‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 203 sur 348 · I AC J LS · texte numérisé non relu

I AC J LS

ces soioSf où Ton noos voit descendre pour ménager les intérêts de votre fortune, pour relever les grâces d’une raine beauté, il D’y entre pas autant de vivacité qu'il en faut pour former le crime, ou de Tavarice, ou de rambiiion, ou de la volupté? si dans l’usage de vos sens, et dans cette délicatesse qui ne se refuse rien, et qui ne cherche qu’à réveiller le dégoût par de nouveaux artifices, le plaisir que vous goûtez au-delà de la nécessité n’est pas le vice d’intempérance?

Grand Dieu ! qui a bien compris les progrès et les diiiiinulions insensibles de votre grâce dans les âmes? qui a bien discerné ces bornes fatales qui séparent dans un cœur la vie de la mort, et la lumière des ténèbres ? comme disoit le saint homme Job. L'd peu plus, ou un peu moins de complaisances; un mouvement du cœur plus délibéré, ou plus prompt ; un acte de la volonté plus achevé, ou plus imparfait ; une omission où il entre plus ou moins de mépris ; une pensée arrivée seulement jus4{ues au degré qui précède le crime, ou poussive nn peu au-delà ; ah ! ce sont des abîmes sur lesquels l’homme peu instruit ne peut que trembler, et dont vous résen ez la manifestation au jour terrible de vos vengeances. Cependant, mon citer Auditeur, TOUS êtes tranquille dans nn état où il n’est pas une seule de vos actions, qui, à votre insu, ne puisse être un crime devant Dieu.

Ah! c’est pour cela que les plus grands Saints, auxquels la conscience ue rrpntclte rien ; qui châtient leur corps et le réduisent eu senitude ; ces hommes toujours attentifs sur eux-mêmes ; toujours en garde contre le péché; qui s’abstiennent même des œuvres les plus permises, de ptnr de scandaliser leurs frères; qui opèrent leur salut dans une crainte et un tremblement continuel, ue savent cependant s’ils sont dignes d’amour ou de haine, s’ils portent encore au fond de leur cœur le trésor invisible de la charité, ou s’ils l'ont perdu. Et vous, mon cher Auditeur, dans des mœurs toutes sensuelles; vous qui TOUS permettez tous les jours, de propos délibéré, des infidélités sur la malice des({uelles vous ignorez le jugement que Dieu porte ; vous qui ue prenez aucun soin de consener le trésor de la grâce, et qui vivez content au milieu des périls, où il est pres<iue impossible de ne pas la perdre ; vous qui éprouvez tous I&s jours ces moments douteux des fiassions, où malgré toute votre indulgence pour vous-même, vous avez tant de peine à démêler si le consentement n'a pas suivi le plaisir, et si vous vous en êtes tenu à ce degré périlleux qui sépare roffcnsevénielledela mortelle; vous dont tontes l&s actions sont presque douteuses; qui êtes toujours à vous detiiaïuler si vous n’a«

LEOLHlü.^.

I vez pas été trop loin ; qui portez des embarras et des regrets sur la conscience, que voosn’éclaircis- 1 sez jamais à fond : vous qui flottez éternellement entre le crime et les pores &ntes, et qui tout au I plus pouvez dire, comme David , que vous n’èles jamais séparé que d’un petit degré de la mort :

] Vho tmifûm (iiradu, eqo morsque diridimwr (1 . Rbg., XX, 3) : vous malgré tant de justes sujets de crainte , vous croiriez conserver encore la charité, et vous vous calmeriez sur vos infidélités visibles et journalières , par une prétendue habilude invbible de justice, dont vous ne voyez aa dehors que des marques ét|uivo<|ues? Jugez vousmême si votre confiance est bien fondée : je ne veux ici que vous seul pour arbitre : l *os ipsijudi^' cate quod dico. (i. &>r.,xv, 18.)

Cinquièmement , quoiqu’il sni vrai que tous les péchés ne sont pas des péchés à la mort, comme i dit saint Jean, et que la morale chrétienne reoon- I Doisse des fautes qui ne font que conubter l’Esprii saint, et d’autres qui le bannissent toul-à-fait de l’ame ; neanmoins les règles qu’elle nous fournit fiour les distinguer, ne sauroient être ni sûres, ni universelles, du moment qu’on les applique : ü s’y trouve toujours, par rapport à nous, des cir^ coaslances qui leur font changer de nature. C’est donc la disposition du cœur, qui décide de la mesure et de la qualité de nos fautes ; souvent ce qui n’est que fragilité ou surprise dans le Juste, est malice et corruption dans le pécheur. En voulezvous des exemples? Saûl, malgré les ordres du Seigneur, épargne le roi d’Amalec, et ce qu’il y a de plus précieux dans les dépouilles de ce prince infidèle : la faute ne parolt pas considérable; mais comme elle part d’un fonds d’orgueil, de révolte et de vaine complaisance en sa victoire, cette démarche commence sa réprobation, et l’Esprit de Dieu SC retire de lui. Josué, au contraire, épargne les Gabaonites que le Seigneur lui avoit oMonné d’exterminer; il ne va pas le consulter devant l’arche avant de faire alliance avec ces impostenrs : mais comme celte infidélité est plutût une surprise qu’une désolK'issance ; et que cette faute part d’un omir encore soumis, religieux, fidèle ; elle est légère aux yeux de Dieu , et le pardon suit de près l’offense.

