PREMIÈRE PARTIE
Un jugement très-sévère est réservé à ceux qui sont élevés , dit l’Esprit de Dieu ; on fera mtséri-
VICES ET VERTUS DES CRAN OS
corde aux pauvres et aux pelits, mais le Seigneur di'ploiera toute la puissance de son bras pour châtier les grands et les puissants: Exujuo concedifur m isfT irordia ; poienies aulem, potenter tormeata jmHrnfur, (Sap. vi, 7.)
Ce n’est pas, mes Frères , que le S^gneur rejette les grands et les puissants , comme dit rÉcrttnre, puisqu’il est ptiUsaoi lul-méme, ou que le rang et l’élévation soient auprès de lui des titres odieux qui éloignent ses grâces , et fassent presque tout seuls notre crime. U n’y a point en lui d’acception de personne ; il est le Seigneur des cèdres du Liban comme de l’Iiysope qui croit dans les plus profondes vallées; il fait lever son soleil sur les plus hautes montagnes comme sur les lieux les plus bas et les plus obscurs; il a formé les astres du ciel comme les vers qui rampent sur la terre ; les grands sont même les images plus naturelles de sa grandeur et de sa gloire, les ministres d e son autorité, les canaux de ses libéralités et de sa magiiiflcence; et je ne viens pas ici , mes Frères, selon le langage ordinaire, prononcer des anathèmes contre les grandeurs humaines, et vous faire un crime de votre état, puisque votre état vient de Dieu, et qu’il ne s’agit pas tant d’en exagérer les périls que de vous montrer les moyens inünls de salut aiiaclics à l’élévation ou la Providence vous a fait naître.
Mais je dis, mes Frères, que les péchés des grands et des puissants ont deux caractères d’énormité qui les rendent infiniment plus punissables derant Dieu que les péchés du commao des fldèlcs; premièrement le scandale, secondement Fin gratitude.
L.C scandale. Il n’est point de crime, mes Frères, auffuel l’Evangile laisse moins d’es,'>éraiice de pardon qu’à celui d’éire un sujet de chute à nos frères : Malheur à l’homme qui scandalise ! dit Jcsus- Christ ; il lui seroit plus avantageux d'ètrc préripité au fond de la mer, que de devenir une occasion de perte et de scandale au plus petit d’entre mes disciples. (Mattii.,xviii, 6, 7.) Premièrement, parce que vous perdez une ame qui devoit jouir éternellement de Dieu. Secondement, parce que vous faites périr votre frère pour lequel Jésus-Christ étoit mort. Troisièmenieut , parce que vous devenez le ministre des desseins du démon pour la perte des âmes. Quatrièmement, parce que vous êtes cet homme de péché, cet Antéchrist dont parle l’Apétre ; car Jésos-Christ a sauvé l’homme, et vous le perdez; Jésus-Clirht a formé de véritables adorateurs à son père, et vous tes lui ôtez ; Jésiis-Chi ist nous a acquis par .sou sang , et vous lui ravissez sa conquête; Jésus-Clirist est le métle-
cin des âmes, et vnu.«; en êtes le corrupteur; il est leur vole , et vou.s en êtes leur piège ; il est le pasteur qui vient riiercher les brebis qui périssent, et vous êtes le loup dévorant qui tuez et perdez les ouailles que son père lui avoit données. Cinquièmement enfîn, parce que tous les autres pccliés meurent, pour ainNi dire, avec le pécheur; mais les fruits de ses scandales seront iuiiuortcls, ils survivront à ses cendres, ils subsisteront après lui, et ses crimes ne descendront pas avec lui daus le tombeau de ses pères.
Achan fut puni avec tant de rigueur pour avoir pris seulen>ent une règle d’or parmi des dépouilles que le Seigneur s’étoit consacrées;. mon Dieu ! quelle sera donc la punition de celui qui ravit à Jésus-Christ une ame qui étoit sa dépouille précieuse , rachetée , non avec de l’or et de l’argent, mais de tout le sang dirin de l’agneau sans tache? Le veau d’or fut réduit en poiis.'<ière pour avoir fait prévariquer Israël ^ grand Dieu ! et tout l’éclat qui environne les grands et les puissants les mettroii-il à couvert de votre colère, dès qu’ils ne sont élevés que pour être à votre peuple une occasion de chute et d’idolâtrie? Le serpent d’airain luiméme , ce monument sacré des miséricordes du Seigneur sur Juda, fut bri>é pour avoir été une occasion de scandale aux tribus, mon Dieu! et le pécheur, déjà si odieux par ses propres crimes , sera-t-il épargné, lorsqu’il devient un piège et une pierre d'achoppement â ses frères ?
