I DEUXIÈME PARTIE
} Celui qui méprise les petites choses , dit l’Esprit saint , tombera peu à peu dans les grandes ; c’est I une des plus Inciintestables maximes de U religion , mépriser les petits devoirs, c’est-à-dire, les violer de propos délibéré ; en faire un plan et on état de conduite (car si vous y mamjuiez quelquefois, seulement par fragilité, ou par surprUe, c'e»t 1# destinée de tous les Justes, et ce discours ne vouf regHrderott pas) ; mais les mépriser dans le sens que je viens de l’expliquer, dans ce sens qui convient à toutes les âmes ilèdes et inlidèles , c’est une voie qui aboutit ioiijmirs au crime. Renouvelez votre aiiention; et voici les moii& sur lesquels je fonde la vérité de celle maxime.
Premièrement , cei te voie aboutit tél ou tard au crime ; parce que Dieu se retire de l’ame tiède et infidèle. En efTet, mes Frères, l’innocence même des plus justes a besoin d’un secours continuel de la grâce : Si le Seigneur cesse un moment de veiller sur eux, d’être ai lent if aux dangers qui les oivironnent, de les garder comme la prunelle de son œil , de les couvrir de son bouclier, ils deviennent la proie du lion rugissant, qui tourne sans cesse autour d'eux pour les dévorer.
{ La fidélité du Juste est donc le fruit des secours jwirnaliers de la grâce ; mais elle en est aussi le principe : c’est la grâce qui attire la fidélité do Juste ; mais c’est 1a fidélité du Juste qui opère la grâce dans son ame. Si vous cessez de correspondre, elle s’arrête : si vous n’urrez plus de vaiæeau vide pour 1a recevoir, celte huile celeste ne coule plut : si vous manquez de faire valuir le talent, on vous Pèle : si vous négligez de cultiver l’arbre, U sèche peu à peu , et on le maudit : si vous vont refroklissez , Dieu se refroidit à son tour : si vous vous bornez à son ^rd à ces devoirs indispensables que vous ne sauriez lui refuser saiàs encourir des peines éternelles , il se borne aussi pour vous à ces secours généraux avec lesquels vous n'irez |tas loin , avec lesquels vous ne serez jamais fidèle dans la tentation : il se relire de vous à proportion que vous vous relirez de lui ; et vulre fidélité à le servir est la mesure de celle qu’il apporte à vous protéger*
440 VKNOKEUi DE LA QUATRIEME SEMAINE.
£h ! de qnoi tous ptaindriez-TOus, ame infidèle, lorsqu'il en use de la sorte ? entrez en jugement avec votre Seigneur, et voyez si sa conduite n'est pas juste. A'ous n'étes plus attentive i lui plaire ; il ne l'est plus à vous favoriser : vous négligez mille occasions où vous pouviez lui donner des marques de votre fidélité; il laisse passer toutes celles où il puurroit vous en donner de sa bienveillance : vous ciiicanez avec votre Dieu , si j'ose parler ainsi ; vous lui disputez tout ce que vous ne croyez pas lui devoir ; toute votre attention est de prescrire des bornes an droit qu'il a sur votre comr ; vous lui dites , comme il disoit hii-nième à ce serviteur : Prenez ce qui vous appartient : n’èles-vous pas convenu du pris avec moi ? ne m’en demandez pas davantage : Toile quod (uiim est : iioiiiie ej- deiiiirio rouvenisii mecum? (Matth., xx, 13, 14.) Rien de tendre, rien de fervent ne vous échappe ; vous supputez tout ce que vous lui donnez , comme si vous craigniez d’aller trop loin ; et il suppute à sou tour avec vous, et il est attentif à vous refu.scr ces grâces spéciales qu'il vous accordoit auparavant. Trouve-t-on mauvais qu’un souverain , dans la distribution de ses faveurs, partage mieux ceux de ses sujets qui s’appliquent avec plus de soin et de vigilance à le servir ? Eh ! que serviroit donc la fidélité du Juste, s’il ne devoit avoir aucun avantage sur le pécheur ? quel seroit le centuple promis dès celte vie au serviteur vigilant , si le maître ne le disii nguoit pas dans le partage de ses grâces , du serviteur inutile! Vous êtes trop juste. Seigneur, et vos jugements sont trop équitables.
