‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 260 sur 348 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

La religion est la fin de tous les desseins de Dieu .sur la terre : tout ce qu’il a &it ici-bas, il ne Ta fait que pour elle; tout doit servir à l’agrandissement de ce royaume de Jésus-Cbrist. Les vertus et les vices, les grands et le peuple, les bons et les mauvais succès, Tabondance ou les calamités publiques, Télévalion ou la décadence des empires, tout enfin dans Tordre des conseils étemels doit coopérer à Is formation et à l’accroissement de cette sainte Jérusalem. Les tyrans Tout purifiée par les persécutions; les fidèles la perpétuent par U cliariié; les incrédules et les libertins féprouveut et raffermissenl par les scandales ; les Justes sont les témoins de sa foi; les pasteurs, les dépositaires de sa doctrine ; les princes et les puissants, les protecteurs de sa vérité.

Ce n’est pas assez pour eux d’obéir à ses lois, c’est le devoir de tout fidèle : la majesté de sou culte, la sainteté de ses maximes, le dépôt de sa vérité , doivent trouver une sûre protection dans leur autorité et dans leur zèle.

Je dis la maj&iié de son culte. Rien. Sire, n’hoiiore plus la religion , que de voir les grands et les prif»ces confondus aux pieds des autels avec le reste des fidèles, dans les devoirs communs et extérieurs de la foi : c’est à eux à opposer leurs hommages publics et respectueux dans le temple saint aux irrévérences et aux profanations (mbliques, et à venir montrer à la multiiude combien il est i indécent à des sujets de paroitre sans pudeur et I sans contrainte au pied du sanctuaire devant le- ' quel les princes et les rois eux-méiues s’anéantis- | sent : ils doivent oet exemple aux peufdes, M ce '

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respect à la majesté du culte saint. Hélas! ils regardent comme une bienséance de leur rang d’autoriser par leur présence les plaisirs (Hiblics, et ils croiroienl souvent se dégrader en paroissant à la télé des cantiipies de joie et des solennités saintes de la religion ! Ils se font un intéi ét d’élal de donner du crédit par leur exemple aux amusements du théâtre et aux vains spectacles du siècle : TÉglise est-elle donc moins intéressée, que leurs exemples en donnent aux spectacles sacrés et religieux de la foi ?

Les plaisirs publics n’ont pas besoin de protection : hélas ! la corruption des hommes leur répond assez de la (lerpéiuilé de leur crédit et de leur durée; et s’ils sont nécessaires aux états , l’autorité n’a que faire de s’en mêler : de tous les besoins publics, c’est celui qui court moins de risque.

Mais les devoirs de la religion , qui ne trouvent rien pour eux dans nos cœurs, il faut que de grands exemples les soutiennent : le culte adiève de s’avilir, dès que les princes et les grands le négligent. Dieu ne paroll plu.s si grand , si j’ose parler ainsi , dès qiTon ne compte que le peuple parmi ses adorateurs : sa parole n’est plus écoutée, ou perd tous les jours son autorité , dès qu’elle n’est plus destinée qiTâ être le pain des pauvres et des petits. Les devoirs publics de la piété sont abandonnés; tout tombe et languit, si la religion du prince et des grands ne le soutient et ne le ranime. C’est ici où Tinlcrèt du culte se trouve mêlé avec celui de l’état; où il importe au souverain de maintenir, et les dehors augustes de la religion, et Tunité de sa doctrine, qui soutiennent euxmémes le trône , et d’accoutumer ses sujets à rendre à Dieu et à TÉglise le respect et la soumission qui leur sont dus, de peur qu'ils ne les lui refaseot ensuite â lui-ooéme. Les troubles de TÉglise ne sont jamais loin de ceux de Téiat; on ne respecte guère le joug des puissances , quand on est pan'enu à seconer le joug de la foi : et Thérésie a beau se laver de oel opprobre, elle a partout allumé le feu de la sédition; elle est née dans la révolte : en ébranlant les fondements de la foi , elle a ébranlé les trônes et les empires ; et partout , en formant des sectateurs, elle a formé des rebelles : elle a beau dire que les persccuiions des princes lui mirent en main les arme.s d’une jiisiedéfense, TÉglise n’opposa jamais aux perseculûws que la patience et la fermeté ; sa foi fut le seul glaive avec lequel elle vainquit les tyrans. Ce ne fut pas en répandant le sang de ses ennemis qu’elle multiplia ses disciples , le sang de ses martyrs tout seul fut la semence de ses ü<lèles. Ses premiers docteurs M furent pas envoyés dans Tunirers comme des

