LE MERCREDI DES CENDRES
sens, et principalement celui do tout ce que vous vous pennetlez liorsdes hetires prescrites, qui tend à le tlaUer , donne une manière d’atteinte à la lui : je pourrois vous répirndre encore que tout ce qui adoucit la longueur de Talistinence en blesse roûigaiion. Mais quand ces vérités seroienl dwi* letises , et qiril n'y auroit que du péril , seriezvous sage de vous y exposer ? Ce qu’il y a de constant , c’est que ces adoucissements sont nouveaux, c’est que l'usage, quelque universel qu’il INilsse être , ne justifie jamais un abus , et ne sauroit presciire contre la loi.
Mais enliu je veux que ces soulagements et tant d’autres autorisés dans le monde, soient innocents; ne faudroit-il pas honorer la pénitence du carême en se les retrancliant ? ne seroit il pas juste que ce que vous donnez dans les autres temps au seul plaisir , vous vous en absteniez en celui-ci par un e^ril de religion et de soutTrance ? et comment i-cparerez-vous vos plaisirs illicites , qu’en vous attenant , durant celle sainte carrière surtout, de ceux que votis vous croyez encore permis ? Ali ! lins jeûnes , mes Frères , sont déjà si fort adoucis par la tolérance de l'Eglise, <]ue, (tour peu que vous alliez au-delà , vous ne sauriez manquer d'étre prévaricateurs. Il semble qu'elle a poussé sa condescenilance jusqu’à ses dernières bornes , qui ne séparent que d’un point la irao^ression de l'obsemiice , et qu’on ne sauroit les franchir tant soit |»eu sans être coupable d’infraction.
Mais si le mérite de nos jeûnes ne peut plus se rapporter à la longueur de l’alislinence , il seroit inutile de le vouloir cherclierdans la simplicité des viandes dont on use. En ce temps de souffrance , disoil autrefois saint Léon , ou la vie devroil être simple et commune , on il faudroit nourrir les memlires de Jésus-Christ de ce qu’on se retranche à soi-mème , et que notre diminution , pour parier avec l’Apôtre, devint l’abondance et la ricliesse de nos frères , non-seulement il n’y a plus de simplicité dans les repas , mais il y entre jilus de soins et d’artiflees; on y supplée par mille raflliieiiients à la simplicité des mets dont il faut user, le goût y est plus flatté , la sensualité plus réveillée, la chère plus exquise , les dépenses plus excessives; et non-seulement ce ne sont pas des repas sancii- Hés par la pénitence, mais ils deviennent célèbres et renommes pour la volupté.
Je ne dis rien de la frugalité dont on use dans le seul repas que l'Eglise {icmiet. C’est en ce temps surtout oti l’on ne s’y prescrit point d’autres bornes que celles d’une avide sensualité , et où l’on se dispose à l’abstinence du soir en violant le matin la vertu même de la tempérance , dont la loi de
Dieu nous a fait un précepte perpétuel ; de sorte que les collations deviennent plutôt un régime de santé qu’un réglement de discipline.
Ainsi l’abstinence du soir fait aujourd’hui tout le mérite de nos jeûnes , c'est-à-dire que ce qui n’étoil d’aboni qu'un relàclwnient de disciplioe , en est devenu la seule austérité; c'est à-dire que ce que nos pères auroient regardé comme une infraction du précepte , nous le regardot» comme le plus haut point de son oliservance.
Car vous le savez , mes Frères , ce soulagnnent ne fut accordé que bien tard au jeûne des fidèles. On s’en est passé pendant plus de mille ans. Un seul repas pris le soir avec actions de grâces , lerminoil le Jeûne de toute la journée. El encoce quel repas ! Lisez riiistoire des premières mœurs des fidèles : des herbes et des légumes ; un repas I de lamies et de pénitence , tout y respiroil la mortification de Jésus-Christ : les entretiens de piété , les lectures des livres saints , les exhortations au martyre en faisoient le principal assaisonnement ; et l’on y mangeoil plutôt pour jirolonger ses souffrances et satisfaire à la nécessité , que pour flatter la cupidité.
I.e seul refroidissement de 1a charité obligea depuis l’Eglise de se relâcher en ce point de la rigueur de sa discipline. Dans la décadence des iiHritrs du christianisme , elle en osa , pour ainsi dire , comme on en use dans la déroute des familles ; elle composa avec notre foiblesse ; elle retint du débris ce qu’elle put , et nous quitta à regret de tout le reste.
