LE-GP.AM
de sa douleur et de .sa mort, comme un antre Théodosc mourant , les maux de l’Eglise l’nccupoient plus , le louchoient plus , que ica horreurs de la mort dont il était environné : Qui rùm jam corpore solcerefiir, mar/is île statu Â’rriesiarum quant de suis prriculis aiiyebtttur. (s. Amrii. iii Orat. fuiieb. Theod. ).
Tout ce qui pouvôit avancer les intérêts de la religion devenoit un intérêt d’État |iour lui. Avec quelle magnificence oiivroit-il son royaume et ses trésors , ê un roi et ê une reine pieii.se ‘ qui , pour avoir voulu faire remonter la foi sur le trdne de leurs ancêtres, en avoient été eux-mêmes chassés ! Une nation vaillante, mais au.ssi orageuse que la mer qui l’environne , et accoutumée à donner de semMahles spectacles i l'Europe, s’ébranle , s’agile, se soulève , et jette hors de son sein ces sacrés dépôts. Louis ^ seul de tous les souverains, que cet outrage iméressoii tous , court au-devant d^eux , les essuie du naufrage , offre un asile à la religion et â la royauté fugitives; .s’arme pour venger la majesté des rois et la siintcté de la foi, foulées aux pieils en leurs personnes ; attire sur ses Étals les fureurs d’une ligue redoutable . et les ca- Umités d’une longue guerre qui n’a pensé finir qu’avec la monarchie: cl s'il n’a pas eu la gloire ét leur rendre leur couronne, il a eu le mérite d’exposer la sienne.
Mais si son zèle pour la défense de la foi senibk>it croître et se ranimer avec son grand âge , rappelez- voiLs quels furent ses soins pour le rétablissement de la piété en ces jours de [>éché et de malice : />i diehus perratorum corroboravit pie^ tatem ; et c’est l’exemple que doit le pasteur et le père de ses sujets.
Vous le savez , mea Frères , la source de la régularité et de la pureté des moeurs publiques est toujours dans le zèle et dans la sainteté des évêques, établis (K)ur être ta forme du troupeau , pour le sanctifier et pour le conduire : aux soins et aux exemples des premiers pasteurs est presque toujours attaché le salut ou la perte des fidèles. Pénétré de cette vérité , quelles furent les attentions de Louis à choisir des mini.stres irrépréhensibles! quelles précautions ! quelle délicates,se de conscience ! Les témoignages les plus sôrs, les plus poblirs, pouvoient à peine suflire pour le rassurer dans ses dioix. Plus effrayé que flatté de ce droit brillant attaché à sa couronne, il le regarda comme Fécueil des rois , et le fardeau le plus pénible et le plus dangereux de la royauté. Les brigues , la fa-
• Leroi Jacqiio«II çt h reine »a femme, cliassés iTAiigleterre . et réfugiés co France*
»»stj UïiAlSoN
venr, U cliilr ei 1^ fansr. ndoieul |ms un droit aupri's de lui pour posséder les places de TE^ise, qui est le royaume de Jésus-ClirlH. Les aervicei mêmes , la naissance , la longue suite d'anc^^res ne lui paroissoienl pas une vocaiion sufOsanle an sacerdoce de .Melcliisedech, qui n’avoit point de généalo;;ie. Il ctoil vivement persuadé que Tépia* copat ii’étoil pas une faveur' temporelle « destinée à gratilicr les familles; mais un don céleste de»> Uné à honorer l’Eglise , en lui donnant des mmi^ très capables d’iionorer leur mhdstère : et l’exaelitude de sa religion et de son zélé là>desras ^ alla peut-être <|uelquefois plus loin même que celle des règles.
1) vouloit que la puissance de son règne ne ser* vit qu'à établir le règne de Dieu sur ses peuples. (Quelle joie quand il voyoit quelqu'un de sa cour revenir des égarements des passions , et mener une vie conforme à la sagesse et à la piété de lt sienne ! c'éloit pour lui comme une nouvelle oon> quête ajoutée à ses anciennes victoires. Iâi vertu n’éloit plus un litre de dérision â la cour : c’é> U»il elle qui reriiplissoit les premières places ; elle qui éloil comblée d'honneurs , elle enfln qui frayoil l'accès au inlne et à la confiance du souverain.
Jours fortunés! vous deviezraniener parmi nous le règne de la piété et de l'innocence : et cependant jamais la malice n'a plus alxMidé; et les faveurs royales, accordées à la vertu, n'en ont peutêtre rendu que les apparences estimables. Siècle pervers ! tout coopère donc à la perte ! Si la prince oublie Dieu, il affennil et perpétue les vices : s'il favorise les Justes, U multiplie les hypocrites.