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)ion.< pntir porter partout le meuitreet le carnage, mais coiiiiiie dea agueaiix pour <'tre etix-mémes égorgés: ils prouvèrent , non en consultant, mais en mourant (Mur la foi, la vérité do leur mission : on devoit les traîner devant les rois pour y être jugés comme des criminels, et non pour y paroitre les amies à la main, et les forcer de leur être favorables : ils respectoient le sceptre dans des mains même profanes et idolâtres ; et ils auroient cm déslMMiorer et détruire l’œuvre de l>ieu, en recourant, pour l’établir, â des ressources humaines.

Les princes affermissent donc leur autorité en affermissant l’auloritéde la religion: aussi c’est à eux que le culte doit sa première magnificence. Ce fut sous les plus grands rois de ta race de David que le temple du Seigneur vit revivre sa gloire et «a majesté. I.es Césars , sous l’Évangile , tirèrent l’Eglise de l'obscurité ou les persécutions l'avoient laissée. Les Charlemagne, les saint Louis, relevèrent i’édat de leur règne en relevant celui dn culte; et les monuments publics de leur piété, que les temps n’ont pu déiroire, et que noos respectons encore parmi nous, font plus d’honneur à leur mémoire que les .statues et les inscriptions qui. en immortalisant les victoires et les conquêtes, n'immortalisent d’ordinaire que la vanité des princes et le malheur des sujets.

Mais les mêmes motifs qui obligent les grands à soutenir la majesté et la décence extérieure du culte, les rendent en même temps protecteurs de la sainteté de ses maximes : il faut qu’ils ap(H^nent au peuple à respecter la piété, en respeclant eux-mêmes ceux qui la pratiquent; c’est une protection publique qu’ils doivent à la vertu.

Oui , Sire , les gens de bien sont la seule source du bonheur et de la prospérité des empires : c’est pour eux seuls que Dieu acconle aux peuples l’abondance et la tranqiiillilé. tS’il se fût trouvé dix Justes dans Sodôme, le feu du ciel ne seroit jamais tombé sur cette ville crioiinelle. L’état périroit , le trône seroit renversé , nos villes abîmées et réduites en cendres, et nous aurions le même sort que Sodôme et Goroorrhe, si Dieu ne voyoil encore au milieu de nous des serviteurs fidèles, s’il ne nous iaissoii encore une sentence sainte; si l'innocence peut-êire de i'eiiCiint auguste et précieux , la seule semence qui nous reste du sang de nos rois, n’arrêtoit les foudres que la dissolution publique de nos mœurs auroildû déjà attirer sur nos têtes: iVisi Domîiius reliquissef iiobis semen, sirui Sodoma facH essemus . et sinif Gomorrha iimilex fuissemus. (Rum., i\, 29.) Les princes, Sire , sont donc iuléresses â |>roU;ger 1a vertu ,

puisque les empires, et les monarchies, et le monde entier ne subsistera que tant qu’il y aura de la vertu sur la terre.

Mais ce n’est pas , Sire , par on simple respect que les princes doivent honorer les gens de bien : c’est par la confiance; il ne trouveront d’amis fidèles que ceux qui sont fidèles à Dieu : c’est par les emplois publics ; l’auttH-ité n’est sôre et bien placée qu’entre les mains de ceux qui la craignent : c’est par des préférences ; les grands talents sont quelquefois les plus dangereux, si la crainte de Dieu ne sait les rendre utiles : c’est par l’accès auprès de leur personne ; la familiarité n’a rien â craindre de ceux qui respecteroient mên>e nos rebuts et nos mauvais traitements : c’est enfin par les grâces ; nos bienfaits ne sanroient faire des ingrats de ceux que le devoir tout seul et la conscience nous attachent.

