‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 3 sur 348 · SUR LE BONHEUR DES JUSTES · texte numérisé non relu

SUR LE BONHEUR DES JUSTES

fffati qni tuçmt , quontom ipsi eonsolabuntur.

BienhetMTnx mu qui plfurcnl. parcf qu'iU jurant con* •olél. (MiTTB.. V.S.)

SlSB,

Si le monde parloit ici à la place de Jésus- Christ, sans doute U ne liendroil pas à Votre Majkstii le même langage.

Heureux le prince, vous diroit-il, qui n'a jamais combattu que pour vaincre; qui n*a vu tant de paissances armées contre lui que pour leur donner une paix glorieuse; et qui a toujours été plus grand ou que le péril ou (|ue la victoire !

Heureux le prince qui , durant le cours d’un règne long et florissant , jouit à loisir des rruils de sa gloire, de Kamoiir de ses peuples, de l’estime de ses ennemis , de l’admiration de l’univers , de l’avantage de ses conquêtes, de la nugniUcence de ses ouvrages , de la sagesse de ses lois , de l’espérance auguste d'une nombreuse postérité; et qui n'a plus rien à désirer que de conserver longtemps ce qu’il possède !

Ainsi parleroit le monde; mais, Sire, Jésus- Christ ne parle pas comme le monde.

Heureux, vous dit-il, non celui qui faitTadmi* ration de son sîède , mais celui qui fait sa principale occupation du siècle à venir, et qui vit dans le mépris de soi-même et de tout ce qui passe; parce que le royaume du ciel est à lui : Üeati pau-

pfrex spirUu^quomam tpsortou Ml re^tium ro*lonim. (Matt., v, 3.)

Hcureiix , non celui dont l’iiistoire va immortaliser le règne et k's actions dans le .souvenir des lK>mines, mais celui dont les larmes auront effacé riibtüire de ses pédiés du souvenir de Dieu même; parce qu’il sera éternellement consolé: lieaii qui lufjfut , quoJiia»i ipsi eonsolabuntur. (Matt., v, 5).

Heureux, non celui qui aura étendu par de nouvelles conquêtes les bornes de son empire, mais celui qui aura su renfermer ses désirs et ses passions dans les bornes de la loi de Dieu ; parce qu’il possédera nne terre plus durable que l'empire de l'univers : Beati niifM, qiconiam tps» pos.stdff/un( ferram. (Matt., v, 4.)

Heureux, non celui qui, élevé par la voix des peuples aii'desstis de tous les princes qui l’ont précéilé , jouit à loisir de sa grandeur et de sa gloire, mais celui qui, ne trouvant rien , sur le Irène même, digfie de son ctrur, ne cherche de parfait bonheur ici-bas <]ue dans la vertu et dans la justice; ;>arce qu’il sera rassasié : Beati qui esuriuiif cAifiuiil ju.sfifiam, quoniam ipsi safuraltu>ifiir. (Matt., V, fi.)

Heureux , non celui à qui les liommes ont donné les titres glorieux de grand d’invincible, mais celui à qui les malheureux donneront devant Jésus- Christ le titre de père et de miséricordieux; parce qu'il sera traité avec miséricorde : Beati miséricordes ^ quoniam ipsi miscricordiam consequen- Iwr. (Matt., V, 7.)

Heureux enfin , non celui qui , toujours arbitre de la destinée de ses ennemis , a donné plus d'une fuis la paix à la terre, mais celui qui a pu se la donner à soi-même, et bannir de son conirles vices et les afTections dcrcglces qui en troublent la tranquillité; parce qu'il sera appelé enfant de Dieu : Beati paeipci , quouiam fiUi Dei rocabuutur. (Matt., t, y.)

LA TOUSSAINT

Voilà, Sire, ceox qne Jé«ui-Chris( appelle beareax; et l’Évangile ne connolt point d’antre bonlieur sur la terre qne la vertu et rbinocence.

Graud Dieu ! ce n’est donc pas oetle longue suite de prospéritiis inooies dont vous avez favorisé la gloire de son règne , qui peut le rendre le plus heureux des rois ; c’est par-là qu’il est grand , mais ce n’est pas par-là qu’il est heureux. Sa piété a commencé sa félicité. Tout ce qui ne sanctifie pas l’homme ne sanroit faire le bonheur de l’homme. Tout ce qui ne vous met pas dans un cœur, A mon Dieu , n’y met ou que de faux biens qui le laissent vide , ou que des maux réels qui le remplissent d’inquiétude ; et une conscience pure est la source unique des vrais plaisirs.

C’est à cette vérité, mes Frères, que l’Église bomeaujourd’hui tout le fruit de la solennité qu’elle nous propose. Comme l’erreur où l’on est dans le monde . que la vie des Saints a été triste et désagréable, est un des principaux artihces dont le monde se sert pour nous empêcher de les imiter; l’Église, en renouvelant aujourd’hui leur mémoire, nous fait souvenir en même temps qne nonseulement ils jouissent d’une félicité immortelle dans le ciel , mais encore qu’ils ont été les seuls heureux de la terre, Seaii,elc, ; et que celui qui porte l’iniquité dans son sein y porte toujours le trouble et la frayeur; et qne la destinée des gens de bien est mille fias plus douce et plus tranquille, en ce monde même, que celle des pécheurs.

Mais en quoi consiste le bonheur des justes en celte vie? Il consiste premièrement dans la manifestation de la vérité cachée aux sages du monde ; secondement dans le goût de la charité réfusé aux amateurs du monde , dans les lumières de la fui qui adoucissent toutes les peines de l’ame fidèle , et qui rendent celles du pécheur plus amères : c’^t mon premier Point ; dans les douceurs de la grârâ, qui calment toutes les passions, et qui, refusées à un cœur corrompu , le laissent en proie à luimême , c’est le dernier. Développons ces deux vérités si propres à rendre la vertu aimable, et les exemples des Saints utiles. Mais avant que de com mencer, implorons le secours de l’Esprit-Saint par l’inteicessioa de Marie. Ave, Maria.

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