VICES ET VERT
lire dont parle nÉcrilnre, que votre piété n’a pas fini avec vous, que le souvenir de vos vertus passera d’âge en âge, que les peuples raconteront jusqu’à la fin votre sagesse et vos exemples, que l’Eglise publiera vos louanges , et que les biens que vous avez faits, et l’odeiir de votre vie se conservera toujours au milieu de nous avec les descendants qui naîtront de la gloire de votre sang, et qui succéderont à vos noms et à vos titres : Quorum pieittles non drfuerunt : ciim temiiie eorum permanent (lono. (Eccli., xuv, 10, 11).
Mais ce n’est pas tout , mes Frères : l'exemple rend vos vertus on bien public , et c’est là leur premier caractère ; mais l’autorité, qui en est le second, achève et soutient les biens infinis que vus exemples ont commencés ; et quand je dis l’autorité, nies Frères, que ne puis-je développer ici tout ce que celle idée me découvre d’immense dans les suites fécondes de la piété des grands et des puissants !
Premièrement, la protection de la vertn. La vertu timide est souvent opprimée, parce qu’elle manque ou de liardiesse pour se montrer, ou de protection pour se défendre; la vertu obscure est souvent méprisée, parce que rien ne la relève aux yeux des sens , et que le monde est ravi de pouvoir faire un crime à la piété de l’obscurité de ceux qui la pratiquent. Mais dès que vous en prenez vous-mêmes le parti, mes Frères, ah ! la vertu ne iftanque plus de protection; vous devenez les interprètes des gens de bien auprès du pi ince, déjà si favorable lui-mème à la piété, et les canaux par lesquels ils trouvent tous les jours accès auprès du trdne; vous mettez en place des hommes justes qui deviennent des exemples publics; vous produisez des serviteurs de Dieu, des hommes pleins de lumières, de science et de vertu, qui seroient demeurés dans la poussière, et qui, à la faveur de votre nom et de votre appui, parois«ent dans le public, mettent en oeuvre leurs talents, enriebissent quelquefois l’Eglise d’ouvrages saints et chrétiens, contribuent à l’cdificatinn des fidèles, à l’iuslruction des peuples, à la consommai ion des saints; apprennent les règles de la vertu à ceux qui les ignorent, les apprendront à nos neveux, et feront passer dans tous les sicebs suivants, avec les monumenLs pieux de leur zèle, les fruits immortels de la protection dont vous avez honoré la vertu , et de votre amour pour les justes.
Que dirai-je, mes Frères? vous soutenez le zèle des gens de bien dans les entreprises saintes, et votre protection les anime et leur fait surmonter tous les olistacles dont le démou traverse toujours les œuvres qui doivent glorifier Dieu et coutribuer
au salut des âmes. Que d’élablissenienls utiles aujourd’hui , et qui sont une source de bénédiction dans l’Eglise, n'ont dû aubrefois leur naissance qu’au crédit d’une seule personne élevée, à qui Dieu avoit mis dans le cœur de protéger une œuvre dont il devoir tirer un jour tant de gloire ! Que de pieux desseins et avantageux à l’Egllseexéculés auroient échoué , si l’autorité d’un juste en place et élevé dans l’Eglise n’eût aplani toutes les voies qui sembloieut en rendre l’exécution impossiUe! Que de saints ministres de Jésus-Christ, soutenus dans leurs fonctions, auroient cédé aux contradictions, et privé par leur retraite les peuples de leurs instructions et de leurs exemples , si leur vertu n'eût trouvé dans la piété des grands et des puissants une protection qui assuroit la paix à leur troupeau et l'autorité à leur ministère !
Que dirai-je encore, mes Frères? vous rendez par vos exemples la vertu respectable à ceux qui ne l'aiment pas ; et ce n’est plus une honte d’ètre chrétien, dès que par-là on vous ressemble ; vous ôtez à l’impiété cet air de confiance et d’ostcalation avee lequel elle ose tous les jours paroUre, et le libertinage n’est plus un bon air dès que votre conduite l’improuve ; vous maintenez parmi les peuples la religion de nos pères, vous conservez la foi aux siècles qui nous suivront ; et souvent il ne faut qu’un grand dans un royaume, ferme dans la foi, pour arrêter les progrès de l’erreur et des nouveautés, et conserver à tout un état la foi de ses ancêtres. La seule Esther conserva le peuple et la loi de Dieu dans un grand empire; le seul Mathathias tint bon contre les autels étrangers, et empêclia les superstitions de prévaloir au miliea de J iida ; et la France ne doit les lumières de l’Évangile et la connoissance de Jésus-Christ qu’à la piété d’une sainte princesse qui conquit à la toi, avec le cœur d’on époux infidèle, un royamne qw depuis en a toujours été le plus ferme appni et ta portion la plus pure et la plus florissante. Oh ! mes Frères, que vous êtes grands quand vous êtes à Jésus-Christ ! et que votre naissance et votre élévatioii paroissent avec bien plus d'éclat et de dignité dans les fruits immenses de votre piété que dans le faste de vos passions, et tout le vain attirail des magniliceuces humaines !
Secondement, les récompenses de la vertn. Vous la mettez en honneur en lui donnant, dans le riioix des places qui dépendent de vous, les préférences qui lui sont dues, et ne confiant les emplois qu’à ceux dont la piété mérite la confiance publique ; en necoipptantsur la fidélité dessubalternes qu’aulaiil qu’ils sont fidèles à Dieu, et rechercliant principalementdans les hommes la droiture de la conscieoce
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et l'innocence des mcenrs , sans quoi tous les autres talents ne forment plus qu’un mérite êquiro<|ue qui devient uu niiUilile ou inutile.
