‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 289 sur 348 · BÉNÉDICTION DES DRAPEAUX · texte numérisé non relu

BÉNÉDICTION DES DRAPEAUX

OD dépend, e( laid de révéra à essuyer; le vide même des prospérités temporelles qui , de loin , piquent et attirent le Œur , mais qui , touchées de près, ne peuvent ni le fixer ni le satisfaire : est-il de félicité que tout cela ne trouble et n’altère ? et ceux que vous regardez comme les heureux do tiède ,,tunl-ils toujours tels è leurs propres yeux? O Seigneur , à qui seul appartient la gloire et la grandeur, l'homme ne comprendra-t-il jamais qu’il n’est point pour lui de félicité durable et tranquille bonde vous; que tout ce qui plaît ici-bas peut amuser le cœur , mais ne sauroit le satisfaire ; que la gloire et les plaisirs ne piquent presque que dans le moment qui les précède; que les inquiétudes et les dégoûts qui les suivent sont des voix secrètes qni nous appellent 1 vous ; et que quand même on pourrait ae promettre une fortune paisible, œne serait qu’une vapeur dont un instant décide, et qu’oo voit naître, s’épaissir, monter, s'cleadre , s’évanouir dans un moment !

Et ce qu'il y a id de plus déplorable pour vous , Messieurs, c’est que dans une vie rude et pénible, dans des emplois dont les devoirs passent quelquefois la rigueur et les travaux des cloîtres les plus austères, vous souffrez toujours en vain pour l’antre vie, et très-souvent pour celle-ci. Ah! du moins le solitaire dans sa retraite , obligé de mortifier sa chair et de la sonmettre à l'esprit , est soutenu par l’espoir d’une récompense assurée et par l'onction secrète de la grâce qui adoucit le joug du Seigtmur. Mais vous , au lit de la mort, oserez -vous présenter à Jésus- Christ vos fatigues et les désagréments jonmaliers de votre emploi? oserez-vous le solliciter d’une récompense? Et qu'a-t-il dû mettre sur son compte dans toutes les violences que vous vous êtes bites? Cependant les plus beaux jours de votre vie, vous les avez sacrifiés à votre profession : dix ans de service ont plus usé votre corps qu’niK vie entière de pénitence. Eh ! mon Frère , un seul jour de ces souffrances consacré au Seigneur, vous aurait peut-être valu un bonlieur étemel ; une seule action pénible à h nature et offerte à Jésus-Christ , vous auroit peut-être assuré l’héritage des saints ; et vous en avez tant bit en vain pour le monde!

Ah ! la moilesse et l'inutilité damneront ceux qui habitent les villes ; mais pour vous , Messieurs, ce sera le méchant usage que vous faites de vos peines et de vos btigues. Eh quoi ! vous pre/iez sur votre repos , sur vos plaisirs , sur vos besoins mêmes , quand il s'agit de votre devoir .- di ! voilé le plus difficile fait; ce qui vans reste è faire pour le salut ne coûte plus rien. Soutenez ces travaux avec une

foi chrétienue ; offrez-les au Dieu juste comme le prix de vos iniquités; et puisqu’il faut les souffrir, ne les souffrez pas sans mérite. Si le prince vons manque , Dieu du moins ne vous manquera pas ; c’est une ressource que vous vous assurez dans la mauvaise fortune. V os services ne seront , comme cela , jamais perdus; et les fruits de la guerre seront pour vons des fruits de paix et d’éternité. Mais encore une fois vous souffrez tout ce. qu’il but souffrir pour le salut , et vous ne savez pas vous en faire honneur auprès du Père céleste.

C'est ainsi , Seigneur , que votre loi te justifie devant les hommes, que vous paraissez vonsméme juste dans vos jugements, et qu'au jour terrible de vos vengeances vous vous servirez de la vie rude et bborieuse d'un homme de guerre pour confondre la llcbeté du mondain et set excuses sur la difficulté de vos préceptes; et que, d'autre part , l’amour du mondain pour les plaisirs condamnera le peu d'usage que l’homme de guerre a fait de ses souffrances. Voilé donc , Messieurs , comme l’ambition peut devenir elle-même une tesaouroe de grâce.