Mais enfin Louis oonlraigiitl les œuvres de ténèbres à se cacher, et à ne pins insulter i la lumière : le desordre ne fut plus un bon air; et s'il n’en arrêta pas le cours, il en ôta du moin.s l’o»* tenlaliou et le scandale.
La licence d'un théâtre étranger , où, à la honte des mœurs publiques et de la politesse de la nation , les plus grossières obscénités assembloient les grands et le peuple ; où le vice parloit un langage dont notre langue même rougit; et où le sexe lui-même venoit publiquement aj^laudir à des indécences qui étoient comme des insultes solennelles faites â sa pudeur : celle licence fut proscrite, et les débris de celle scène impure élevèrent à la piété de Louis un monumeitl plus immortel que les murs, renversés de tant de villes conquises-n’en avoienl élevé à sa gloire.
En renversant les écoles du vice , quels asiles n'érigea-t-ü point à la piété ? Vous i’àpprendrex à
l'iNKBUi;
nos neveux , édifiée angn.sle ‘ oii la valeur réfngiée consacre au pied des aolels les restes tronqués et Unguissants d’une vie tant de fois exposée pour l'Etat! Vous l'apprendrez encore, maison sainte * où 1a naissance et la pauvreté dotées, •auvent également l’innocence du sexe des périls, et sa noblesse de la honte et de l’indigence *
Que d'étabüssements pieux vois-je s’élever mhd 800 r^ne au milieu de la ca^Mlale et dans les provitioes ! Le règne de Dieu croit et s’étend avec celui de Loois. Les jeunet ministres du sanctuaire reprennent dans dm maisons saintes, que chaque pasteur élève â i’envi, ce premier esprit de science, de ferveur, de disdpliDe , si déchu du temps de nos pères. Les fbrèts mêmes se repeuplent de solitaires; et eomuie au temps des Macbabées , plusieurs descendent dans le désert * , pour y chercher le jugement et la justice ; parce que les maux et la corruption avoleul inondé, et que Dieu n’étoit plus connu au milieu des villes : TVnr desrendrruNl «ttilli fuœrenfes judirium et jusftfiam ih drsfrhim, quoaiem iNiwdartfraa<|^P^ mala.
(i, Mac., Il, '29, 3U.) Des ouvrages infinis, remplis de doctrine et de lumière , paroiasent pour •kler à la piété des fidèles. Moa neveux , qui , en remontant , retrouveront dans ce siècle les premiers moiiumeats de 1a science et de la piété renouvelées , béniront le règne de Louis ; recevront la grâce que nous avons rejetée; et puiseront dans ces secours dus à tes soins, et transmis d’âge en âge, les règles des mœurs , la justice et le salut que nous n’avons pu trouver même dans ses exemples.
Qu’étoil-n réservé â une piété si fidèle à Dieu , si zélée pour l’Kgliae , si utile aux peuples, qu'une eouroune de jostioe, encore plus éclatante que celle qu’il avoit reçue de ses ancêtres, et une mort cooore plus glorieuse â la grâce, et plas héroïque, que sa vie?
Nou,mes Frères, la aource du véritable hérofsme et de l’élévation dn sentiments e.«( dans la foi : le monde n'a jamais fait que de box liéros ; et la mort, qui noua montre toujours teb qtie noos acNnmes , découvre enfin en enx , ou une foiblesse de timidité <|ui les déslnmore , ou une ostentation de fermeté, encore plus foible et plus méprinble que leur frayeur, parce qu’elle est plus busse.
Louis meurt en roi, en liéros, en saint. Un soudain dépcrtssenieot ébranle d’abord les fonde-
* llêiei dei InTaUdes.
* Uaisoo <lc Sain(4:yr.
> UTrappe etlept-Poots,
i)K l.ol IS-M -t.liAM'
Dienls, ce semble inaltérable, d'une unté que l’âge, les alUiclions et les soins laborieux d'un long règne aroient jusque-là respectée. Il avoit vécu au-delà de l'âge des rois ; et elle nous promettait encore nne vie au-delà du cours ordinaire de celle des autres hommes : il avoit vu naître nos pères, et il semble que nous comptioas que c’étoit à nos neveux à le voir mourir. Tout ce qui nous flatte, nous parait toujours devoir être étemel.
