‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 6 sur 348 · BONHEUR DES JUSTES · texte numérisé non relu

BONHEUR DES JUSTES

SECONDE PARTIE

Quand on promet aux âmes mondaines, dit saint AugosUn, des consolations et des doucenrs dans Tobservance de la loi de Dieu, elles regardent no6 promesses comme un langage pieux dont on se sert pour faire honneur à la vertu ; et comme un cœur qui u'a jamais goiUé ces chastes plaisirs ne peut aussi les comprendre, nous sommes obligé de leur répondre, continue ce Père : Comment vouleZ'Vous que nous vous persuadions? nous ne pouvons pas vous dire : Goûtez , et voyez combien te Seigneur est doux (Ps. xxxiii, 9), puisqu’un CŒur malade et déréglé ne sauroit goûter les choses du ciel. Donnez-nous un cœur qui aime: et il sentira tout ce que nous disons.

Mon dessein donc ici n’est pas tant d’exposer toutes les opéraUons secrètes de la grâce dans le cœur des Justes , que d’opposer la situation heureuse oà elle les établit ici-bas à la triste destinée des pédieurs, et, par ce parallèle, achever de confondre le vice et d'encourager la vertu. Or je dis que la grâce ménage ici-bas aux gens de bien deux aortes de consolations : tes unes intérieures et secrètes, les autres extérieures et sensibles; louUs deux si essentielles au bonheur de celte vie que nul plaisir sur la terre ne sauroit Jamab les remplacer.

Le premier avantage intérieur que la grâce ménage à une ame fidèle, c’est d’éta^ir une paix solide dans sou cœur, et de la réconcilier avec elleiDème;car, mesFrères, nous portons tousau-dedans de nous des principes natureb d’équité, de pudeur, de droiture. Nous ttaissons , comme dit l’Apùire, avec les règles de la lui écrites dans le cœur. Si la vertu n'est pas notre premier pencliant, nous sentons du mmns qu’elle est notre premier devoir. En vain la passion entreprend quelquefois de nous persuader en secret que nous sommes nés pour le plaisir, et qu’au fond, des pencliants que la nature a mis en nous, et que chacun trouve en soi, ne sauroieot être des crimes : cette persuasion étrangère ne sauroit jamais rassurer l’ame criminelle. C’est un désir, car on voudroit bien que tout ce qui plaît fût légitime ; mais ce n’est pas une conviction réelle. C’est un discours, car on se fait honneur de paroUre au-dessus des maximes vulgaires; mais ce n’est ^pas un sentiment. Ainsi, nous portons toujours au-dedans de nous un juge incorruptible, qui prend sans cesse le parti de la vertu contre nos plus chers pencliants ; qui mêle à nos passions les plus emportées les idées impor- Uioes du devoir; et qui nous rend mallieureux au milieu même de nos plaisirs et de notre ahoadauoe.

Tel est l’état d’une conscience impure et souillée. Le péclieur est l’accusateur secret et continuel de lui-même : il traîne partout un fonds d’inquiétude que rien ne peut calmer. Malheureux , de ne pouvoir vaincre ses penchants déréglés ; plus malheureux encore, de ne pouvoir ciouffer ses remords importuns. Emporté par sa foihlesse, rappelé par ses lumières , H se dispute le crime même qu’il se permet : il se reproche le plaisir injuste , dans le temps même qu'il le goûte. Que fera-t-il ? Combatlra-l-il ses lumières pour apaiser sa conscience ? doulera-t-il de sa fui pour jouir plus tranquillement de ses crimes ? mais rincrédulilé est un état encore plus affreux que le crime même. Vivre sans Dieu, sans culte, sans principe, .sans espérance ! croire que les forfaits les plus a^minables et les vertus les plus pures ne sont que I des noms! regarder tous les hommes comme ces figures viles et bizarres qu’on fait mouvoir et parler sur un théâtre comique, et ({ui ne sont destinées qu’à senir de jouet aux spectateurs! sere;^arder soi-même comme l’ouvrage du hasard , cl la possession étemelle du néant ! ces |)cnKée8 ont je ne sais quoi de sombre et de funeste que l’ame ne peut envisager sans horreur ; et il est vrai qoe l’incrédulité est plutôt le désespoir du pécheur que ta ressource du péché. Que fera-t-il donc? Obligé de se fuir sans cesse , de peur de se retrouver avec sa propre conscience, il erre d’objet en objet, de passion en passion , de précipice en précipice. Il croit pouvoir remplacer du moins par la variété des plaisirs leur vide et leur insuffisance : il n’en est aucun dont il n’essaie. Mais en vain il offre son cœur tour à tour à toutes les créatures; tous les objets de ses passions lui répondent, dit saint Augustin : Ne t’abuse point en nous aimant ; nous ne sommes pas la félicité que lu cherches, nous ne saurions le rendre heureux : élève - toi au - dessus des créatures, et va chercher dans le ciel si celui qui nous a formés n’est pas plus grand et plus aimable que nous. Telle est la destinée du péclieur.