Or, mes Frères , voilà le premier caractère qui accompagne toujours vos péchés, vous que le raug et la naissance élève sur le commun des tiiièlea : le scandale. Les âmes vulgaires et obscures ne vivent que pour elles seules : confondues dans la foule et cadtées aux yeux des hommes par la bassesse de leur destinée, Dien seul est le témoin secret de leurs voies et le spectateur invisible de leurs chutes; si elles tombent, ou si elles demeurent fermes , c’est pour le Seigneur tout seul qui les voit et qui les juge : le monde, qui ignore même leurs noms, n’est pas plus instruit de leurs exemples : leur vie c’a point de suite; ils peuvent faire des chutes , mais Us tombent tout seuls ; et , s'ils ne se sauvent pas, leur perte du moins se borne à eux, et ne devient pas celle de leurs frères.
Mai-s les personnes nées dans l’élévation deviennent comme un spectacle public sur lequel tous les regards sont attachés : ce sont ces maisons bâties sur la montagne, qui ne sauroient se cacher , ft que leur silualion toute seule décourie; ces flambeaux luisants qui traînent partout avec eux l’éclat qui tes trahit et qui les montre. C’est le 39,
6li VICES ET VERTUS DES GRANDS.
malhear de la grandeur et des dignités ; vous ne vivez plus pour vous seuls, à votre perte ou à votre salut est attachée la perte ou le salut de tous ceux qui TOUS environnent; vos mœurs forment les mœurs publiques, vos exemples sont les règles de la multitude , vos actions ont le même éclat que vos titres ; il ne vous est plus permis de vous égarer à l’insu du public , et le scandale est toujours le triste privilège que votre rang ajoute à vos fautes.
Je dis le scandale , premièrement d’imitation. Les hommes imitent toujours le mal avec plaisir, mais surtout lorsque de grands exemples le leur proposent ; ils trouvent alors une aorte de vanité dans leurs égarements, parce que c’est pardà qu’ils vous resseihblent : le peuple regarde comme un bon air de marcher sur vos traces; la ville croit se foire honneur en prenant tout le mauvais de la cour ; vos mœurs forment un poison qui gagne les peuples et les provinces , qui infecte tous les états, qui change les mœurs publiques , qui donne i la licence un air de noblesse et de bon goiH, et qui substitue à la simplicité de nos pères et à l’innocence des mœurs anciennes la nouveauté de vos plaisirs, de votre luxe, de vos profusions, et de vos indécences profanes. A’msi c’est de vous que passent jusque dans le peuple les modes immodestes , la vanité des parures , les artiflces qui déshonorent un visage où la pudeur toute seule devrait être peinte , la fureur des jeux , la facilité des mœurs, la licence des entretiens , la liberté des passions , et toute la corruption de nos siècles.
Et d’où croyez-vous, mes Frères , que vienne cette licence effrénée qui règne parmi les peuples ? Ceux qui vivent loin de vous , dans les provinces les plus reculées, conservent encore du moins quelque reste de l’ancienne simplidlé et de la première innocence; ils vivent dans une heureuse ignorance de la plupart des abus dont votre exemple a fait des lois. Mais plus les pays se rapprochent de vous , plus les mœurs changent , plus l’innocence s’altère, plus les abus sont communs; et le plus grand crime des peuples, c’est la science de vos mœurs et de vos usages. Dès que les cbefo des tribus furent entrés dans les tentes des filles de Madian , tout Juda prévariqna, et il s’en uonva peu qui se conservassent purs de Finiquité commune. Grand Dieu ! que le compte des riclies et des puissants sera un jour terrible, puisque, outre leurs passions infinies, ils se trouveront encore coupaûes devant vous des désordres publics, de la dépravation des mœurs, de la corruption de leur siècle , et que les péchés des peuples deviendront lenrs crimes propres !
Secondement, un scandale de complaisance. On
cherche i vous plaire en vous imitant ; vos inférieurs , vos créatures , vos esclaves , se font de 1a ressemblance de vos mœurs une voie pour arriver à votre bienveillance; ils copient vos vices , parce que vous les leur comptez comme des vertus ; ils entrent dans vos goûts pour entrer dans votre confiance; ils s’étudient à l’envi on de vous suivre ou de vous surpasser , parce que vous n'aimez en eux que ce qui vous ressemble. Hélas! mes Frères, combien d'ames foibles, nées avec des principes de vertu , et qui , loin de vous , n’auraient trouvé en elles que des dispositions favorables au salut , ont trouvé , dans 4’obligation où leur fortune les mettoit de vous imiter, le piège de leur innocence !
