I.A IIFI.IGUIA
cères, on ne les donne (pi’,i la vcrln cl à la vérité.
Et en effet , le buiiheur ou la témérité ont pu faire des héros; mais la vertu tonte seule |>eut former de grands hommes : il en coûte bien moins de remporter des victoires que de se vaincre soimême; il est bien plus aisé de conquérir des provinces et de dompter des peuples, que de dompter une passion : la morale même des païens en est convenue. Du moins les combats oit président la fermeté, la grandeur ilu courage, la science militaire, sont de ces actions rares que l’on peut compter aisiment dans le cours d’une longue vie; et quand il ne faut être grand que certains moments , la nature ramasse toutes ses forces, et l’orgueil , pour un peu de temps , peut suppléer à la vertu. Mais les combats de la foi sont des combats de tous les jours ; on a affaire à des ennemis qni renaissent de leur propre défaite. Si vous vous lassez un instant , vous périssez ; la victoire même a ses dangers; l’orgueil, loin de vous aicler, devient le plus dangereux ennemi vpie vous ayez à combattre : tout ce qui vous environne fournit des armes contre vous : votre cœur lui-même voiis dresse des embûches; il faut sans cesse recommencer le combat. Eu un mot, on peut être quelquefois plus fort ou plus heureux que ses ennemis ; mais qu’il est grand d’être toujours plus fort que soimême!
Telle est pourtant la gloire de la religion : la philosopliie découvrait la honte des passions, mais elle n’apprenoit pas à les vaincre; et ses préceptes pompeux étoient plutûl l’éloge de la vertu que le remède du vice.
Il éloit même nécessaire à la glaire et au triomphe de la religion que les pins grands génies et toute la force de la raison humaine se fût épuisée pour rendre les hommes vertueux. Si les Socrate et les Platon n’avoient pas été les docteurs du monde avant Jésus-Christ, et n’eussent |ias entrepris en vain de régler les mœurs et de corriger les hommes par la force seule de la raison , l'homme aurait pu faire honneur de sa vertu à la supériorité de sa raison , ou à la beauté de la vertu même ; mais ces prédicateurs de la sagesse ne firent point de sages , et il fallait que les vains essais de la philosophie préparassent de nouveaux triomphes à la grâce.
C’est elle enfin qui a montré à la terre le véritable sage , que tout le faste et tout l’appareil de la raison hnmaine nous annonçoit depuis si longtemps. Elle n’a pas borné toute sa gloire , comme la pbilosopliie, à essayer d’en former à peine un dans cliaque siècle parmi les hommes ; elle en a
by Gouglu
cas
1 i; jm U DF. PARFI S.
jieii|)l.- les ville», les empires, les cléserls; et l'uiiivers entier a élé |Kiiir elle un autre lycée, oii, an milieu des [)lacespnl)liiiucs{Puov., viii,t,3, i), elle a précité la sai,-esseà tous les limiimes. Ce n’est pas seulement parmi les peuples les plus polis qu’elle a clioisi .ses .sajçes; le Grec et le Barbare, le Homai» et le Scytiie, ont élé egalement appelés i sa divine pliilusopliie : ce n’est pas aux savants tuut seuls qu’elle a réserve la conuuissauce sublime de ses mystères; le simple a pbru|>liétisé coinine le sage, et les ignoranus eux-inémes .sont devenus ses docteius et ses apûtrcs ; il fallait que la véritable sage.s.se pût devenir la sagesse de tous les boulines.
Que dirai-je ? sa doelrine était insensée en apparence , et les piiilosopbes soumirent leur raison orgueilleuse à cette sainte folie ; elle n’annontoit que des croix et des souffrances , et les césars devinrent ses disciples; elle seule vint apprendre aux hommes ipie la chasteté, riiuinililé, la tempérance, pouvuient dire assises sur le trône, et que le siège des passions et des plaisirs pouvnit devenir le siégé de la vertu et de l’innocence : quelle gloire pour la religion !
Mais, Sire, si la piété des grands est glorieuse à la religion, c'est la religion toute seule qui fait la gloire véritable des grands. De tous leurs titres , le plus honorable c’est la vertu : un prince maître de ses passions ; apprenant sur lui-niéine à commander aux autres; ne voulant goûter de l’autorité que les soins et tes peines que te devoir y attache; plus touché de ses fautes que des vaines louanges qui les lui déguisent en vertus; regardant comme l’unique privilège de son rang, l’exemple qu’il est obligé de donner aux peuples ; n’ayant point d’antre frein ni d’autre règle que scs désirs , et faisant pourtant à tous scs désirs un frein de la règle même; voyant autour de lui tous les hommes prêts à servir à ses passions , et ne se croyant fait lui-méme que pour servir à leurs besoins ; pouvant abuser de tout, et se refusant même ce qu’il aurait eu droit de se permettre ; en un mol, entouré de tous les attraits du vice, et ne leur montrant jamais que la vertu ; un prince de ce caractère est le plus grand spectacle que la foi puisse doimer i la terre; une seule de ses journées compte plus d'actions glorieuses que la longue carrière d’un conquérant ; l’un a élé le héros d’un jour, l'autre l’est de toute la vie.
TROISIÈME PARTffi.