Ce n’est pas que le cœur des Justes jouisse d’une tranquillité si inaltérable qu’ils n’cprouveDt à leur tour ici-bas des troubles, des dégoûts et des hiquiélndes. Mais ce sont des nuages passagers, qui n’occupent, pour ainsi dire, que la surface de leur ame. Au-dedans régnent toujours un calme profond, celle sérénité de conscience, celle simplicité de cœur, cette égalité ü’espiit, celle confiance vive, cette résignation paisible, ce calme des passions, celte paix universelle qui commence dès celte vie même la félicité des âmes Itmocenles.

> aines créatures , que pouvez-vous sur un cœur que vous n’avez pas fait, et qui u’est pas fait pour

C;i.ogle

l.A TUi:SS.VIM.

vous? Première consolation de la grâce ; la [uix du cirur.

seconde, c’est l’animir, qui adoucit aux Justes les rigueurs de la loi , et cliangc , selon la promesse de Jésus-Christ, son joug, qui paraît insupportable aux pécheurs, en un joug doux et consolant pour eux. Car une aine fidèle aime son Dieu encore plus vivement, plus tendrement, plus solidement, qu’elle n’avnit aimé le monde et les créatures. Tout ce qu’elle entreprend donc pour lui de plus rigoureux, ou ne coi'ile plus rien à son cieur, on en fait même le plus doux soin. Car tel est le caractère du saint amour, lorsi|u’il est maître d’un cicur, ou d’adoucir les peines qu’il cause, ou de les clianger même en de saiuLs plaisirs. Ainsi une anie éprise de son Dieu , si j'ose parler ainsi, pardonne avec joie, souffre avec confiance, se mortiFie avec plaisir, fuit le monde avec goiU, prie avec consolation, remplit ses devoirs avec une sainte complaisance. Plus son amour augmente, plus le joug s’adoucit. Plus elle aime , plus elle est heureuse : car rien n’est plus heureux que d'aimer ce qui nous est devenu nécessaire.

Mais le pécheur, plus il aime le monde, plus il est malheureux; car plus il aime le inonde, plus ses passions se multiplient, plus .ses désirs s’allument , plus ses projets s’emliaiTas.sent, plus scs inquiétudes s’aigrissent. Son amour fait tous scs malheurs ; sa vivacité est la source de toutes ses peines , parce que le monde , qui en fait le sujet , ne peut jamais lui en offrir le remède. Plus il aime le inonde , plus son orgueil est blesse d’une préférence ; plus sa fierté sent une injure , plus un projet déconcerte le confond ; plus un désir contredit l’afflige, plus nue perte inopinée l’accable. Plus il aime le monde, plus les plaisirs lui deviennent nécessaires, et, comme aucun ne peut remplir l’immensité de son creur, plus son ennui devient insoutenable : car l’ennui est le retour de tous les plaisirs ; et avec tous ses amusements , le monde , depuis qu’il est monde , se plaint qu’il s’ennuie.