Troisièmement , un scandale d’impunité. Vous ne sauriez plus reprendre dans ceux qui dépendent de vous , les abus et les excès que vous vous permettez vous-mêmes; vous êtes obligés de lenr souffrir ce que vous ne voulez pas vous interdire; il faut fermer les yeux à des désordres que vous autorisez par vos mœurs , et, de peur de vous condamner vous-mêmes , faire grâce à ceux qui vous ressemblent. Une femme mondaine, et tout occupée de plaire , répand sur tout son domestique un air de licence et de mondanité ; sa maison devient un écueil d’où l’innocence ne sort jamais entière ; chacun imite au-dedans les passions qu’elle foit éclater au-dehors ; et il faut qu’elle dissimule ces déréglementa, parce que ses mœurs ne laissent plus rien è faire i ses censures. Vous le savez , mes Frères , et la dignité de la chaire chrétienne ne me défend pas de le dire ici , quel désordre , dans ces maisons destinées et ouvertes à un jeu éternel , parmi ce peuple de domestiques que la vanité a multiplié à l’infini ! Que vos plaisirs coûtent cher à ces infortunés, qui , loin de vos yeux , n’ayant plus de frein qui les retienne , et clierclumt à occuper une oisiveté où vos amnsementsles laissent , sentent autoriser par vos exemples les inclinations déréglées qui leur viennent de la basseæe de leur éducation et d’un sang vil et méprisable ! O mon Dieu .’ si celui qui néglige le soin des siens est devant vous pire qu’un infidèle , quel est donc le crime de celui qui les scandalise, et qui leur fait trouver la mort et la condamnation où ils auroient dû trouver des secours de salut et l’asile de leur innocence !
Quatrièmement, un scandale d’office et de nécessité. Combien d’infortunés périssent pour servir à vos plaisirs et à vos passions injustes ! Les arts dangereux ne subsistent que pour vous , les théâtres ne sont élevés que pour fournir à vos délassements criminels ; les harmonies profones ne retentissent de toutes parts , et ne corrompent tant
Digitizcd by CjOOj
VICES ET VERTUS DES GRANDS
de cœars qae pour flatter la corruption du vôtre ; les ouvrages funestes ô l’innocence ne passent i la dernière postérité qu’è la faveur de vos noms et de votre protection. C’est vous seuls , mes Frères, qui donnez i la terre des poètes lascifs, des auteurs pernicieux , des écrivains profanes : c’est pour vous plaire que ces corrupteurs des mmurs publiques perfectionnent leurs talents, et cherchent dans un succès qui n’a pour but que la perte des âmes, leur élévation et leur fortune : c’est vous seuls qui les protégez , qui les récompensez , qui les produisez , qui leur ôtez même , en les honorant de votre familiarité , ce caractère de lionteet d’infamie que les lois de l’Eglise et de l’Etat leur avoient laissé , et qui les flétrissoit aux yeux des hommes.
Ainsi c’est par vous que les peuples participent à ces désordres , que ce poison infecte les villes et les provinces, que ces plaisirs publics deviennent la source des misères et de la licence publique , que tant de victimes infortunées renoncent à la pudeur pour servir à vos plaisirs, et, cherchant i soulager la médiocrité de leur fortune par l’usage des talents que vos passions toutes seules ont rendus utiles et recommandables , viennent sur des théâtres criminels chanter des passions pour flatter les vôtres, périr pour vous plaire, perdre leur inuocence en la bisant perdre â ceux qui les écoutent , devenir des écueils publics et le scandale de la religion, porter même le malheur et b dissension dans vos bmilles, et vous puuir, femmes du monde, de l’appui et du crédit que vous leur donnez par votre présence et par vos applaudissements, en devenant l’objet criminel de la passion et de b mauvaise conduite de vos enfants, et partageant peutêtre avec vons-mème le cœur de votre mari , et minant sans ressonree ses afbires et sa fortune.
Cinquièmement, un scandale de durée. C’est peu , mes Frères, que b corruption de nos siècles soit presque le seul ouvrage des grands et despuissanb; les siècles à venir vous devront peut-être etKore une partie de leur licence et de leurs désordres. Ces poésies probnes qui n’ont vu le jour qu’à votre occasion , corrompront encore des cœurs dans les âges qui nous suivront; ces auteurs dangereux que vous honorez de votre protection passeront entre les mains de nos neveux , et vos crimes se multiplieront avec le venin dangereux qu’ils portent avec eux , et qui se communiquera d’âge en âge; vos passions mêmes immortalisées dans les histoires , après avoir été un scandale pour votre siècle, le deviendront encore aux siècles suivants ; la lecture de vos égarements conservés à la postérité se fera encore des imibtears après
votre mort; on ira encore cherclier des leçons de crime dans le récit de vos aventures , et vos désordres ne mourront point avec vous. Les voluptés de Salomon fournissent encore des blasplièmes et des dérisions aux impies, et des motifs de sécurité au libertinage ; l’emportement de la femme de Putiphar s’est conservé jusqu’à nous, et son rang a immortalisé sa foiblesse. Telle est b destinée des vices et des pa.ssions des grands et des puissants; ils ne vivent pas pour leur siècle seul, ils vivent pour les siècles à venir, et la durée de leur scandale n’a point d’autres bornes que celle de leur nom.