Mais Dieu, dont le règne seul ne finit point, et qui avoit déjà empreint au-dedans de lui les caractères ineflaçables de la mort, les cachoit encore aux lumières de l’art et aux vaines espérances d’une cour que l’excellence du tempérament rassurait encore. Mais enfin le secret de Dieu se déclare : la mort cadiée au-dedans, laisse voir au-dehors des signes toujours trop inhillibles , qui l’annoncent : on ne peut plus la méconnollre ; sa lenteur augmente encore les horreurs de l’appareil. Louis seul la voit d’un <eil tranquille. Au milieu des sanglots de ses anciens et fiilèles serviteurs, de la consternation des princes et des grands , des larmes de tonte sa cour, Louis trouve dans la foi une paix, une fermeté, une grandeur d’ame , que le monde n’a pas encore donnée, l’ourquoi pleurrt-rous 1 dit-il à un des siens , que les larmef alioodantes d’une douleur moins circonspecte lui font remarquer, oeiea-rous mi que les roiséloicat immortels!
Ce monarque environné de tant de gloire , et qui voyoit autour de lui tant d’objets si capables de réveiller ou ses désira ou sa tendresse , ne jette pas même nn œil de regret sur la vie : il ne lui reste pas même ces incertitudes qui montrent encore la vie au mourant , et qui mêlent du moins aux tristes saisissements de la crainte les douceursde l’espérance. Il sait que son heure est venue, et qu’il n’y a plus de ressource ; et il conserve dans le lit de sa douleur celte majesté, cette sérénité , qu’on lui avoit vue autrefois aux jours de ses prospérités sur son trdne ; il règle les affaires de l’État, qui ne le regardent déjà plus, avec le même soin et la même tranquillité, que s'il comniençoit seulement à régner ; et la vue sûre et prochaine de la mort ne lui donne pas ce dégotU , et cette horreur de penser à ce qu’on va quitter, qui est plutét un désespoir secret de le perdre, qu’une marque que l’on ne l’aime plus. Les sacrements des mourants n’ont pas autour de lui cet air sombre et lugubre , qui d’ordinaire les accompagne ; ce sont des mysUres de paix et de magnificence. Et ce n’est pas ici un de ces moments rapides et nniques où U vertu se rappelle tout entière et
li.H7
trouve dans la courte durée de l'cfifoi du spectacle , la res-ourec de sa fermeté i les jours vides et les nuits laborieuses se prulungeiit , et l'intrépidité de sa vertu semble ciottre et s’affermir stir les débris de son corps terrestre. Qu’on est grand , quand on l'est par la foi !
La vue fixe et as urée de la mort, soutenue durant plusieurs jours sans faiblesse , mais avec religion; sans philosophie, mais avec une majestueuse fermeté; ne voulant exciter, ni l’attendrissement, ni l'admiration des spectateurs; nechercliant , ni à les intéresser à sa perte par ses regrets, ni à s’attirer leurs éloges par sa constance ; plus grand mille fois que s’il eût affecte de le paraître : accourez à ce spectacle , censeurs frivoles et éternels de sa vertu , et ipii aviez traité peut-être sa piété de foiblesse , et voyez si la vanité toute .seule ne se feroit pas honneur de tout ce que la grâce 0|ière de grand en Louis dans ces derniers moments ' .Mais la vanité n’a j.ainais eu que le masque de la grandeur : c'est la grâce , qui en a la vérité.
Il assemble autour de son lit, comme un autre David mourant , chargé d'années , de victoires et de vertus, les princes de son auguste .sang et les grands de l'Etal. Avec quelle dignité .soutient-il le s|)cctacle de leur désolation et de leurs larmes ! il leur rappelle , comme David , leurs anciens services : il leur recommande l'union , la bonne intelligence, si rare sous un prince enfant; les intérêts de la monarchie , dont ils sont l'ornement et le plus ferme soutien : il leur demande pour son fils .Salomon, et pour la foiblesse de son âge, le même zèle, la même fidélité qui les avoit toujours si fort distingués sous son règne. Jamais il n'a paru plus véritablement roi ; c’est qu’il l’étoil déjà dans le ciel ; et que le règne du Juste est encore plus grand et plus glorieux que celui des rois de la terre.
