‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 223 sur 348 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Une entreprise oti les dangers sont journaliers, od les méprises sont ordinaires , où parmi les routes infinies qui paroisseni sûres, il ne s’en trouve pourtant qu'une de véritable, et on cependant le succès doit décider de nos destinées éternelles ; une entre|>rise de ce caractère demande sans duute des attentions non communes, et dans la conduite d'aucune autre on n’eut jamais besoin de tant de circonspection et de prudence. Or, qite telle soit l’entreprise du salut, il serait inutile ici de le prouver, et nul d'entre vous n’en doute ; ce qu’il importe dune d’établir, ce sont les régies et les caractères de cette prudence, qui doit nous guider dans une affaire si périlleuse et si essentielle.

La première règle, c’est de ne pas se déterminer an liasard parmi celte multiplicité de voies que les hommes suivent ; les examiner toutes indépendamment des usages et des coutumes tpii les autorisent; et dans l'affaire de l'éternité ne donner rien à l’opinion et i l’exemple ; la seconde , lorsqu’on se détermine , ne laisser rien à rincertiiude des événements, et préférer toujours la sûreté au péril.

Telles sont les règles communes de prudence que les enfants dit siècle eux-mêmes suivent dau.s la poursuite de leurs prétenlions et de leurs espérances temporelles : le salut éternel est la seule affaire où elles sont négligées. Premièrement , nul n’examine si ces voies sont sûres, et ne demande pas d’autre garant de leur sûreté que la foule tiue l’on voit marcher devant soi. Secondement, dans les doutes qui naissent sur le détail des démarcliL-s, le parti le plus périlleux au salut , comme il a toujours l'ainour-prupre pour lui , il a toujours au.ssi la préférence : deux erreurs capitales et commitnes dans l’affaire dit salut éternel, qu'il faut ici coin- I battre. La première règle est de ne pas se déter- I

miner au hasard , et dans l’affaire de l’élernilé ne rien donner à l’opinion et à l’exemiilc. En effet, le Juste nous e.sl partout relit ésciilé ilans le.s livres saints comme un homme sensé et prnilent , qui suppute , qui compare, qui examine, qui discerne, qui éprouvé ce qu'il y a de meilleur, qui ne croit pas légèrement à tout esprit, qui porte à se.s pieds le flambeau de la lui, pour eclairer .vesdcitiaiclies et tie pas se méprendre dans ses voies. Le peicheur au coiitraire y est de|ieinl coiiime un insensé qui marche à l’aveiiture, et qui dans les pas les plus périlleux passe outre avec confiance, comme s’il maicliuit dans les sentiers les plus sûrs et les plus unis : Sni>ieiis limrl, et déclinai ü inn/o ; sIultuS traiisilit . f( coiifidil. ( Ptiov., xiv, IC.)

Or, voilà mes Frères, la situation de presque tous les hommes dans l'affaire du salut éternel. Partout ailleurs prudents, attentifs, défiants , liabiles à découvrir les erreurs cachées sous les piéjitgé- communs : c’csl dans le .saint tout seul , que rien n’égale notre crédulité et notre impi ndence. Oui, mes Frères, vous nous entendez dire tou« les jours que la vie du monde, c'est-à-dire, cette vie d’amusement , d’inutilité , de vanité, de faste, de molles.se, exemple même de grands crimes ; que celte vie, dis je, n’est [las une vit chrétienne; et dès là, que c’est une v ie de n prulialion et d’infidtlilé : c'est la doctrine de la religipn où vous êtes né , et depuis votre cnfanec on vous a nourri de ces vérités saintes : le monde au contraire soutient que celte vie est la seule que des personnes d’un certain rang puis.sent mener ; que ne vouloir pas s’y conformer, ce seroil un air sauvage , où il entreroit plus de singularilé et de petitesse que de raison et de vertu. Je veux qu’il soit encore <louteux , qui du monde nu de nous a raisun ; et que ce grand différend ne soit |s>s encore vide : néanmoins comme il s'agit ici d’une alternative affreuse, et que s'y nn prendie est le dernier de tous les mallienrs, il semble que la prudence demanderoil qu’on s’éclaircit du moins avant que de passer outre. Il est naturel de douter du moins entre deux pailis qui eonlesleni, et où notre salut surtotit est devenu le sujet de la dispute ; or, je vous demande, entrant dai,s le inonde , et recevant scs iiiuMirs, scs maximes, ses in.ages, cumine vous les avez revus; avez-vou.s commencé par examiner s’il avoil raison , et si c’eloit nous qui avions tort et qui étions les sexlucteurs?