Et ne croyez pas que , pour faire honneur à la vertu , j’affecte d’exagérer ici le malheur des âmes mondaines. Je sais ()ue le monde paroll avoir sa félicité , et i|u’au milieu de ce tourbillon de soins, de mouvements , de craintes , d’inquiétudes, on y voit toujours un petit nombre d’heureux dont on envie le bonheur, et qui semblent jouir d’une destinée douce et tranquille. Mais approfomlissez ces vains dehors de bonheur et de réjoni.s.sance , et vous y trouverez des chagrins réels, des C(rurs déchirés, des consciences agitées. Approchez de ces hommes qui vous paraissent les heureux de la terre; et vous serez surpris de les trouver som-

bres, inquiets , traînant avec peine le poids d’une coii-science criminelle. Ecoutcz-les dans ces moments sérieux et tranquilles où les passions plus refroidies laissent faire quelque usage de la raison : ils conviennent tous (|u’ils ne sont point heureux ; que l’éclat de leur fortune ne brille que de loin , et ne paraît digne d’envie qu’A ceux qui ne la connoissent pas. Ils avouent qu’au milieu de leurs plaisirs et de leur pras|>érité, ils ti’ont jamais goûté de joie pure et véritable; que le monde on peu approfondi n’est plus rien ; qu’ils sont surpris euxmêmes qu’on puisse l’aimer et le connaître ; et qu’il n’y a d’heureux ici-bas que ceux qui savent s’en pas.ser, et sers ir Dieu. Les uns soupirent après les occasions d’une retraite honorable : les autres se proposent tous les jours des mmiirs plus régulières et plus chrétiennes. Tous conviennent du bonheur des gens de bien ; tous souhaitent de le devenir; tous rendent témoignage contre euxmêmes. Ils .sont entraînés par les plaisirs , plutôt ({u’ils ne courent après eux. Ce n’est plus le goût, c’est la coutume, c’est la foiblesse qui les relient dans les liens do monde et du péché. Ils le sentent , ils s’en plaignent , ils en conviennent, et ils SC livrent au cours d’une si triste destinée. Monde trompeur! rends heureux, si lu le penx, ceux qui le servent , et alors j’abandonnerai la loi du Seigneur pour m’attacher A la vanité de tes promesses.

Vous-même qui m’écoutez , mon cher auditeur, depuis tant d’années (|ue vous servez le monde , avez-vous lieaiicoup avancé votre félicité ? Mettez dans une balance, d’un côté tous les jours et tons les moments agréables que vous y avez (tassés ; et de l’autre toutes les amertumes que vous y avez dévorées ; et voyez lequel des deux l’emportera. Vous y avez peut-être dit en certains moments de plaisir, d’excès, de fureur : Il fait bon ici, Aontmt est IIO.V hic esse (Matt., xvii, 4); mais ce n’a été qu’une ivresse qui n’a (tas duré , et dont l'instant (|ui a suivi vous a découvert l’illusion et vous a replongé dans vos premières inquiétudes. A l’heure même que je vous parle , interrogez votre cteor : êtes-vous tranquille? Ne manque-t-il rien A votre bonheur ? ne eraignez-vous rien ? ne .souhaitez-vous rien ? ne sentez-vous jamais que Dieu n’est (mint avec vous ? voudriez-vous vivre et mourir tel que vous êtes ? êtes-vous content du monde ? êtes-vous infidèle A l’auteur de votre être sans remords ? Il y a douze heures dans le jour ; vous sont-elles toutes également agréables ? et avez-vous pu réussir jusqu’ici A vous faire une conscience tranquille dans le crime?