Enfin, le jeune Salomon, l'auguste enfant, est appelé. Louis offre au Dieu de scs ancêtres ce resteprécieuxdesa maison royale; cet enfantsauvé du déhrLs , qui lui rappelle la perte encore récente de tant de princes , et ipie ses prières et sa piété ont sans doute cumservé à la France. Il demande pour lui à Dieu , coiniue David pour son fils Salomon , un rai'ur fidèle à sa loi, tendre |iour ses peuples, zélé pour scs autels et pour la gloire de son nom : Sainmaui quoi/ue filio meo tia ror perfeeturn, ut custodiat mandata tua. (I , P.\n., \xix, 1 9. ) Il lui laisse pour dernières instructions , comme un héritage encore plus cher que sa couronne , les maximes de la piété et de la sagesse : A/on fils, lui dit-il, tous ailes être un grand roi: mais (oureiiec-colu que tout coirc bonheur tU-
'oogle
(VSS ORAISON
pendra (l'rhr smiiiii;: à Dieu, flrfiisuiii (jue tous auffide soulager ros jieuples. Â'rilr: (a guerre: ne suivez, pas la-dessus mes exemples ; «oÿfsui» pi'iiirc paeifique, craignez Dieu el soulagez ros sujets. U lè>e Itfs mains au ciel, comme les patriarches au lit de la mort, et répand sur cet enfant, avec ses vteuxetsesbéiuhiiclions, des larmes qui échappent à sa tendresse , on à la joie qu’il a d’aller posséder le royaume de l’éternité qni lui est prépare.
Iletournez donc dans le .sein de Dieu d’où vons éties sorlie, anic liéroïi|ue et chrétienne! votre ctpur est déjà où est votre tré.sor. Kri.ser ces foiUes liens de votre morlalité,qui prolongent vos désirs et qui relardi lit votre e.spérance ; le jour de notre deuil est le jour de votre gloire et de vos triomphes. Que les auges tutélaires de la France viennent au-devant de vous pour vons conduire avec pompe sur le tnine qui vous est destiné dans le ciel , à cùlé des saints rois vos aticétres, de Cliarlemignc et de saint Louis. .Allez rejoindre Thérèse, Louis , Adélaïde , i|ui vous attendent , et e.ssuyer auprès d’eux , dans le séjour de l’immortalité, les larmes que vous avez rép.in lues sur leurs cendres : et .si , comme nous l’espérons , la sainteté et la droiture de vos intentions a suppléé devant Dieu ce qni peut avoir manqué , durant le cnnrs d’an si long règne , au mérite de vos œuvres et à l’intégrité de vos justices , veillez du haut de la demeure céleste sur un royaume que vous laissez dans l’afnictinn , sur un roi enfant qui n’a pas eu le loisir de croître et de mûrir sous vos yeux et sons vos exemples ; el obtenez la Ttn des mallienrs qui nous accablent , et des crimes qui semblent se multiplier avec nos malheurs.
Et vous, gratid Dieu ! jetez du haut du ciel des yeux de miséricorde sur cette monarchie désolée, où la gloire de votre nom est plus connue que parmi les autres nations ; où la foi est aussi ancienne que la couronne ; et où elle a toujours été aussi pure sur le tréne , que le sang même de nos rois ipii l’oni occupé. Défendez-nous des troubles el des dissensions auxquelles vous livrez presque toujours l’enfance des mis ; laissez-nous du moins la consolai ion de pleurer paisiblement nos malheurs el nos pertes. Etendez les ailes de votre protection sur renfanl précieux que vous avez mis à la tète de votre peuple; cet auguste rejeton de tant de mis ; celte victime innocente échappée toute seule aux traits de votre colère et à l’extinction de toute la race royale. Donnez-lui un cœur docile à des instructions qni vont être soutenues de grands exemples; que la piété , la clémence, rhumanilé, et tant d’autres vertus qui vont prési-
l’i;.M';i’.lîl'
derù son éducation, se répan.leiitsurlonl le cours de son règne. Soyez son Dieu et son père , pour loi apprendre i être le [lère de ses sujets ; cl conduisez-nons tous ensriuble à la bicnheuren.se immortalité.
Ainsi sait-il,
! ORAISON FUNÈBRE
DE MADAaME, DUCHESSE D'ORLEANS.
/î/ii fjH4, ft bfatis$Unam frfrdiearcrunt: rir tjut et lauiluvit tumtel (n%tdei\t enm in portis opéra fius.
Sei entant l'ont appclt^e Uciilieurru»e . «on ^itx l'a eewn- Uée de louant . et >ea .icÜoii« ont fait «on élo^e dans toutes le* «Memblées publiques. (Piov., xui, 28. SI.)
^ Après ces éloges publics et domestiques , que nous resleroil-il i dire sur les louanges de trèshaute, très-puissante et très-excellente princesse Madame, duchesse d’Orléans, si nous ne venions ici que pour la louer, pluliH que pour vous instruire ?
