PREMIÈRE PAR TIE
Il est triste sans doute d’avoir à justifier devant des fidèles la vérité la plus consolante de la fui ; de venir prouver à des hommes à qui l’on a annoncé Jésus-Christ , que leur être n’est pas un assemblage bizarre et le triste frtnl du hasard ; qu’un ouvrier sage et tout puissant a présidé à notre formation et à notre naissance; qu’un souffle d’immortalité anime notre lioue; qu'une portion de nous-mêmes irons survivra; et qu’au sortir de cette maison terrestre , notre amc retounrera dans le sein de Dieu d’où elle était sortie, et ira baliiter la région éternelle des vivants , où il sera rendu à cliacun selon ses reuvres.
C’est |>ar cette vérité que Paul coninienra
VEKIfÉ D’UN AVENIH.
d’annoncer la foi devant l’Aréopage. Nous sommes la race immortelle de Dieu , disoit-il à celte assemblée de sages , et il a établi un jour pour juger l’univers. ( Acr., Nvii , 29, 31 . ) C’est par là que les hommes apostoliques jetèrent les premiers fondements de la doctrine du salut parmi les nations infidèles et corrompues. Mais pour nous, mes Frères , qui arrivons à la fin des siècles , apr^ que la plénitude des nations est entrée dans l’Église; que tout l’univprs a cru; que tous les mystères ont été éclaircis , toutes les prophéties accomplies, Jésus-Christ glorifié, la voie du ciel ouverte et frayée : nous qui paroissons dans les derniers temps , où le jour du Seigueur est bien plus proche, que lorsque nos pères crurent : hélas ! quel devrait tire notre ministère, sinon de disposer les fidèles à celte grande attente, et de leur apprendre à se tenir prêts pour paraître devant Jésus-Christ qui va venir, loin de combattre encore ces maximes moiistruei^s et insensées , que la première prédication de l’Évangile avoit effacées de l’univers!
L’incertitude prétendue d’un avenir est donc le premier fondement de la sécurité des âmes incrédules. On ne sait ce qui se passe dans cet autre monde dont on nous parle, disent-ils; aucun des morts n’en est revenu pour nous le dire ; peut-être n’y a-t-il rien au-delà du trépas ; jouissons donc du présent , et laissons au hasard un avenir, ou qui n'est point, ou du moins qu’on ne veut pas que nous connoissions.
Or, je dis que celte incertitude est suspecte dans le principe qui la produit , insensée dans les raisons sur lesquelles elle s’appuie, alTreiise dans ses consé(piences;ne me refusez pas vol realtenlion.
Suspecte dans le principe qui la produit. Car, mes Frères, comment s’est formée dans l’esprit de l’impie cette incertitude sur l’avenir? Il n’y a qu’à remonter à l’origine d’une opinion, pour savoir si les intérêts de la vérité ou des passions root établie sur la terre.
L’impie porta en naissant les principes de religion naturelle communs à tous les hommes ; il trouva écrite dans son cœur une lui qui défendoit la violence, l’injustice, la perfidie, et tout ce qu'on ne peut pas souffrir soi-même : l’éducation fortifia ces sentiments de la nature ; on lui apprit à connoltre un Dieu , à l’aimer, à le craindre : on lui montra la vertu dans les règles : on la lui rendit aimable dans les exemples ; et quoiqu'il trouvât en lui des pencliants opposés au devoir, lorsqu’il lui arrivoit de s’y lai.sser emporter, son cœur prenoit en secret le parti de la vertu contre sa propre faiblesse.
Ainsi vécut d’abord l’impie sur la terre : il adora avec le reste des hommes un Être suprême; il respecta ses lois; il reduuta ses chàlimenls; il attendit ses promesses. D’où vient donc <|u’il n'a plus connu de Dieu ; (|uc les crimes lui ont paru des polices humaines, l’enfer un priÿiigé, l’avenir une cliimère , l’ame un souflle qui s’éteint avec le corps? Par quel degré est-il parvenu à ces connoissances si nouvelles et si surprenantes ? par quelles voies a-t-il pu réussir à se défaire de scs anciens préjugés si établis parmi les hommes, cl si conformes aux sentiments de son cœur, et aux lumières de sa raison? A-t-il examiné? a-t-il consulté? a-t-il pris toutes les précautions sérieuses que demandoit l’affaire la plus importante de sa vie ? s’csi-il retiré du commerce des hommes pour laisser plus de luisir aux réllcxions et à l’étude? a-t-il purifié sou cu'iir, de |>eur que les passions ne lui lis-sent prendre le change? Du quelles attentions n’a-t-on pas besoin , pour revenir des premiers sentiments dont l’ame avoit etc d’abord imbue?
