‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 5 sur 348 · BONHEUR DES JUSTES · texte numérisé non relu

BONHEUR DES JUSTES

dre hearenx? Celle lamière divine qui embellit ton être seroil-elle donc une punilion plutôt qu'un don du Créateur ? et ne te distingueroit.elle si glorieusement de la bête que pour te rendre de pire condition qu’elle?

Oui, mes Frères, telle est la destinée d’une ame inlidèle.Ce n’est que l’ivresse, l’emportement, l’eülinction de toute raison , qui la rend heureuse ; et comme cette situation n’est que d’un instant, dès que l’esprit se calme et revient à lui , le cliarme cesse , le bonheur s’enfuit , et l’homme se trouve seul avec sa conscience et ses crimes.

Mais que le sort d’une ame qui marche dans vos voies est dilTérenl , ô mon Dieu ! et que le monde qui ne vous connolt pas est à plaindre ! En effet , nies Frères, les plus douces pensées d’une amejusie sontcellesqui lui rappellent le passé. Elle y trouve, i la vérité , cette partie de sa vie que le monde et le.s passions ont toute occupée ; ce souvenir, Je l’avoue , la couvre de honte devant la sainteté de son Dieu , et lui arrache des larmes de componction et de tristesse ; mais qu’elle trouve de consolation dans ses larmes et dans sa douleur !

Car, mes Frères, uneame revenue à Dieu ne sanroit rappeler toute la suite de ses égarements passés sans y découvrir toutes les marches de la miséricorde de Dieu sur elle ; les voies singulières par où sa sagesse l’a conduite , comme par degrés, au moment heureux de sa conversion ; tant de circonstances inespérées de faveur, de disgrôce, de pertes, de mort, de perfidie, de préférence, d'aftliction, toutes ménagées par une Providence attentive , pour lui faciliter les moyens de rompre ses chaînes; ces attentions particulières que Dieu avoit sur elle , lors même qu’elle suivait encore des routes injustes; ces dégoûts que sa bonté lui ménageoit au miUeu même des plaisirs ; ces invitations secrètes qui la rappelaient sans cesse au devoir et i la vertu ; cette voix intérieure qui la suivait partout , et qui ne cessait de lui dire , comme autrefois à Augustin ; Insensé ! jusqu’à quand diercheras-tu des plaisirs qui ne peuvent te rendre heureux ? Quand liniras-lu tes inquiétudes avec tes crimes? Que faudroit-il encore pour te détromper du monde , que l’expérience même que tu fais de tes ennuis et de ton propre malheur en le servant? Essaie s’il n’est pas plus doux d'étre à moi , et si je ne suffis pas à l’aine qui me possède.

Voilà ce qu’offre le passé à une ame touchée : elle y voit les complices de ses anciens plaisirs , encore livrés par la justice de Dieu aux égarements du monde et des passions; et elle seule , choisie , Séparée, appelée à la cunnoissance de la vérité.

Que ce souvenir, mes Frères, remplit une ame fi-

dèle de paix et deconsolation I Que vos m'uséricordes sont infinies, ô mon Dieu ! s’écrie-t-elle avec le Propliète : vous m’avez mise sous votre protection dès le sein de ma mère ; vous avez suivi de près toutes mes voies : que vous ai-je fait plus que tant de pécheurs à qui- vous ne daignez pas ouvrir les yeux , et manifester la sévérité de vos jugements et de votre justice ? O Dieu .' que vos oeuvres sont admirables! et que mon ame connolt bien ce qu’elle vous doit, et ce que vous avez fait pour elle! Alirabilia opéra tua, et anima mea cognoscU iiimis. (Ps. cxxxviii , 1 1.) Premier avantage des âmes justes ; le souvenir même de leurs infidélités passées les console.

Mais , en second lien , si le passé est pour elles une source de consolations solides, ce qui se passe à leurs yeux dans le monde ne console pas moins leur piété. Et ici, mes Frères, vous allez voir jusqu’où la vertu est utile au bonheur de la vie ; et comment le même monde qui forme toutes les passions , et par conséquent toutes les in(|uiétudes des pécheurs , devient le plus doux et le plus consolaut exercice de la foi des Justes.