I Nous venons rendre de tristes et pieux devoirs â sa mémoire ; la religion les consacre ; la piété les juslliie , et la douleur publique les exige. Mais en I vous rappelant ses vertus, qui seules peuvent ^ nous consoler de sa perte, que prétendons-nous ,
; que vons rappeler à ce moment fatal et peut-être proclie ou dégradés devant Dieu, de votre rang et de vos titres , ce que vous aurez fait pour Icsa- I lut fera seul notre consolation et votre éloge?
I Eh! quelle autre image pourrions-nous vous ; offrir au milieu de celle cérémonie lugubre , et : dans ce temple' augusiesnriout, otisoiitexpo-ées de toutes pans les tristes dé|iouilles de la grandeur ' humaine ; oit les sceptres et les couronnes brisées, rappellent à peine le souvenir de ceux qui le.s ont portées; où toute la magnillcence des souverains I est renfermée dans celle de leurs tombeaux ; où , les cendres de tant de princes que nos yeux ont vus , et qui faisoient nos pins douces esjiéranees , ' fument encore; et où le grand roi lui-même , tpie nous avons tant pleure, n’est plus que pou.ssière?
Quel spectaclepoiir les yeux mêmes de la chair ! Matlame depuis long-temps ne le perdoil plus de vue : elle ne parut survivre à toutes les pertes de la maison royale , que pour attendre la mort a vec plus de courage , et s’y disposer avec plus de foi ;
■ L'églbeUeSabit-Deols. oîi seau les tombeaux de nos rais.
DK M A DA M K.
elle Yit lie plus près le néant de tout ; et ne crut digue d'elle , que ce qui étoit digne de l’iniroartalilé.
Ne craignons donc pas de mêler aux prières de l'Kglise, et à la solennité des saints mystères, des louanges honorables à l'Église, et dont le vice seul doit rougir. Nous les devons à l'amour des peuples qui les publient ; an deuil de toute la nation qui la regrette ; è la douleur amère d'un auguste Tils ' qui la pleure ; aux larmes d'une maison désolée , dont elle fut loujours la mère plutèt que la maîtresse : nous nous les devons à nous-mêmes ; et de tous ceux qui m’écoulent, en est-il peut-être un .seul que la bonté de cette princesse n'ait honoré de quelque marque particulière de hienveillance ; et qui, dans la perte publique, comme le disoit saint Ambroise d'un empereur, ne pleure encore une perte qui lut est personnelle? Omiirs eiiim tanquam parentem publicuin obiiste doinestico flelu doloris illarrymant , suaque oniiirs (unera dolfiit. ( In obit. Valent. )
Kpoiise Odèle, mère tendre, maîtresse dance et bienbisante, princesse chrétienne; c'est-à-dire, devoirs domestiques cl publics, toujours remplis durant le cours d'une langue vie, avec décence, avec noblesse, avec luinianilé, avec religion. Vous la recuiiDOissez à ces traits simples et peu rechercliés; ils surOsent à la vérité, et son caractère est son éloge. C'est par vous seul , ô mon Dieu ! que sou éloge peut devenir notre instruction.
PREMIÉIIE PARTIE.
La cour étoit à peine consolée de la mort d'Henriette d'Angleterre ’, quand l'Allemagne la remplaçaà la F rance par la princesse que nous pleurons. Née des anciens souverains du Rhin , elle vint se mettre à cdté du trône , où sa naissance aurait pu la placer; et les couronnes étrangères lui parurent moins brillantes que l'Iionueur de touclier de près, par un mariage auguste , à celle de Louis.
De quelle gloire et de quelle magniricence se vit-elle environnée dans ces jours fortunés de la monarchie : un souverain , maître de l'Europe , plus glorieux que tous ses prédécesseurs; plus grand par l'amour de ses peuples, que par le nombre de ses conquêtes ; un époux aimable, et qui aux cliarmes de la jeunesse ajoutoit riionneur des victoires et des triomphes; une cour où nos guerres avoient formé tant de héros, où les largesses du
» philip|i«. duc d'OrlAint. régcot de France.
* Première femme de Munsieur, frère unique du rui Liiuûle-tirand.
prince atliroient tous les jours les pins grands talents, où de nouveaux plaisirs se sucecdoient .sans cesse , où les monuments les plus superbes de la magnificence excitoient la curiosité et peut-être la jalonsie de toutes les nations, et où l'excès seul de nos prospérités pouvoit nous préparer de loin des disgrâces !