Le monde veut ipi'oii aspire aux faveurs de la fortune, et qu’on n’oublie ni soins, ni mouvements, ni ha-sses-es , ni artifices, pour s’en rendra digue : vous suivez ces usages ; mais avez-vuua examiné si l’Evangile ne les contredit point? Le

MARDI DE LA PASSION

monde se fait honneur do luxe, de U magnificence , des profosions , de la délicatesse des tables ; et en matière de dépense rien n’est excessif selon lui que ce qui peut aboutir à altérer les affaires : TOUS êtes-vous informé si la loi de Dieu ne prescrit point un usage plus saint des richesses que nous ne tenons que de lui ? Le monde autorise les jeux étemels, les plaisirs , les spectacles ; et traite avec dérision quiconque ose même douter de leur innocence : avez-vous trouvé cette décision dans les maximes tristes et crucifiantes de Jésus-Clirist ? Le monde approuve certaines voies douteuses et odieuses d’augmenter le patrimoine de ses pères , et ne met point d’autres bornes k la cupidité, que celles des lois , qui punissent les violences et les injustices manifestes : nous pourriez- vous assurer que les règles de la conscience n’y regardent pas de plus près, et n'entrent pas là-dessus dans des discussions que le monde ne connolt point ? Le monde souffre que l’on aspire à des honneurs sacrés , qu’on supplie même à la porte des distributeurs des grâces , et qu’on monte en rampant sur le irdne sacerdotal : vous êtes-vous éclairci si les lois de l’Église ne traitent pas ici toutes démarches d’intrusion , et le simple désir de crime ? Le monde a déclaré qu’une vie douce , molle , oiseuse , étoit une vie innocente ; et que la vertu n’éloit pas si austère que nous la faisons : avant de l’en croire sur sa parole, avez -vous consulté si la doctrine que Jésus-Christ nous a apportée du ciel, souscrivoit à la nouveauté et an danger de ses maximes ?

Quoi! mes Frères , dans l’affaire de votre éternité vous adoptez sans attention des préjugés communs , seulement parce qu’ils sont établis ? vous suivez ceux qui marchent devant vous , sans examiner où conduit le sentier qu'ils tiennent ? vous ne daignez pas vous demander à vous-mème si vous ne vous trompez point ? il vous suffit de savoir que vous n’ètes pas le seul à vous méprendre ? Quoi! dans l’affaire qui doit décider de vos destinées étemelles , vous ne faites pas même usage de votre raison ? vous ne demandez point d'autre garant de votre sûreté que l’erreur commune ? vous ne doutez pas? vous ne vous informez pas? TOUS ne vous défiez pas ? tout vous est bon ? Vous qui êtes si épineux , si difficile , si défiant , si plein de précautions , quand il s’agit de vos intérêts terrestres; dans celle grande affaire toute seule, vous vous conduisez par instinct , par opinion , par impression étrangère? vous n’y mettez rien du vôtre, et vous vous laissez entraîner indolemment à la mulUiude et à l’exemple ? Vous , qui sur tout iQtre point rougiriez de penser ctnnme la foule ;