.Mais au lieu que ce sont là de ces grâces bonteuscs dont il ne faudroit user (|ii’en gémissant ; soupii'er après les prémices de l’esprit et l'âge florissant de ' l’Eglise , et nous confondre qu’avec bien moins d’innocence que nos pères , nous ayons besoin de plus d’indulgence qu'eux ; jusqu'où n’a-l-on pas poussé cet adoucissement obtenu de l’Eglise, cl qui d’aliord n’éloit presque pas sensible ? Tout y est servi. Si l’on use de quelque distinction dans le choix des viandes , on se dédommage sur la quantité , et nos collations sont aujourd’hui plus abondantes et chargées de plus de mets que n’étoit autrefois le seul repas que l’Eglise peniielloil aux fidèles.
Donc , mes Frères , encore aujourd'hui cc que l’Eglise vous (fcrmet le soir est une grâce accordée à la pure nécessité. 1.4s précautions n’y sauroicnl être trop rigoureuses. C’est celle eau du Jourdain dont il ne finit goûter qu’en passant et sans s’arrêter; c’est ce miel de Jonailias auquel , en ne faisant même que toucher , on court risque d’étre prévaricateur ci digne de iiioit. Mais qui s’en tient
SUIl LE JEUNE.
■i c«t bornes sacrées? Hélas! il n’esl plus que qiielipies amcs retirées , des solitaires pénitents , des vierges pores et ferventes, accoutumé&s, ô mon Dieu! à porter votre joug depuis l'enfance, qui ■rajoutent rien aux adoucissements del’l'^lise, i|iii usent de son indulgence sans en abuser. Il semble que ce reste de sévérité ne soit plus que pour elles ; tandis que des âmes criminelles et mondaines , après une vie entière d’excès et de plaisirs, adoucissent, retranchent tout ce qui se trouve encore de pénible à votre loi , entrent en contestation avec nous, et nous obligent à dégrader votre parole sainte à des détails rampants si peu convenables à la dignité de notre ministère.
Voilà nos jeûnes , mes Frères, voilà ce que la révolntion de toute l’année offre à Dieu de pins pénible dans nos mœurs. Voilà les restes méconnois.sables de celte tradition vénérable de pénitence que noos tenons de nos pères. Voilà ces jeûnes si bmeux autrefois parmi les chrétiens, et consacrés par les exemples mémorables d’un Moise, d’un Elle, et de Jésus-Cbrist même. Voilà à quoi se réduisent ces saintes austéritéssi excessives alors, qu’elles faisoient passer les chrétiens pour des insensés dans l’esprit des inHdèles ; et qu’elles étoieut tournées en dérision sur leurs lliéàttes impurs et dans leurs satires profanes. Voilà enfin ce que ces anciennes rigueurs , si chères à l'Église , si utiles à ses enfants, si redoutables aux tyrans , sont devenues entre nos mains.
Encore , comment se dispose-tHjn à ces restes défectueux de pénitence ? par des excès et des réjouissances prubnes; et l’effet le plus marqué que produit l’approche de la loi qui doit nous purifier, c’est un redoublement de débaoclie, de souillure et d’ignominie.
Souvenez-vous donc , mes Frères ( pour achever de vous instruire sur tout ce que je m’étois proposé ) , que l’intention de l’Église est que la pénitence de ce saint temps soit comme une expiation des plaisirs et des crimes de tonte l’année. Ce n’est fias que toute la vie ne dût être une pénitence continuelle pour le pécheur ; mais l’Église , qui voit en gémissant que les véritables pénitents sont rares , a institué ces jours de salut pour empêcher do moins que l’esprit de pénitence ne s’éteigne toutà-fail parmi les fidèles. Regardez donc ce temps comme une légère compensation qu’elle exige de vous. Du moins, que ce que vous y souffrez (luisse remplacer devant Dieu ce que vous manquez de souffrir pendant le cours de l’année : que ces quarante jonrs purifient tons les antres. Votre vie dans un antre temps est toute plongée dans les sens, dans l’oisiveté et dans la mollesse : votis n’y
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souffrez rien. Ce n’est pas ainsi qu’on se sauve quand on est péclieur ; vous le savez : voici de quoi réparer vos négligences. Soumettez-vous donc avec joie à une loi si douce. Ne murmurez pas sous b pesanteur d’un joug si léger : n’en exagérez pas les incommodités; n’achevez pas d’affliger l’Eglise , en vous plaignant de son relàcliement et de son indulgence même comme d’une rigueur. Confondez- vous plutôt , qu’après des excès et des plaisirs qu’une vie entière de souffrances ne suffiroit pas pour expier , on vous demande si peu ; et que la ferveur et la gaieté, pour ainsi dire, de ce sacrifice de pénitence , en remplacent l'insufTisance aux yeux de Dieu.