Or, mon cher Auditeur, si ce principe est incontestable, sur quoi vous fondez-vous, lorsque vous regardez vos infidélités comme des fautes légères? connoUsez-vous toute la cornipUon de votre cœur, d’où elles partent? Dieu la connolt, lui qui en est le scrutateur et le juge, et dont les veux sont bien dliïérents de ceux de l’homine. Mats s’il est permis déjuger avant le temps, dites-nous si cc

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fondt d'indolence «t de langneur hibiinrile qoiett en voue; de persévérance volunlain: danv un état qui deplail 1 Dieu; de mépris délibéré des devoirs que vous ne croyez pascsseniiels; d’«ttenlioii à ne rien faire pour le Seigneur, que lorsqu’il ouvre l'enfer sous vos pieds : ditesumiis si tout cela doit bnner i ses yeux un élai furi digne d'un cfaréiien ; et si les feules qui partent d'un principe si corlomp<i,peuveni être devant lui fort léeèieseï dignes d’iiulnlgeiioe? Mon Dieu, que vous nous découvrirez de dioses nouvelles , lorsque vous viemlrei juger les justices, et manifester les secrets des cœurs!

Sirièraement, ce qni doit encore plus vous faire trembler sur votre étal de tiédeur et d’indolence, c’est que je ne vois rien en vous qui puisse même vous feire présumer que vous conservez encore cens grâce sanctifiante sur la<|uclle vous complet tant, parce que vous vous abstenei des criines grossiers : car lorsque la cliarilé est encore dans le coeur, elle se manifeste toujours par quelques signes; c’est un arbre dont la racine est cacbée dans l’ame, mais qu’on peut connollre par ses truite. Or, en premier lieu, le caractère de la charité, c’est de grossir nos feules 1 nos propres yeux, dit saint Bernard : elle augmente ; elle exagère tout : Sed aggravai, ud axaggirai unieersa ; elle nous fait regarder comme des ciiiiies, des actions qui devant Dieu ne sont que de pures faiblesses; ce sont Ut de ces pieuses erreurs de la grâce qui ont leur source dans les lumières mémm de la foi; c’est ainsi que les Justes se regardent toujours comme des pécheurs indignes des miséricordes du Seigneur, et se mettent dans leur esprit, audessous de tous leurs frères. Et cependant , mon cher Anditeur, c’est celte prétendue charité que vous croyez conserver encore au milieu de votre tiédeur et de toutes vos infidélités, qni vous les feit panétre légères ; c’est parce que vous croyez qu’au fond vous aimez encore le Seigneur, et ne voudriez pas l’oITenser dans les pointa essentiels , que ces feutes journalières vous trouvent si pen sensible; que vous dites de vous-même qu’è la vérité vous n’êles pas un Saint, mais qu’aussi vous n’êles pas bien mauvais ; c’est votre cliarité ellemême qui me rassure, qui diminue vos fautes è vos yeux, qui vous calme, qni vous endort. Eh ! dites-moi, je vous prie, si ce n’est pas là une contradiction? si la charité se dément ain-i ellemême, et ai vous devez beaucoup compter sur un amour qni ressemble si fort à la haine ?

D'ailleurs, la charité est humble, timide, défiante, sans cesse agitée par ces pieiise.s perplexités qni la laissent dans le doute sur son état ; tou-

jours alarmée par ces délicatesses de la grâce, qui la font trembler sur chaque action; qui lui font de rinoerlitoile où elles la jettent, une espèce de martyre d'amour qui la purifie ; elle opère sun salut avec crainte et tremblement ; celte voie a été dans tous les temps la voie des Ju-sles. Or, la cbarilé sur laquelle vous comptez, est tranquille, indolente, présomptueuse : c’est elle qui calme vos frayeurs; qui bannit de voli-e coeur toutes ces alarmes toujours inséparables de a piété; qui vous établit dans un état de paix et de cunfiance; qui vous fait dire, comme à cet évêque de l’Apocalypse ! Je suis riche; je u’ai besoin de personne. Ah ! mon cher Auditeur , la charité est-elle si différente d’elle-même? il but que l’une des deug soit fausse, ou celle que vous croyez avoir, ou celle dont les Justes, dans tous les siècles, ont été jnsqnes ici fevorisés. Or, je vous demande, décidez vous-même sur laquelle des deux ce terrible soupçon doit tomber.