Écoutez-le, mes Frères, et adorez ici la justice de Dieu sur ces hommes corrompus qu’il livre à la vanité de leurs pensées. A mesure <|ue scs mœurs se sont déréglées, les règles lui ont paru suspectes ; à mesure qu’il s’est abniti , il a léché de se persuader que l’homme éluit semblable à la bête. Il n’est devenu inqiie ipi’eii se fermant toutes les voies qui pouvuieni le conduire à la vérité; en ne se faisant plus de la religion une affaire sérieuse; eu ne l’examinant que pour la déshonorer par des blasphèmes et des plaisanteries sacrilèges ; il n’est devenu impie <|u’en cherchant à s’endurcir contre les cris de .sa conscience , et se livrant aux plus infâmes voluptés. C’est par cette voie qu’il est parvenu aux comioLssances rares et sublimes de l’incrédulité : c’est à ces grands efforts qu’il doit la découverte d’uue vérité , que le reste des liommes jusqu’à lui, avait ou ignorée, ou détestée.
Voilà la source de toute incrédulité; le dérèglement du cœur. Oui , mes Frères, truuvez-moi, si vous le pouvez , des hommes sages , véritables , chastes, réglés, lem|iérants , qui ne croient point de Dieu , qui n’attendent point d’avenir, i|ui regardent les adultères, les ahoniinalions, les incestes, comme les |>enchanls et les jeux d’une nature innocente. Si le monde a vu des impies (|ui ont paru sages et tempérants, c’étoit, ou (jii’ils cachaient mieux leurs désordres, pour donner plus de crédit à leur impiété, on la satiété du plaisir qui les avoit menés à cette fausse tempérance : la débauché avoit été la première source
LUNDI DE LA PREMIERE SEMAINE
de leur irréligion ; leur ca*ur étoit corrompu, avant que leur foi fit naufrage : ils avoient iiUénH de croire que tout meurt avec le cor|»s , avant que d’élre parvenus à se le persuader; et un lor»g usage du plaisir avoit bien pu les dêgoiller du crime, mais non pas leur rendre la vertu plus aimalile.
Quelle consolation pour nous, mes Frèrts, ({ui croyons, qu’il faille renoncer aux nm'urs,à la probité , à la pudeur, à tous les sentiments de rimmanité, avant que de renoncer à la foi, et n’én e plus homme pour n’Oire plus clirctien !
Voilà donc rinccrtitiide de l’impie déjà suspecte dans .son princijie; mais en second lieu, elle est insensée dans les raisons sur lcs4]uelles elle s’appuie.
Car, mes Frères, pour prendre le parti étonnant de ne rien croire, et d’èlre tran(|uillc sur tout ce qu’on nous dit d’un avenir éternel, il faudroil sans doute des raisons bien décisives et bien convaincantes. Il n't'st pas naturel ({ue l’Iiomme hasarde un intérêt aussi .S4*rietix que celui de son élernilê, sur des preuves l<%èresel frivoles; encore moins naturel qu’il abaudomic là-dessus les .sentiments coniniims, la foi de ses pères, la religion de tous les siècles, le consentement de tous les (letiples, les préjugés de son é<lucalion, s’il n’y a été comme forcé |K»r révulence de la vérité. A moins que l’impie ne soit bien sûr que tout meurt avec le corps, rien n’appioche de sa fureur et do sou extravagance. Or, eu csl-il bien assuré? Quelles sont le.s grandes raisons (]ui l'otil déterminé à prendre ce parti affreux ? On ne .sait, dit-il, ce qui se passe dans cet autre monde dont on nous parle; le juste meurt comme l’impie, l’iiomme comme la bêle; et nul ne revient pour nous dire lequel des deux avoit eu tort. Pressez encore, et vous serez efTrayé île voir la foiblesse de l’incrédulité; des discrours vagues, des doutes usés, des incertitudes éternellfti, des sup{H>sitioiis chimériques, sur lesipielles on ne voudroil pas risquer le mallicur ou le lionbeur d’un seul de ses jours, et sur lesquelles ou liasardc une clcmilé tout entière.