Lors même que vous vous êtes plongé jusqu’au

jt-

RONIIEÜR DES JUSTES.

fond de l’aUme pour y éteindre vos remords , et que vous avez cru étoufTer par l’excès de l’iniquité ce reste de foi qui plaide encore dans votre cœur pour la vertu , le Seigneur n’a-t-il pas commandé au serpent, comme il dit dans son Prophète, de vous aller piquer jusqu'au fond de ce gouffre , où vous vous étiez jeté pour Téviter ; et n’y avez-vous pas senti la morsure secrète du ver dévorant ? FJ si eelareriut se ab oeulis mfis in pnfundo maris,ibi mandtdio serpenti, ei mordebit eos, (Asios, IX, 3.) N’est-il pas vvai que les jours que vous avez consacrés à Dieu par quelque devoir de religion , par le renouvellement de votre consdence an tribunal , ont été les plus heureux de votre vie; et que vous n’avez vécu , pour ainsi dire , que loisque votre conscience a été pure, et que vous avez vécu avec Dien? Non , dit le Propliète avec une sainte fierté, le Dien que nous adorons n’est pas un Dieu trompeur on incapable de consoler ceux qui le servent, comme les dieux que le monde adore ; et nous n’en voulons point d’autres juges que les mondains euxmémes ; Non enim est Deus «osier utdii eorum , et inimici iiosfri mit judlees. (Deot., xxxii, 31 .)

Grand Dieu ! qu’est-ce donc que l’homme, de lutter ainsi toute sa vie contre lui-mème , de vouloir être heureux sans vous , malgré vous, en se déclarant contre vous ; de sentir son infortune , et de l’aimer; deconnoitre son véritable bonheur, et de le fuir I Qu’ est-ce que l’homme , ô mon Dieu et qui comprendra la profondeur de ses voies et l’étemelle contradiction de ses égarements ?

Mais que ne puis-je , mes Frères , achever ce que je m’étois proposé, et vousmontrerqiie ce qni rend la destinée des gens de bien encore plus digne de tous nos souhaits , c’est que , lors(|ue les consolations intérieures vieiment à leur manquer, ils ont les secours extérieurs de la piété; le soutien des sacrements, qui ne sont plus, pour le pécheur obligé d’en approcher, qu’une triste bienséance qui le gène et qui l’embarrasse; les exemples des Saints et l’histoire de leurs merveilles que l’Eglise nous met sans cesse devant les yeux , et dont le pécheur détourne la vue de peur d’y voir sa condamnathm ; les mystères adorables , offerts tons les jours sur nos ant^ , et qui ne laissent souvent au pécheur que le regret de les avoir profanés par u présence; les cantiques saints et les prières de l’Eglise qni se changent ponr le pécheur en un triste ennui ; et enfin , h consolation des divines Ecritures , où il ne trouve plus que des menaces et des anathèmes.

Quel délassement en effet, mes Frères, pour une ame fidèle, lorsqu’au sortir des vains entretiens dn monde, ou l’on n’a parlé que de Félévation d’une

fomille , de la magnificence d’un édifice , de ceux qni jouent un réle brillant dans l’univers , des calamités publiques, des défoiits de ceux qui sont à la tète des affoires , des événements de la guerre , des fautes dont on accuse tous les jours le gouvernement ; enfin où , terrestre , on n’a parlé que de la terre : quel délassement au sortir de là , lorsque pour respirer un peu de la fatigue de ces vains entretiens , une ame fidèle prend le livre de la loi entre les mains , et qu'elle y trouve partout ; Qu’il ne sert de rien à l’homme de gagner le monde entier, s’il vient à perdre son ame; que les conquêtes les plus vantées tomberont dans l’oubli avec la vanité des conquérants ; que le ciel et la terre passeront ; que les royaumes du monde et toute leur gloire s’useront comme un vêtement, mais que Dieu seul demeurera toujours , et qu’ainsi c’est à lui seul qu’il faut s’attacher ! Les insensés m’ont raconté des fables , d mon Dieu , dit alors celle ame avec le Prophète I mais qu’elles sont différentes de votre loi ! (Ps., cxviii, 85.)