Enfin, la charité opère partout oh elle est ; elle ne peut être oiseuse, di.sent les Saints; c'est un feu céleste dont rien ne peut empêcher l’activité : il peut être, à la vérité, quelquefois couvert, et comme ralenti par la multitude de nos foiblesses ; mais tandis qu’il n’est pas encore éteint , ah I il en tort toujours quelques étincelles, des vœux, des soupirs , des efforts, des oeuvres : les sacrements bi renouvellent; les mystères saints la raniment; les prières la réveillent ; les lectures pieuses, les insiruelions de salut, les spectacles de religion, les saintes inspirations, tout la rallume lorsqu’elle n’est pas encore éteinte. Il est écrit, an second livre des Maehabées, que le feu sacré que les Juib avoient eaclié pendant la captivité dans les entrailles de la terre, se trouva au retour couvert d’une mousse épaisse, et parut comme éteint aux enfents des prêtres, qui le retrouvèrent sous la cmduite de Néhémias. Mais comme ce n’étoit que la surface seule qui étoit couverte , et qu’au dedans ce feu sacré comservoit encore tonte sa vertu ; à peine l’ent-on exposé aux rayons du soleil, à peine le ciel eut-il lancé dessus quelques traits de htmière. qu’on le vil se rallumer à l’instant, et offrir aux yeux le spectacle presqtte d’ttn grand incendie : t ique letnpus affuil qué sol refalsil, ncceii- SV.S ni Ujnis magnus, ila ul omîtes mlrarentvr. (2. Mach.. 1,22.) Ah! voilà, mon citer Attdtteur, l’irnttge de la tiédeur d'une atite vériiabletnent juste : voilà ce qui ilevroit votts arriver, si la inultitude de vos infidélités, si la lottgiteur de votre captivité, et la durée de vos citaittes n'avoient fait que couvrir et ralentir en vous le feu s.icré île la charité, sans l’éteindre; voilà, dis-je, ce qni de-

FAUitiS

mil vous arriver lorsque vous approcltez dei m< mmehU, lur»que vous venez euieuUre la parole de salut; lorsque Jé»u»>Cliris(y le auleil de justice, lauce sur vo«iS c)uel(|ues Iraiis celesles de sa grâce. On devroil alors voir loui votre oeur se rallumer ; votre ferveur se renouveler; votre cliarité voua embraser : vous devriez alors être tout de feu dans la praiique de vos ubligaliuus : AcctM\u est ignis vuignus, Ua ut omues inirareulur. £l cependant rien ne vous ranime; les sacrements que vous Créquenlez, yoiàS laiMsent louie votre tiédeur; la parole de l'Évangile que vous entendez , tombe sur votre cœur, comme sur une terre aride où elle produit quelques vains désirs, et est en même tempe éUiuftée; les mouvements de salut que la grâce opère au dedans de vous, n'ont jamais de suites pour le renouvellement de vos maurs , et expirent pres()ue en naissant : vous traînez partout la même indolence et la même langi.eur : vous sortez du pied des autels amsi froid que vous y êtes venu : on ne voit plus eu vous ces renouvelleiiicnU de zèle et de ferveur si familiers aux Justes , et dont ils prennent les motif» dans leurs propres cüuies ; ce que vous étiez hier, vous l’êtes aqlourd’hui ; mêmes infidélités et mêmes fuiblesses : vous n’avancez pas d’un seul degré dans la voie du salut; et tout le feu du ciel ne sauroit rallumer celle prétendue diarilé, cachée au fond de votre cœur, sur laquelle vous vous rassurez. Ab! mon cher Auditeur , que je crains qu’elle ne soit éteinte, et que vous ne soyez mort aux yeux du Seigneur 1 Je ne veux point ici troubler voire conscience : mais je vous dis que votre étal n’est point sûr ; je vous dis seulement que si l’on en juge par les r^ies de 1a foi , il est plus vraisemblable que vous êtes dans la disgrâce et dans la haine de Dieu.

Hélas! peut-être le guide spiritud de voire ceoscience, i qui vues ne venez redire sans cesse que de légères infirmités , et qui ne sauroit voir la corruption du cœur d'où elles parlent ; peut-être que persuadé que vous donnez , que vous vous relicliez seulement, il se oonlenle d’animer votre vigilance, et de réveiller votre ferveur; il pense de vous ce que les disciples disent aujourd'hui de Lazare : dormit , tairas srit ( Joan. , xi , 12 ) ;

qu’au fond , ce sommeil , ces cliulrs légères , celle tiédeur, ne vous conduiront pas à ta mort , et ne vous exciumU pas du salut. Mais Jésos-Cliri't qui vous voit tel que vous êtes; Jésus-Clrist qui ne juge pas comme l’homme; Jésos-Clirisi dec'are que vous êtes mort déjà depuis long- temps è ses yeux : T^ue Jésus dixU eis manifeste : Lazarus norfuusesi. (Ibkt., 1 4.)Cette vérité voussurprend, mes frères ; mais je semis bien plus surpris si le

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contraire arrivoit ; car si vous vtmlei Ibire aftenlion, en second lieu, aux suiies que traînent InlbilliUemeni après soi la tiédeur et l'iiabiiude dans les fautes légères, vont conviendrez que quand même il seroit donieuz, si vous ennservez ei>oore j la cliarilé , ou si vous l'avei perdue . U est cerUîn

. que vmisnesauriezlaconserverlong-tempsencet ' état : dernière réflexion.

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