BÉNÉDICTION DES DRAPEAUX
peut vous rassurer lorsque vous vous livrez à des passions d'iguouiiiiie? et de (piel espoir pouvezvous vous amuser vous-mêmes? Est-ce ces moments que vous accordez à la religion sur le point d’un combat, qui flattent votre espérance ? est-ce la prière et les bénèdiclious d’un ministre? Mais vous , qui êtes de boime foi , quelle est alors , je vous prie , la situation de votre ca-ur ? Vous est-il jamais arrivé de repasser , en pareille occasion , dans l’amertume de votre coeur , toutes les années de votre vie ? Avez-vous jamais pensé , dans ces circonstances , à offrir au Seigneur un cœur contrit et humilié , et à invoquer ses miséricordes sur les misères de votre ame? La gloire, le devoir, le péril, vous ne voyez que cela. Les retours sur la conscience sont alors moins de saison que jamais; ou éloigne même ces pensées , comme dangereuses à la valeur; on redouble les plaisirs et les escès pour faire diversion et s’empéclier soi-même de s’en occuper; et l'on passe, hélas*! presque toujours du crime et de la débauche è la mort. Horrible destinée , ô mon Dieu ! et si commu ne cependaul aux personnes è qui je parle ! Vous le savez, mes Frères , et mille fuis dans la fureur des combats vous avez vu dis|iarollre en un instant les compagnons de vos excès : vous les avez vu ne mettre presque qu’un intervalle entre une impiété et le dernier soupir, et un coup fatal venir les enlever à vos cOtés dans le temps même peut-être qu’ils faisoieiit encore avec vous des projets de crime.
Et pourquoi leur infortune ne vous ébranleroitelle pas? pourquoi ne vous instruiriez-vous pas dans le malheur de leur surprise ? Est-ce parce que ces exemples sont trop fréquents , que vous n’en êtes plus frappés ? c’est-à-dire, que vous vous rassurez à mesure que le" péril augmente. Pourquoi tie vous laisseriez-vous pas toucher à la bonté et à la longauimité de votre Dieu , qui ne vous a sauvé de tant de périls et conservé jusqu’à présent que |Mur vous ménager plus de loisir de vous convertir à lui ? pourquoi cliangericz-vous ses desseins de miséricorde en des desseins décoléré; et emploieriez-vous des jours qu’il n’a prolongés que pour votre salut , à prolonger le cours de vos iniquités?
Eh ! si , dans cette action où vous ne dûtes votre délivrance qu’à un prodige et dont vous-roéme crûtes ne jamais sortir , le ghiive de la mort vous eût frappé, quelle eût été, mon Frère, votre destinée ? quelle ame auriez -volts présentée au tribunal de Jésus-Crist ? quel monstre d’ordures, de blasphèmes, de vengeances ! N’ètes-vous pas effrayé de vous représenter alors sous la foudre d’un Dieu vengeur, tremblant devant sa face, et les
abîmes étemels ouverts à vos pieds ? .Sa main toute-puissante vous délivra , il vous couvrit de son bouclier; son ange détourna lui-même les coups qui, en décidant de votre vie, auroient décidé de votre éternité, et quel usage en avez-vous fait depub? quelle reconnoissance envers votre libérateur? quel liommage lui avez-vous fait d’un corps que vous tenez doublement de lui ? vous l’avez fait servir à l'iniquité; et d’un membre de Jésns- Christ , vous en avez fait un instrument de honte et d’infamie. Ah! vous avez bien su mettre le danger que vous courûtes alors à profit pour votre fortune; mais avez-vous su le mettre à profit pour votre salut? vous l’avez fait valoir auprès du prince, mais en a-t-il été question auprè» de Dieu; vous en êtes monté d’un degré dans le service , et vous voilà toujours le même dans la milice de Jésus-Christ. Craignez, craignez que ce moment fatal ne revienne, que le Seigneur ne vous livre enfin à votre propre destinée , qu’il ne vous traite comme l’impie Acbab, et qu’un coup parti de sa main invisible n'aille, à la premièie occasion, terminer enfin vos iniquités et commencer ses vengeances.
Que votre sort est à plaindre. Messieurs! La voie des armes, où les engagements de la naissance et le service du prince vous appellent , est, à la vérité, brillante aux yeux des sens, c’est le seul chemin de la gloire , c’est le seul poste digne d’un liomnie qui porte un nom ; mais en matière de salut , de toutes les voies c’est la plus terrible. Voilà les périls , voici les moyens de les éviter.
Car enlin le bras de Dieu n’est pas raccourci ; le salut n’est nulle part impossible; le torrent n’entraliie que ceux qui veulent bien s’y prêter ; le Seigneur a ses élus partout , et les mêmes dangers qui sont des écueils pour les réprouvés deviennent des occasions de mérite aux .iustes.
Et , potir entrer ici dans tin détail qui vous le fasse sentir, quels sont, diles-mui, dans votre état , les écueils que la grâce ne puisse vous faire éviter ? quels sont les maux qui n’aient en même temps leurs remèdes ?
