeaux de Massillon , et même dans quelques-unes d’assez longs morceaux de ses véritables sermons. Mais quelle comparaison entre un mauvais assortiment de lambeaux cousus ensemble par un copiste, qui d'ordinaire, pour ne rien dire de pis, n’est pas un homme du métier, et un discours tel qu’il sort des mains d'un si grand maître!

D'ailleurs, notre édition contient près de cent sermons, dont plii.sieurs même n'ont jamais été prononcés. On y trouve un Avent et un Carême complet , sans compter le Petit Carême, qu'il composa pour le roi en 1718. Nous donnons aussi plusieurs Oraisons funèbres, plusieurs Discours et Panégyriques qui n’ont jamais vu le jour , les Conférences ecclésiastiques qu'il lit dans le séminaire Sainl- Magloire en arrivant à Paris, colles qu’il a

PRKFACE.

t^iites à SOS curés p«n<l:int son éjiiscuixit ; les I l)iscuursi|ii'il prunon(,'oit ù la (été îles synodes qu'il assembloit tous les ans ; nous donnons enfin un ouvrage auquel il a consacré pendant quelques années toutes les heures de ; loisir que lui laissoient les fonctions épiscopales; ce sont des paraphrases sur une partie des psaumes. Ce qu'on peut dire de ces différentes pièces, c'est qu’elles sont toutes frappées au coin de l'auteur. I^c même goût r^jne jiartout. Toujours même élévation et même noblesse, soit dans le style, soit dans les pensées ; toujours ce pathétique qui enlève ; toujours ces peintures du cœur humain si vraies et si intéressantes. I.a cour se souvient eni»re des applaudissements qu’elle donna au Petit Carême. Les Conférences ecclésiastiques commencèrent à faire sa réputa- i lion : scs Sermons la portèrent à ce haut degré dans lequel elle s'est soutenue jusipi'û la lin ; ses Oraisons synodales ont plus d'une

fuis attendri scs curés jus<|ues aux larmes : et nous ne craignons point d'assurer que le public regrettera qu'il n’ait pas achevé ce qu’il .avoil commencé sur les psaumes ; il n’est peut-être point d’ouvrage où soient mieux développés les mouvements d'un cœur qui gémit sur scs égarements passés , et qui , désaltusé du monde et des faux biens , reconnolt enfin que, n’ayant été créé que pour Dieu , il ne peut trouver qu'en Dieu sa consolation et son bonheur.

Voici donc un recueil exact et fidèle des ouvrages de Massillon , tels qu’il avoit pris la peine de les revoir, de les corriger, et de les copier une seconde fois de sa propre main. Que nous reste-t-il ù desirer, sinon que le cœur s’ouvre aux saintes vérités si dignement établies dans ces Discours, et qu'ik opèrent sur ceux qui les liront, les mêmes effets de grâce et de conversion qu’ont souvent ressentis ceux qui les entendoient?

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