Eneffet,mesFrères, qu’est-ce que le monde,pour les mondains eux-mèmes qui l’aiment, qui paroissent enivrés de scs plaisirs , et qui ne peuvent se passer de lui ? Le inonde ? c’est une servitude éternelle où nul ne vit pour soi , et où, pour être heureux , il faut [louvuir baiser scs fers et aimer son esclavage. Le monde? c’est une révolution journalière d’événemens ipii réveillent tour à tour, dans le cœur de ses partisans , les passions les plus violentes et les plus tristes , des haines cruelles , des perplexités odieuses, des craintes amères, des jaloiLsies dévorantes , des cliagrins accablants. Le monde ? c’est une terre de malédiction , où les plaisirs même portent avec eux leurs épines et leur amertume : le jeu lasse par ses fureurs et par ses caprices; les conversations ennuient par les oppositions d’hnnietu' et la contrariété des sentimenls; les passions et les attachements criminels ont leurs dégoûts, leurs contre-temps, leurs bruits désagréables ; les spectacles , ne trouvant presque plus dans les spectateurs que des âmes grossièrement dissolues , et incapables d'être réveillées que par les excès les plus monstrueux de la débauche , deviennent fades, en ne remuant que ces passions délicates, qui ne fout que montrer le crime de loin, et dresserdes pièges à l’innocence. Le monde enfin est un fieu où l’es[iérance même, qu’au regarde comme une passion si douce , rend tous les hommes malheureux ; où ceux qui n’espèrent rien se croient encore plus misérables; où tout ce qui I plait ne plaît jamais long-temps; et où l’ennui est

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presque la destinée la plus donce et la plus support table qu’on puisse y attendre. Voili le inonde , mes Parères; et ce n’est pas ce monde obscur qui ne connolt ni les ^ands plaisirs , ni les cliarmes de la prospérité, de la faveur et de l’opulence ; c’est le inonde dans son beau , c’est le monde de la cour, c’est vous-mêmes qui m’écoulez, mes Frères. Voili le monde, et ce n’est pas ici une de ces peintures imaginées, et dont on ne trouve nulle part la ressemblance. Je ne peins le monde que d'après votre CŒur, c'est-i-dire tel que vous le connoissez et le sentez tous les jours vous-mêmes.

Voilà cependant le lieu où tous les pécheurs cherchent leur félicité. C'est là leur patrie. C’est là qu’ils vondroient pouvoir s’éterniser. Voilà ce monde qu'ils préfèrent aux biens étemels, et à toutes les promesses de la foi. Grand Pieu ! que vous êtes juste de punir l’homme par ses passions mêmes, et de permettre que, ne voulant pas chercher son bonheur en vous , qui seul êtes la paix véritable de son cœur, il se fasse une félicité bizarre de ses craintes, de ses dégoûts, de ses ennuis et de ses cruelles inquiétudes !

Mais ce qu’il y a ici d’heureux pour la vertu, mes Frères, c’est que le même inonde si ennuyeux, si insupportable aux pédietirs qui y clierclienl leur félicité , devient nne source de réflexions consolantes pour les Justes, qui le regardent comme un exil et une terre étrangle.

Car, premièrement, l’inconstance du monde, si terrible pour cenx qui se sont livrés à lui , fournit mille motifs de consolation à l'ame fidèle. Rien ne lui paroU constant ni durable sur la terre, ni les fortunes les plus florissantes , ni les amitiés les plus vives, ni les réputations les plus brillantes, ni les faveurs les phi.s enviées. Elle y voit une sagesse souveraine qui se plaît , ce semble , à se jouer des liommes , en les élevant les uns sur les mines des autres ; en dégradant ceux qui étoient au haut de la roue , pour y faire mont^ ceux qui rampoient, il n’y a qu’un moment, devant eux ; en produisant tous les jours de nouveaux liéros sur le théâtre, et faisant éclip.ser ceux qui auparavant y jouoient un rûle si brillant , en donnant sans cesse de nouvelles scènes à l’nnivers. Elle voit les hommes passer toute leur vie dans des agitations, des projets et des mesures ; toujours attentifs on à se surprendre, ou à éviter d’être surpris; toujours empressés et tiabiles à profiler de la retraite , de la disgrâce ou lie la mort de leurs concurrenis , et à se faire de ces grandes leçons de mépris du monde de nouveaox motifs d’ambition eide cupklUé; toujours occupés ou de leurs craintes ou de leurs espérances; toitjonrs inquiets ou sur le présent ou

sur l'avenir ; jamais tranquilles , travaillant tous pour le repos , et s’en éloignant toujours plus.

O homme ! pourquoi êies-vous si ingénieux à TOUS rendre malheureux? c’est ce que pense alors une ame fidèle. La félicitéqnevous dierchcz coûte moins. Il ne fliul ni traverser les mers, ni conquérir des royaumes. Ne sortez pas de vous-même , et vous serez heureux.