Rappelons, sans crainte, ces temps heureux. Ils furent effacés, je le sais , par des jours de tribulation et d'amertume, qui leur succédèrent. Mais le Seigneur vouloit nous châtier; il ne vouloit pas nous détruire. Le nuage depuis long-temps se dissipe, la lumière reparoll; un nouveau soleil se lève sur nos têtes ', une régence paisible et glorieuse lui a préparé les voies. C'est le destin de la France, ou plutôt c'est de tout temps la conduite de Dieu sur une nation qu’il chérit. Nos malheurs ont toujours été les précurseurs infaillibles de notre élévation et de notre gloire.
Madame se montra à la France dans ces temps les plus heureux du dernier règne. La licence est d’ordinaire inséparable des prospérités : les bienfaits de Dieu nous amollissent : nous tournons contre lui ses propres dons; et les jours de ses faveurs sont presque toujours les jours de nos crimes. Au milieu de tant d’écueils, où l’exemple décide toujours des devoirs, la princesse pour qui nous prions, demeura Qdèle; et Dieu qui venoit de la retirer du sein de l’hérésie qu'elle avoit sucée avec le lait, conserva le nouvel ouvrage de sa grâce. Livrée à l’erreur par sa naissance et par son éducation , un trait d’élection singulière avoit été la discerner comme une autre Ruth, dans une terre étrangère, pour l’appeler à l’héritage du Seigneur, et l’associer à son peuple. Vos miséricordes, ô mon Dieu ! sont fidèles , et vous les multipliez sur vos élus ; les lumières de la foi , en dissipant les ténèbres de l'esprit, ne percent pas toujours les nuages que l’àge et les passions forment autour du cœur : dociles aux vérités de la doctrine sainte , nous n’en sommes pas moins rebelles aux devoirs qu’elle nous impose. Hélas! les mœurs ne discernent presque plus le peuple de Dieu des incirconcis ; le Seigneur n’est pas plus servi dans la Judée, que dans Samaric ; et la face de la terre partagée par tant de doctrines diverses, ne montre presque partout que des hommes qui se ressenibleoL
I.a fidélité de Madame à ses devoirs, honora son retour à la fui. Entrée dans la voie de la vérité, elle y mardia d’un pas noble et constant; et de peur que l'erreur jalouse ne disputât à la grâce la gloire
■ lioiiis XV venoit iTètre sacré, et alloit être déclaré nuleur.
tjüO ORAISON
de son changomen! , elle le ralifia Ions les joun par sa conduite.
Les liens sacrés da mariage , qui venoient de rallacber au prince son époui, lui allaclièrent en même temps toute sa tendresse : son cœur et son devoir ne se séparèrent jamais. La cour même, qui ne pardonne jamais è ses maîtres, et qui outre toujours à leur égard et l'adulation et la censure, en parla comme nous ; il faut que la vertu soit bien pure, quand le courtisan la respecte.
Vous ne tardltes pas, d mon Dieu ! de répandre sur cette union sainte les bénédictions promises é la postérité de saint Louis ! L'n prince l'appui du tréne, Pliilippe ', le tuteur du Roi et de l'Etal, le protecteur éclairé des droits du sacerdoce et de l'empire , le premier exemple d'une minorité paciliqne , le modèle des princes bienraisants , fut le premier fruit de vos promesses. Vous prévoyiez nos malheurs et nos perles, et vous nous prépariez une ressource, l'ne nouvelle fécondité honora encore les cliasles amours de cet auguste hyménée. La France en vit naître avec joie une princesse ’ qui régnoit déjà sur tous les cœurs, et que nous ne devions pas posséder. Heureux les peuples qui la voient ! au milieu du calme et des plahirs innocents d'une cour paisible et chrétienne , elle fait depuis long temps les délices de ses sujets; et le lien de la monarchie avec une maison féconde en héros, et à qui la maison de France seule peut disputer la gloire des siècles et l'antiquité de l'origine.
Les sentiments de la nature penlent souvent leurs droits dans le coeur des princes : élevés au-dessus de nous , il leur parult trop vulgaire de penser et de sentir comme nous : nés les maîtres des hommes , ils ne veulent pas même leur ressembler par l'humanité; et destinés par la naissance à être les pères des peuples, ils sc font quelquefois une honte de ce titre aimable i l'egard même de leurs enfants. Fausse grandeur que Madame ne connut point ; elle crut qne les devoirs et les sentiments de la nature étoient les plus nobles, parce qu’ils étoient les phts anciens ; que la simplicité des premières mœurs avoit plus de dignité et de véritable élévation, qne tout le faste de nos usages; et la princesse la plus majestueuse que la France ait vue fut en même temps la mère la plus tendre.
