DEUXIÈME PARTIE
Il n’est guère de précepte sur le([uel on s’abuse
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si: U LE JEUNE.
plus universellement que sur le précepte du jertne. CJoinme l'espril de ponilcnce est presque éteint parmi I&i lidèles, et queril^lises’accommod-int à notre fuiblessc, a cru devoir mêler qucl(|iiesadoiicUscmenls ù la rigueur de celte loi , on se [lersiiade que tout ce qu’il y a encore d’anicr et de pén)l)!c n’est plus à la portée de ces derniers temps. On renvoie aux siècles de son innucence toute la sèverite de sa discipline , et un ne lui laisse pour le re> Mollement de nos mamrs , que rindulgcnt^ et la bénignité en partage.
Il importe donc, mes FrtTes, d’examiner ic* quelles bornes rÉglise prétend mettre enctire aujourd’hui à sa condescendaïu'c , et de démêler les relâchements qu’un usage conompu a introduits , des adoucissements ou qu’elle autorise , mi qu elle tolère.
Or il me semble que pour discerner les alnis qui l«uvent sc glisser dans l’oliscrvance de ce précepte, il n’y a qu’à établir d’aliord quelle est la fin de son institution ; car tout ce qui s'éloignera de ce but , ou encore plus qui s’y trouvera opf>os(^ , détruira sans doute la lui (|ui n’cloit (]u'uii moyen pour y parvenir.
Qu’esl-ce donc que se propose l’Kglisc en im- |H)sant cette pénitence aux lidèles ? elle se pnipose 4 ** en afToiblissant la chair , d’artuiblir nos passions, d'expier nos fragilités passées , et île nous mettre plus en étal d’en éviter de nouvelles ; 2» en mOrtiliant le corps, de purilier l'amc , de la détaclicr des sens, de réveiller sa foi , et de l’élever au guiH des biens éternels. Ce princi|)C supp<tsé comme incontestable, que de transgresseurs, mes Frères, de celte loi sainte !
La première fin de son institution est de mortifier la chair , et par U , dit saint Ctirysostônie, de servir cl de préservatif à l’Ituioceiice , et d’expia- Üon an crime. Or le jedne, tel qu’un abus public l’a établi aujourd’hui datis le monde , ne sauroit plus être une voie pour arriver à celle fin.
Car je vous demande , s'il mortifioit encore le corps cl les passions de la cliair , ce devroll être ou f»ar la longueur de l’abstinence, ou par la simplicité des viandes dont on use, ou |>ar la frugalité qu’on observe dans les repas. Pardontîcz-nioi ce détail ; il est ici indispensable, et je n’en abuserai pas.
Est-ce la longueur de i’alHlncnce ? Mais s’il faut , pour recueillir le fruit et le mérite du jeflnc, que le corps sèche et languisse dans raltente de sa nourriture , afin que l'amc eu expiant ses voluptés profanes , apprenne dans ce désir naturel quelle doit être sa failli et sa soif de la jiwticc éternelle , et de c^l état heureux où , rassasiés de la vérité , nous serons délivrés de toutes ces nécessités huiiii-
liantes , que de jeûnes inutiles et infructueux dans n-'idise !
Hélas î les premiers fidèles qui ne le rompoienl qu'après le »)lell couché ; eux que mille exei rices saints et laiiorieux avoient pré|»aré.s à l’heure du repas ; eux qui la nuit même <|ui précé<Ioit leur jeûne, avoient souvent veillé dans uoslemple.s, et chanté des hymnes et des cantiques sur les Imiibeanx des martyrs j ces pieux fidèles auroicut pu rapporter à la seule longueur de rab^linciiee tout le mérite de leur jeûne , et seule alors elle pouvoil afToiblir la cliair et les passions criminelles. Mais pour nous, mes Frères, ce n’est plus là (pi’il faut cbcrclier le mérite de nos jeûnes ; car outre que l’Eglise , en consentant que l’heure du rcjias fût avancée, a épargné cette riguettraux fidèles; que d’IndIgues adoncissenieuts n’ajmilc-t-on pas à son Indulgence ? Il semble (juc toute notre attention se Ixinic à faire en sorte qu’on piiis.se arriver à riieure du repas .sans s’èlre aj>ereu de la longueur et de la rigueur du jeûne.
Et de là (puisque vous nous obligez de le dire Ici , et de mettre ces details indécents à la place des grandes vérités de la religion ) , de là on prolonge les lieurcs dti sommeil pour aJiréger celles de l’abstinence , on craint de sentir un seul moment la rigueur du précepte, on éloiifrLi dans la mollesse du repos l’aignillon de la faim dont le jeûne même de Jcsiis-Clirist ne fut pas exempt ; on nourrit <lans l’oisiveté d’un lit , une diair que FEglUe avoit prétendu exlémier et afillger par la pi iiilence ; et loin de prendre la nourriture comme un .soulagement nécessaire accordé enfin à la longueur de l’alislinence , on y f»orte un corps emxire tout plein de.s ftmiées de la nuit , et on n’y trouve |»;is même ic goût (|ue le sent plaisir auroit soubailé pour SC satisfaire.
Ab ! c’est en ce temps saint où il faudroil, avec un roi pénitent , prévenir le lever de l’aurore pour unir nos prières à cellesile TEglise, [nmv prolonger le mérite de notre abMinenee , pour offrir nu Seigneur les prémices d’une journée que la fiénitcnce doit sanctifier, pour mettre à prolil tou.s les ni(»inenLs précieux de ce temps de grâce et de bénédiction, et enfin pour retrancher au corps une |mresse si funeste jnsques ici à notre innocence.
De là encore l’iisagc de tant de Iwiis-sons que la coutume autorise presijnc contre l’esprit <te la loi. Vous nous demandez sans cesse si c’est être infidèle au précepte que d’en user (car c’est sur l’observatiunde celte loi <pie les doutes et les questions ne finissent pa.s). Je pouiTuis vous répondre d’abunl que l’intenlioii de l’Eglise dans l’élublisifcmcüt de la lui du jeûne , étant de inurtilicr les