‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 66 sur 348 · PREMIER MOTIF · texte numérisé non relu

PREMIER MOTIF

• Convertissez-vous à moi de tout voire cœur, nous dit aujoiird’Inii le Seigneur par la voix de l'Kgl’ise , dans les jeunes, dans les larmes et dans les prières: déchirez vos cœurs, et non vos vêlements, et conTerlis.scz-vous au Seigneur voire Dieu , parce qu’il est bon et coni[iatis.sant ; qn’il est patient et riche en miséricorde , et qu’il ne de-

< Cf discours fut prononcé les domtùrc» années du ré^ne de Lrnib xiv. après les batailles d'Ilochstet. de Raiiiillies et de Tarin . et U prise de Lille et de Douajr par les ennemis.

> Joël. 3, ta, 13.

lâH LE MEnCUEDI

mande qii*à se repentir des maux dont il avoît ré* soin de punir vosinlidêlilés.

Kt voilà, mon clier Auditeur, ce que je viens vous répéter Ici de la part de l’K^lLse. Sancliflez les jours de miséricorde où nous allons entrer : u'endtircissez point désormais votre cœur, et ne rende/ pas inutiles toutes les ^aces que la bonté de Dieu vous prépare : ne laissez pas encore écliap* per tant d’occasions de salut qui vont s'offrir en ce saint temps ; et faites enlin cette grande démarche d’un changement de vie que Dieu demande de vous , que vous vous promettez depuis si longtemps à vous-méme, et que la multitude et l’énorniite de vos crimes passés vous rendent si indispensable et si décisive. Premier motif.

Rappelez toute la suite de votre vie ; et , par cet encliaifiement affreux de crimes qui l'ont toute souillée, et où vous vivez encore actuellement, jugez quelle est devant Dieu votre situation, et la triste destinée de votre aine. Faudruil-Ü un autre motif pour vous déleniiinerà un changement et à une nouvelle vie? Comment avez-vous vécu jusqu'ici? A quoi vos jours, vos années se sont-ils écoulés? (,>i)el usage avez -vous fait, depuis que vous êtes sorti des mains de Dieu , de votre raison , de votre corps, de votre cœur, et de tout ce qui est en vous destiné à glorifier l’ouvrier étemel (|iii vous l’avoit donné? Quel usage de votre jeunesse , de vos talents, de vos lumières , de votre temps qui ilevoit être le prix de votre éternité ? Quel usage de vos biens , de vos places , de vos dignités, de votre nom, où vous deviez trouver les secours et les ressources de votre sanctificalioii éternelle? Quel usage de vos afilictions , de vos pcTTW7“de*-vûs nialadies, de vos disgrâces, qui dans les desseins de Dieu dévoient être pour vous des levons de salut et des motifs de '^nHcoce? Quel usage enfin de tous les mystères , de toutes les solennités, de toutes les instructions et de tous 1rs antres secours que la religion vous a offerts, et où tant de Justes ont trouve les soutiens de leur foi , les consolations de leur piété , et les facilités d’une vie sainte et Iklèle? Rassemblez tous vos jours (Kisséji jus(|ii'ici : quel vide ! (|uels abîmes ! (|uel cours non iiilemunpu d’excès , d'impiétés , de di.ssulutions ! Kl s’il y a eu qucl(|ucs intervalles de foi, quelques heures et quelques mouvements de gnice, quelques retours vers Dieu , ce sont des retours qui n’unt point en de suite, et qui ont ajouté à tous vos antres crimes celui des grâces méprisées.

Qu’attendez-vous donc, mon citer Auditeur, pour revenir à voire Dieu ? Vos jours s'écoulent , les années s’évanouissent , les plaisirs s’usent , la

DES CENDRES

jeunesse vous échappe, la vie s’enfuit. Vos amis, vos proches, les compagnons de vos débauches et de vos excès ont presque tous disparu. Vous avez vu tomber à vos o>tés, vos égaux, vos concurrents, vos envieux , vos protecteurs , vos sujets , vos maîtres. Que sais-je même si les circonstances de leur mort inopinée, terrible aux yeux de U foi, n'ont pas dù vous faire sentir encore plus vivement le frivole de tout ce (|iii passe, et le malheur d’une vie licencieuse et déréglée! Vous toucitez vousntême au terme fatal. Tout ce qui s’est écoulé de vos jours, n’est que comme an point qui disparolt et qui vous écliappe. Tout ce qui vous reste va disparoiire en un clin d’œil. Mettez donc à profil ce moment, pour pleurer les égarements d’une vie toute profane. Vous y êtes encore à temps j mais il est temps de commencer, f.e long u.sage du monde et des plaisirs ne vous permet plus de vous abuser sur le faux bonheur qu’on se promet dans le crime. Vous avez essayé de tout, et tout vous a lassé ; et tout et? que vous avez tenté pour vous rendre heureux , n’a fait (|u’aigrir vos maux et augmenter vos inquiétudes. Dieu vous rappt?lle à lui par les dégoûts qu’il répand sur le crime, par le vide ({ue vous trouvez dans le monde et dans les plaisirs , par le frivole et le faux de toutes les choses humaines. Quel prétexte auriez-vous donc de différer encore ? Votre vie n’a-t-elle pas été assez criminelle, pour interrompre enfin une si affreuse carrière, et en venir à un changement? Vous attendez - vous que vos chahies tombent d’elles-mêmes , et à un repentir qui ne vous coûte rien? Croyez-vous qu’un seul .sentiment de frayeur au lit de la mort expiera tous les crimes de votre vie? Avez-vous renoncé à i’cs{)érance de votre salut, comme ces impies qui n’ont point de Dieu? Quand vous n’auriez eu le malheur que de tomber une seule fois , la vie ne .seroit pas assez longue pour pleurer ^ olre chute ; et toute votre vie n’a été jusqu’id q^i'un crime continuel , et vou.s Iialancerez encore à consacrer à Dieu les restes d’une vie que le mondé et les passions ont toute occupée ! Demain on va vous redemander votre ame ; et ce court intervalle qui vous reste, vous le disputez encore à Dieu ! Et irêles-vous pas trop heureux que le Seigneur, toujours bon et miséricordieux, veuille bien accepter les reste.s languissants de vos passions et de votre vic; qu’il vous tende encore la main pour vous essuyer au sortir d’un si long cl si triste naufrage; qu’il vous accueille encore usé par le monde et par les plaisirs , inhabile désormaU aux passions, peu propre à son service, et que le rebut du monde et du dérèglement puis.«ie encore devenir l’cdijet de scs miséricordes éternelles ?

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