Et de U , mes Frères , quel nouveau bien pour le public ! quel bonheur pour un royaume où les gens de bien occupent les premières places , où les emplois sont les récompenses de la vertu , où les affaires publiques ne sont confiées qu’à ceiii qui clierchent plus les intérêts publics que leurs intérêts propres, et qui ne comptent pour rien le gain du monde entier s’ils veiioient à perdre leur ame !
Quel avantage pour les peuples lorsqu’ils trouvent leurs pères dans leurs juges, les protecteurs de leur foiblesw dans les arbitres de leur destinée , les consolateurs de leurs peines dans les interprètes de leurs intérêts ! Que d’abus prévenus , que de larmes essuyées, que d’injustices évitées, quelle paix dans les familles, quelle consolation pour les malbeureux , quel lionneur même pour la vertu , lorsque les peuples sont ravis de la voir en place, et que le monde lui-même, tout monde qu’il est, est pourtant bien aise d’avoir des gens de bien pour défenseurs et pour juges! Quel attrait pour la vertu lorsqu’on voit qu’elle est devenue le cliemin des grâces , et qu’outre les promesses du siècle à venir elle a encore pour elle les récompenses de la terre : promissiouem liabens vit(P quœtiuuc fsl. et futuml (f Tim., iy, 8.)
El ne dites pas , mes Frères, qu’en récompensant la vertu on ne corrige pas les pécheurs, et qu’on multiplie seulement les hypocrites. Je sais jusqu’où l’amour de l’élévation peut pousser les hommes, et quel abus ils sont capables de faire de la religion pour arriver à leurs lins ; mais du moins vous obligez le vice de se caclier, du moins vous lui dtez l’éclat et la sécurité qui le répand et le communi(|ue, vous conservez du moins l’extérieur de la religion parmi les peuples , vous multipliez du moins les exemples de la piété parmi les fidèles ; et s’il n’y a pas moins de dérèglement, les scandales du moins sont plus rares.
Enfin , les saintes large.sses de la vertu. Mais je sens que mou sujet m’enlralne, et il est temps de finir. Oui , mes Frères, que de nouveaux biens encore |iour les peuples dans l’usage chrétien et cliaritalde de vos richesses! Vous mettez l’imiocence à couvert , vous préparez des asiles de pénitence aux crimes , vous rendez la vertu aimable aux inalbeureux par les ressources qu’ils trouvent dans la vélre, vous assurez aux maris la fidélité de leurs épouses, aux (lères le salut de leurs enfants, aux |ia.sieuis la.'.nreté de leurs brebis, la paix aux familles , la couMilation aux aOligés, riunocence à la veuve délaissée , un secours à l’orpiielin, le bon
ordre au public, à tons l’appui de lenr vertu on le remède de leurs vices.
Et ici , mes Frères , comprenez , si vous pouvez , les fruits immenses de votre vertu et les avantages inexplicables qu’en retire l’Eglise. Que de scandales évités, que de crimes prévenus, que de maux publics arrêtés, que de fui blés conservés, que de justes affermis, que de pécheurs rappelés, que d’ames retirées du précipice ! Que vous contribuez, mes Frères, quand vous servez Dieu, à la gloire de l’Eglise, à l'agrandissement du royaume de Jésus Christ , à l'bonneur de la religion , à là consommation des saints, au salut de tous les fidèles ! Qu'il se trouvera un jour d'élüs dans le ciel de toute langue et de toute tribu , qui mettront à vos pieds leur conronne d’immortalité, comme pour ronfes.ser publiquement qu’ils vous en sont redevables ! Quelle consolation pour vous de pouvoir vous dire à vonsmêmes qu’en servant Dieu vous lui attirez des serviteurs, et qnc votre piété devient une source de bénédictions pour les peuples ! Non , mes Frères, s’il y a quelque chose de flatteur dans l’élévation , ab! ce p’estpas les vaines distinctions que l’usage y attache, c’est d’y pouvoir devenir, en senant Dieu , la source des biens publics, le soutien de la religion, la consolation de l'Eglise, et les principaux instruments dont Dieu se sert pour l’accomplùsement de ses desseins de miséricorde sur les hommes.
Que vous perdez donc, mes Frères, en ne vivant pas selon Dieu ! que l’Eglise perd en vous perdant ; que nous perdons nuus-mêmes lorsque vous nous manquez ! de combien d’avantages privezvous les fidèles! quelles consolations vous otez-vous à vous-mêmes! Quelle joie dans le ciel pour la conversion d’un seul péclieur élevé dans le siècle ! Que vous êtes coupables, mes Frères, quand vous ne vivez pas selon Dieu ! vous ne pouvez ni vous (jerdre ni vous sauver tout seuls ; vous ressemblez ou à ce dragon de l’Apocalypse, qui, en tombant du ciel où il éloit élevé, entraîne par sa chute la plupart des étoiles dans l’ablme, ou à ce serpent mystérieux dont parle Jésus-CiirLst, qui, étant élevé sur la terre, attire heureu-vement tout après lui ; vous êtes établis pour la perte ou pour le salut de plusieurs , des plaies ou des ressources publiques. Puissiez-vous, mes Frères, connoilre vos véritables intérêts, sentir ce que vous êtes dans les des-seins de Dieu , ce que vous pouvez pour sa gloire , ce qu’il attend de vous, ce qu’en attend l’Egli-se, ce que nous en attendons nous-mêmes! Ah! vous avez une si grande idée de votre rang et de vos places par rapport au monde !
Plais, mes Frères, permettez-moide vous le dire.