Mais cette réputation de valeur , ai essentielle é votre état , comment l’ajuster , me direz-vous , avec la douceur et l’humililé chrétienne ? Hais qu’est-ce que la valeur. Messieurs? est-ce uik fierté de tempérament, un caprice de cœur, une fougue qui ne soit que dans le sang , une avidité malentendue de gloire , un emportement de mauvais goût ; une petitesse d’esprit qui se hit des dangers de galté de cœur, seulement pour avoir la gloire d’en être sorti ? Quel siècle fut jamais plus corrigé lé-dessus que le nôtre? Quel est le goût des honnêtes gens sur ce qui fait la véritable valeur? La sagesse, la circonspection, b maturité n’y entrent-elles pour rien ? Quel a été le caractère des grands hommes que vous avez vus dans ce siècle é la tète de nos aimées , et dont les noms voussont encore si chers? Les Turenne, lesCondé, les Créqui , par quelle voie sont-iis montés é ce dernier point de gloire et de réputation au-delé duquel il est défendu de prétendre ? Le sage et ' vaillant général é qui celte province doit ta sûreté, et le reste du royaume ta paix et son abondance, lui dont vons recevez les ordres de plus prés comme de votre propre clief, et sous le nom et les étendards de qui vous avez l'honneur de combattre , s’est-il fiayé un chemin é l'élévation ofi le choix du prince et le bonheur de l'état l’ont pbeé, par une valeur indiscrète? et la sagesse, qui est comme née avec lui , a-t-elle jamais rien gâté ou é son mérite ou é ta fortune?

Mais c’est que nous nous bisons de busses idées

. Éb -

DU RLGIMKNT DE CATINAT

des dioses. La valeur , lorsqu’elle n'est pas à sa place , n’est plus une vertu ; et celte noble ardeur qni, au milieu des combats, est générosité et grandeur d’ame , n’est plus, liors de là , que rusticité , jeunesse de cœur, ou défaut d’esprit. Mais quelle idée , me direz-vous encore , a-t-on , dans les troupes , d’un homme qui passe pour avoir quelque commerce avec la dévotion ? Eh quoi ! Seigneur, il y aurait donc de la gloire i servir les rois de la terre; et ce serait bassesse et lâcheté que de vous être fidèle ! Etqu’yavoit-il autrefois daas les armées des empereurs païens de plus intrépide dans les périls que les soldats cliréliens 7 Cependant , Messieurs , c’étoient des gens qni , au milieu de la licence des tronpe.s , avoient leurs heures marquées pour la prière, passoient quelquefois les nuits â bénir tous ensemble le Seigneur, et qui, au sortir d’une action, savoient fort bien courir à l’échaland, et y répandre sans murmure leur sang pour la défense de la foi.

Il est vrai qu’on ne doit pas exiger de vous cette piété craintive et tendre, ni toute l’attention et la ferveur des personnes retirées, qui, libres de tout engagement avec le monde , ne s’occupent que do soin desclioses du SeigtMur. Mais cette droiture d’ame, ce noble respect pour votre Dieu , ce fonds solide de foi et de religion , cette exactitude de si bon goût aux devoirs essentiels du christianisme , cette probité inaltérable et si chère à l’estime des honnêtes gens, cette snpériorité d’esprit et de cœur qni fait mépriser la licence et les excès comme peu dignes même de la raison ; qni peut vous dispenser de l’avoir? et an jugement de qui est-il honteux d’en être accusé ?

Croyez-moi , Messieurs , la religion rassure Famé, bien loin de l’amollir ; on craint bien moins la mort quand on est tranquille sur les suites. Une conscience que rien n’alarme voit le péril de sang-froid , et l’affronte courageusement dès que le devoir l’y appelle. Non , rien n’approclie de la sainte fierté d’un coeur qni combat sous les yeux de Dieu, et qui , en vengeant la querelle du prince , honore le Seigneur ,*et respecte sa puissance dans celle de son souverain.