vous, qui vous pîqoez de supériorité de génie, et de laisser au peuple et aux esprits médiocres les préjugés vulgaires ; vous , qui outrez peut-être la singularité dans voire façon de penser sur tout le reste ; sur le salut tout seul , vous ne pensez qu’avec la foule , et U semble que la raison ne vous est pas donnée pour ce grand intérêt seulement? Quoi! mes Frères, quand on vous demande tous Im jours , dans les démarches que vous faites pour le succès de vos affaires et de vos espérances terrestres , les raisons que vous avez eues de préférer un parti à un autre , vous développez des motifs si sages et si solides ; vous justifiez voire cIhmx par des vues si sûres et si décisives; vous parmssez avoir pensé si mûrement avant que d’entreprendre; et lorsque nous vous demandons tous les jours d’où vient que dans l’affaire du salut étemel TOUS préférez les abus , les usages , les maximes du inonde aux exemples des Saints , qui n’ont pas vécu certainement comme voos ; et aux règles de l’Évangile, qui condamnent tous ceux qui vivent comme vous ; vous n’avez rien à nous r^randre , aïnou que vous n’étes pas le seul , et qu’il but vivre comme tout le monde vit ? Grand Dieu ! et que servent les grandes lumières pour conduire des projets qui périront avec nous ? nous avons de la raison pour la vanité; nous sommes des eofuits pour la vérité ; noos nous piquons de sagesse dam les affaires du monde : dans celle du salut étemel, nous sommes des insensés.

Vous nous direz peut-être que vous n’êtes pas plus sage et plus habile que tous les autres hommes, qui vivent comme vous; que vous ne pouvez pas entrer dans des discussions qui vous passent ; que si nous en étions crus , il fàudroil se chicaner sur tout ; et que la piété n’est pas de tant raffiner.

Mais je voos demande : faut-il tant de raffinement pour savoir que le monde est un guide trompeur ; que ses maximes sont réprouvées dans l’école de Jésos Cbrist , et que ses usages ne sauroient jamais prescrire contre la loi de Dieu ? n’est-ce pas 1a règle la plus simple et la plus commune de l’Evangile, et la première vérité de la science du salut? Il ne faut qu'aller simplement pour coonoltre le devoir. Les raffinemente ne sont néces- Mires que pour se le dissimuler à soi-même , et pour allier les passions avec les règles saintes : c’est là où l’esprit humain a besoin de toute son industrie, car l’entreprise est difficile; et voilà où vous en êtes, vous qui prétendez que rappeler les eoutomes à la règle est un raffinement insensé : il ne faut que se consulter soi-même pour connoltre le devoir. Tandis que Saul fut fidèle, il n’eut

Si; U IX SALUT.

besoin d’aller consulter la Pjllionisse sur ce (|u’il devüit faire; la loi de Dieu le lui apprenait assez : ce ne fut qu’après son crime, (pie (nnir calmer les inqoiélmles d'une (H)a<cience troublée, et altier ses faiblesses injustes avec la loi de Diini , il s’avisa d’aller chercher dans les réponses d’im oracle trompeur quehpie autorité favcM'able à s« ]>as.sioris. Aimez la vérité, et vous l'aurez hiciiuH connue : une conscience droite est le meilleur de tous les d(M?lcurs.

Ce n’est pas que je veuille Liâmer ici les recherches sincères que f<ijl une amc simple et timide pour s’éclairer et pour s’instniirc; je veux dire seulement que la plupart des doutes sur les devoirs, dans les âmes livrées nu monde comme vous, naissent d’un fonds dominant de cupidité, qui d’un côté voiidroit ne point loucher à ses passions injustes ; et de l’autre s’autoriser de la loi , |»mir s’épar^er le remords de la transerression manifeste. Car d'ailleurs si vous chercluz Dieu de lionne foi , et que vos lumières ne sufilsenl pas; il y a cn«ire des prophètes dans Israël : coasulloz à la bonne heure ceux qui conservent la forme de la loi et de la saine doctrine , et qui ensciçiienl la voix de Dieu dans la vérité : ne pro|>osez pas vos dont(^ avec ces couleurs et ces adoucissements, qui déterminent toujours la décision en votre faveur : ne consultez pas pour être trompé , mais pour être éclairci r ne cherchez pas des oracles favoraliles, mats des oracles sdrs et éclairs : ne vous contentez pas même du témoî^naffe d’un seul hnmnie; eonsultez le Seifîneiir  plusieurs reprises, et par din*ércnts organes; la voix du ciel est uniforme , parce ipie la vérité dont elle est l’interprète, n’est qii’imo : si les témoignages ne conviennent pas, préférez toujours le choix qui vous éloigne le plus du péril ; déliez-vous du sentiment qui plaît, qui rit à la vne , et (jui avoit déjà [wur lui les suffrages de votre amour-propre.