Je sais que l’ambition est comme inévitable à un homme de guerre ; que l’Évangile, qui fait un vice de cette passion , ne sauroit prévaloir contre l’usage qui l’a érigée en vertu ; et qu’en fait de mérite militaire , qui ne sent pas ces nobles mouvements qui nous font aspirer aux grands postes , ne sent pasaussiceux qui nousfontoserde grandes actions. Mais, outre que le désir de voir vos services récompensés , s’il ést modéré, si seul il n’absorbe pas le cœur tout entier, s’il ne vous porte pas à vous frayer des roules d'iniquité pour parve-
DU RÉGIMENT DE CATINAT
nir à vos fins eti?(ablir votre fortune sor les ruines de celle d’autrui; outre, dis-je, que ce dcsirenvironné de toutes ces précautions n’a rien dont la morale chrétienne puisse être blessée , qu’a-t-il , eu vous offrant les espérances humaines , de si séduisant qu’il puisse l’emporter sur l'espoir des chrétiens et les promesses de la foi ? des postes , des honneurs, des distinctions , un nom dans l’univers ? Mais quelle foule de concurrents faut-il percer pour en venir U! que de circonstances faut-il assortir, qui ne se trouvent presque jamais ensemble ! Etd’ailleurs est-ce le mérite qui décide toujours de la fortune ? Le prince est éclairé , je le sais; mais peut-il tout voir de scs yeux? Combien de vertus obscures et négligées ! combien de services oubliés ou dissimulés ! et d’autre part , combien de &voris de la fortune , sortis tout-à-coup du néant, vont de plain-picd saisir les premiers postes! et de là quelle source de désagréments et dedégoflts ! On se voit passer sur le corps par des subalternes , gens qu’on a vus nattre dans le service , et qui n’en savent pas encore assez même pour obéir, tandis qu’on se sent soi-méme sor le penchant de l’àge, et qu’on ne rapporte de ses longs services , qu’un corps usé, des affaires domestiques désespérées , et la gloire d’avoir toujours fait la guerre à ses frais. Eh ! qn'entend-on autre chose parmi vous, que des réflexions sur l’alins des prétentions et des espérances ? Vous-mêmes , qui m’écoulez , quelle est là-dessus votre situation? Et cependant on sacrifle l’élernilé à des chimères ; on se flatte toujours qu’on sera du nombre des heureux ; et on ne s’aperçoit pas que la Providence ne semble laisser an liasard et an caprice des hommes le partage des postes et des emplois que pour nous faire regarder avec des yeux chrétiens les titres et les honneurs , et nous faire rapporter au Roi du ciel , aux yeux de qui rien n’échappe et qui nous tiendra compte de nos plus petiLs soins , des servicesque nousrendronsaux roisdela terre, qui souvent , ou ne peuvent les voir , ou ne sauroient les récompenser.
Mais quand même votre bonlieur répondroit à vos espérances; quand même les douces erreurs et les songes sur lesquels votre esprit s’endort deviendraient on jour des réalités; quand même, par un de ces coups du hasard qui entrent toujours pour beaucoup dans la fortune des armes , vous vous verriez élevés à des postes auxquels vous n’oseriez même aspirer, et que vous n’auriez plus rien à souhaiter do cété des prétentions humaines : que sont les fidélités d’ici-bas? et quelle est leur fragilité et leur rapide durée! Que nous reste-t-il de ces grands noms qui ont autrefois joué un réle si
brillant dans l’univers? ils ont paru un seul instant , et dis|iaru pour tonjonrs aux yeux des hommes. On sait ce qu'ils out été pendatit ce petit iutervalle qu’a duré leur éclat , mais qui sait ce qu’ils sont dans la région éternelle des morts ? Les chimères de la gloire et de l’immortalité ne sont là d’aucun secours ; le Dieu vengeur , qui , du haut de son tribunal, pèse leurs actions et discerne leur mérite , n’en juge pas sur ce que nous disons et sur ce que nous pensons d'eux ici-lras; et tons ces grands traits , qui font tant d’honneur à leur mémnire , et qui enrichissent nos annales , sont peut-être les princip >ux cliefs de leur condamnation , et les traits les plus honteux de leur ame aux yeux de Dieu.
Hélas! Messieurs, que sont les hommes sur la terre ? des personnages de théâtre Tout y roule sor le faux ; ce n’est partout que représentation , et tout ce qu’on y voit de plus pompeux et de mjeux établi ii’esl l’affaire que d’une scène. Qui ne le dit tous les jours dans le siècle? Une fatale révolution, nne rapidité que rien n’arrèie, entraine tout dans les abîmes de l’éternité : les siècles, les générations , les empires , tout va se perdre dans ce gouffre; tout y entre, et rien o’eii sort. Nos ancêtres nous en ont frayé le chemin , et nous allons le frayer dans un moment à ceux qui viennent après nous, .\insi les âges se renouvellent ; ainsi la flgure du monde change sans cesse; ainsi les morts et les vivants se succèdent et se remplacent coniinuellement. Rien ne demeure , tout s’use , tout s’éteint. Dieu seul est toujours le même , et ses années ne finissent point. Le torrent des âges et des siècles coule devant ses yeux; et il voit avec un air de vengeance et de fureur de fuibles mortels, daus le temps même qu’ils sont entraînés par le cours fatal , l’insulter en passant , profiter de ce seul moment pour déshonorer son nom , et tomber au sortir de là entre les mains éternelles de sa colère et de sa justice !
Eh! faisons après cela des projets de fortune et d’clévalion ; nourrissons notre cœur de mille espérances Qat'euses : prenons à grands frais des mesures infinies pour nous ménager un instant de bonheur ; et ne faisons jamais une seule démarche pour atteindre à une félicité qui ne finit point! C’est une fureur dont on ne crairoit pas l’homme capable, si l’expérience de tous les jours n’y éloit.
El d’ailleurs cet instant mêiiie de bonlieur est-il tranquille? Les soupçons , les jalousies , les craintes, les agitations étemella et inévitables aux grands emplois, le sort journalier des armes , la faveur des concurrents , la fatigue des ménagements et des intrigues, les caprices de ceux de qui