SUR LE MALHEUR DES GRANDS
gui ABANDO^^EnT DIEU.
Oàm immundut ipiritu* exirril <U hominf , ambulat per toea inaquotn , qiuit enâ requiem . et ncm In jfnU.
Lorsque l'esiirit itnnuimie «.“«i norti d'un honun^. il «'en v< par des lieux arkles , cberdunl du repos , et tl n'en trouve point. (LUC. XI. as.)
Sire,
Cet esprit inquiet et immonde qui sort et rentre daa« l’homme d’où il est sorti, qui change sans cesse de lieu, qui essaie de toutes les situations et ne peut se plaire et se fixer dans aucune ; qui court toujours pour découvrir des sentiers agréables et délicieux , et qui ne marclie jamais que par des lieux tristes et arides; qui cherche le repos et ne le trouve pas, c’est l'image de rhiimeur et du caraclère des grands de la terre , lonjours plus inquiets , plus agiles et plus malheureux que le simple peuple, dès que, livrés à leurs passions et i eux mêmes, Us ont ibaiiduiiné Dieu.
C’est la Ugure naturelle de cet étal d'élévalion et de prospérité si envié dn monde, et si peu digne d’envie selon Dieu. Le bonheur, Sire, n’est pas attaché à l’éclat du rang et des titres; il n’est al- Uché qu'à l’innocence de U vie. Ce n’est pas ce qui
nous élève au-dessus des antres hommes qui nous rend heureux , c’est ce qui nous réconcilie avec Dieu. Vous porte? la plus belle couronne de l’univers; mais si la pieté ne vous aide à la soulenir, elle va devenir le fardeau même qui vous accablera. En un mot, point <k bonheur où il n'y a point de repos; et point de repos où Dieu n’est point
Ainsi l’élévation touleseule ne fait pas lebonheur des grands , si elle n'est accompagnée de la vertu et de la crainte du Seigneur. Au contraire plus on est grand , plus on vit malheureux si l’on ne vit poiiii avec Dieu.
Vérité importante qui va faire le sujet de ce discours. Implorons , etc. Maria.
Sire , si Tbomme n’étoit fait que pour la terre , plus il y occtiperoil de place , et plus il seroil heuretix.
Mais l'homme est né pour le ciel : il porte écrits dai» son ccrur les titres augustes et ineffaçables de son origine ; il peut les avilir , mais il ne peut les effacer. L’univers entier seroil sa possession et son partage , qu’il sentiroit toujours qu’il se dégrade et ne se salisrail pas en s’y Axant; tous les objets qui rattacbenl ici-bas l’arrachent, pour ainsi dire, du sein de Dieu, son origine et son repos aernel, et laissent une plaie de remords et d’inquiétude dans son ame, qu’ils ne sauroient plus fermer euxmêmes'; il sent toujours la douleur secrète de la rupture et de la séparation; et tout ce qui altère son union avec Dieu , le rend irréconciliable avec lui-méme.
Cependant nous nous promettons toujours kâbas une injuste félicité. Nous courons tou.« dans celle terre aride, comme l'esprit de noire Evao- I giie, après un bonheur et un repos que nous ne saurions trouver. A peine détrompés , par la possession d’un objet , du bonheur qui semblolt nous y attendre, un nouveau désir nous jette dans la même illusion; et passant sans cesse de l’espérance du bonheur au dégoflt, et du dégoiit à l’espérance, tout ce qui nous Ùt sentir notre méprise devient lui-mème l’attrait qui la perpétue.
' Il semble d’abord que cette erreur ne devrait ' être à craindre que pour le peuple. La bassesse de ' sa fortune laissant toujours un espace immense andessus de lui, il seroil roiùns étonnant qn’il se Agiiriil une félicilé imaginaire dans les situations I élevées où il ne peut atleiiidre, et qu’il crût , car ' tel est l’homme, que tout ce qu’il ne peut avoir, c’est cela même qui est le bonlieur qu’il cherche.
Mais l'éclat du rang, des titrés et de la naissance, dissipe bientôt celte vaine illusion. On a beau monter et être porté sur les ailes de la fortune au-