Et en effet , la piété est déjà en elle-même une grandeur d’ame. Rien ne me parait si héroïque , ni si digne du cœur, que cet empire qu’a l’homme de bien sur tontes ses passions. Quoi de plus grand que de le voir tenir, pour ainsi dire, sans cesse son ame entre ses mains, régler ses démarches, mesurer ses mouvements, nese permettre rien d’indigne du cœur, maîtriser ses sens, les ramener au joug de la loi, arrêter la pente d’une nature toujours rapide vers le mal, étouffer mille désirs qni flattent.

toi

mille espérances qni amusent, tenir contre les sédiietioDs du commerce et la force des exemples , et, toujours mallrr de soi-même, ne souffrir à sou cœur aucune liassesse capable de ilrslionurer un héritier du ciel? Ah ! il faut n’être lias né mtkliocre pour cela. La graoe a ses héros, qui ne doivent rien à ceux que les siècles passés ont admirés ; et assurément celui qui sait vaincre ses ennemis domestiques , et qui , dès long-temps , s’est aguerri à mépriser tout ce (pie les .sens offrent de plus cher , ne craindra pas les ennemis de l’état , et aura bien moins de |ieine à ex|»ser avec intrépidité sa propre vie.

Et d’ailleurs. Messieurs, parut-on jamais plas détrompéqu’on l’est dans ce siècle, de cette vieille erreur qui faisoit consister le courage à mépriser sa religion et son Dieu ? C’est U aujourd’hui le partage des malheureux. Les devoirs du christianisme entrent dans les bienséances du monde poli, et l’on donne au moins les dehors de la religion â l’usage.

Enfin, les Moïse , les Josué, les David, les Ezéchias , ont été de grands hommes de guerre et de grands saints, des héros dosiècle et de la religion. I.es siècles chrétiens ont en leurs Constantins et leurs Théodoses, terribles à la tête de leurs armées, humbles et religieux au pied des autels. Nous virons sous on prince qui, n’ayant plus rien à souhaiter du côté de la gloire, a cru que la piété devoit en être comme le dernier trait ; qni , tous les jours, va humilier sons le joug de Jésus-Christ, une tête cliargée des marques de sa grandeur et de ses victoires , et qui , dans le temps que tout retentit de son nom et du bruit de ses conquêtes, sait répandre son ame devant le Seigneur, et gémir en secret sur le malheur des peuples , et les tristes suites d’une guerre si glorieuse pour loi aux yeux de l’univers.

Répandez donc , ô Dieu des armées , sous nn prince si religieux, des esprits de foi et de piété sur ces guerriers armés pour sa querelle I Bénissez vousmême ces étendards sacrés; laissez-y des traces de sainteté, qui, au milieu des combats, aillent aider la foi des mourants et réveiller l’ardeur de ceux qui combattent; faites-en des signes assurés de la victoire : couvrez , couvrez de votre aile cette troupe illustre qui vous les offre dans ce temple; détonniez avec votre main tous les traits de l’ennemi ; servez-lui de bouclier dans les divers événements de la guerre ; enrironnez-la de votre force ; mettez à sa tête cet ange redoutable dont vous vous servîtes autrefois pour exterminer les Assyriens; faites-la toujours précéder de la victoire et de la mort ; répandez sur ses ennemis des

itl

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exprils (le terreur et de vertige, et faites sentir sa valeur aux nations jalouses de notre gloire.

Mais non, Seigneur , paciliex plutôt les empires et les royaumes ; apaisez les esprits des princes et des peuples; laissez-vous toucher au pitoyable spectacle que les guerres offrent à vos yeux. Que les cris et les plaintes des peuples montent jusqu’à vous; que la désolation des villes et des provinces aille attendrir votre clémence; que Je péril et la perte de tant d'ames désarment votre bras, depuis si long-temps levé sur nous ; que tant de profanations que les armes traînent toujours après soi , vous fassent enfin jeter des yeux de pitié sur votre Eglise. Ecoutez les gémissements des Justes, qui, tuucliés des calamités d’IsraSI , vous disent tous les jours avec le Prophète : Seigneur, noos avons attendu la paix, et ce bien n’cst pas encore venu ;

nous croyions touclier au temps de consolation, et voilà encore des troubles.