Dois-je en attester ici les larmes du prince affligé qui m'écoute, et ne point ménager sa douleur!’ Mais ces chères cendres parleroient 1 ma place; et c'est le consoler, que de rappeler nn souvenir même qui l'afflige.
■ Le duc d'Orléatu , régent de France,
■ La dnclieese de Ixmaine,
Fr.XÈBUE
Quelle tendresse ressembla jamais à celle de Madame pour ce prince «'lu^usie? ses yeux pouvoient à peine suffire à le voir, et son cœur à raimer. Quelle joie, quand elle vil briller dans ton enfance presque , les espérances de ces grands talents , et de cette supériorité de lumières , que la variété et Timmensilé des connoissances cultivèrent depuis; que les victoires ennoblirent, et qu’une ré^nce mémorable éternisera dans nos annales ! Elle le vit, san.s l’avoir désiré, comme la mère des enfants de Zébédée, assis par le droit de sa naissance, à ta première place du ro>*anme; dépositaire du sceptre ; maître de nos destinées et de celles de TKiat : et plus touchée de sa gloire que de son élévation, elle vit alors avec des larmes de tendresse, dans le cwar de tous la François , ta mêmes sentiments I d’amonr que ceux qu’elle avoit pour son lils ; et ' toute la nation l’adopter, si je l’ose dire, comme j son enfant, dans le temps qu’elle le choIsLssoit pour son maître. Mais, nous pouvons l’ajouter ici, son salut l’intérasoit encore plus que sa grandeur. Comme une autre Monique, elle l'enfantoit tous la jours par ses prières et par sa larma: elle n'ofTroit jamais à Dieu le sacrifice de son cœur et de sa ièrra , sans lui demander qu’il jetât enfin des regards de miséricorde sur ce cher enfant. Et que lui resloit-il en effet à derirer pour lui, que la gloire da Saints?
Une princesse vertueuse l’avoil déjà rends père d’une nombreuse famille : elle voyoit la enfanf.s de sa enfants : nn jeune prince ' dont la destinéa rassurent l’État et affermissent le trdne : da princesses ’ régner dans la plus brillanta coors de l’Europe : l’Espagne noos envoyer * et recevoir de noos la gaga précieux d’une onioa étemelle : le feu qui avoit paru s’allumer, éteint par da allianoa saeréa : le sang royal réoni à sa soorce; et par l’habileté d’tin ministre poor qui la difficultés mêmasemUent devenir da ressourça, le frnit de nos vlctoira et de nos perta conservé à l’État ; et une couronne qui nous avoit tant coûté , et qoe la valeur du prince que noas consolons avoit assurée au petit-fils de I^is-Ie-Grand , mise sur la tète de la princesse sa Allé. C’at ainsi, û mon Dieu ! que la profoodenrs de votre sagesse disposent la événetnents ; et qu’en parobsant ébranler la empira qne vous protégez, tous ne voulez qu’en affermir le trône , et en accroître la domination et la paissance.
' Le duc de Chartres.
* La prioccMe de Uodéue. U reine d'Espafoe, fesmoe de [ Louis r*.
I ’ L'infaoto d'Espa^ , destinée à être reine de France . e t
I retoomée depots à Madrid.
:ized by GuO^Ic
peuples dt^ja si rapprochés par la valeur, et par les guerres mêmes qui vous avoient toujours divisés , et aiijourd’liui si unis par le sang même de nos maîtres, puissiez-vous transmettre, avec la succession de vos rois, cette alliance sainte aux races riilures ! que les deux peuples ne furmcnt jamais qu'un peuple: que les campagnes ne voient jamais nos étendards opposés, et les lis déployés contre les lis! que cette alliance resserrée par tant de nouveaux liens, devienne la loi fondamentale des deux monarchies! quel’ame de I>ouis-le-Grand, qui en a été le principe , en soit le noeud étemel ! et puissent les deux nations , pour se soutenir, se prêter jusqu’à la lin des âges les mêmes armes qu’elles avoient employées pour se détruire!