N’imitez pas Loi , lequel sur le point de se séparer d’Abrahain , maître de choisir de la «Iroite ou de la gauche, leva les yeux, dit rEcriture, avant que d’opter ; vit à l’entour une contrée fertile , dooce , aimalile , riante, telle que soif C(Pur la sotiliaitoit ; laissa à Abraham celles qui lui {iaru> rent moins délicieuses , et se détermina là-dessus pour le pays de Sodnme , sans examiner s’il y avoit de la sArelé pour lui : E/crotii Untjüc Lotoni/îs, ridit oiUHcm eircà rcdioncm Jordants^ qu^ niiirrrsa iiriqabalur,.. sicnl paradUvs Domini,..,, et hohitarit inSwiomix. (CrKN , XIII, 10, 12.) Kn effet , son impnulcncc fut hienlcH punie, dît siinl Ambroi.sp ; peu de temps après les rois des nations remmènent captif; cl délivré de leurs mains, à

peine tV-happe-t il an feu du ciel qui tomba sur celte ville criiniiiellel Aol amo'aam eîeqit : îhpnnioris Haque rousilii pretium tuit,quoniam à piwlrntiore (lejk.rerat. (S. Ambu.) Il est rare que les décisions de nos penchants se trouvent les mêmes que celles des règles saintes.

Cependant c'est ce <|ui déci le de tous nos choix dans ran’.iire du salut ; et dans les circonstances rnème.s où nous voyons des routes plus sûres que celles que nous choisissons : seconde dcroarche de notre inipind mee dans l’entreprise de notre salut éternel. En effet , il nesl guère do doute sur nos devoirs, qui nous dcrolie Tubligalion précise de la loi sur clia(]iie démarche : nous connoissons les sentiers (xir où Jésus-Christ et les Saints ont passé : on n<*us les montre encore tous les jours ; on nous convie, fvir le <iiccès qu’ils ont en, à marcher sur leui-s traces : c'e.sl ainsi , nmisdii-oii avec l'Apélre, que ces hommes de Dieu qui nous or.t piécétlés, vainquiri'iU le monde, et obtinrent l’effet des pro messes ; nous voyons (pi’oii les imitant on peut tout esj>érer, et que dan.s la veue où nous inarchon.c, tout esta craindre: devrions -nous balancer dans cette alternat. ve?

Cc{icndanl, partout nous résîvions à nos propres himtères; partout umts préh-rons le péril à la sûn;lé; toute notre vie n’est même iju’un ptùil continuel ; daas toutes nos actions , nous flottons , non pas entre le plus ou le moins p,irfait , mais entre le crime et 1rs simples fautes ; toutes les fois que nous agissons il n’est pasquestiondesavoirsi nous faisons le plus grand bien , mais .si nous ne faisons (pruii mal léger ( t digne d'iniltilgence: (mis vos doutes se bomrm à nous demander, si se permettre un id plaisir, si tenir un tel discours, si se livrer jusqu’à un tel point à son ressentiment, si nscr de celte duplicité, si ne pa» refuser une telle complaisance est un crime ou une simple offen.se ; vous êtes toujours entre ces deux Ue.siinées; et votre conscience ne peut jamais vous rendre ce témoignage que dans mie telle occxision vous vous éte.s déterminé pour le parti où il n'y avoit aiicm péril.