Or, que conclure de là , mes Frères ? le voici : Que cet état d’infidélité habituelle éloignant de l’ame toutes les grâces de protection; tout ce que vous vous pennettez de léger contre quelque précepte , vous prive des secours destinés pour en làciliter l’accomplissement , lorsque la circonstance du, précepte arrive. Vous n’avez pris aucun soin d’éviter ces entretiens , ces libertés , ces regards , ces lectures qui pouvoient vous conduire à la perle de la pudeur, parce que vous n’y voyiez rien de criminel , et ne croyiez pas qu’on pût vous les interdire : vous avez éloigné de vous les grâces attachées à la conservation de celte vertu ; et dans une occasion essentielle où il s’agira de la conserver, ou de la perdre tout-à-fait , comme vous n’aurez plus à opposer au danger que votre propre foiblesse , vous périrez. Car, quelle autre destinée pourriez-vous vous promettre ? Les Justes, dans ces occasions périlleuses, environnés des secours d’enhaut , succombent quelquefois ; du moins ils ont de la peine à sortir vainqueurs , et Bottent longtem|>s entre la victoire et la débiite ; jugez si vous
devez vous promettre un henrenx succès, vous qui n’apportez à ce combat que vos propres forces ; c’est-à-dire, mille acbeminements secrets au crime dans lequel l’ennemi s’efforce de vous entraîner ; et si le Seigneur ne combattant plus pour vous , vous pouvez manquer de devenir sa proie!
Secondement, cette voie de tiédeur et d’infidélité aboutit lût on tard au crime; parce que nonseulement ces fautes légères vous privent des secours actuels nécessaires à la conservation de la justice; mais par une suite infaillible , elles ralentissent encore, la charité qui e.sl au dedans de vous; elles iniiieiit peu à peu celte habitude de sainteté, et font enfin écrottler tout l’édifice chrétien : ce sont des ronces multipliées, qui peu à peu couvrent enfin tout le cliamp, et étouffent la bonne semence.
On vous a dit que ces fautes, quelle que soit leur quantité , ne peuvent jamais d’elles-mémes monter à ce point fatal qui fait le crime, et éteint tont-à-fail la grâce. Mais que veut-on dire par là ? qu’elles n’épuisent pas toute la vigueur de l’ame , qu’elles n’affoiblissent pas toutes ses puissances spirituelles, qu’elles ne ralentissent pas sa foi, qu’elles n’attiédissent pas son espérance, qu’elles n’introduisent pas jusque dans le fond de son être des semences de corruption , qui dans leur temps produiront des fruits de mort; qu’elles ne font pas au (xenr de ces plaies dangereuses , qui attirent de leur cûté les attaques de Satan , et lui montrent le chemin de la victoire ; et enfin , qu’elles ne ressemblent pas à ces .symptômes fréquents qui tût on tard finissent par la mort ? Qne veut-on dire par là ? que la cliarité semblable à on feu sacré ne s’use pas, et ne se consomme pas elle-même, lorsqu’on ne prend aucun soin de la nourrir et de l’entretenir? que toutes ces infidélités faisant croître l’homme de pédié en noos , il ne s’ensuit pas nécessairement que Jésus-Christ y diminue? qu’elles ne contristent pas l’Esprit saint dans notre cœur ; qu’elles ne lui ôtent pas tout ce qui pouvoit lui rendre la demeure de notre ame agréable ; qu’elles ne changent pas notre maison intérieure, où il avoit cru trouver scs délices , en un triste exil , où il n’est plus qu’à regret , où il pousse sans cesse des gémissements ineffables sur les malheurs qui nous menacent ; où il ne semble plus rester que pour méditer une retraite , et où tout le convie 4 s’en retourner dans le sein de Dieu , et à céder sa place aux esprits impurs qui s’en sont déjà rendus les maîtres ? Prélend-un donner atteinte aux plus incontestables vérités de la religion, en établissant celte règle de doctrine? Non certes , mes Frères; car en Jésus-Cluist il n’y a pas oui et non : il
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