‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 21 sur 348 · DEUXIÈME DIMANCHE DE U'AYENT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME DIMANCHE DE U'AYENT

apaisée que par mon infortune éternelle, ^k’écou*

(ez plus les cris de ma douleur, cl les plaintes d’un cœur corrompu , qui ne couuoU pas scs iiilcréis véritables. Je désavoue , Seigneur, ces soupirs trop humains, que la trislesse de mou éUti m’anaclie tous les jours encore; ces larmes chamelles, que l’afnicUon me fait si souvent répondre eu votre présence. N’eaaucez jws les vœux que je vous ai jiksqu’ici adressés pour obtenir la fin de mes peines r achevez plutôt de vous venger ici<ba.s; ne réservez rieu pour celle éternité tei inhle, où vos châtiments seront sans (in et sans mesure. Soutenez seulement ma foiblcsse ; et en répandant des amertumes sur ma vie, répandez-y ces grâces qui consolent , et qui dédommagent avec tant d’usure un cœur affligé.

A toutes ces vérités si consolantes pour une ame affligée, je pourroLs encore ajouter, mes Trères , que nos peines ne nous paroissent excessives que par l’excès de la corruption de notre cœur ; que c’est la vivacité de nos passions qui forme celle de nos souffrances ; c{ue nos pertes ne deviennent si douloureuses que par les attachements outrés qui nous lioieni aux objets perdus; qu’ou n’est vivement afflige que lorsqu’on ctoil vivement attaclié ; et que l’excès de nos afflictions est toujours la peine de l’excès de nos amours injustes.

Je pourrois ajouter que tout ce qui nous regarde , nous le grossissons toujours; que cette idée même de singularité dans nos malheurs flatte notre vanité, en même temps qu’elle autorise nos murmures; quenou.s ne voulons jamais ressembler aux au- | très; que nous trouvons une manièie de plaisir se- ; cret à nous persuader que nous sommes seulsde no- | tre espèce : nous voiitlrions que tous les hommes ne fussent occupés que de nos malheurs, commesi nous étions les seuls malheureux de la terre. Oui , mes frères, les maux d’autrui ne sonlrienànos yeux : nous ne voyons pa.s que tout ce qui nous environne est presque plus malheureux que nous; <iue nos afflictions ont mille ressources qui manquent à bien d’autres ; que dans des inlirmités habituelles, nous trouvons (îin.s rabondauce des biens, et dans le nombre des pei*sonnes uttenlives à nos besoins , mille consolations refuse^ à tant d'autres malhetircux; que, dans la perle d’une personne chère, il nous reste dans la situation où la Providence nous a placés, mille endroits <{ui peuvent en adoucir raroerlumc; que dans des dissensions domesU- 4]iies, nous retrouvons dans la tendresse et dans la rtmliance de nos amis les douceurs que nous ne Naurions trouver ;>arim nos prorhes;qnedaiisune préférence injuste, Ue.slinve ilu public nous venge lie l’injustice de nos iiuiUrcs; enfin , que nous

trouvons mille dédommagements humains à nos malheurs; et ({lie si l’un meitoil dans une balance, d’un côté, nos consolalions, de Tautre, nos peines, nous verrions (|u’il reste encore dans notre état plus de douceurs capables de nous ooiTompre , que de croix pt'opres à nous sanclifler.

Aussi, mes frères, il n'est presque que les grands et les iieureiix du monde qui se plaignent de l’excès de leurs malheurs et de leurs peines. Des infortunés , qui naissent et qui vivent dans la misère cl dans l’accablement, {)a.s8ent, dans le silence et dans l’oubli pres4|ue de leurs peines, leurs jours DvalUeureux; la plus petite lueur de soulagement et le repos leur redonne la sérénité et l’allégresse ; les plus légères douceurs dont on console leurs peines les leur font oublier; un moment de plaisir les dédommage d’une année entière de souffrances; tandis qu’on voit ces âmes heureuses et sensuelle.s , au milieu de leur abondance , compter pour un malheur inouï un seul désir contredit ; se faire de l’ennui et de ht satiété même des pbdsirs, un triste martyre; trouver, dans des luaux imaginaires , la source de mille chagrins réels ; sentir plus vivement la douleur d’un poste manqué , que le plaisir de tous ceux qu’elles occupent ;

I enfin regarder tout ce qui trouble tant soi peu I leur félicité sensuelle , comme la dernière des inî fortunes.

Oui , mes Frères , ce sont les grands et les puissants qui seuls se plaignent, qui se croient toujours les seuls malheureux ; qui n’ont jamais assez de consolateurs; qui, au plus léger contre-temps, voient se raussembler autour d’eux, non-seulement tous ces amis mondains <|ue leur rang et leur fortune leur donnent, mais encore tous ces ministres pieux et éclairés que restime publique distingue , et dont les saintes instructions seroienl bien mieux placées auprès de tant d’autres malheureux auxquels toutes les ressources du monde et de la religion manquent , et auxquels aussi elles seroient plus utiles. 51ais, mes Frères, devant le tribunal de Jésus-Christ , on comparera vos afflictions avec I celles de tant d’infortunés qui vous environnent,

I et dont les malheurs sont d’autant plus affreux ,

I qu’ils sont plus obscurs et plus oubliés : et alors on vous demandera si c'éloit à vous à murmurer I et à vous plaindre ; on vous demandera si vous deviez tant faire valoir des calamités qui auroient été des consolations pour l)caucoup d’autres ; oo TOUS demandera s’il falluit tant murmurer contre un Dieu qui vous iraitoil avec tant d’indulgence , landLs qu’il appesantixsolls<i main sur une infinité de malheureux ; on vous demandera s’ils avoient I moins de droit aux biens cl aux pbisîrs de la terre

DES AEFLICTIONS.

que vous; si leur ame étuit moins noble et moins précieuse devant Dieu que la vôtre; en un mol, s’ils étoient ou plus criminels , ou d’une autre nature que vous.

Hélas! mes Frères, non-seulement c’est l’amour excessif de nous-mêmes, mais encore c’est notre dureté pour nos frères, qui gi-ossitànos yeux nos propres malheurs. Entrons quelquefois sous ces toits pauvres et depourvas , où la honte cache des misères si affreuses et si toucbanies ; allons dans ces asiles de miséricorde, où toutes les calamités paroissenl rassemblées : c’est U que noos apprendrons ce que nous devons penser de nos a mictions; c’est lô que, touchés de l’excès de tant de maliieurs , nous rougirions de donner encore des noms à la légèreté des nôtres; c’est lô qne nos murmures contre le ciel se changeront en des actions de grâces , et que , moins occupés des croix légères que le Seigneur nous envoie, que de tant d’autres qu’il nous épai^oe, nous commencerons â craindre son indulgence, loin de nous plaindre de sa sévérité. Mon Dieu! que le jugement des grands et des puissants sera fumiidahie, puisque, outre l’abus inévitable de leur prospérité, les anitciions qui auroieni dû en sanctiher encore l’usage et en expier les abus, deviendront ellesmêmes leurs plus grands crimes!

Mais comment se servir des afnictions, pour sanctifier les périls de son état, et pour opérer son salut, puis<{u’elles y paroissenl mettre des obstacles invincibles ? C’est ici le dernier prétexte, tiré de l’incompatibilité que les aftliciums semblent avoir avec notre saint.

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