Souvenez- vous encore, que puisque vous allez satisfaire à sa justice durant cette sainte carrière pour vos infidélités passées, vous ne devez pas en ajouter de nouvelles; détruire d’une main ce que vous édifierez de l’autre ; apaiser voire juge et l’irriter en même temps. Vous vous abstiendriez des viandes que Dieu a toutes créées , qui sont bonnes en elles-mêmes , et dont l’usage est permis dans un autre temps; et vous ne vous abstiendriez pas du crbne , qui dans toute sorte de temps est défendu par b lui de Dieu ? Eh ! que serviroient vos jeûnes et vos abstinences, si vous ne les accompagniez pas de la pureté de conscience , qui seule en bit le mérite devant celui qui ne regarde que le cœur? Vous souffririez, et Dieu délesteroit vos souffrances ; vous jeûneriez , dit le prophète , et il rejetteroit vos jeûnes. Et croyez-vous que jefmer soit simplement s’abstenir des viandes défendues? ce scroit le jeûne des Juifs, qui ne s’artètoient qu’à b lettre qui tue , qu’à b chair qui ne sert de rien. Le jeûne des du éliens , c’est surtout l’éloignement du vice et la victoire des passions. Si vous n’êtes ni plus clmstes, ni plus charibbles, ni plus patienb , ni plus humbles, vous ne jeûnez pas ou du moins vous jeûnez en vain. La loi de l’abstinence est un moyen deconversion ; si vous ne vous convertissez pas , vous ne l’accomplissez pas , c'est-à-dire vous l’accomplissez sans fruit.
Souvenez-vous , en troisième lieu , que puisque vous allez satisfaire à la justice de Dieu , non-seulement les crimes vous sout iuterdib, mab encore les plaisirs qui dans un autre temps seroient peutêtre innocenb. Vous devez vous regarder comme des pénitents publics qui vont désarmer b colère du Seigneur et entrer dans les exercices bborieiix d’une discipline sainte. Les larmes, le silence, b retraite , b prière , voilà quelles doivent être vos occupations durant le cours de la pénitence que l’Église votis impose. Les jeux , les spectacles , les
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assemblées de plaisirs , loul vous esl inlerdil par la suite de cel engagement. Vous rejioncez à votre qualité de pénitent, si vous y allez participer; vous abandonnez l’entreprise; vous interrompez votre carrière. Tout ce qui ne convient pas à la pénitence , ne vous cjnvienl plus ; et vous violez la loi du carême, pour ainsi dire, toutes les fois que vous mêlez les plaisirs du momie il la sainte tristesse de son abstinence.
Sonvenez-vons enlin que I Isglise , durant ces jours de ptuiilence , prétend vous préparer à la grâce de la résurrection , à la participation de r.\gneaii , à la IMiiue desebrétiens. Commencez donc de Ismne beure à déraciner vos vicieuses iiKlinations, à rompre vos liabitudes. Commencez à vous abstenir des crimes (jiie vous viendriez pleurer aux pieds des miuLstres sur la lin de cette sainte carrière. K’attendez pas que nous toncliions aux jours solennels jiour vous disposer à recevoir le sacrement adorable. Ke portez pas aux mystères saints de la résurrection des crimes tout nouveaux , et des passions, pour ainsi dire, encore toutes vives.
