‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 270 sur 348 · FAUSSETÉ DE LA GLOIRE HUMAINE · texte numérisé non relu

FAUSSETÉ DE LA GLOIRE HUMAINE

Ce ne sera pas seulement en remportant des victoires que vous deviendrez un grand roi ; ce sera votre amour pour vos peuples, votre lidélité envers Dieu , votre zèle pour la religion de vos pères , votre attention è rendre vos sujets heureux , qui feront de votre règne le plus bel endroit de nos histoires , et le modèle de tous les règnes à venir.

Aimez vos peuples, Sire; et que ces mêmes paroles,sisonventportéesè vosoreilles, trouvent tonjonrs un accès favorable dans votre cœnr. Soyez tendre, humain, affable, touché de leurs ihisèrès, compatissant à leurs besoins; et vous serez un grand roi, et la durée de votre régné égalera celle de la monarchie. Dien vous a établi stir une nation qui aime ses princes, et qui, par cela seul, mérite d'en être aimée. Dans un royaume où les peuples naissent, pour ainsi dire, bons sujets, il faut (|ue les souverains en naissant naissent de bons maîtres. Vous voyez déjà tous les cœurs voler après vous, | Sire; l'amour ne peut se payer que par l'amour; et vous ne seriez pas digne de fa tendres.se de vos sujets, si vous leur refusiez la vôtre.

Il n’y a point d’aùire gloire pour les rois ! leur grandeur est toute dans l'amour de leurs pèuples; ce sont enx qui |>èr|iétliént de siècle en siècle la mémoire des bons princes. Et quelle gloire en effet pdur un roi de régner chcorè après sa mort sur lès cœurs de sès sujets I d'èlre sAr ^ue, dànS lobs les temps è venir, les peuples , on regretteront de n’avoir pas vécu sous son règne, ou se féliciteront d’avoir un roi qui loi ressemblé! Quelle gloire, Sire , de faire dire dé sol dans toute là suite dés siècles , comme la reine de Saba le diSolt dè Salomon : Heureux céu* qui le tirent, et qnl técdreht sons la douceur de ses lois et de son empiré ! Ilenreux rige qui montra à là terre ntt si bon maltèe ! Heureuses les villes et les Campagnes qui vireht revivre sous son règne rtboiidattcé, la paix, la joie, la justice, l’innocencè des âgés les plus fortunés ! Henrettse la nation que le del favorisera un jour d’un prince qui lui soit semblable !

Grand Dieu ! c’est vous seul qui donnez les bons rois aux peuples ; et c’est le plus grand doU que vous puissiez faire à la terre. Vous tenez encore entre vos mains l’enfant auguste que vous destinez A la monarciiie. Son âge , son innocence, le Missent encore l’ouvrage commencé de vos miséricordes. Il n’est pas encore sorti de dessous la màin qui le forme, et qui l’achève. Grand Dieu ! il est encore temps, Ibrmez-le pour le bonheur des peuples à qui vous l’avez réservé ; et que cette prière si souvent ici renouvelée, ne lasse pas votre bonté, puisqu’elle intéresse si fort le salut et la félicité d’une nation que vous avez toujours protégée !

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C’est sous les bons rois que voire culte s’affermit, que la foi Irioinphe des erreurs, que l'affreuse mcrcdulilé est bannie nu obligée de se cacher, què les nouvelles doctrines saut proscrites, que les esprits rebelles ne trouvent de protection et deSiIrelé que dans l’olieissance et dans l’unilé; que vos ministres, paisibles dans l’exercice de leurs fonctions, et vtillant sans cesse à la conservation du dépôt , voient l’autorité de l’empire donner les mains A celle du sacerdoce; et (|ue tous les cœors , déjà réunis au pied du trône , portent la niémennion et la iiiéme concorde au pi d des autels. Ajoutez donc en lui de jour en jour , ô mon Dieu ! de ces traits heureux qui promelleiu de bons fois A leurs peuples; que l’ouvrage de vos miséricordes croisse et se développe tous les jours en lui Avec ses années. Nous ne vous demandons pas qn’il devienne le vainqueur de l’Europe ; nous vous demandons qu’il soit le père de son peuple. C’est la puissance de votre bras qui nous l’a conservé, en frappant autour dé son berceau tout le reste de sa famille royale; que ce soit elle qui nous le Airme et qui nous le prépare! Il est, comme Moïse, l’enfant sauvé des funérailles de toute sa race ; <|u’il soit comme lui le sauveur et le libérateur de son peuple; et que ce premier pixxlige, qui l’a retiré du sein de la mort, suit pour nous le présage assure dè ceux que vous nous faites espérer sous son empiré!

Jtiisi soit-if.

SERMON

POUR UE blMA.XCIlE DE UA PASSIOX.

sort LA FAÜSSÈTÉ DE LA GLOIRE HUMAINE.

si ego glot-ifiro meipsum , gtorio meo niftil est.

Si je DM glorifie mot-même , ma gioire n'est rien.

^Jcss, VIII.54.)

Sire, '

Si la gloire drt monde, sans la crainte de Dien, étoit quéh|ue chose de réel , quel homme jusque lA avoll paru sur la terre qui eAt plus de lieu de se gidéifier lui-ménie que .lésus-Clirisl ?

Outré la gloire de descendre d’une race royale, et de compter les David et les .Salomon pàrmi ses ancêtres , avec quel éclat n’avoit-ii pas paru dans le monde !

Suivez-le dans lotit le cours de sa vie : toiile la nature Wi obéit ; les eaux s’affermissent sous .ses pieds; les morts entendent sa voix; les démons,

D»ji:i^^<l by CaOuglu

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frappés de sa puissance, vont sc cacher loin de lui; les cieux s’ouvrent sur sa iéte , et annoncent eux-mémes aux hommes sa gloire et sa magnificence ; la boue entre ses mains rend la lumière aux aveugles ; tous les lieux par où il passe ne sont marqués que par ses prodiges : il lit dans les cœurs ; il voit l’avenir comme le présent ; il entraîne après lui les villes et les peuples : personne avant lui n’avoit parir comme il parle;et, charmées de son éloquence celesle, les femmes de Juda appellent heureuses les entrailles qui l’ont porté.

Quel homme s'éloit jamais montré sur la terre environne de tant de gloire ? et cependant U nous apprend que s’il se TaUribue à lui-méme , et que sa gloire ne soit qu’une gloire humaine, sa gloire n’est plus rien : Si ego glorifico meipsum, gloria mea ui/itf est.

La probité momlaine, les grands talents, les succès éclatants, ne sont donc plus rien, dès qu’ils ne sont que les vertus de l’homme ; et il n’y a point de gloire véritable sans la crainte de Dieu. C’est ce qui va faire le sujet de ce discours.

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