SUR LE SALUT
traite n<m jette dam Tennai ; les lectures saintes | lassent d'abord ralteotiou ; le commerce des gens de bien est languissant « et n'a rien qui fasse plaisir; la loi des jeûnes altère le tempérament ; en un mot , nous trouvons je ne sais quoi de triste dans la vertu, qui fait que nous n*eu remplissons les obligations que comme des dettes odieuses qu’on paie toujours de mauvaise grâce, et seulement lorsqu'on s’y voit contraint.
Mais premièrement, mes Frères, vous êtes injustes d’aUribuer i la vertu ce qui preiai sa source dans votre propre corniption ; ce n'est pas la piété qui est désagréable, c'est votre cœur qui est déréglé; ce n'est pas le calice du Seigneur qu'il faut accuser d'amertume, dit saint Augustin, c'est votre goût qui est dépravé. Tout est amer à un palais malade; corrigez vos penchants , et le joug vous paroltra léger : rendez à votre cœur le goût que le pédié lui a ôté , et vous goûterez combien le Seigneur est doux : baissez le monde, et vous comprendrez à quel point la vertu est aimable; en un mot , aimez Jésus-Christ , et vons sentirez ton! ce que je dis.
Voyez si les Justes ont le même dégoût que vous pour les œuvres de la piété. Inierrogez-les ; demandez-leur s'ils regardent votre condition comme la plus heureuse: ils vous répondront que vous leur parotssez digne de compassion; qu'ils sont touchés de votre égarement et de vos peines , de vous voir tant souffrir pour un monde, ou qui vous méprise , ou qui vous ennuie, ou qui ne peut vous rendre heureux; courir après des plaisirs souvent plus insipides pour vous que la vertu même qoe vous fuyez : ils vous répondront qu'ils ne changeroient pas leur tristesse prétendue contre toutes les félicités de la terre. La prière les console, la retraite les soutient, les lectures saintes les animent ; les œuvres de la piété répandent dans leur ame une onction sainte, et leurs jours les plus lieureux sont ceux qu’ils passent avec le Seigneur. C'est le cœur qui décide de nos plaisirs: tandis que vous aimerez le monde, vous tronverez la vertu insupportable.
En secoud lieu, voulez-vous savoir encore pourquoi le joug de Jésus-Christ est pour vous si dur et si accablant? c'est que vous le portez trop rarement : vous ne donnez au soin du salut que quelques moments rapides; certains jours que vons consacrez à la piété; certaines œuvres de religion dont vous vous acquittez quelquefois, et en vous déchargeant aussitôt vous ne sentez que le désagn-ment des premiers efforts : vous ne laissez pas à la grâce le loisir d’en adoucir le poids, et vous prévenez les douceurs et les consolations qu'elle ne
manque jamais de répandre sur les suites. Ces animaux mystérieux que les Piûlistins choisirent pour porter l’arcbe du Seigneur hors de leurs frontières, figures des âmes infidèles peu accoutumées à porter le joug de Jésus-Christ, mugissoient, dît l'Ecriture, et sembloient gémir sous la grandeur dece poids sacré: />rrgenf« et mttgunies; {1 .ï\eg., VI, 12. ) au lien que les enfants de Levi, image naturelle des Justes, accoutumés A ce ministère saint, fiiùoient retentir les airs de cantiques d’allégresae et d’actions de grâces, en la portant avec majesté, même à travers les sables brûlants du désert. La loi n’est pasun fardeau pourl’amejuste accoutumée A l’observer : il n'est que l'ame mondaine peu familiarisée avec ses saintes observances, qui gémisse sous un poids si aimable : Pergeniet et mugientes. Lorsque Jésus-Christ a assuré que son joug étoit doux et léger, il nous a ordonné en même temps de le porter chaque jour : l'onction est attachée A racooulumance; les armes de Saûl n’étoient pesantes pour David, que parce qu'il n’en avoit point l'usage : .Voit usum habeo, (1. Reg., XVII, 39.) Il faut se familiariser avec la vertu pour en counoltre les saints attraits; il faut percer avant dans cette terre heureuse pour y trouver le lait et le miel; ce n'est qu'à l’entrée qu'on trouve des géants et des monstres qui dévorent ses liabitanls. Les plaisirs des pédieurs ne sont doux que sur la surface ; ils n'ont d'agréables que les premiers moments : si vous allez plus avant, ce n'est plus que fiel et qu’aroertume; et plus vous les approfondissez , plus v'Ous y trouvez le vide, l'ennui , la satiété qui en est inséparable: la vertu, au contraire, est une manne cachée; pour en goûter tonte la douceur, il faut l'approfondir : mais aussi, plus vous avancez, plus les consolations abondent ; plus les passions se calment, plus les voies s’aplanissent, pins vous vous applaudissez d'avoir rompu des clialnes qui vous accabloient, et que vous ne traîniez plus qu’A regret et avec une secrète tristesse. AiiLsi tandis que vous vous en tiendrez A de simples essais de vertu , vons n’en goûterez que les répugnances et les amertumes ; et comme vous n’aurez pas la fidélité du Juste, vous n'en devez pas aussi attendre les consolations.
