‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 219 sur 348 · LU W 1)1 DE LA PASSION · texte numérisé non relu

LU W 1)1 DE LA PASSION

seripivrd domûs Israël non .«rri6»i(ur : ( Ezecik, xiii , 9. ) en vain nous jouerons un grand rôle sur la scène de tous les siècles; nous serons dans les siècles étemels comme ceux qui n’onl jamais été: en vain nos litres et nos dignités sc conserveront sur le marbre et sur le cuivre; comme ce sera le doigt des hommes qui les aura «k^riies , elles pérU ront avec eux ; et ce que le doigt de Dieu tout seul aura écrit» durera autant que lui-méme : en vain notre vie sera proposée comme un modèle à l’ambition de nos neveux ; comme elle n’aura de réalité que dans les passions des hommes , dès qu'il n'y aura plus de passions» et que tous les objets qui les allument seront anéantis , cette vie ne sera plus rien» et retombera dans le néant avec le monde qui i'avoit admirée.

Car de bonne foi» mes Frères, voudriez- vous que dans ce jour terrible , où les justices elles-mêmes seront jugées , Dieu vous tint compte de toutes les peines, de tous les soins, de tous les dégoûts que vous dévorez pour vous élever sur la terre ? qu'il regardât comme un tenq« bien employé» le temps que vous avez sacrifié au momie, à la fortune » à la gloire , à l'élévation de votre nom et de votre race, comme si vous n'étiez sur la terre que pour vous-mêmes? qu'il mit au nomlire de vos oeuvres de salut celles qui n’ont eu que l’ambition» l'orgueil » l'envie, l’inlérét pour principe» et qu'il comptât vos vices parmi vos vertus ?

Et que pourrez-vous lui dire au lit de la mort» lorsqu’il entrera en jugement avec vous» et qu'il vous demandera contpte d’un temps qu’il ne vous avoit donné que pour l’employer â le glorifier et â le servir? Lui direz-vous : Seigneur, j'ai remporté des victoires: j’ai servi utilement et glorieusement le prince et la patrie : je me suis fait un grand nom parmi les hommes? llélasf vous n'avez pas su vous vaincre vous-même : vous avez servi utilement les Rois de la terre, et vous avez méprisé le serv ice du roi des rois : vous vous êtes fait un grand nom parmi les hommes, et votre nom est inconnu parmi lesélits de Dieu : temps i>erdu pour rélcmilé. Lui direzvous : J'ai conduit des négociations pénibles : j’ai conclu des traités importants : j’ai ménagé les intérêts et la fortune îles princes : je suis entré dans les secrets et dans les conseils ries roi» ? Hélas ! vous avezconcludestraités et de-s alliancesavec (es hommes, et vous avez viole mille fois ralliance sainte ' que vous aviez faite avec Dieu : vous avez ménagé ! les intérêts des princes, et vous n'avez pas su mé- '• nager les intérêts de votre salut : vous êtes entré dans le secret des rois, et vous n'avez pas connu les secrets du royaume des deux : temps perdu pour réternilc. Lui direz-vous : Toute ma vie n’a I

été qn'on travail et une occupation pénible et continuelle? Hélas! vous avez toujours travaillé, et vous n'avez rien fait pour sauver votre ame : temps |ierdu pour réternilc. Lui direz -vous : J'ai établi mes enfants : j’ai élevé mes proches ; j’ai été utile à mes amis : j'ai augmenté le patrimoine de mes pères? Hélas! vous avez laissé de grands établissements à vos enfants, et vous ne leur avez pas laissé la crainte du Seigneur en les élevant et les établissant dans la foi et dans la piété : vous avez augmenté le patrimoine de vos pères, et vous avez dissipé les dons de la grâce et le patrimoine de Jésu.s-Christ : temps perdu pour l’éternité. Lui direzvous : J'ai fait des études profondes :j’ai enriclii le piiMic d’ouvrages utiles et curieux : j’ai perfectionné les sciences par de nouvelles découvertes : j'ai fait valoir mes grands talents» et les ai rcriduf utiles aux hommes? Hélas! le grand talent qu’oo vous avoit cotiHé éluit celui de la foi et de la grâce » dont vous n'avez fait aucun u.<age ; vous vous êtes rendu habile dans les science.s des hommes, et vous avez toujours ignoré la science des Saints : temps perdu pour réternité. Lui direz-vous enfin r J'ai pa.ssc la vie à remplir les devoirs et les bienséances de mon état : J'at fait des amis : j'ai sa plaire à mes maîtres? Hélas! vous avez eu des amis sur la terre , et vous ne vous en êtes point fait dans le ciel : vous avez tout mis en onivre pour plaire aux hommes, et vous n'avez rien fait poor plaire â Dieu ; temps perdu pour l'éternité.

Non» mes Frères, quel vide affreux la plupart de oe< hommes» qui avoient gouverné les étals et le.s empires; qui sembloient faire mouvoir runtvers entier; qui en avoient rempli les premières places; qui faisoient tout le sujet des entretiens» des craintes, des désirs» des espérances des hommes ; qui occtipoient presque seuls les attentions de toute la terre ; qui portoient tout seuls le poids des soins et des affaires publiques : quel vide affreux trouveront-ils dans toute leur vie au lit de la mort! tandis que les jours d'une ame sainte et retirée» qu'on regardoit comme des jours obscurs et oiseux» parotlront pleins, occupés» marqué chacun par quelque victoire delà foi» et dignes d’être cclibrés par les cantiques étemels.

Méditez ces vérités saintes, mes Frères : te temps est court , il est irréparable; il est le prix de votre étemelle félicité ; il ne vous est donné que pour vous en rendre dignes : mesurez lâ dessus ce que vous en devez donner au monde , aux plaisirs» à la fortune » à votre silu! Mes Frères , dit r.\p<'ilre, le temps est court; (Cor.» vn, 29. ) usons donc du inonde comme si nous n’en usions l>as possédons nos biens » nos places; nos dignilée»

SUR LE

DOS titres , comme si noos ne les possédioiis pas ; jouissons de la bsenr de nos maîtres et de l’estime des hommes , comme si noos n’en jonissiaos pas ; ce n’est U qu’une ombre qui s’éranonit et nous éduppe : et ne comptons de réel dans toute notre vie , que les rooments que nous aurons employés pour le ciel.

Ai»$i soit-il.

SERMON

povn LE HARDI DE LA SEMAINE DE LA PASSIOR.

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