Que les amertumes de la vertu, mes Frères, parolsscnt douces alors à un homme de bien, lorsiiu’il les compare aux cruels cliagrins et aux agitations étemelles des pécheurs! Qu’il se sait bon gré d’avoir trouvé on lieu de repoe et de sûreté, tandis qu’il voit les amateurs du monde encore tristement agités au gré des passions et des espérances hnmaines! Ainsi les Israéliles, autrefois ccliappés de la mer Rouge, voyant de loin Pharaon et tous les grands de l’Egypte encore a la merci des flots , goûloienl le plaisir de leur sûreté, irouvoient les vmes arides du désert douces et agréables, ne sentoient plus les incommodités du chemin, et, comparant leur destinée à celle des Égyptiens, loin de se plaindre et de murmurer, cliantoient avec Moïse ce cantique divin de louanges et d’actions de grâces, où sont célébrées avec tant de tnagniflcence les merveilles et les miséricordes du Seigneur.

En second lieu , l’injustice du monde, si désolante pour ceux qui l’aiment, lorsqu'ib se voient oubliés, négligés, éloignés des grâces, sacrifiés à des concurrents indignes , est encore un fonds de réflexions consolantes pour une ame qui le méprise et qui ne craint que le Seigneur. Car quelle ressource pour un pik^nr, lequel, après avoir sacrifié au monde ei à ses maîtres son repos , sa conscience , ses biens , sa jeunesse , sa santé ; après avoir tout dévoré, des rebuts, des fatigues, des assujétisseroents pour des espérances frivoles , se voit tout d’un coup fermer les portes de rélévation et de la fortune ; arraclier d’entre les mains des places qu’il avoit méritées , et qu’il croyoit déjà tenir ; menacé , s’il se plaint , de perdre celles qu’il possède , obligé de |dier devant des rivaux pins heureux, et de dépendre de ceux qu’il n’aroit pas même crus dignes autrefois de recevoir ses ordres? Ira-t-Ü loin du monde se venger par des murmures éternels de l’injustice des hommes? Mais que fera-t-il dans sa retraite, que laisser plus de loisir et trouver moins de diversions à ses cliagrins ? Se consolera-t-il dans l’exemple de ses semblables ? Mai' nos mallieurs à nos yeux ne ressemblent jamais aux malheurs d’autrui ; et d’ailleurs , quelle consolation de sentir renouveler ses peines, à mesure qu’on en retrouve l’image et le souvenir dans les autres! Se retrancliera-l-il dans une vaine

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philosophie et dans la forte de son esprit ? Mais la raison tonie seule se lasse bientôt de sa fiertii ; on peut être philosophe pour le public , on est toujours bonune pour soi-m£nie. Se rera-t il une ressource en se livrant an plaisir et aux infomes voluptés ? Mais le cœur, en changeant de passion, ne fait que changer de suppUoe. Cbcrchera-t-il dans Hndolence et dans la paresse un bonheur qu’il n'a pu trouver dans la vivacité des espérances et des prétentions ? Une conscience criminelle peut devenir * indiiréicnte ; mais elle n’en est pas plus tranquille : on peut ne plus sentir ses disgrâces et ses malheurs , on sent toujours ses infidélités et ses crimes. Non, mes Frères, le péclieur malheureux l’est sans ressource. Tout manque â l’ame mondaine, dès que le monde vient i lui manquer.

Mais le Juste apprend i mépriser le monde dans le mépris même que le monde a pour lui. L’injustice des liommes à son égani le foit seulement souvenir qu’il sert un maître plus cquitahle , qui ne peut être ni surpris, ni prévenu; qui ne voit en nous que ce qui y est en eUet ; qui ne décide de nos destinées que sur nos coeurs, et avec lequel nous ne devons craindre que notre propre conscience; qu’ainsi on est heureux de le sen ir; qu’il ne but pas appréhender son ingratitude; que tout ce qu’on foit pour lui est compté ; que , loin de dissimuler ou d'oublier nos peines et nos sen ices , il nous tient même compte de nos désirs ; et que rien n’est perdu avec lui, que ce qu’on ne fait pas uniquement pour lui. Or, dans ces lumières de la fui, quelle nouvelle source de consolation pour une ame fidèle ! Que le monde dans ce point de vue , avec tous ses rebuts et tous ses mauvais traitements pour elle, est peu capable delà toucher ! C’est alors que, se jetant dans le sein de Dieu , et regardant avec des yeux chrétiens le néant et la vanité de toutes les dioses humaines , elle sent tout d'un coup ses inquiétudes inséparables de la nature se changer en une douce paix, un rayon de lumière luire dans son ame, et y rétablir la sérénité, un Irait de consolation pénétrer son coeur, et en adoucir toute l’amertnme. Ah ! mes Frères, qu’il est doux de servir celui seul qui peut rendre heureux ceux qui le servent ! Que n^ètes-vous plus connue des hommes , heureuse condition de la vertu ! et pourquoi vous fait-on comme une destinée triste et désagréable , vous qui seule pouvez consoler les malheurs de cet exil , et en adoncir tomes les peines?