Vous le savez vous-mêmes, mes Frères, encore aujourd’hui ne lit-on pas tous les jours avec un nouveau péril ces mémoires scandaleux faits dans le siècle de nos pères, qui ont conservé jusqu’à uous les désordres des cours précédentes , et immortalisé les passions des principales personnes qui les cumposoient? Les dérèglements d’un peuple obscur et du reste'des hommes qui vivoient alors , sont demeurés ensevelis dans l’oubli ; leurs passions ont fini avec eux; leurs vices obscurs comme leurs noms , ont échappé à l’histoire, et ib sont à notre égard comme s’ils n'avoient jamab été ; et tout ce qui nous reste de ces âges passés , ce sont les égarements de ceux que leur rang et leur naissance distinguoient dans leur siècle ; ce sont leurs passions qui en inspirent tous les jours de nouvelles par la naïveté du style et par la licence des auteurs qui nous les ont conservées; et l’unique privilège de leur condition , c’est que les vices des petits ont fini avec leur vie, an lien que ceux des grands et des puissants renaissent, pour ainsi dire, de leurs cendres , passent d’âge en âge, sont gravés dans des monuments publies , et ne s’effacent plus de b mémoire des hommes. Quels crimes, grand Dieu! qui sont le scandale de tons les siècles , l’écueil de tous les étals , et qui serviront jusqu’à la lin d’attrait au vice, de prétexte au pédieur, et de modèle au déréglement et à la licence !
Enfin, un scandale de séduction. 'Vos exemples, en honorant le vice, rendent la vertu méprisable ; b vie chrétienne devient un ridicule dont on a honte devant vous ; l’extérieur de la piélé est un mauvais air dont on se cache en votre présence comme d’un travers qui déshonore. Combien d’ames touchées de Dieu ne résistent à sa grâce et à son esprit , que de peur de perdre auprès de vous ce de^ de confiance qu’une longue société de plaisir leur .a donné I Combien d’ames , dégoôtées du monde,, n’osent se déclarer et revenir à Dieu , pour ne pas s’exposer à vos dérisions insensées;
VICES ET VERTUS DES GRANDS
imitent encore vos mœurs et vos plaisirs , dont la grâce les a ilélrompCcs, et donnent à la complaisance et à des égard» irijiisles jM»ur voire rang mille démarches dont leur propre godt et leur nouvelle foi les éloigne !
Je ne parle pas, mes Frères, des préjugés contre la venu, que vous perpétuez dans le monde; de ces discours déplorables contre les gens de bien, que votre autorité confirme, qui de vous passent jusqu'au peuple, et maintiennent dans tous les états ces vieilles préventions contre la piété, et ces dérisions étemelles des justes, qui ôtent à la vertu toute sa dignité, et confirment les pécheurs dans le vice.
El de là, mes Frères, que de Justes séduits! qne de foibles entratnés! que d'ames cliancclantes retenues dans le désordre! que d'impies et de libertins rassurés! quel obstacle devenez vous au fruit de notre ministère ! que de cœurs préparés n'opposent à la farce de la vérité que nous annonçons que les longs engagements qui les lient à vos mœurs et à vos plaisirs, et ne trouvent que vous seuls en eux qui servent comme de mur et de bouclier à la grâce ! Mon Dieu ! quel fléau pour un siècle, quel malheur pour les peuples, qu'un grand selon le monde, qui ne vous craint pas, qui ne vous connoli pas, et qui méprise vos lois et vos ordonnances étemelles! C'est on présent que vous foites aux hommes dans votre colère, et la plus terrible marque de votre indignation sur les villes et sur les royaumes.
Oui, mes Frères, voilà ce que vous êtes quand TOUS n’èies pas à Dieu. Voilà le premier caractère de vos fautes, le scandale •* votre destinée décide d’ordinaire de celle des peuples; tes désordres des petits sont toujours la suite de vos désordres; et les péchés de Jacob, dit le Prophète, c'est-à-dire du peuple et des tribus , ne viennent que de Samarie , le siège des grands et des puissants : Quod scelus Jacohf nonne Samaria? (Mien., i , 5.)
Mais quand le scandale, inséparable des pécbés des grands et des puissants , n'y ajouteroit pas iin nouveau degré d’énorniité qui leur est propre , ringratilude , qui en fait le second caractère, suffirult pour attirer sur eux cet abandon de Dieu qui ferme pour toujours ses entrailles à la bonté et à la miséricorde.