Mais faisons-nous lionnetir ici à Madame d’une tendresse maternelle où la nature a , ce semble , plus de part que la vertu ? Oui , mes Frères , et nous devons cette consolation à ladoulenr du prince qui la pleure, ün cœur qui aime ce qu’il doit aimer, est toujours digne d'éloge; et ce n’est que par vertu, qu’on satisfait aux devoirs de la nature, tiais, d’ailleurs , Madame aima les princes ses enfants en mère , en princesse , en chrétienne. Ce n’étuit pas ici une de ces sensibilités vulgaires que les fuiblesses désbonorent ; cl où. à force de donner j tout à la tendresse, on ne donne rien à la raison et au devoir. Quelles levons de gramleur, de dignité, de bienséance , de sagesse, furent les fruits de sou . amour malt ruel ! mais quels exemples encore plus puissants que les leçons ! \'ous en coaserverez un tendre et éternel souvenir, faïuillc désolée; et vous honorerez sa mémoire, en imitant ses vertus. Kt vous , pieuse Adélaïde ’ , qui, cachée dès vos plus jeunes ans dans le secret sanctuaire, avez préféré l’opprobre de Jésus-Christ à tout ce que le siècle peut laisser espérer de plus éclatant, vous ne cesserez de demander aux pieds des autels , que vos vœux et les niilres, sur les destinées de votre auguste maison , s’acconipILssent. ■
rUeu n’est en effet plus rare pour lesgrands, que ! les vertus domestiques ; la vie privée est presque toujours le point de vue le moins favorable à leur gloire. Au-dehors, le rang, les hommages , les regards publics qui les environnent, les gardent, pour ainsi dire , contre eux-mêmes : toujours en ! spectacle , ils représentent; ils ne se montrent pas I tels qu’ils .sunl. Dans l’cnceinle de leurs palais, renfeniiés avec leurs humeurs et leurs caprices , au milieu d’un petit nombre de témoins domestiques et accoutumés, le personnage cesse , et l’hoiume prend sa place et se développe.
(ÜU
Ici nous pouvons tirer le voile, et entrer sans crainte dans ce secret domestique où la plupart des grands cessent d’être ce qu’ils paroissent. Ce I qu’il y a eu de privé et d’intérieur dans la vie de I Madame , est aussi grand et aussi respectable que j ce qui en a paru aux yeux du public, i Dites-le ici à ma place , témoins alhigés et fidèj les de l’humanité, de la douceur et de l’égalité d’une si bonne mallres.se ! aviez-vous à souffrir [ de son rang ou de ses caprices ? votre zèle n’étoit-U j compté pour rien? vous croyoit-elle trop honorés j de loi sacrifier vos seins et vos peines? vous re- . gardoit-elle comme des victimes vouées à la bizar- I rerie et à l'humeur d’un maître? sentiez-vous votre dépendance que par ses égards et ses attentions i vous l’adoucir ? en satisfaisant à vos services , pouviez-vous satisfaire à toute votre tendresse pour elle? votre cœur n’alloit-il pas toujours plus loin I que votre devoir? et quel cliagrin avez- vous jamais senti en la servant, que la crainte de la per- ' dre et la douleur de l’avoir perdue? L’abondance de vos larmes répond pour vous ; et plus vivement que mes foibics expressions , elle fait son éloge et le vôtre.
Oui, mes Frères, au milieu de sa nombreuse maison. Madame n'étoit plus une maîtresse, c’étüit une mère affable et bienfaisante : dépouillée de .sa grandeur, sans l’être jamais de sa dignité , clledesceiiduitavec bonté dans le détail des peines et des besoins des siens. L’élévation est d’ordinaire , ou dure , ou iuatlentive ; et il siifill, ce semble , d’être né heureux , pour n’êlre pas né sensible. Madame, avec un cœur tHevé et digne de l’empire, avoil un cœur plus humain et plus compatissant que ceux même qui naissent pour obéir.
L’enceinte de sa maison ne borna pas, vous le savez , soti inclination bienfaisante : son crédit fut toujours une ressource publique ; nous trouvions tous en elle une protectrice assurée : l’accès n’étoit pas même refusé aux plus inconnus; et le besoin, ou la misère seule, devenoit le litre qui donnoit droit de l’approcher. Si les regrets de la reconnu issance sont les plus sincères et les plus .silrs , quel deuil a jamais dù être plus universel ?
L’antoriléde la régence ne lui pamt même souhailahle pour le prince son fils, que par la possession où ce nouveau rang allait le mettre de faire des grâces. L’événement a été encore plus loin que vos (hsirs, princesse si digne de nos regrets! les faveurs du prince sont aujourd’hui écrites dans les titres de uns plus illustres maisons, et en perpétueront les hooneurs et les prééminences : cluique jour de son adminlslration a été le jour de seq