Quel bonheur, Sire, pour un siècle, pour un empire , pour tes peuples, lorsque Dieu leur donne dans sa miséricorde des princes favorables â la piété ! Par eux croissent et s’animent les talents utiles à rÊglüte; par eux se forment et sont protégés des ouvriers fidèles destinés à répandre la science du salut, à arraclier les scandales du royaume de Jésus-Christ, et à ranimer la foi par des ouvrages pleins de l’Esprit qui les a dictés; par enx s’élèvent au milieu de nous des maisons saintes, des établissements pieux où rinnoceiice est préservée, où le vicesaové du naufrage trouve un port heureux ; par eux enfin nos neveux trouveront encore ces ressources publiques de salut, monuments heureux qui perpétuent la piété dans les empires , qui assurent aux princes la reconnoissanee des âges à venir, qui mettent la poslérilé dans leon intérêts, et qui les rendent les héros de tons les sièdes.

Non , Sire , la gloire des monuments que l’orgueil ou l’adulation ont élevés , sera ou ensevelie dans l’oubli par le temps , ou effacée par les censures et les jugements plus équilalries de la postérité : les races futures disputeront à la plupart des souverains les titres et les honneurs que leur siècle leur aura déférés; mais la gloire des secours publics accordés à la piété, et qui subsisteront après eus , ne leur sera pas disputée : et quelque grantl qu’ait été le rot que nous pleurons encore ; de tous les monuments élevés si justement pour immortaliser la gloire de son règne, les deux édifices pieux et augustes où la valeur, d’un côté , et la noblesse du sexe, de l’autre, trouveront jusqu’à la Andes ressources stores et publiques, sont les titres qui lui répondent le plus des éloges et des actions de grâces de ta postérité.

RESPtcr DC A

Tel «t le lèle de protection qne les princes et les grands doivent à la sainleté des maximes de la religion : mais ils le doivent encore an dépdt sacré de sa doctrine et de sa vérité; et notre siècle sortout, où l'irréligion fait tant de progrès , doit encore plus réveiller là-dessus leur allenlion et leur zèle.

J’avoue que les impies ont été de tous les siècles; que diaqne âge et chaque uatioa a vu dm esprits noirs et superbes dire noo-seuiemeDt dans leur cœur et en seeret, mais oser blaspbémer tout haut qu’il n'y a pointde Dieu; et que dès le temps même de Salomon , où le souvenir dos merveilles du Seigneur en Egypte et dans le désert étoU encore si récent, ils proposaient déjà, contre tout culte rendu au Très-Haut , ces doutes impies qui sont devenus le langage vulgaire de l’inciédalité.

Mais s’il a paru autrefois des impies , le monde lui-ménw les a regardés avec barreur; et ces ennemis de Dieu n’ont paru sur la terre que pour être cemme le rebut et l’analbème de tous les hommes.

Aujourd’hui , hélas ! l'impiété est presque devenue un air de distinction et de gloire, c’est un titre qui honore; et souvent on se le donne i soimême par une affreuse oilcntation , tandis que la conscience n’ose encore secouer le joug, cl nous le refuse. Aujourd’hui c’est un mérite qui donne accès auprès des grands; qui relève, pour ainsi dire,

Is bssscsse du nom et de la naissaace; qui donne à des hommes obsenrs, anprèsdes princes du peuple , un privilège de fsmiliarité dont nos monirs mêmes, loulcs oorrarapoes qu’elles sont , réagissent .' et Pimpiélé, qui devroit avilir l’éclal même de la naissance et de la gloite, décore et ennoblit l'obscurilé et ta roture. Ce sont les grands qui ont denné du crédit à l’impie ; e’est â eux à le dégrader et à le eonfoodre.

Quelle boule pour la religk», mes Frères ! Les plus grands hommes du paganisme ne parlaient qu'avec respect des snpersütioot de l’idolâtrie , dont ils connotsaoienl la puérililé et l’extravagance: ils pensoient avec les sages, et ils n'osoient parler qne couiuk le penple : ils n’auroient osé , avec toute leur réputation et leurs lumières , insulter tout haut un culte si insensé, ma» que la majesté des lois de l’empire et l’aodeiuieté rendoient reapeclabie; et Socrate Ini-mème, l’honneur de la | (Vrèce, ce premier philoeophe du monde, ai estimé de tous les siècles, et qui devoil être si cher an bien , perd la vie, par un arrêt public d'.Alhènea , pour avoir parlé arec moins de cirooospection de ces dieux bizarres auxquels set eitoyeiu dévoient nwins de respect et d’tiottiieur qu'à lui-méme.