Jedis l'ingratitude, mes Frères, car Dien vous a preféiA^ à tant de malheureux qui gémissent dans l’obscurité et dans l’indigence; il vous a élevés; il vous a fait naître au milieu de l’édat et de l’alKindauce; il vous a clioisis sur tout le peuple pour vous combler de bicufails; il a rassemblé sur vous seuls les biens, les bouueurs, les titres, les
distinctions et tous les avantages de la terre; U semble (|ue sa pruvidence ne veille que pour vous seuls, tandis que tant d’infortunés mangeut un pain de tribulation et d'amertume; la terre ne semble produire que pour vous seuls, le soleil ne se lever et ne se coucher que pour vous seuls; le reste des hommes même ne paroissent nés que pour vous, et pour servir à votre grandeur et à vos usages; il semble que le Seigneur n'est occupé que de vous seuls, tandis qu'il oublie tant d’ames obscures dont les jours son^ des jours de douleur et de misère , et pour lesquelles il semble qu’il n’y ait point de Dieu sur la terre : et cependant TOUS tournez contre Dieu tout ce que vous avez reçu de lui ; votre abondance sert à vos passions, votre élévation facilite vos plaisirs, et ses bienfaits deviennent vos crimes !
Oui, mes Frères, tandis que mille malheureux sur lesquels sa main s’appesantit avec tant de rigueur; tandis qu’une populace obscure, pour qui la vie n'a rien que de dur et de triste, l’invoque , le bénit , lève les mains vers lui dans la simplicité de son cœur, le regarde comme son père, et lui donne des marques d'une piété sim^e et d'une religion sincère; vous, mes Frères, qu'il accable de bienfaits, vous, pour qui le monde tout entier semble fait, vous ne le connoissez pas, vous ue daignez pas lever les yeux vers lui, vous ne pensez pas seulement s’il y a un Dieu au-dessus de vous qui se mêle des choses de la terre, vous lui rendez pour action de grâces des outrages, et U religion n’est que pour le peuple.
Hélas ! mes Frères, vous trouvez si noir et si indigne lorsque ceux dont l’élé>aiion étoil votre oavrage vous oublient, vous méoonnois^ent, se déclarent contre vous, et n’usent du crédit dont ils vous s(HlL redevables que pour vous éloigner et pour vous détruire ! Mais, mes Frères, Us ne font que vous rendre ce que vous faites envers Dieu. Votre élévation o'est-eile pas son ouvrage? N'cslce pas sa main toute seule qui a séparé vos ancêtres de la foule , et qui les a placés à la tête des peuples? N’est-ce pas la disposition seule de U Providence qui vous a fait naître d’un sang illustre, et qui vous a lait trouver tout d'au coup eu naissant, et sans qu’il vous en coûtât rieu, ce qu’une vie entière de soins et de peines u’auroit pas pu même vous faire attendre? Qu'aviez-vous à ses yeux plus que tant d’infurUinés qu'il laisse dans la misère? Ali! s’il n'avoil eu égard qu'aux qualités naturelles de l'ame, à la droiture, à la pudeur, à l’innocence, à la modestie, combien d’ames obscures, nées avec toutes ces vertus, auroient dû vous être préférées , et occuper la place
VICES ET VEUTCS DES GRANDS. «15
où vous êtes! S’il n’eûl consiilic que l’usage que ToiB deviez faire un jour de ses bienlàils , combien de mallieureuz , dans la même situation où vous vous trouvez, auroicnt été l’exempte des peuples, les protecteurs de la vertq, et glorifié le Seigneur dans leur abondance , eux qui , dans leur indigence même , l’invoquent et le bénissent , au lieu que vous le faites blasphémer, et que votre exemple devient une séduction pour son peuple I El cependant il vous choisit , et il les rejette ; il les humilie , et il vous élève ; il est pour eux un maître dur et sévère , et pour vous un père libéral cl magnifique. Que pouvoil-il faire davantage pour vous engager à le servir et à lui être fidèles ? Qu’y a-t-il de plus puissant que les bienfaits pour adirer les coeurs , et pour s’assurer des hommages ? (!’est de vous seul , Seigneur, disoil David au milieu de sa prospérité , que vient la magnificence qui m’environne , la gloire de mon nom , la puissance où je suis élevé; et il est juste, ê mon Dieu! de vous glorifier dans vos dons, de mesurer ce que je vous dois sur ce que vous avez fait pour moi , et de faire servir mon élévation et loutce que je suis à votre gloire : Tua est , Domine, magnifieentia, et polciilio, et gloria.... JVwic igitur, Deus iiosler, confitemur tibt, et lavdamus noineii hium iiicli/luin. (GParal.,xxix,11,13.)
El cependant, mes Frères, plus il a fait pour vous , plus vous vous élevez contre lui. Ce sont les riches et les puissants qui vivent sans autre Dieu dans ce monde que leurs plaisirs injustes : c’est vous seubi qui lui dispulqz les plus légers hommages, qui vous croyez dispensés de tout ce que sa loi a de pénible et de sévère , qui ne croyez être nés que pour jouir de vous-mêmes, pour faire servir ses bienfaits à vos passions , et qui laissez au simple peuple le soin de le servir, de lui rendre grâces , et d’observer avec religion les ordonnances de sa loi sainte.