Enfin , vous accomplissez les devoirs de la piété sans goût, non-seulement parce que vous les accomplissez trop rarement, mais parce que vous ne les accomplissez qu'à demi. Vous priez, mais sans recueillement; vous jeûnez, mais c'est sans entrer dans un esprit de componction et de pénitence; vous vons abstenez de nuire A votre ennemi , mais c’est sans ratmer comme votre frère; vous approchez
MARDI DE LA PASSION
mystères .qIiik, maii Mai y apporter cette fervriir, qui seule y bit trouver (let doiiceurs in* elTubles : voi|s vous «ip.nre» qiirlqiiefuii du monde, niais vuus ne portez pa> <lous la retraita la ailenoo des s as et des passions , aans quoi alla n’est plus qu’un triste ennui; en un mot, voua ne portra le joii;; qu'Â demi. Or Jesiis-Clirial n'eat paa divisé ; ce ^imun le Cyrénéen qui ne purtoit qu’une partis de la crois en étoit accablé, et il hlloit que les sol* data lui Tissent violence pour Ttbligar de oontinoer an Sauvrur ce triste ministère : £t ongariaramnl vl tollerti ei uccm eju.v. ( Matt., xxvii , 32. ) Il n’rsl que la plénitude de la loi qui soit eoiwolanla; plus vous en retrancliez, plut elle desient paeanio et onéreuse; plus vous vuulea Tadoudr, p>ut ello accable; au lieu qu'au y ajoutant mémo des riguenrt de surcroît vous en sentes diminuer la |>OHnteur, comme si vous y ajoniiez do noureaiii adoneiste* menis : d'où vient cela 7 c’est que Tobservanca Imparfaite de la loi prend sa source dans un creur que les passions parlageiit encore : or un cceor divisé et qui nourrit deiis amours, ne peut être, selon la parole de Jésiis-Cbrist, qu’un royaume et un thi'éire plein de trouble et de désolation.
En voulez-vous une image naturalla tirée des livres saints ? Itcbecra, sur le point d’enlbnler Jacob et Esaü , soulTroit des douleurs niortellrs, dit TBcriliire ; les deux enfants se faisoient déjà la guerre dans son sein ; £1 rollideùautur in «tare ejusyarvttli; (Ge.s., xxv,'i2.]et comme lassée de ses maux, elle demandoit au Seigneur sa mort ou sa délivrance : Ne soyez point surprise, lui dit la voix du ciel, si vos douleurs sont si extrêmes, et s'il vous en coûte tant pour devenir mère; c'est qu'il y a deux peuples dans votre sein : Drue gaulas al duo populi suiit in utero luo. ( Ibid., 23. ) Voilé votre bistoire, mon citer .Auditeur ; vous êtes surpris qu’il vuus en Coûte tant pour accomplir une ceiivre île piété, pour enfanter Jésus ClirisI, le nouvel liomine, dans votre oeur ; aiil c’est que vous yconservez encore deux amours irréeonciliables , Jacob et E<i,iû, Tamour du monde et Tamniir de Jésus-Cbrist; c’est que vous portez au dedans de vuus deux peuples , pour ainsi dire, i|ui se font une guerre éternelle : Dua gaulas al duo populi suiit in uirro luo ; voilà la source de vuè douleurs et de vos peines. Si l'amour de Jésus-Cbrist tout seul posséduit votre cceiir, tout y sentit calme et paisible ; mais vous y nourris.sez encore des passions injustes; vuus aimez encore le monde, les plaisirs, les distinctions de la fortune; vous ne pouvez souffrir ceux qui vous eflacent ; votre cour est pleitt de jalousies, d’aiiitiiosiiés , de désirs frivolca, (fatlacbemcats enmioeia: XJms gaulaa at
dm peputl avili in u'ero ht» ; et de là vient qne vos sarriiiees étant toitjours imparfaits comme ceux dt Gain , sont toujours tristes et pénibles comme l« eiena.