Eteertes, mes frères,quedepromessesconsolanles se présentent dans ces livres saints ! que de motib puissants de vertu ! que d’heureuses précautions contre le vice ! que d’événements instructifs! que de traits heureux qui blessent l’ame ! quelles idées de la grandeur de Dieu et de la misère de l’homme! quelle peinture de la laideur du péché et de la busse félicité des pécheurs ! Nous n’avons pas besoin de votre alliance , écrivoient autrefois Jonathas et tout le peuple juif à ceux de Sparte , parce qu’ayant entre nos mains les livres saints qni nous tiennent lieu de consolation, noos pouvons noos passer do secours des hommes ; JVos, mm «ullo borvm indigeremus, habentes solatio sonclos lièrosqaistuit iiiiRnnièttsnoslris!(1.MACii.,xil,9).

Et savez- vous, mes Frères, qui sont ces hommes qui parlent de b sorte? ce sont les restes infortunés de la cruauté d’Antiochus , errants dans les montagnes de la judee, dépouillés de leurs biens et de leurs fortunes, chassés de Jénisaiem et du temple, où l’abomination des idoles avoit succédé an sacrifice dn Dien saint , et , à peine sortis d’un état si affligeant, ils n’ont besoin de rien, parce qu’ils ont entre les mains les livres saints ; iVos, rùm «ullo horum indigeremus, habentes solatio sonclos l>bros qui siuit ia maiiièvs nosiris. Et dans une extrémité si nouvelle , environnes de toutes parts de nations ennemies, n’ayant plus an milieu de leur armée ni Parche d’fsraêl , ni le Tabernacle saint ; répandant encore des larmes sur la mort récente de l’invincible Judas, qui éloitle salut du peuple et la terreur des incirconcis , ayant vu égorger à leurs yeux leurs femmes et leurs enfonu; eux-

LA TOUSSAINT

mêmes Ions les Jours sur le point de succomber ou à la perfidie de leurs faux frères, ou aux embûdies de leurs ennemis, le livre de la loi tout seul suffit pour les consoler et pour les défendre ; et ils croient pouvoir se passer d'un secours qu’une ancienne alliance Icurdonuoit droit d'implorer ; Nos cùm nullo horuin indigereinus, habentes solalio sanctos lièros qui suiit tu niaiiibtis nostrts.

Je ne suis plus surpris après cela, mes Frères, si les premiers disciples de l'Evangile uublioient dans la consolation des Ecritures toute la fureur des persécutions , et si, n'ayant pu se résoudre à perdre de vue durant leur vie ce livre divin , ils vouloienl encore qn’après leur mort le même tombeau qui les eufermoit renfermât aussi, comme pour y servir de garant à leurs cendres de l’immortalité qu’il leur avoit promise, et pour le présenter, ce semble, à Jésus-Clirist au jour de la révélation , comme le titre sacré (|ui leur donnoit droit aux biens célestes et aux promesses faites aux Justes.

Telles sont les consolations des aines fidèles sur la terre. Qu’il est doue terrible, mes Frères, de vivre loin de Dieu sous la tyrannie du péché ! toujours aux prises avec soi-même ; sans aucune joie véritable dans le cœur; sans goiit souvent pour les plaisirs comme pour la vertu ; odieux aux hommes pour la bassesse de nos passions; insupportables à nous-mêmes par la bizarrerie de nos désirs ; détestés de Dieu par les horreurs de notre conscience : sans la douceur des sacrements , puis<|ue nos crimes nous eu éloignent; sans la consolation des livres sainU, puisque nous n’y trouvons que des anathèmes et des menaces; sans la ressource de la prière , puisqu’une vie toute dissolue ou nous en interdit la liberté, ou nous en fait perdre l’usage ! Qu'est-ce doneque le pécheur, que le rebut du ciel et de la terre ?