Ainsi vous savez qu’une vie de jeu , de plaî'ir, de spectacle, d’aiimscmciil , qtiand même U ne .s’y inêlcnHl rien de grossier et de criminel, est un parti fort douteux pour roleruilé; nul saint du moins ne vous en a laissé l’exenqde : des mœurs plus recueillies et plus chrétiennes ne vous la-sseroient rien de semblable à craindre, vous le savez : cependant vous aimez mieux un doute accommodant, (ju’une sûreté lmp gênante. Vous savez que la grâce a des moments qui ne reviennent plus; (jne , rien ii't’st plus incertain que le retour des inipul- 1 sium saintes auxijuclles on .se lefuse; que le salut

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m MAitni DE 1,

ililTéré eM presque Innjoiirs manqué ; cl que commencer aujourd’lmi, c'eil s’assurer priuleiiinienl (lu succès; vous le savez ; cependant vous préférez l'espérance incertaine d'une prace i venir, au salut |>réseol qui s'offre à vous. Vous savez que ce $m>de sacré respecte vos passions; qu’il est plutôt le confident de ves foiblesses que le juge de votre conscience et le médecin de vos maux , et qu'il mant|uc ou de lumière pour vous instruire , ou de femielé pour vous corriger; vous le savez, et si vivement tpie vous-méme sortez tonjmtrs de ses pieds , plein de doutes et de remords secrets sur sa complaisance : un nouveau cliois seroit nécessaire; mais vos pas.dom: craignent ce cliangement; et uti aveugle accoutumé est toute la raison que vous avez de courir avec lui an précipice. Vous savez que votre siireté demanderoit que votis descendissiez de cette dignité où la main du Seigneur ne vous a pas élevé, et que vous remplissez sans vocation , comme sans mérite ; vous le savez ; mais tant d'antres en sont revêtus , que vous conuoissez encore plus indignes que vous; la vraisemblance vous rassure, et l'évidence du devoir ne vous louche plus. Vous savez tpie l’art de grossir scs trésors doit presque toujours son succ^ i la cupidité et à l'injustice; que ces manières déloiimécs de multiplier son bien ont leurs diflieultés dans la religion , et que si parmi les interprètes de la loi , il s'en trouve qiielqiics-nns qui vous tolèrent, tout le reste vous condamne ; vous le savez : mais c'est cette variété même de suffrages qui vous calme; et en matière de salut , avoir contre vous le parti ie plus nombreux et le plus sûr, ne vous pamlt pas un inconvénient à craindre.

Or, mes Frères, je ne vous demande ici que deux réflexions , et je finis. Premièrement , tjuand même dans celte voie où vous niarcliez, 1a lialance seroit égale , c’esl-iaiirc , quand il seroit également douteux si vous vous sauvez ou si vous vous perdez ; s’il vousrestoit un peu de foi, vous devriez être dans des alarmes cruelles ; il devroit vous paraître affreux que votre salut éternel fût devenu un proltlèmc , sur lequel on ne sait ù quoi s'en tenir , et qu’on opinét avec une égale vraisemblance sur le boubenr ou sur le maliieur de votre destinée étemelle , comme sur ces questions indifférentes que Dieu a livrées û la dispute des lionimes ; vous devriez tout entreprendre pour mettre du moins les vraisemblances de votre oêté ; pour cliercber une sitnaliuii où le préjugé du moins vous fût favorable : cl ici où tout conclut contre vous, où la loi ne vousesi jioint favorable, où vous n'avez pour vous que lie légères apparences de raison sur lcsi|nelles vous n'oseriez liasorder le moindre de vos intérêts

A PASSION

temporels; a dans des mieurs, qni jusques ici n’ont sauvé personne, et où vous ne vous rassurez que par l’exemple de ceux qui pérUsent avec vous ; vous êtes tranquille dans cette voie? Vous convenez de la sage-se de ceux qui en ont clioid une plus sûre : vous dites tous les jours qu'ils sont louables; qu’on est heureux quand on peut prendre sur soi jn.vqu’i ce point ; qu'il est bien (tlus sûr de vivre comme eux ; vous le dites , et vous ne croyez pas devoir les imiter? Insensé, s’écrie l’ApOtre ; quel est donc le prestige qui vous abuse? et pourquoi n’obéisv'z-vous pasâ la vérité que vous connoissez ?