Voilà les raisons insurmontables que Piinpie oppose à la foi de tout l'univers; voilà cette évidence qui reti]]H>rle dans sou esprit, sur tout ce qu’il y a de plus évident cl de mieux établi sur la terre. On ne .sait ce qui se {sisse <]ans cet autre monde dont on nou> parle! O homme! ouvrez ici les yeux. Un doute seul suftitpour vous rendre impie, et toutes les premes de la religion ne peuvent suffire pour vous rendre fiilèle ! \*ous douiez sM y a un avenir, et vous vivez par avance comme s’il n’y eu avoit point! Vous n’avez [wur rondement de votre opi-
ni<Hi , que votre incertitude, et vous nous reprochez la foi comme une crédulité populaire !
Mais je vous prie, mes Frères , de <]uel ciMé est ici la crédulité? Ksi-elle du cOté de l’impie, ou du coté du lidèlc? Le tidèle croit un avenir sur l’autorilé des di> ines Ecritures, c’csl-à-dire, le livre sans contredit ()ui mérite le plus de créance; sur la üc{)osilion des iiommes apostoliques , c’està-dire, de ces hommes justes, simples, miraculeux, qui ont rc|)audu leur sang pour rendre gloire à ta vérité , et à la Juclriiie desquels la conversion de l’univers a rendu un témoignage qui s’élèvera jus(|u’à la fin des siècles contre rim{ite; sur raccompiissemeni des prupliéiies , c’est-à-dire, le seul caractère de vérité que l'imposture ne peut imiter; sur la tradition de tous siècles, c’està-dire, sur des faits qui, depuis la naissance du monde, ont paru certains à tout ce que l univere a eu de plus grands hommes, de justes plus reconnus, de peuples plus sages et {>Ius polis; en un mol , sur des preux es du moins vraisemblables. L'impie ne croit point d’avenir sur un simple doute, sur un pur soupçon ? Qui le sait, nous ditil ; qui en est revenu ? Il n*a aucune raison solide, décisive [Niur combattre la vérité d'un avenir. Car qu’il la publie , et uou.s nous y rendrons. 11 se défie seulement qu’il ii’y a rien après celle vie, et là-dessus il le croit.
Or, Je vous le demande, qui est ici le crédule? Est-ce celui qui a pour fondement de .sa croyance, ce qu'il y a du moins de plus vraiseiiiblalite parmi les hommes , et de plus propre à faire impression sur lu raison ; ou celui qui s’est déterminé à cixiiru qu’t) n’y a rien, sur la foiblesse d’un simple doute ? Cependant l’impie croit faire plus d’usage de sa palsoti que le fidèle : il nous regarde comme des himimes foibles et crédules ; et il se considère lui-inéme comme un esprit supérieur, élevé audes.sii5 des préjugés vulgaires, et que la raison seule, et non l’opinion publique, déterminé. O Dieu! que vous êtes terrible , lorsque vous livrez le pedieur à son aveuglement; et que vous savez bien tirer votre gloire des enorts mêmes que vos ennemis font pour la comltallre!
.Mais je vais encore plus loin. Quaud même, dans le doute que se forme l’impie sur l’avenir, les clK3ses seroient égales , et que les vaines incertitudes qui le rendent incrétliile , balaiiceroient les vérités solides et évidentes qui nous promettent rimmorlalilé : Je dis que tlans uih; égalité même de raisons, il devroil du moins desirer que le sentiment de la foi, sur la nature de nus âmes, fût véritable; un sentiment qui fait tant d’honneur à l’iiomme, qui lui apprend <{ue son origine
VtlUTÉ D’UN AVKNIU.