Ce sont vos iniquités. Chrétiens , souffrez que je vous le dise en finissant, qui ont attiré sur nous ces Qéaux du ciel. Les guerres, jes maladies, les autres calamités dont noos sommes frappés , aont des marques sôres de la colère de Dieu sur nos dérèglements. En vain noos gémissons sur les malheurs du temps et sur l’accablement de nos bmilles. Eh ! gémissons sur nousmèmes : apaisons le Seigneur par le changement de nos mœurs ; rétablissons la paix de Jésus- Christ dans nos cœurs, calmons nos passions et nos eimemis domestiques : et nous verrons bientôt l’Europe calmée , les ennemis de la France apaisés , la paix rétablie partout, et no repos étemel succéder à celui d’icibas. Ainsi soi|-i(.

ORAISONS FUNÈBRES

AVERTISSEMEPÏT*.

n est rare qo*no même homme sache aller an cœur, le tûodie, le remue à son gré par la force de aoo élo> qncoee , et qi^U réumaae égalemeat bien , loraqoil sera question de Caire on ëiogV' C’eil one rédexion qoe fait CioérOD t en perlaot des oratairs. Ces éeai talents sont aussi difTérents dans le bot qo'ils se proposent, que dans les qualités qu'ils exigent. L'ua reot plaire à l’e^ prit par des traits briilaoU et ingénieux , rannser par des descriptions agréables, flatter rorelUe par Tbannonfe et la pareté du style; il est presque plus oocnpé de la manière d'exprimer les dioses, et delà toumorequll doit leir éooiaer, que des choses eiles^mémes. L'autre ne pense qu'à Intâresser le oœar, et à le frire entrer dans ses sentimenla; s'il ne néglige pas les omenMota qui naissent dn fond dosnjet, U écarta arec soin tout ce qui ne feroU qu'une raine parure dans le iflacoon. Chacun de ces talents demande donc an caractère d'esprit qui lui soit assorti. Voilà pourquoi U n'est pas ordinaire de les trouTcr réunis dans la même personne.

Ce ftit cependant par des Oraisons funèbres que Mairillon, si touchant, ri intéressant dans ses Sermons , GonuDi»ça à se fUre un nom dans le monde parmi les orateurs. Il était extrêmement jenne, lorsqu'il fit celte de Henri de VUIan, arefaerèqae de Vienne ; et peu de temps après, celle de Camille de NeuriUe de Villeroy, archcvéqne de Lyon : et néanmoins qneU appfaradiiae* mcota ces deux pièces ne reçurent-elles pas? Dès-lors ses snpérieurs le destinèrent à la chaire. Us asoieot été indécis jusqn'à ce moment sur le genre d'étude aoquel ils dévoient le Hier, parce qu’il aroit para jusques afon également propre à tout i belles-lettres, philosophie, théologie, loot peroistolt être son talent dès qu'U s'y appüquoit MaU le succès étminant qn'il eut , dès qu^H se montra dans la chaire , fit juger qu’U deroit s'y consacrer amqnement : on eut bieo de 1a peine à sammDter sa répugnance ; eoOn il se rendit, et ue songea plus qu'à répondre aux vues de ses supérienrs.

La première Oraison funèbre qu'il composa , après les deux dont nous venons de parler, fut celle du prince de Gonti, fort applaudie lorsqu’elle fut prononcée, fort critiquée ensuite lorsque l’impresrion l’eut rrodac publique. 11 eo a depuis eomposé trois aolres qui n'avoient point encore vu le jour : celte du grand Dauphin, celle du feu roi , et celle de Madame. U y a dsn edte de

* Cet averÜMciDSQt est celui de l'ancieaMédMioo.