Pi obligez pas alors les juges de votre conscience , ou à vous accorder des grâces dangereuses, ou à vous éloigner de l’aidel , tandis que tous vos frères y jtarticiperont. Prenez-vous-y de bonne heure. Kssavez, en cessant vos désordres, si vous serez en état de tenir la parole que vous donnerez alors nu prêtre t si vous («urrez vous vaincre sur ce ciiminercc, sur celle haine, sur celle passion qui donnne dans vos mictirs. Pie vous czposcz pas au .sacrilège et au parjure. Mettez-vous en étal de pouvoir nous alléguer le passé , pour justiller vos promesses sur l’avenir. Ce n'est pas trop de quarmile jours de préparation et de [lénitencc , pour se disposer à une communion sainte, quand on est nn pécheur aussi invétéré que vous l’êtes; un pécheur qui jusqu'ici n’a petil-élte fait aucune démarche sérieuse île salut.
Kl au fond , que vous reste-t-il , dites-moi , de tous vos excès passes, qu'une secrète confasion? Qurm ertjn(nclum liabuistlsluiir in illis, in quibii.s nmic erubesrHis î (UoM., vi , 21 .) I-es joies de ces jours insensés qui viennent de finir , se sont évanouies : qu’en avez-vous rapporté ? qo une lassitude de plaisir , des remonls éternels, des cliagrins, peiil-êlre, de jalousie, de perle, de préférence; ipie sais-je? pcut-èlrc encore un corps ruiné et incapable de pénilencc , pour 1 avoir trop clé de dissolution et d’excès ! Ah ! les plaisirs se ressemblent tons. Ceux que vous goiMcrez à l’avenir UC vous rendront pas plus heureux. Ils suspendront pour un moment votre ennui et la tristesse secrète de votre ctrur; mais ils ne la gnèriront
DES CEMIUKS.
ps. Ils irriteront vos désirs; ils ne les Oxeronl ps. Slc-surez sur le pas.se la félicité que vous piivez vous promettre dans le crime. Vous avez essayé justprici d'être heureux en oubliant Dieu; y avez-vous réussi ? Vous avez pusse les excès et les pssions aussi loin <|ue vous avez pu; voire bonheur a-l-il été aussi loin que vos crimes? El en faisant tous les jours de nouveaux progrès dans les voies de la prilition , en avez- vous fait dans la vie heureuse et Iramiuille? ii’ avez-vous ps senti vos inquiéiuile.s croître avec vos plaisirs, vos jours devenir plus tristes à incsiirc (|ii’ils sont devenus plus crimineLs? et qu’avez-vous fait, en vous livrant tous les jours è de.s p.«sions nouvelles, que vous former toits les jours de nouvelles cliaines et vous préparer de nouveaux eimuis? Que l'expcrience dupssé du moins vous délrompl; et revenez enfin au Seigneur pr le vide et le dégoût de rini(|uîté , si vous ne piivez encore revenir à lui pr le goût de la justice.
Grand Dieu ! je n’ai jamais goûté nn plaisir véritable loin de vous. Je le confesse aujourd'hui en votre présence, et je rends celle gloire à votre grâce. Ne rejetez pas ces faibles commenceraenls de mon rcpiilir. Je ne reviens à vous , il esl vrai , que prcc que le monde ne put me satisfaire. L’ennui du crime me rapplle à votre loi sainte , plutûl que le dedr de la vertu : et si les plaisirs injustes pouvoieiit toujours avoir pur moi de nouveaux cliarmes, ah sans doute. Seigneur, je ne peuserois jamais à vous offrir un cœur qu'ils occuproieul tout entier. Mais n’est- ce pas votre grâce elle-même qui répnd sur les joies du monde les amertnines que j’y trouve? Combien est-il de péciicurs qui ne s’en dégoûtent jamais; en qui l’ivresse dure toujours ; cl qui, ensevelis jusqu’à la fin dans une pix pofonde, n'ouvrent enfin les yeux que lorsi]u’il n’esl plus lemp , et ([ue frap pés de mort, et déjà juges, ils sont sur le pinl d’aller proilre devant votre tribunal retlontable ?
Conduisez donc , û mon Dieu ! ces pemières agitations que vous opérez dans mon cœur , jusqu’à ce trouble heureux qui opère une véritable pnilence , et ajoutez au dégoût des plaisirs i|ue vous me laissez , le goût de la j uslice et de la vertu qui acliève de lriom|>bcr d’un cteur corrompt , et de faire d’un vase de colère et d’ignominie , un vase d’honneur et de miséricorde.
..^iiisi soil-il.