‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 218 sur 348 · EMPLOI DU TEMP · texte numérisé non relu

EMPLOI DU TEMP

DOtu coDsacrODS i qaelqoes pratiques lan^piiisantes de religion, ces monunil-i de rt-bul, que la lassitude, ou le dëraiit déplaisirs, nous laisse : ce soûl propren>eut des monieiiUî de repos que nous nous donnons à iKMis-mëmes pluldt qu’à Dieu, un intervalle que nous mettons entre le monde et nous , pour y renlreravec plus de goAt , et respirer un peu de la faligiie, du dégoût, de la satiété, où nous jetieroil la vie du monde et des plaisirs trop soutenue, et prolongée outre une certaine mesure audelà de laquelle se trouve Teimui et la lassitude.

Voilà l’usage que les personnes même qui se parent d'une réputation de vertu funl, à ta cour surtout , de leur temps : toute >eur \ ie est une [^réference criminelle qu’elles donnent au monde, à la fortune , aux bienséances, aux plaisirs, aux affaires , sur l'affaire de leur salut : tout est rempli par ce qu'on donne à ses maiiies, à ses places, à ses amN, à son goût, cl il ne reste plus rien pour Dieu et pour reiemilé : il semble que le temps nous est premièrement donné pour le inonde , pour l'ambition, pour nos places, pour les soins de la terre ; et qu’eosuite ce que nous pouvons avoir de trop, on nous sait bon gré si itous le doemons au salut.

Grand Dieu! et pourquoi nous laissez-vous sur la terre, que pour mériter votre possession éternelle? Tout ce que nous faisons pour le monde périra avec le monde ; tout ce que nous faisons pour vous sera immortel : tous les soins d'ici- bas ont pour objet des maîtres souvent ingrats , injustes , difliciles , impuissants du moins , et qui ne peuvent nous rendre heureux : les devoirs que nous vous rendons , nous les rendons à un maître et à un seigneur fidèle, juste , miséricordieux , tout puissant , et qui seul peut récompenser ceux qui le senenl : les soins de la terre, quelque brillants qu’ils puissent être , nous sont étrangers; ils ne sont pas dignes de nous; ce n’est pas pour eux que nous sommes faits ; nous devons seulement nous y prêter en passant , pour satisfaire aux liens passagers qui les exigent de nous , et qui nous lient aux autres liomines; les soins de réternilé tout seuls sont dignes de la noblesse de nos espérances , et remplissent toute la grandeur et toute la dignité de notre destinée. Bien plus , ù mon Dieu I sans les soins du salut , tous les autres sont profanes et souilles : ce ne sont plus que des agitations vaines , stériles , presque toujours criminelles : les soins du salut tout seuls , les consacrent , les sanctilienl , leur donnent la réalité, l’clévatMHi , le prix et le mérite qui leur manque. Que dirai-je encore? tous les autres soins nous déchirent, nous troublent, nous inquiètent, nous aigrisseut; mais les devoirs que nous vous

rendons nons laissent une joie véritable dans le cœur, nous soutiennent , nous calment , nous consolent , et adoucissent même les peines et les amertumes des autres. Enfin , nous nous devons à vous , d mon Dieu ! avant que d'être à nos maîtres , à nos inférieurs , à nos amis, à nos proches : c’est vous qui avez les premiers droits sur notre œur et sur notre raison , qui sont tes dons de votre main libérale : c’e^l liotic [K)(ir vous premièrement que nous devons en faire usage; et nous sommes chrétiens avant que d’être princes , sujets , hommes publics, ou quelque autre chose sur la terre.

Vous nous direz peut-être, mes Frères, que vouscioyez, en remplissant les devoirs pénibles et infinis altachcs à votre clat, servir Dieu, renqilir toute justice . et travailler i votre salut : j’en conviens; tuais il faut remplir ces devoirs dans la vue de Dieu, par des inotifH de foi, et dans un esprit de relirion et de pii-lé. Dieu ne compte que ce qu’ou fait |>our lui : il n’accepie de nos peines, de DOS tiiigues, de nos assujciissemenis, de nos sacrifices, que ceux qui sont offerts à sa gloire, et non pas à la nôtre; et nos jours i>e sont pleins à ses yeux, que lorsqu’ils sont pleins pour l’éiemité. Toutes les actions qui n’ont pour objet que le monde , que l’éclat qui vient de la terre , qu’une fortune périssable , quelques louanges qu’elles nous attirent de la part des hommes, à quelque degré de grandeur, de réputation, qu’elles nous élèvent ici-bas, ne sont rien devant lui, ou ne sonique des amusements puérils indigues de 1a majesté de ses regards.

Ainsi , mes Frères , que les jugements de Dieo sont différenis de ceux du monde! On appelle une belle vie dans le monde, une vie éclalanie où l’ou compte de grandes actions , des victoires remportées , des négociations dilUdles conclues, des entreprises conduites avec succès, des emplois illustres soutenus avec réputation, des dipoiiés éminentes 8C<]uises par des services importants, et exercees avec gloire; une vie qui passe dans les histoires, qui remplit les monuments publics, et dont le souvenir se conservera ju.squ’à la dernière postérité : voiU une belle vie selon le monde. Mais si dans tout cela on a plus cherclic sa gloire propre que la gloire de Dieu ; si l’on n’a eu en vue que de se bâtir un édifice périssable de grandeur sur la terre , en vain a-t-on fourni une carrière éclatante devant les hommes; devant Dieu c’est une vie perdue : en vain les histoires parleront de nous ; nous serons effacés du livre de vie et des histoires étemelles : en valu ik)S actions feront l'admiralioa des siècles à venir ; elles ne seroul point écrites sur les ooloones immortelles da temple Oîleste t £t in

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