Louis XIV une noblesse d'expressloo, qui égale sa quelque sorte la grandeur du sujet qu'U tnitoit. ta

ORAISON FUNÈBRE

DE MESSïRE DE VïLLARS,

ARCHSTÉQUB DK TIENNE.

^mbutnvit mess iUr recticm àJuse$ttuUwuâ;., tetütus ntm bonum, et venter meus conturbatus est, proplereé b^nam possidebo potsessionem.

J'ai marché dans U droiture depuis ma Jeunesse; J'ai eu dn ■èle pour le bien . et met entraifles ont été émues sur M taîsésMttemaQpettpte.etJepoméderai un héritage étemel. CAu cfcap. U de r£r</ésMMllgtss, vers, no et auiv.)

£toû-je destiné , Messieurs , à rendre ce dernier deroir i la mémoire de notre pieux prélat ? et le ciel n’aToit-il donc permis que je vinsse être le témoin de sa vie, qne pour me ménager, ce semUe, de loin on si triste et on si lugubre ministère? Contraint tant de fois par sa modestie à supprimer ses looanges dans la chaire évangélique, falloit-a qne je ne fusse autorisé è les publier que par sa mort? li est donc vrai qne le premier hommage pnblic qne sa vertu devoit avoir de moi , seroit un éloge funèbre.

C’est ainsi, 6 mon Dieu ! que du liant de votre sagesse, vous réglez nos destinées : c’est ainsi que confondant nos coiueils , surprenant nos désirs et anéantissant nos espérances, vous affermissez notre foi : c’est ainsi que diversifiaul vos voies , vou» inslmisez notre vigilance.

Celiii-d , dit Job , consumé de langueur et d’iolinnités, voit de loin rappareii de son sacrifice, exhale cliaqne jour une portion de son ame, et se sent monrir mille fois avant que d'avoir pu mourir ime seule : l’autre, encore plein de force et de santé, est frappé soudain; son ame tout entièrp, pour ainsi dite, devient la proie de la mort, e|

ORAISON FÜNKBRE

cuire les horreurs du tombeau et les délices d'une santé parfaite, ne met presque que le dernier soupir d'intervalle.

Heureuse l'ame qui pendant ses joars les plus sereins, asu prendre des mesures contre la sorprise des vents et de l'orage! heureuse celle qui ayant toujours marché dans la droiture , a eu du télé pour le bien , et dont les entrailles ont été émues sur les misères publiques ! Ah! qu’une lente inûr* inilé lui annonce de loin le jour du Seigneur , ou qu'un coup imprévu vienne à l’instant lui ouvrir les portes femelles ; sa mort peut être différente, mais son immortalité sera toujours la même.

Ne cherclmns point aujourd’hui d’autre consolation , Chrétiens : vous ne verrez pas dans cet éloge de ces événemeuU éclatants, où l’orateur, peu instruit de son ministère , vient dans ce lieu saint étaler avec art la ligare d’un monde profone; et Jusque sur le tombeau fatal , donne du corps et de la réalité au fantôme que le siècle adore.

Je n'ai A vous entretenir ici, Messieurs, ni de ces négodaiions importantes, qui, arrachant le pontife du sanctuaire , le rengagent dans le tumulte du siècle , et sous le spécieux prétexte du bien public l'autorisent à violer ses devoirs particuliers ; ni de ces intrigues pénibles , on l’on voit les interprètes des secrets du ciel devenir les dépositaires des mystères des cours, les sentinelles de Jérusalem ne veiller prew}ue plus qu’à la défense de Jéricho, et les docteurs des tribus d’Israël se glorifier d’élre les législateurs des nations.

L’histoire de notre pieux prélat n'est mélée qu'avec celle de son diocèse : ses jours ne sont marqués que par les fonctions de son ministère ; ses emplois se trouvent tous renfermés dans ses devoirs ; et pour savoir ce qu'il a fait, il suffît de savoir ce qu'il a dû faire.