Ah! mes Frères, dans les clioix qui intéressent notre gloire , notre avancement , nos prélentioiLs tempordles, sommes-nous capables de cette imprudenrr ? De toutes les voies qni s’offrent à l'arobition pour parvenir, choisit-on celles qui ne mènent à rien, où la fortune est lente et douteuse, et qui jusqu'ici n’ont fait que des malheureux? et laisse-t-on celles où tout paroit nous répondre du succès ? C'est donc du salut tout seul que nous faisons une espèce d’aventure , si j’ose parler ainsi, c'est-à-dire, une entreprise sans mesures, sans précaution, que nous abandonnons i l'incerlitude des événements, et dont nous attendons le succès du pur hasard, et non pas de nos soins, cl de nousmêmes.

£nfin, dernière réflexion : Souffrez que je vous demamie , mes Frères, pourquoi cbercliez-vous et nous alléguez- vous tant de raisons spécieuses pour vous justifier i vous-mêmes les mu-urs dans lesquelles vous vivez ? Ou vous voulez sincèrement vous sauver, ou vous êtes résolu de vous perdre. Voulez-vous vous sauver ? clioLsUsez donc les voies les plus propres pour arriverà 1a fin oit vous aspirez; laissez -là les voies douteuses, et qui jusqu'ici n’y ont conduit personne ; tenez-vms-en à celle que Jésus-Clirist nous a montrée, et qui seule peut vous y conduire : ne vous appliquez pas à vous diminuer à vous-même les dangers de votre état , et à les envisager par les endroits les moins odieux, pour les moins craindre : grossissez-en au contraire le péril dans votre esprit : on ne peut trop eraindre ce qu'on ne peut trop éviter; et le salut est la seule affaire où les précautions ne sauroient jamais être excessives, parce que la méprise y est sans ressource. Voyez si ceux qui suivoient les voies douteuses où vous marchez, et qni nous alléguoient les mêmes raisons que vous pour les justifier, s’en sont tenus là dès que la grâce a opéré dans leur coeur des désirs sincères de .salut : ils ont regardé les périls au milieu desijuels vous vivez , comme inalliablcs avec leur dessein; ils ont clierché des routes plus sûres, et plus solides; ils ont bit succé-

SUR LE

Jpr la lialnlc sûreté île la retraite, à riniitilité et aux dangers des sociétés et des commerces ; l’usage de la prière, à la dissipation des jeux et des amusements ; la garde des sens , à l'indécence des parures et au péril des spectacles; la mortiiicalion chrétienne, à la mollesse d’une vie douce et sensuelle; la modestie et les largesses saintes, aux profusions de la vanité; l’Evangile, an monde : ils ont couru au plus sûr, et ont compris que ce serait une folie de vouloir se sauver comme tous les autres se damnent.

