‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 249 sur 348 · Aü.SSL COM l-V-NCK · texte numérisé non relu

Aü.SSL COM l-V-NCK

Itti-miine. Qu'il seruil obligé de damner pre»|ue tous les hommes, si tout ce que nous disons était vrai ? mais l’Evaugile vous déclare en termes formels, que peu seront sauvés. Qti’il ne chétie qu'i l’eiUémité? mais chaque grâce refusée peut être le terme de ses miséricordes. Qu’il ne lui en coûte rien de pardonner ? mais n’a-t-il pas les intérêts de sa gloire à ménager ? Qu’il faut peu de chose pour le désarmer? mais il faut étre-cliangé, et le changement du cœur est le plus grand de tous .ses ouvrages. Que cette conliance vive que vous avez en sa bonté , ne sauroit venir que de lui ? mais tout ce qui ne conduit pas i lui, en conduisant au repentir , ne sauroit venir de lui. Que voulez-vous donc dire? qu’il ne rejettera pas le sacriiice d’un ctrur brisé et humilié ? et voilà ce que je vous ai jusqu'ici prêché , mon cher Auditeur. Convertissez-vous au Seigneur, et alors confiez-vous en lui, quels que puissent être vos crimes : il est toujours miséricordieux pour recevoir le pécheur qui revient ; remettez-vous à sa bonté pour la durée de votre conversion, pour votre persévérance dans son service, pour la victoire des obstacles que l’ennemi du salut opposera sans cesse à vos saints désirs : la grâce qu’il fait en inspirant les sentiments d’une sincère pénitence , est toujours un heureux préjugé pour celles qu’il prépare : ne vous déliez jamais de sa miséricorde ; il n’est rien qu'on ne doive se promettre de lui , quand c’est la douleur elle- même de l’avoir offensé qui demande: ne vous laissez jamais abattre par le souvenir de vos iniquités passées ; tout ce qui peut être pleuré, peut être pardonné : renfermez dans le sein de sa miséricorde toute la durée des jours que vous avez employés à l’offenser; ils seront comme s’ils n’avoient jamais été ; vous commencerez à naître devant lui , le jour que vous aurez commencé à le servir : mille ans ne sont plus qu’un jour à ses yeux, dès qu’un changement sincère -a fini les crimes ; il est le Dieu des péclieurs , le bienfaiteur des ingrats, le père des enfants prodigues, le pasteur des brebis égarées, l’ami des Samaritaines, le réconciliateur des pécheresses; en un mot, tonies les consolations de la fui semblent être pour le péclieur qui revient.

Mais si vous vous promettez toujours, qu’enfin le temps viendra que vous penserez an salut, sans y penser encore ; ah ! souvenez- vous , mon cher Auditeur, que c’est par-là que tous les péclieurs ont péri jusqu’ici , et que c’est la grande voie qui mène à la mort dans le péclié : souvenez-vous que le pécheur qui desire souvent en vain , ne se convertit jamais. Plus même vous sentirez en vous de ces mouvements stériles de salut, plus aussi comp-

tez que votre mesure se remplit , et quecliaque grâce méprisée vous approche d’un degré de l’endurcissement : ne vous rassurez pas sur des désirs qui avancent votre perle, et qui ont été de tout temps le partage des réprouvés ; et dites souvent au Seigneur avec le Prophète : Jusques à quand, ô mou Dieu! amuserai-je les inquiétudes secrètes de mon ame par de vaias projets de pénitence? Quundiu poiiam ronsiliu in anima mea (Ps. .\ii , 2.) jusques à quand verrai-je couler les jours rapides de ma vie, en prumellant à mon cu-iir pour le calmer dans ses désordres , une douleur et un repentir qui s’éloigne toujours plus de moi : dolorein in corde meo per diem? ( Ibid. ) jusques à quand l’ennemi , se prévalant de ma fuible.<ise , se servira-t-il d’une erreur si grossière pour me séduire ? Vsijoequü exallabitur inimims meus super me? ( Ps. xti , 3.) Alt! dissipez. Seigneur, ce vain prestige qui m’abuse : regardez ces foibles désirs de salut comme les cris d’une conscience qui ne peut être heureuse sans vous ; acceptez ces timides commencements de pénitence: exaucez-Ies aujourd’hui , d mon Dieu ! où il me semble que votre grâce les rend plus vifs et plus sincères : Hespire, et exaudi me, Domiue Deux (Ibid., 4) ! et achevez par votre opération secrète ce qui manque encore à la plénitude et à la sincérité de celte offre ; et perfectionnez mes désirs en les recevant, alin qu'ils soient dignes de la récompense que vous promettez à la bim et à la soif de la Justice.