Nous tirerons donc du sanctuaire même les ornements sacrés qui vont servir d'appareil aux funérailles de l'oint du Seigneur; nous ne prendrons que sur l'autel les fleurs que nous allons jeter sur le tombeau du prince des prêtres. Le siècle, qui n'eut jamais de part à ses actions , n'en aura point aussi à ses louanges. Nous sortirons de l’Egypte pour rendre les devoirs suprémesicet autre Jacob : mats les pompes de Pharaon ne viendront plus comme autrefois jusque dans une terre sainte, honorer les cendres et la mémoire des patriarclies.

Ce n’est pas que j’ignore là-dessus les vaines poisées des mondains. Admirateurs insensés de cette vicissitude de fantômes, sur quoi roule tout le siècle présent , il leur faut des spectacles pour les frapper, de vastes projets, des entreprises édatantes , des emplois tumultueux. On a toujours

chez eux des vertus obscures, quand on n'a pas de« vices glorieux ; et ce n’est guère qu'aux grands défauts, qu'ils savent accorder le nom de grand mérite.

L’innocence des mœurs , la bonne foi , rafTabi • IHé, la clémence, l'application à ses. devoirs, U miséricorde, ont je ne sais quoi de tranquille et d'uni , qui ne donne rien aux spectateun. Les merveilles de la foi n'ont pas le même privilège qoe les illnsions des sens. Ce qui sert de spectacle à Dieu et aux anges , paroU à peine digne de l'aiteiition des hommes. On diroit qoe pour mourir avec honneur, il but avoir su être autre chose qn'bomme de bien. l.a solennité des éU^es veut presque être soutenue par le faste du héros qu'on loue ; et U semble que l'orateur n'a jamais |kus besom d'art , que lorsqu'il n'a qu’à louer la vérité et la justice.

Telle est U prudence du siècle , je le sais : mak viws-je ici pour donner du poids aux coutumes d'Egypte, durant la solennité même de l'immolation de l'Agneau? viens-je, par un discours profiine, suspendre rattention des ministres gravement assemblés autour de l'autel et appliqués au sacrifice, ou aider leur recueillement avec la parole évangélique? viens-je mêler anx diants lugubres de la triste Sion les cautiqaes de Babykme? viens-je, en un mol, honorer mtm ministère, édifier votre piété, on respecter vos erreurs , et dégrader l'honneur du sacerdoce ? Ah ! ce n'est pas id un de ces préludes artificieux , où rotateur semble acheter le droit d'être tout profane, en promettant d'abord qu'il ne dira rien que de saint, et où Tonne voit de chrétien, que des précauUoos pour ne Têtre pas. Rien de et qui va s'éteindre an tombeau ne briUera duts cet éloge funèbre.

Ce ne sm pas même une histoire inamoue. Ce que vous avez vu , entendu , et touché presque de vos mains , sera ce que nous annoncerons. Je parle d'un pasteur qui n'a jamais perdu son troupeau de vue. L'iut^ité de ses mœurs, Tappllcation aux fonctions de son mioistère, la profuiùon de ses trésors , qui vont faire le sujet de cet éloge , pot mille fois servi de matière aux vôtres : et s'il étoit permis au peuple affligé qui m'écoute, de le dire ici à ma place , il diroit comme moi , que sa vie fut toqjours réglée par la loi : ^nbulavit pes meut iter rectum à juventuie mea : que son autorité fut toujours utile à l'Église : Zelatus svm 6ofivin; et que ses ridiesses furent toojoors prodiguées aux pauvres ; £t venter meut amiurbotus eti, Hepréseutons-ie donc comme un homme juste et irréprochable, comme un pontife fidèle, et comme un père charitable.

Cest l’éloge que je consacre à la mémoire de measire Henri de Villars, archevêque et comte de

ÜE M. DL

Vienne , primat des primats. Esprit Saint , mettez Han» ma bouche celte parole eflkace, ce glaive à deux tranchants , qui , en lliisaot le discernement des pensées du Juste, aille faire de douloureuses séparations dans le cœur du pécheur, et qui n’éléve ce pieux et lugubre monument à la religion, que sur les débris de l’idole du monde.

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