Ainsi souvent , mes Frères , le peuple l’adore , et vous l’outragez; le peuple l’apaise, et vous l’irritez ; le peuple l’invoque , et vous l’oubliez ; le peuple le sert avec un bon zèle , et vous méprisez ses serviteurs ; le pctiple lève sans cesse les mains vers lui , et vous doutez même s’il existe , vous qui senls ressentez les effets de sa libi'ralité et de sa puissance ; ses châtiments lui fonnent des adorateurs , et ses bienfaits ne lui valent que des dérisions et des outrages.
Je dis ses bienfaits , mes Frères, car il ne les a pas même tous bornés à votre égard aux biens extérieurs de la fortune ; il vous a fait naître encore avec des dispositions plus favorables à la vertu ([ue le simple peuple , un emur plus ooblé et plus élevé ,
des inclinations plus beureuses, des sentiments plus dignes de la grandeur de la foi ; plus de lumière, plus d’élévatiou, plus de connoissance, plus d’instruction , plus de goût pour les bonnes choses.
Vous avez reçu de la nature ces inclinations fortunées qui se communiquent avec le sang, des passions plus douces, des moeurs plus cultivées, des bienséances plus voisines de la vertu ; celle politesse qui adoucit l’humeur, cette dignité iiui retient les saillies du tempérament , celle humanité qui rend plus sensible aux impressions de la grâce.
De combien de bienfaits abusez-vous donc , me.s Frères , quand vous ne vivez pas selon Dieu ! Quel monstre d'ingratitude qu’un grand , qu’un homme comble d’honneur et de prospérité, et qui ne lève ^ jamais les yeux au ciel pour adorer la main (|ui les lui dispense !
Et d’où croyez-vous aussi, mes Frères, que viennent les calamités publiques, les Iléaux qui affligent les villes et les provinces ? Ce n'est que pour punir l’usage injuste que vous faites de l’idiondanec , que Dieu frappe quelquefois de stérilité les terres et les canqiagnes. Sa justice, indignée que vous emiJuyiez contre lui ses propres bienfaits , les soustrait â vos passions, répand sou indignation sur la terre , permet les guerres et les dissen.daus, renverse vos fortunes ; éleiut vos bmilles , fait sécher la racine de votre postérité, bit passer à des mains étrangères vos titres et vos possessions , et vous rend les exemples éclatants de l’iiiconatance des choses humaines, et les monuments anticipés de sa colère contre les ctcurs ingrats et insensibles aux soins paternels de sa providence.
Voilà, mes Frères, les deux caractères inséparables de vos pécliés ; le scandale et l’ingratitude. Voilà ce que vous êtes quand vous n’étes pas fidè. les à Dieu. Voilà à quoi peut-élre vous n’avez pas fait attention. Vous ne sauriez être médiocrement coupables dès que vous l’êtes. Les passions sont les mêmes dans le peuple et parmi les puissants ; mais U s’en faut bien que le crime suit égal , et souvent un seul de vos crimes entraîne plus de malheurs et a devant Dieu des suites plus étendues et plus terribles , qu’une vie entière d’iniquité dans mie aine obscure et vulgaire. Mais aiis.si , mes Frères, vos vertus ont le même avantage et la même de.stinée ; et c’est ce qui me reste à vous dire dans b dernière partie de ce discours.
DEEXIÈME PARTIE.
Si le scandale et l’ingratitude sont les suites inséparables des vices et des paissions des personnes élevées, leurs vertus aussi ont deux caractères par-
VICES ET VEUTUS DES GRANDS
ticniien qui les rendent infiniment plos agréables à Dien que celles du commun des fidèles ; premièrement, l'eiemple; secondement, rautorité. Et voill , mes Frères , une vérité bien consolante pour vous que la Providence a fait naître dans l'élévation , et bien capable de vous animer à servir Dieu et de vons rendre la vertu aimable. Car ce seroit vous tromper que de regarder l’etat on vous êtes nés comme on obstacle au salut et aux devoirs que b religion nous impose. J’avoue que les écueils y sont plos dangereux que dans une destinée plus obscure , les tentations plus vives et plus fréquentes ; et en vous marquant les avantages que vons ponvex trouver dans l’élévation par rapport an salut, je ne prétends pas en dissimuler les périls que Jésus-Christ nous a marqués lui-mème dans l’Évangile.
Je veux senlement ébblir cette vérité , que vous pouvez bire plus pour Dieu que le simple peuple ; qu’il revknti h religion infiniment plusd’avantages de b piété d’une seule personne élevée,qne de celle presque d’un peuple entier de fidèles ; et que vous êtes d’autant plus coupables quand vous oubliez Dieu, qu’il tirerait plus de gloire de votre Bdelité, et que vos vertns ont des suites plus étendues pour rntilité de l’Église et pour l’édification des fidèles.