Mais si vous êtes résolu de périr ; eli! pouripioi voulez-vous donc encore garder certaines mesures avec la religion? pourquoi cliercliez-vous toujours à mettre quelques raisons spécieuses de votre côté , i réconcilier vos mœurs avec l’Évangile , et sauver, pour ainsi dire, encore les apparences avec Jésus-Christ? pourquoi n’étes-voiis pédieur qu’à demi, et laissez-vous encore à vos passions les plus grossières le frein inutile de la loi ? Secouez donc ce reste de joiig (|ui vous gène , et qui , en diminuant vos plaisirs , ne diminuera pas vos supplices. l’onrquoi vous perdez-vous avec tant de contrainte ? Au lieu de ce confesseur indulgent qui vous damne, mettez-vous au large, n’en ayez point du tout. Au lieu de ces .scrupules qui ne vous permettent que des gains douteux , et vous interdisent encore certains profits has et manifestement iniques , qui vous mettent néanmoins au nombre des ravisseurs qui ne posséderont pas le royaume de Dieu; fratKhissez le pas, et ne mettez plus d’autres bornes à votre injustice que celle de votre cupidité. Au lieu de ces familiarités sus|iccles où votre aine est toujours blessée , ôtez à la passion la barrière importune et inutile de ce que le crime a de plus grossier. An lieu de ces mœurs molles et mondaines qui aussi bien vous damneront , ne refusez rien à vos passions, et vivez comme les animaux au gré de tous vos désirs. Oui , pécheurs , périssez avec toas les fruits de l’iniquilé , puisi|ue aussi bien vous en moissonnerez les larmes et les peines étemelles. Mais non , mon cher Auditeur, nous ne vous donnons ces consciis de désespoir que pour vous en inspirer de l’horreur ; c’est un tendre artifice du zèle , qui ne fait semblant de vous e.\horter à votre perte qu’afin que vous n’y consentiez pas vons-méine. Hélas ! suivez plutôt ces restes de lumière qui vous montrent encore de loin la vérité ; ce n’est pas sans raison que le .Seigneur a conservé jus(|n’ici en vous ces semences de salut, et qu’il n’a |ias permis que tout s'cff.ic.'It jusqu’aux principes; c’est un droit qu'il se réserve encore sur votre cœur : prenez garde seulement de ne pas fonder là^lessus une vaine espérance de conversionàvenir; il n’est pennisd’cs-

pércr, que lorsque l’oncommenceà tratailler. Commencez donc le grand ouvrage de votre salut éternel , pour lei|tiel seul Dieu vous a mis sur la terre, et auquel vous n’avez pas même encore pensé : estimez un soin si nécessaire : préférez-le à tous les autres ; ne trouvez déplaisirs qu’en vous y appliquant ; examinez les moyens les plus sûrs et les plus propres pour y réussir; et les choisissez, quoi qa’U en coûte, quand une fois vous les aurez connus.

Telle est la prudence de l’Évangile , si souvent recommandée par Jésus-Christ ; hors de là , tout est vanité et méprise : vous auriez un esprit supérieur et capable de tout, des talents rares et éclatants; si vous prenez le change snr votre salut étemel, vous êtes un enfant. Salomon, si estimé dans tout l’Orient pour sa sagesse, est un insensé, dont on a peine encore aujourd’hui à comprendre la fulie. Toute la raison du monde n’est qu’un jeu, qu’un éblouissement, si elle se méprend sur le point décisif de l’élemité : il n’est dans toute la vie que ce seul point de sérieux ; tout le reste est un songe sur lequel il importe peu de se méprendre. Ne vous en fiez donc pas à la multitude, qui est toujours le parti de ceux qui s’égarent ; ne prenez pas pour vos guides des hommes qui ne .sauroient être vos garants ; ne laissez rien au liasard et à l’incertitude des événements ; c’est le comble de la folie , quand il s’agit de l'éternité ; et d’autant mieux que vouloir risquer ici , c’est être assuré de tout perdre. Rapprochez toujours les usages et les exemples à la règle : .souvenez-vous qu’il y a une inlinité de voies qui paraissent droites aux hommes, et qui néanmoins conduisent à la mort; que tous ceux presque qui se damnent , se damnent en croyant se sauver ; et que tous les réprouvés au dernier jour , en entendant prononcer leur sentence , seront surpris, dit l’Évangile , de leur condamnation ; Qimiidù te vidimuit esurienlem ? (Mattii., XXV, 37.) parce qu’ils s’altendoient tous au partage des Justes. C’est ainsi qu’après l’avoir attendu, selon les règles de la foi, dans cette vie, vous en jouirez éternellement dans le ciel.

Ainsi soiNf.

m MERCREDI DE LA PASSION.

SERMON

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