Enfin les jugements du monde, source de tant de chagrins pour les mondains, achèvent encore de consoler une anie fidèle. Car le supplice des amateurs du monde , c’est d’être sans cesse exposés aux jugements , c'est-à-dire à la censure , à la

dérision, à la malignité les uns des autres. On a beau mépriser les lioinmcs , on veut être estimé de ceux mêmes qu’on méprise. On a beau être élevé audessus des autres , l’élévaiion nous expose encore plus aux regards et aux discours de la multitude ; et l’on sent encore plus vivement les censures de ceux dont on ne devait attendre que des hommages. On a beau jouir des suffrages publics, les mépris sont d’autant plus piquants qu’ils sont moins communs et plus rares. On a beau .se venger de ces censures par des censures plus vives et plus mordantes, la vengeance suppose toujours le ressentiment et la douleur ; et d’ailleurs, on est bien moins sensible au plaisir de rendre des mépris qu’au clugriu de les avoir reçus. Enfin, dès que vous ne vivez que pour le monde , et que vos plaisirs ou vos chagrins ne dépendent que du monde , les jugements du monde ne sauroient vous être indifférents.

Cependant c’est an milieu de ces contradictions qu’il faut se plaire. On vous dispute tout ce que la vérité ou la vanité vous attribue : votre naissance, vos talents, votre réputation, vos services, vos succès , votre prudence , votre honneur. Si vous portez un grand nom , on le dispute à vos ancêtres ; si vous échouez , on s’en prend à votre peu d’habileté ; si vous réussissez , on en fait honneur an hasard , on au mérite de vos subalternes ; si vous jouissez d’une réputation publique , on en appelle de l’erreur populaire an jugement des plus sensés ; si vous avez tons les talents ponr plaire , on dit bientôt que vons avez su en faire usage, et que vous avez trop plu ; si la conduite est hors d’atteinte , on jette on ridicule piquant sur votre humeur. Enfin , qni que vous soyez , grand , peuple , prince , sujet, la situation la plus à souhaiter pour votre vanité, c’est d'ignorer ce que le monde pense. Voilà la vie du monde. Les mêmes passhms qni nous lient nous désunLssent : l’envie noircit nos qualités les plus louables ; et nos plaisirs trouvent des censeurs dans ceux mêmes qui les imitent.

Mais une ame fidèle est à couvert de ces inquiétudes. Comme elle ne souhaite pas l’estime des liommes, elle ne craint pas aussi leur mépris; comme elle ne se propose pas de leur plaire , elle n’est pas surprise de ne leur avoir pas plu. Dieu , qui la voit, est le seul juge qu’elle craint, et qui la console en même temps des jugements des hommes. Sa gloire , c’est le témoignage de sa conscience. Sa réputation , elle la cherche dans son devoir. Les suffrages du monde , elle les regarde comme l’écueil de la vertu , on comme la récompense du vice; et, sans faire même attention à ses jugements, elle se contente de lui donner de lions

LA TOUSSAINT

cxefDptes. Mal^ que dia-je, mes Frères? le monde luiroéiiie , tout monde qu'il est , si plein de mépris , de censures, de malignité pour ses adorateurs, est forcé de respecter la vertu de ceux qui le méf>risent et le haïssent. Il semble qu’elle imprime sur la personne d’uu véritable Juste je ne sais quelle dignité , je ne sais quoi de divin qui lui attire la vénération et pre$({ue le culte des âmes mondaines : il semble que son union intime avec Jésos-Cbrisi fait rejaillir sur lui , comme autrefois sur les trois disciples dans la montagne sainte , une partie de cet éclat céleste que le Père répandit sur son Fils bien-aimé , et qui ne laisse pas la liberté de lui refuser des hommages. Cest un droit inaliénable que la vertu a sur le cœur des hommes; et, par une bizarrerie déplorable , le monde méprise les passions qu’il inspire, et il respecte la vertu qu’il combat. Ce n'est pas que l’estime d’un monde si digne lui-même d’être méprist' soit une grande consolation ponr l’ame Adèle. Mais ce qui la console, c’est de voir le monde condamné par le monde même, les plaisirs décriés par ceux (|ui les poursuivent , les pcclieurs devenus les apologistes de la vertu , et la vie du monde se passer tristement à faire ce que l'on condamne , et à fuir ce que l’on approuve.