Aussi, mesFrères.savez-vousquels seront les regrets des réprouvés au grand jour où il sera rendu a chacun selon ses œuvres? Vous croyez peut-être qu’ils regretteront leur félicité passée, et qu'ilsdiroul : Kos beaux jours se sont écoulés; et le monde où nous avions passé de si doux moments, n’est pins; la durée de nus plaisirs a imité celle des songes ; notre bonheur a fini , et nos supplices vont commencer. Vous vous trompez, ce ne sera pas là leur langage. Ecoutez comme ils parlent dans la Sagesse , et comme l'esprit de Dieu nous assure qu’ils parleront un jour : nous n'avions jamais goûté de joie véritable dans le erime, diront-ils ; nous y avions toujours marché par des voies tristes et dilFiciles; hélas I et ce n’est là cependant que le commencement de nos nulheurs et de nos peines ; jJmbulavimus vias difficiles (Sai>., v, 7); nous

noos sommes lassés dans les voies de finiqulé; nos passions ont toujours été mille fois plus pénibles pour nous que n'eussent pu être les vertus les plus austères; et il nous en a plus coûté pour nous perdre , qu’il ne nous en eût coûté pour nous I sauver, et mériter de monter aujourd’hui avec les I élus dans le séjour de f immortalité ; Eossali sumus in vid iniquilaUs et perdiiionis (Ssr. , v, 7) ; insensés , d’avoir aelieté par une vie triste et niailieureuse, des malheurs qni ne doivent plus finir : Kos iiisensali! (Sap., v, 4.)

Voulez-vous donc vivre beurenx sur la terre, mon citer jVuditeur ? vivez ehrétiennement. La piété est utile à touL L’innocence du cœur est la source des vrais plaisirs. Tournez-vous de tons les côtés; il n’est point de paix pour l’impie, dit fesprit de Dieu. Essayez de tous les plaisirs ; ils ne guériront pas ce fond d’ennui et de tristesse que vous traînez partout avec vous. Ne regardez donc plus la destinée des gens de bien comme une destinée triste et désagréable : ne jugez pas de leur bonheur par des apparences qui vous trompent. Vous voyez couler leurs lannes ; mais vous ne voyez pas la main invisible qui les essuie : vous voyez gémir leur chair sous le joug de la pénitence; mais vous ne voyez pas fonction de la grâce qui l’adoucit : vous voyez des mœurs tristes et austères; mais vous ne voyez pas une conscience toujours joyeuse et tranquille. Ils sont semblables à f A relie d'Israël dans ledésert; elle ne paroissoit revêtue qne de peaux d’animaux ; les apparences en sont viles ou rebutantes : c’est la condition de ce triste désert. Mais si vous pouviez entrer dans leur cœur, dans ce sanctuaire divin , que de nouvelles merveilles s’y offriroient à vos yeux ! Vous le trouveriez revêtu d’or pur : vous y verriez la gloire du Dieu qui le remplit : vous y admireriez la douceur des parfums et la ferveur des prières qui montent sans cesse vers le Seigneur ; te feu sacré qui ne s’éteint jamais sur cet autel ; ce silence , cette paix , cette majesté qui y régnent ; et le Seigneur lui-même qui fa clioisi pour son séjour et qui en fait ses plus clières délices.

Que leur destinée vous touche d’une sainte émulation I 11 ne tient qu’à vous de leur ressembler. Ils ont été peut-être autrefois les complices de vus plaisirs ; pourquoi ne pourriez-vous pas devenir l’imitateur de leur pénitence ? Etablissez enfin une paix solide dans votre cœur; commencez à vous lasser de vous-même. Jusqu’ici vous n’avez vécu qu’à demi ; car ce n’est pas vivre que de ne pouvoir vivxe en paix avec soi. Revenez à votre Dieu , qui vous rappelle et qui vous attend; bannissez l'iniquité de votre àfflé: vous en t>aauiiez la source

LE JOUR DES MORTS. -

de Toe peines ; vous joairez de la paix de l’innocence , vous vivrez heureux sur la lerre ; et ce bonheur temporel ne sera que le commencemeotU’un bonheur qui ne finira plus.

u^iiuisoit-il.

SERMON

POUR LE JOUR DES MORTS

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