La première , c’est l’exemple. Dne ame d'entre le peuple qni craint Dieu ne le glorifie que dans son ceenr ; c’est un enbnt de lumière qui marche pour ainsi dire dans les ténèbres ; elle lui rend des hommages ; mais elle ne loi en attire point. Renfermée dans l’obscurité de sa fortune , elle ne vit que sons les yenx de Dien seul , elle souhaite que son nom soit glorifié, et Ini rend par ses désirs b gloire qu’elle ne peut lui rendre par ses exemples. Ses vertus sont utiles à son salut, mais elles sont comme perdues pour le salut de scs frères : elle est ici-bas comme ce trésor caclié dans la terre , que 1e champ de Jésus-Christ porte i son insu , et dont il ne fait aucun usage.
Mais pour vous , mes Frères, qui vivez ezpoiés aux regards publics et à b vue de tons les peuples, vos exemples de vertu deviennent aussi éclatants que vos noms, vous répandez la bonne odeur de Jésus-Christ partout où celle de votre rang et de vos titres est répandue ; vous bites glorifier le nom du Seigneur partout où le vùire se fait connoltre. La même élévation qui apprend à tous les hommes que vous êtes sur la terre , leur apprend aussi ce que vons biles pour le ciel. Les avantages de la nature découvrent partout en vous tes merveilles de la grâce. Les peuples , les villes , les provinces , qni entendent sans cesse répéter vos noms, sentent réveiller avec eux l’idée de vertu que vos exemples
y ont attachée. Vous honorez b piété dans l’esprit du public ; vons la prêchez à ceux que vous ne connoissez pas : vous devenez, dit le Prophète, comme un signal de vertu élevé an milieu des peuples. Tout un royaume a les yeux sur vous, et parle de vos exemples ; et jusque dans les cours étrangères votre piété devient on événement aussi connu que votre naissance. Le bruit de la sagesse de Salomon étojt répandu dans toutes les cours de l'Orient, dit l'Écriture, et celle d’Ethan d’Ezrahite , d’IIéman et de Chalcol , les principaux enfants de Mahol , n’étoit pas moins connne à Jérusalem , malgré b distance des lieux qui les bisoient vivre si loin de b Palestine.
Or, dans cet éclat, quel attrait de vertu pour les peuples! Premièrement, les grands modèles touchent bien plus , et la piété devient comme un bon air pour le peuple , dès que l’exemple des grands l’autorise. Secondement , l’idée de foiblesse que les hommes attachent k b vertu tombe dès qn’elle est ennoblie de vos noms , pour ainsi dire , et qu’on peut lui faire honneur de vos exemples. Troisièmement, la modestie et b frugalité n’ont plus rien de honteux pour le reste des hommes dès qu’ib voient en vous qu’on peut être grand et modeste , et que b fuite du luxe et de la profnsion , non senlement ne fait point de honte aux petits, mais donne même une nouvelle dignité à l’élévation et à la naissance. Quatrièmement, combien d’ames fuibles rongiroient de b vertu , que votre exemple rassure , qui ne craignent plus de marcher après vons, et qui trouvent même beau de suivre vos traces ! Cinquièmement, combien d’ames trop sensibles encore aux intérêts de la terre, craindruient que b piété ne fût un obstacle è leur élévation , et trouveroient peut-être dans cette tentation l’écueil de tons leurs désirs de pénitence , si elles n'apprenoient en vous voyant , que b piété est utile a tout, qu’eu attirant les grâces du ciel elle n’eloigne pas celles de b terre ! Sixièmement , vos inférieurs, vos créatures, vos esebves, tous ceux qui dépendent de vous , trouvent b vertu bien plus aimable depuis qu’elle est devenue un moyen sûr de vous plaire , et que le même progrès qu’ib funt dans la piété , ils le font dans votre confiance et dans votre estime.
Enfin, mes Frères , quel honneur ponr la religion , lorsqu’elle peut montrer en vos personnes qu'elle sait encore se former des justes qui méprisent les honneurs , les dignités, les richesses ; qui vivent au milieu des prospérités sans en être éblouis , qui sont élevés aux premières places sans perdre de vue les biens éternels , qui possèdent tout comme ne possédant rien, qui sont plus grands
VICES ET VERTUS UES GRANDS
que le monde entier, et regardent comme de la boae tous les avantages de la terre dès qu’ils deviennent un obstacle aux promesses que la foi leur montre dans le ciel ! Quelle confusion pour les impies de sentir , en vous voyant marc^r dans les voies du »lul au milieu de toutes les prospérités humaines, que la vertu n’est pas un pis-aller, qu’en vain ils tâchent de se persuader qu’on n’a recours à Dieu que lorsque le monde noos manque, puisque, comblés des hvenrs du monde, vous ne laissez pas d’aimer l’opprobre de Jésus-Christ ! Quelle consolation même pour notre ministère de pouvoir nous servir de vos exemples dans ces diaires clirétiermes pour confondre les pécheurs d’une destinée plus obscure; de pouvoir leur citer vos vertus pour les faire roagir de leurs vices ; de pouvoir leur foire honte de toutes les vaines excuses qu’ils nous opposent, en leur alléguant votre fldélité b la loi de Dieu, en leur montrant que les périls qui les environnent ne sont pas plus grands que les vdtres, que les objets des passions an milieu desquels ils vivent sont moins séduisants, que le monde ne leur offre pas plus de charmes et plus d’illusioa qu’il vous en oRÎe ; que si la grâce peut se former des cteurs ddèles jusque dans le palais des rois , elle peut s’en former î plus forte raison dans le tumulte des villes et sous le toit do citoyai et do magistrat, et qu’ainsi on trouve le salut partout, et que notre état ne devient on prétexte fovorable à nos passions que lorsque la corruption de notre cœur est Ul véritable raison qui les autorise !
