ORAISON
bienraits; et la reconnoistance s'est platM épuisée que ses largesses.
Il n’est pas étonnant que le cœur de Madame, si sensible aux besoins et aux intérêts des personnes les plus indiFTérenles, fitt si tendre et si fidèle pour ses amis. L’amitié est le seul plaisir presque que la plupart des grands font gloire de s’interdire. Prévenus que les hommes leur doivent tout, ils croient ne leur rien devoir eux-mêmes ; et que c’est assez payer leur empressement, que de le souffrir. L’amitié plus sincère, et dès-li moins rampante et moins empressée que l’adulation , leur parolt un hommage sec et aride : leur attachement même et leur confiance n’est qu’un goilt passager, qui les gêne et les ennuie bientôt , et dont ils se débarrassent comme d’une contrainte. Ainsi vivant seuls dès qu’ils vivent sans amis an milieu de la multitude qui les environne, leurs vices font des adulateurs ; leurs bienfaits, des ingrats; leurs vertus mêmes, des censeurs injustes. Madame eut pour ses amis , cette conliance et cette fidélité , dont on cherche depuis long-temps des exemples même parmi les hommesdn commun. Un ami lui parut toujours le bien le plus précieux de la terre , et qui honore même les princes et les rois. Tous les biens , noos les devons , ou 4 la fortune , ou 4 la naissance : celui-14 nous ne le devons qn’4 nousmêmes.
Tel fut le caractère de Madame dans sa vie privée ; caractère connu , respecté , non-seulement de la nation, mais de toute l’Europe : une épouse fidèle, une mère tendre, une amie constante, une maltresse douce et bienfaisante. Nos voisins l’ont toujours caractérisée par ces traits comme nous ; c’éloit 1-éloge public que tontes les cours ont toujours bit d’elle : et si ces traits paroissent vulgaires, ce ne sera jamais qu’4 a-shommes frivolesqoi ne voient rien de grand dans les devoirs ; qui croient que les vertus domestiques ne sont faites que pour le peuple ; que les princes ne sont dignes de nos éloges, que lorsque leur faste et leur fierté les rend indignes de notre amour; qu’un cœur tendre et compatissant déshonore le rang et la naissance ; que riiumanité dégrade l’homme ; et qu’il faut être né dur et bizarre, pour êire né grand. Quel fléau pour le genre humain , si ceini qui donne des princes à la terre punissoit l’erreur de ces images en nous domunt des maîtres qui leur fussent semblables !
Et qu’y a-t-il de plus honorable 4 la grandenr que l’humanité? les princes ne sont puissants que pour être bons : ils doivent , si je l’ose dire , leur puissance et leur grandeur 4 nos besoins ; et •s’il U y .avnii p.-is dos foihles et dos malhenrenx ,
FUNÈBRE
le del n’auroit pas donné des maîtres 4 1a terre.
C’est par-14 que Madame remplit toute la destinée de son rang ; comblée des louanges de son époux ; appelée bienheureuse par ses enfants , et par ceux qui , attachés 4 son service , l’avoient toujours aimée comme leur mère ; furrejertuit fiUi ejui,et bentissimam pradicavtrunt; virejut, et laudatii eam ; et domestlei ejut retfifi saut dupfiribiu. Il nous reste encore la voix des peuples 4 écouter. Sou histoire publique pourrait fournir des traits plus brillants que sa vie privée ; mais elle n’offrira pas de plus grandes vertus : et si la fidélité d’une épouse , la tendresse d’une mère , la bonté d’une maîtresse ont fait son éloge domestique; la majesté , la bienséance , la piété solide et toujours soutenue d’une princesse, son amour pour le roi et pour l’Etat , vont remettre devant nos yeux un spectacle qui a long-temps honoré notre siècle , et qni a toujours fait son éloge public : et laudent eam in partis opéra ejut.