Servez dune le Seigneur de tont votre cccur, et vont la servirez avec allégresse : diMinea-vous à lui sans réserve, sans vouloir encore releitir iiti droit snr toutes vos passions ; obeervez les ju-tices de la loi avec |éénituile, et elles répandront , dit le Pro* pliête, de Mitila ptaisim dans votre ctriir ; /«ati- His Demiui ri$ ir, lielifcmt’i corda. (Pa., xvm, 9. ) Ne CMyea pas que les larmes de la peiiiiriice anient toujours tristes et amères : le deuil n’est qu'au deliors; elles ont mille dédommagements aeerets lorsipTelles sont sincères ; le Juste ressemble au buisson sacré; vous n’en voyez qne les ronces al les épines , mais vous ne voyez pas la gloire du IdgiMur qui réside an dedans; vuus voyez des macèntiuns et des jeAiiei, mais vuus ne voyez pas l'onction sainte qui les adoucit; vous voyez le silence, la retraite, la biile du moniie et drs plaisirs, mais vous ne voyez paa le roiu-ulaieur invisible , qui remplace avec tant d’usure le commerce des bommes, devenu ln.Mipponahle depuis que l'on a goAté Dieu ; vous voyez une vie en apparence triste, ennuyeuse, mais vous ne voyez ;ias la joie al la paix de Tiunocenoe qui règne au dedans. C’est là que le Père des miséricnrdrs et le Dieu de toute oonsolalion répand ses faveurs à pleines mains, et que l'ame ne pouvant quelqiielbi-i en soutenir Texoès et la plénitude, est obligée de demander à sou Seigneur qu’il suspende le torrent de ses grâces, et qu'il mesure l’abondance de ses dons à la faiblesse de sa créature.
Vaiiea vout-méma en bire une heureuse expérience, mon cher Auditeur; venez mettre la H,lélilé de votre Dieu à l’épreuve; c’est ici qu'il aime à être tenté : venez essayer si nous rendons uii témuignage trompeur è ses miséricordes; si nous attirons le pécheur par de fausses espéniices, et si ses dons ne soiit pas encore plus abondanls (|ue nos promesses. Voua avez loiig-tem|is essayé du monde: voua ne lui avez point trouvé de fldélilé : il vous avoit tout bit espéier, des (ilaisirs, des bonneiin, des félicités imaginaires : il vous a trompé ; vous y êtes malheureux ; vous n'avez jamais pu parvenir à vous y faire une situatiuii au gré de vos souhaita : venez voir si votre Dieu ne vous sera pas plus Adèle; si Ton ne trouve que des amertumes et des déguAls dans son service; s’il pntmet plus qu’il ne donne; s'il est un inaltie ingrat, inoonstant, bizarre; si son joug est une cruelle serviliiile, ou une douce liberté; si les devoirs qu’il exige de noua aont le aupptioe de ses esclaves , oa
SUR LE
la consolation de sas enfents; et s’il trompe renx qui le «•i venl. Mon Dieu ! que vous seriez peu digne de nos emurs , si vous n’étiez pas plus aimable, plus fidèle, et plus digne d’être servi que ce monde misérable I
Mais pour le servir comme il veut l’être , mes Frères , il tant estimer la gloire et le bonheur de son service ; préférer ce bonheur à tous les autres , et y travailler sincèrement, sans réserve , et avec une mflre circonspection ; car si c'est un défaut commun de manquer de vivacité pour l'affaire de notre salut éternel , et de s'en dégoûter ; c'en est nn autre encore plus ordinaire d’y manquer de prudence , et de s’y méprendre.