Oui, mes Frères, je te répète, vous donnez, quand vous servez Dieu, une nouvelle force à notre ministère, plus de poids aux vérités que nous annonçons aux peuples, plus de confiance à notre zèle, plus de dignité à la parole de Jésus-Christ, plus de crédit à nos censures, plus de consolation à nos travaux; et, en jetant les yeux sur vous, le monde trouve la décision des vérités qu’il nous avoit contestées. Que de biens, mes Frères, reviennent donc i rÉglise de vos exemples ! Vous donnez du crédit à la piété, vous honorez la religion dans l’esprit des peuples, vous animez les justes de tpus les états, vous consolez les serviteurs de Dieu, vous répandez dans tout on royaume une odeur de vie qui confond le vice et qui autorise la vertu , vous maintenez les règles de l’Évangile contre les maximes du monde ; on vous cite dans les villes et dans les provinces les plus éloignées pour encourager les foibles et agrandir le royaume de Jésus-Christ; les pères apprennent vos noms à leurs enfants pour les animer à la vertu ; et, sans le savoir, vous devenez le modèle des peuples, l’en-
tretien des petits, l’édification des fomilles, Texemple de u>us les états et de tous les ordres. A peine les principaux des tribus dans le désert, et les femmes les plus distinguées, eurent apporté 1 Moïse leurs ornements les plus précieux pour la construction du tabernacle , que tout le peuple , entraîné par leur exemple, vint en foule offrir ses dons et ses présents, et qu’il follut que Moïse mit des bornes à leurs pieux empressements, et modérât l’excès de leurs largesses.
Ah ! mes Frères, que de biens, encore une fois, vos seuls exemples peuvent foire parmi les peuples ! les plaisirs publics décriés dès que vous ne les autorisez plus par votre présence ; les modes indécentes proscrites dès que vous les négligez ; les usages dangereux surannés dès qnevous les abandonnez; la source de presque tous les désordres tarie dès que vous vivez selon Dieu : et de 11 que d’ames préservées , que de malheurs prévenus , que de crimes arrêtés, que de maux empêchés! Quel gain pour la religion, qu’une seule personne élevée qui vit selon la foi ! Quel présent Dieu fait 1 la terre, 1 un royaume , 1 un peuple , quand U lui donne des grands et des poissants qui vivent dans sa crainte ! Et quand l’intérêt seul de votre ame , mes Frères, ne suffiroit pas pour vous rendre la vertu aimable; l’intérêt de tant d’ames à qui vous êtes une occasion de saint en vivant selon Dieu, ne devroit-il pas préférer la crainte et 1’^ mour de sa loi 1 tous les vains plaisirs de la terre f Est-il de plaisir plus doux pour un bon cœur que de devenir une source de salut et de bénédictioa pour ses frères?
Et ce qu’il y a ici d’heureux pour vous, mes Frères , c’est que vous ne vivez pas seulement pour votre siècle; je l’ai déjà dit, vos exemples passeront jnsques aux siècles suivants ; les vertus des simples fidèles périssent , pour ainsi dire , avec eux ; mais vos vertus seront conservées dans nos histoires avec vos noms. Vous deviendrez un modèle de piété pour nos neveux, comme vous l’gvez été pour les peuples qui ont vécu avec vous ; vos rangs et vos emplois , vons liant aux principaux événements qni se passent dans notre siècle, vons feront passer avec eux jnsques aux siècles 1 venir; les cours qui succéderont 1 la nôtre, trouveront encore l’Iiistoire de vos mœurs et de vos saints exemples mêlée avec Tbistoire pnbliqoe de nos jours ; vous donnerez encore du crédit à la piété dans les âges qni nous suivront ; le souvenir de vos vertus , conservé dans nos annales, y servira encore d’instruction à vos descendants qui les liront ; et l’on pourra dire un jour de vous , comme de ces hommes célèbres et pleins de gloire et de jus-
us DES GRANDS.