C'est ainsi qne Jésus-Christ triomphe aujourd’bni da péché; mais il triomphe encore de la
mort ; il nous ouvre les (aines de rimmorlalilé , que le péché nous avait fermées ; et le sein même de son tombeau eniante tous les hommes à la vie éternelle.
C’est le dernier trait qui achève le triomphe de la religion. L’impiété ne donnoit i l’homme que la même fin qu’à la bête ; tout devoit mourir avec son corps ; et cet être si noble, seul capable d’aimer et de connoltre , n’éloit pourtant qu’un vil assemblage de boue que le hasard avoit formé , et que le hasard seul alloit dissoudre pour toujours.
|gi superstition païenne lui promeltoit au-delà du tombeau une félicité oiseuse, où les vains fanldmes des sens dévoient faire tout le bonheur d'un homme qui ne [leut être heureux que par la vérité.
La religion nous ouvre des espérances plus nobles et plus sublimes : elle rend 1 l’homme l’immortalité, que l’impiété de la philosophie avoit voulu lui ravir, et substitue la possession éternelle du bien souverain i ces champs fabuleux et à ces idées puériles de bonheur que la superstition avoit imaginées.
.Mais cette immortalité , qui est la plus douce espérance de la foi, n’est promise qu’à la foi même: ses promesses sont la récompense de ses maximes ; et pour ne mourir jamais , même devant les hommes, il faut avoir vécu selon Dieu.
Oui, mes Frères, celte immortalité même de renommée , que la vanité promet ici-bas dans le souvenir des hommes , les grands ne peuvent la mériter que par la vertu.
La mort est presque toujours l'écueil et le terme fatal de leur glaire ; les vaines louanges dont on les avoit abusés pendant leur vie, descendent presque aussitôt arec eux dans l’oubli du tombeau ; ils ne survivent pas long-temps à eux-mêmes, ou, s’il en reste quelque souvenir parmi les hommes , ils en sont plus redevables à la malignité des censures qu’à la vanité des éloges; leurs louanges n’ont eu que la même durée que leurs bienfaits ; ils ne sont plus rien dès qu’ils ne peuvent plus rien ; leurs adulateurs mêmes deviennent leurs censeurs (car l’adulation dégénère toujours en ingratitudej; de nouvelles espérances foraient un nouveau langage; on élève sur les débris de la gloire du mort, la glaire du vivant; on embellit de ses dépouilles et de ses vertus celui qui prend sa place. Les grands sont proprement le jouet des passions des hommes ; leur gloire n’a point de consistance assurée , et elle augmente ou diminue avec les intérêts de ceux qui les louent.
Combien de princes vantés pendant leur vie , n'ont pas même laissé leur nom à la postérité ! Et que sont les histoires des Étals et des empires ,
TRIOMPHE DE LA RELlGlOiN.
qo’on petit reste de noms et d’actions ccliappé de cette foule innombrable qui, depuis la naissance des siècles, est demeurée dans l’oubli!
Qu’ils virent selon Dieu , et leur nom ne périra jamais de la mémoire des hommes : les princes religieux sont écrits en caractères ineffaçables dans les annales de l’univers. Les victoires et les conquêtes sont de tous les siècles et de tous les règnes, et elles s’effacent , pour ainsi dire , les unes les autres dans nos histoires; mais les grandes actions de piété , plus rares, y conservent toujours tout leur éclat. Un prince pieux se démêle toujours de la foule des autres princes dans la postérité ; sa tête et son nom s’élèvent au-dessus de toute celte multitude , comme celle de Saûl s'élevoit au-dessus de toute la multitude des tribus ; sa gloire va même croissant en s’éloignant; et plus les siècles se corrompent , plus il devient un grand spectacle par sa vertu.
Oui , Sire , on a presque oublié les noms de ces premiers conquérants qui jetèrent dans les Gaules les premiers fondements de voire monarchie ; ils sont plus connus par les fables et par les romans qne par les histoires , et l’on dispute même s’il faut les meure au nombre de vos augustes prédécesseurs : ils sont demeurés comme ensevelis dans les fondements de l’empire qu’ils ont élevé; et leur valeur, qui a perpétué la conquête du royaume i leurs descendants, n’a pu y perpétuer leur mémoire.
Mais le premier prince qui a fait asseoir avec loi 1a religion sur le trône des François a immortalisé tous ses titres par celui de chrétien. La France a conservé chèrement la mémoire du grand Clovis ; la foi est devenue , pour ainsi dire , la première et la plus sûre époque de l’histoire de la monarchie ; et nous ne commençons à connoltre vos ancêtres qne depuis qu’ils ont commencé eux-mêmes è connoltre fésus-Christ.
Les saints rois dont les noms sont écrits dans nos annales seront toujours les titres les plus précieux de la monarchie , et les modèles illustres que chaque siècle proposera à leurs successeurs.
Cest sur la vie , Sire , de ces pieux princes vos ancêtres qu’on a déjà lixé vos premiers regards : on vous anime tous les jours à la vertu par ces grandsexemples. Souvenez-vous des Cliarlemagne et des saint Louis, qui ajoutèrent à l’éclat de la couronne que vous portez , l’éclat immortel de la Justice et de la piété; c’est ce que répètent tous les jours à votre Majesté de sages instructions. Ne remontez pas même si liaut ; vous touchez à des exemples d’autant plus intéres.sanls qu’ils doivent vous être plus cliers ; et la piété coule de plus près