VotU comme le siècle présent devient une .source de réflexions consolantes pour une ame chrétienne; mais elle trouve encore dans la pensée de l’avenir des consolations qui se changent en des terreurs secrètes et continuelles pour le pécheur : dernier avantage que les Justes retirent des lumières de la fui. La magnUicence de ses promesses les soutient et les console. Ils attendent la bienheureuse espérance , et ce moment heureux où ils seront as.sociés i l’Église du ciel, réunis à leurs frères qu’ils avoient perdus sur la terre, reçus citoyens étemels de la céleste Jérusalem , incorporés dans cette assemblée immortelle des élus de Dieu, où la clmriié sera la loi qui les unira ; la vérité , la lumière qui les éclairera ; rëlemilé, la mesure qui bornera leur félicite.

Ces pensées sont d’autant plus consolantes pour les gens de bien, qu’elles sont fondées sur la vérité de Dieu môme. Ils savent qu’en sacriflant le présent, ils ne sacriÜcnt rien; que dans un clin d’œil tout sera passé ; que tout ce qui doit finir ne sauroit être long ; que ce moment de tribulation ne doit être compté pour rien , rappn>ché de ce poids éternel (le gloc'C qu’il nouspréjwre; et que la rapidité des clioscs présentes ifc mérite pas môme (|ue l'on compte les années et les siècles.

Je sais que la foi peut subsister avec des mn urs criminelles, et qu’on perd tous l&s jours la grûce saucUiianle, suis perdre la soumission sincère aux

vérités que l’esprit de Dieu noos a révélées. Mais la certitude de la foi , si consolante pour l’ame juste, n’est plus, pour le pécheur qui croit «ncore, 4]u'un fonds inépuisable de troubles secrets et de terreurs cruelles. Car, plus les vérités de la foi vous paroissent certaines , à vous qui portez sur la conscience les abîmes d’une vie entière de désordre, plus les supplices dont elle menace les pédieurs tels que vous doivent vous paroltre inévitables; plus votre maltieur vous parolt certain. Toutes les vérilé.s que la doctrine sainte offre à votre foi réveillent en vous de nouvelles alarmes. Ces lumières, divine source de toute consolation pour les âmes fidèles , sont an-dedans de vous des lumières vengeresses, qui vous trouldent, <|ui vuus déchirent , qui vous jugent, qui vous découvrent sans cesse ce que vous ne voudriez jamais voir ; qui vous apprennent malgré vous ce que vous voudriez toujours ignorer ; qui vous mettent comme sous l’œil ce que vous souhaiteriez du moins pouvoir perdre de vue pendant quekjue temps. Votre foi eile-même fait par avance votre supplice. Votre religion est ici-bas , si j’ose le dire , votre enfer ; et plus vous ôtes soumb à la vérité , plus vous vivez malheureux. O Dieu ! quelle est voire bonté pour l’homme , d’avoir rendu la vertu nécessaire même à son repos, et de l’attirer à vous, en ne permettant pas qu’il puisse être heureux sans vous !

Et ici , mon cher auditeur, souffl’ez que je vous rappelle à vou.s-mëme. Quand la destinée d’une ame criminelle ne devroit pas être si affreuse pour le siècle à venir, voyez si, dès ce monde m^e, elle vous paraît fort digne d’envie : ses afflictions sont sans ressource, ses malheurs sans consolation, ses plaisirs mêmes sans tranquillité, ses inquiétudes sur le présent inrmies , ses pensées sur le passé et sur l’avenir sombres et funestes ; sa foi fait toute sa peine ; ses lumières son désespoir. Quelle situation ; quelle triste destinée ; que de changements affreux un seul péclié fait au-dedans et au-dehors de l’homme ! qu’il en coûte pour se [H'éparer des malheurs étemels ! Kt n’est - il pas vrai que la ^-oie du monde et des passions est encore {dus pénible que celle de l’Evangile ; et que le royaume de l’enfer, .si l’on peut parler ainsi , souffre encore plus de violence que celui du ciel ! O innocence du cœur, que de biens n’apporlez-vous pas avec vous à riioniine ! O liomme , que vous perdez , quand vous perdez l’innocence de votre cœur ! Vous |»erdez toutes les consolations de la foi, qui fout la plus douce occupation de la piété des Justes ; mais vous vous privez encore de tonies les douceurs de la grdee , (jui adièvent de rendre ici-bas la destince des gens de bien si digne d’envie.

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