LARtMUON. o71

El parmi nous le Dieu du ciel et de la terre esf insulté haulemeut , sans qne le zèle public se réveille ! et, sous Pempire même de la foi, des lumimes vils et ignorants font des dérisions publiques d’une docirine descendue du ciel, et on applaudit â l’impiété ! et , dans un royaume où le litre de chrétien lumore nos rois, l'incrédulité impunie devint même on titre d'honneur pour des sujets ! Les vaines idoles auroienl dune eu le ministère public pour vengeur contre les savants et les sages, et le seul Dieu véritable ne l’auroit pas contre les libertiiu et les insensés !

Vengez l’honneur de la religion, vous, mes Frères , dont les illustres ancêtres en ont été les premiers dépositaires, et dont vous devez être par oooséqnent la premiers défensenrs ; éloignez l'impie d’auprès de vous; n’ayez jamais pour amis les emmuis de Dieu : U y a taul de dignité pour les grands â ne pu souffrir qu’on iii.sulte et qu’on avilisse devant eux la foi de leurs pères ! ce doit être, pour vous, manquer de respect-â votre rang , que d'en manquer en votre présence â la religion que vous professez; c’est un langage indécent qui blesse la égards et les attentions qui vous sont dues : on vous méprise , en méprisant devant vous le Dieu que vous adorez. N’écoutez donc qu’avec une indignation qui ferme la bonebe â l’incrédule , les discours de l’incrédulité : comme c’est la vanité seule qui fait les impies, lisseront rares dès qu’ils seront méprisés.

.Ayezvous-niémes un noble et religieux respect pour la vérités de la religion, la véritable élévation de l’nprit , c’at de pouvoir sentir toute la majesté et toute la snbliniUédela foi. La granda lumièra nouseonduisent ella-mèma â la soumission ; l’incrédulité at le vice da aprils faibles et bornés : c’est tout ignorer que de vouloir tout connottre. La cootradicthms et la abîma de l’impiété sont encore plus incompréhensibla que la mystèra de la foi ; et il y a encore moins de rasouree pour la raison à secouer tout joug , qu’à obéir et â se soumettre.

Qne votre respect et votre zèle pour la religion de vos pèra cultive et fasw croître celui du jeune prince auprès duquel vosnomsetvosdignitésvous attachent, et dont l’éducation est pour aüxsi dire confiée â tous ceux qui ont l’honneur de rapprocher de plus près ; qu’il retrouve en vous la premiers témoins de la foi, que sa ancètra placèrent sur le tréne ; que le zèle pour ht défense de l’Eglise, qui coule en lui avec le sang, soit encore réveillé et anime par vos exemples ; que la erreurs et la profana nouvaulés soient la premiers enueniH ipi'il w propow de cambattre ; et qu’il soit

uy vjOOgle

TROISIKMK DIMAINCIIL DL CAU£ML.

encore plus jaloox qu’on ne touche point aux andennea bornes de la foi , qu’à celles de la monarchie.

Que la tranquillité de son règne , ô mon Dieu ! devienne celle de l’h^lise ; que les troubles qui l’agilent soient calmés avant qu’il puisse les connoltre ; que la concorde et l’union rétablies parmi nous préviennent la sévérité de ses lois, et ne laissent plus rien à faire k son zèle ; qiieson règne soit le règne de la paix et de la vérité; que le lion et l’agneau vivent ensemble paisiblement sous son empire, et que cet enfant miraculeux, comme dit Isaie, les mène encore et les voie réunis dans les mêmes pâturages : Et puer parvulusm itiabit eoi. (Isaïe, m, 6 ) Que le camp des infidèles et des Philistins ne se réjouisse plus de nos dissensions ; et que s’ils entendent encore des clameurs autour de i’arcfae , ce ne soient plus celles qui annoncent ses périls et des malbenrs nouveaux , mais ses triomphes et sa gloire.

Ainsi soit-if.

SERMON

POUa LE TROISIÈME DIMANCDE DE CAHÉME.

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