LUNDI DK LA PASSION
et des forces pour satisfaire à celte loi immuable cl étemelle : ce temps, vous l'avez pa.ssé à accumuler de nouvelles dettes; ces forces, vous les avez usées, ou par de nouveaux excès, ou du moins sans en faire aucun usage par rapport aux desseins de Dieu sur vous : il faut donc que Dieu fasse ce que vous n*avez point fait vmis-mémes, et qtiMI punisse après votre mort les crimes que vous n’avez pas voulu expier pendant votre vie.
C’esl-â'dire, pour recueillir loutesces réflexions, qu’il en est de chaque moment de notre vie, comme de celui de notre mort : on ne meurt qu'une fois ; et de là on conclut qu’il faut bien mourir, parce qu’il n’y a plus moyen de revenir, et de réparer par une seconde mort le malheur de la première : ainsi , on ue vit qu’une fols un tel et tel moment ; on ne sauroit donc plus revenir sur ses pas , et réparer en recommençant le même chemin les fautes de la première marche : ainsi , chaque moment de oolre vie que nous perdons , devient un point fixe pour notre éternité : ce moment perdu ne changera plus : éternellement il sera le même, nous sera rappelé tel que nous l’avons passé , et sera marqué de ce caractère ineffaçalfle. Quel est donc notre aveuglement , mes Frères , nous dont toute la vie n’est qu’une attention continuelle à perdre un temps qui ne revient plus, et qui va d’un cours si rapide se [M'écipiter dans les abîmes de réieroitc !
Grand Dieu ! vous qui êtes le souverain dispensateur des temps et drs moments f vous entre les mains de ()ui sont nos jours et nos années ! de quel itil nous voyez vous perdre, dissiper des moments, dont vous seul connoissez la durée, dont vous ave/ marqué en caractères irrévocables le cours et la mesure ; des moments que vous tirez du trésor de vos miséricordes éternelles , pour nous laisser le temps de faire péuitencc ; des moments que votre justice vous presse tous les jours d’abréger, pour nous punir d’en avoir jiisqucs ici abuse ; des moments que vous refusez chaque jour à nos yeux à tant de pécheurs moins coupables que nous , que la mort terrible surprend et entraîne dans le gouffre de vos vengeances éternelles ; des moments enfin dont nous ne jouirons peut-être pas long-temps, et dont vous allez an premier jour terminer la triste carrière 7 Grand Dieu ! voilà déjà la plus grande et la plus belle partie de ma vie passée et toute perdue : il n’y a pas eu jusques ici dans tous mes jours .un seul jour sérieux , un seul jour pour vous, pour mon salut, pour l’éternité : tonte ma vie n’est qu’une fumée qui ne laisse rien de n'*el et de solide à main qui la rappelle, et qui la rama.sse. Grand Dieu? Iralnerai-je jusqu’à la lin mes jours dans cette triste inutilité , dans cet ennui qui me pour-
suit .lu milieu de mes plaisirs, et des efforts que je fais pour l’éviter? la dernière heure me surprendra-t-elle cliargé du vide de toutes mes années ? et n’y aura-t-il dans toute ma course de sérieux que le dernier momeot qui la terminera , et qui décidera de mes destinées étemelles ? Quelle vie , grand Dieu ! pour une ame destinée à vous servir, appelée à la société immortelle de votre Fils et de vos Saiois , enrichie de vos dons , et par eux capable de faire des œuvres dignes de l’éternité ! quelle vie qu’une vie qni n’est rien , qui ne se propose rien , qui ne remplit on temps qui décide de tout pour elle, qu’en ne faisant rien , qu’en ne comptant pour bien passés que les jours et les moments qni lui échappent !
Mais si l’inuiilité est opposée au prix du temps, le dérangement et la multitude des occupations ne l’est pus moins au bon ordre du temps , et à l’osage chrétien que nous en devons faire. Vous venez de voir les périls de la vie oiseuse ; il faut vous exposer les iuconvénieuts de la vie occupée.