Ecoulez, dit le Seigneur dans son Prophète à l'ame infidèle , vous qui vivez dans la mollesse et dans les plaisirs , et qui ne laissez pas d’e.spérer en moi ; Audi luee, delicata, et habitans roii/identer (Is., XLvii, g); ces deux malheurs fondront tout à la fois sur vous , la stérilité et le veuvage; Renient tibi duo hcee, sterilitas et viduilax ( Ibid. , 9) ; la stérilité , c’est-à-dire, que vous ne serez plus propre à porter des fruits de pénitence ; qu’on aura beau cultiver, arroser ; la force de ma parole, la vertu de mes sacrements, la grâce de mes mystères, tous les .soins vous seront inutiles , et vous ne serez plus qu’un arbre stérile et destiné au feu : le veuvage , c'est-à-dire je me retirerai pour toujours de vous; je vous laisserai seule ; je vous livrerai à vos penchants , à la fausse paix de vos passions ; je ne serai plus votre Dieu , votre protecteur, votre époux; je vous abandonnerai jusi|u’à la fin : -durfi bac, delicata, et liabilans confidenter; veiiieiil Il6i duo hrre , sterilitas etriduitas.

Mais dois-je finir ici mon ministère , mes l'rères, par les paroles dont se servit autrefois Jésus-

iitized b' C'-.îô^Ic

Lt LUNDI Dt PAQUES.

Christ en Unissant sa mission Ten on people ingrat? Vous n’arez pas toiiIu croire à mes discoors, leur disoil-il peu de jours avant sa mort; vous avez rermc les yeux à la lumière ; vous avez eu des oreilles et, vous n'aveZ pas entendu ; je m’en vas, et vous mourrez dans votre avenglement. SI vous étiez encore des aveugles, et que vous n'eussiez jamais connu la vérité, votre péché sentit plus excusable; mais maintenant vous voyez, je vous ai annoncé les vérités que j’avois apprises de mon Père; et voilà pourquoi votre péché n’a plus d'excuse ; votre endurcissement est consommé, vous avez rejeté le salut qui ne s'ofTiira plus à vous, et le crime de la vérité méprisée va demeurer jusqu’à la lin sur votre télé.

Grand Dieu ! seroil-ce donc là le prix de mes peines et tout le rrnlt de mon ministère ? l’indignité de l’instrument dont vous vous êtes servi poiu- annoncer votre parole, en aoroit-elle anéanti la vertu, et mis un obstacle filial au progrès de

l’Evangile? Non, mes diers Frères, la vertu de la parole de la croix n’est pas attachée à celle do ministre qui l’annonce. La boue entre les mains du Seigneur , peut éclairer les aveugles; et les murs de Jéricho tombent , quand U loi |^ll, au bruit des plus fragiles trompettes. Je me confle donc dans le Seigneur pour vous, mes Frères; qu’ayant reçu sa parole avec joie, comme le disoit autrefiiis saint Paul aux fidèles de Gorinlhe; que l’ayant reçue non pas comme la parole d’un homme foible, pécheur, environné de misères, tout propre à anéantir l’ouvrage de l’Evangile, et indigne d'un si grand ministère, mais comme la parole de Dieu même, elle fructifiera en vous, et qu’au jour terrible des vengeances, où l’on demandera compte à moi de mon ministère, à vous du fruit que vous en avez retiré , je serai votre défense et votre justification , et vous ma gloire et ma conrohne. C’est Ce que je vous souhaite.

Ainsi soii-ii !

FIN DU CAKÉHE.

PETIT CAREME

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