esl c«‘leste, el ses espérances éternelles : il devroil souhaiter ({uc la doctrine de rinipiélé fiil Tau.vsti; une doctrine si triste, siluimiliatue pmirrimninie; qui le confond «avec la l>ète; qui ne le fait vivre que pour le corps; qui ne lui donne ni lin, ni destination, ni espt’rantx*; qui itorne sa destinée à un petit nombre de jours ra[iidcs, inqiiieLs, doulourenx qu’il passe sur la terre : toutes choses é;rales, une raison née avec quelt]ue élévation aiuietoit encore mieux se tromper en se faisant honneur, qu’en se déclarant pour un parti si ii;nominieux à son être. Quelle aine a doue rei;ue rimpic des mains d’une nature {>eu favorable, pour aimer mieux croire dans une si i^rande itiêpnlilé* de raisons, qu’il n’est fait (pie pour la terre, et se reirarder avec complaisance, comme nn vil assenihla^'e de hone, et le conqw^^non du Uruf et du taureau ? Que dis-je, mes Frères ?quel monstre dans l’univers doit être l’impie , de ne se délier mente du seiilimcnl commun, ipic parce (|u'il est trop "lorieux à sa nature ; et de croire que la vanité toute seule des hoiiinies l'a introduit sur la tenx*. et leur a persuadé qu’ils éloienl iimnorleLs ?
Mais non , mes Frères ; ces hommes de cliair et de sang ont raison de refuser rhonneurejue la religion fait leur nature; et de se pt^rsuader que leur anie est toute de Itoue , et que tout meurt avec le corps. I>es hommes sensuels, impudiques, efféminées. ipii n’ont plus d'autre frein (pi’un instinct brillai ; plus d’autre règle, que l’eiiqiortement de leui-s desii^ ; plus d’autre occupation, que de réveiller, |sir de nouveaux arlinccs, la cupidité déjà a'isouvie: des hommes de ce caractère ne doivent |vas avoir beaucoup de peine à croire , tpi’lls n’ont en eux aucun princiîie de vie spirituelle; que le corps est tout leur être : et comme ils imitent les muMirsdes InMes, lis sont pardonnables de s’en attribuer la nature. Mais (|u’ils ne jugent pas de tous les hommes par eux-mémes; il e.sl encore sur la terre des aines chastes, piuli- <jues, lenqHfrantes : qu'ils ne transportent jias dans la nature les f»encliants hoitieiix de leur volonté; qu’ils ne dégradent [>as rhumanilé tout entière, iJOurs’éli*e indigm^ment di'gradé's euxiiicmes; qu'ils cherchent leurs sembla!>!es parmi les hommes : et se trouvant presque seuls dans runivers, ils verront qu’ils sont plulùt les monstres, que les ouvrages ordinaires de la nature.
D’ailleurs, non seulement l’impie est insensé, parce «pie dans une égalité même de rai»jii , son cœur et sa gloire devraient le décider en faveur de la foi, mais encore son propre intérêt. Car, mes Frères, on l’a di^a dit : que risque l’impie en croyant? quelle suite fâcheuse aura sa crédulité,
•s’il se trompe ? Il vivra avec honneur, avec probité, avec innocence : i) sera doux, affable, juste, sincère, religieux, ami généreux, époux fid('')c, niailre équitable : il modérera des passions ipii auroienl fait tous les malheurs de sa vie: il s’al>stiendra des plaisirs et des excès (pii lui eussent prrparé une vieillesse douloureuse, ou une fortune dérangée: il jouira de la répuiatiori de la vertu, et de l’estime des peuples; voilà ce qu’il risque. Quand tout hniroil avec cette vie, «îseruil lâ le seul secret de la passer lieiireuse et tranquille; voilà le seul inconvénienl que j'y trouve. S’il n*y a point de riTompense éternelle, qu’anra-t-U perdu en ratlenilanl? Il a |)crdu quelipics plai.drs sensuels et rapides, (pii l’auruient blentéit ou lassé parle dégoût qui les suit, ou tyrannisé par les nouveaux désirs qu’ils allument : il a perdu l'affreuse s lisfaclion d’tMre, pour rin>tanl qu’il a {XI ru sur la terre, cruel, dénaturé, voluptueux, sans foi, sansiinrurs, sans conscience, méprise {>eut-èire, et déshonoré au milieu de son{>euple. Je n’y vois f>as de plus grand malheur; il retombe dans le néant , et son erreur n'a (toiiil d'autre suite.
Mais s’il y a un avenir; mais s’il sc trompe en refu.sanl de croire, que ne ris(|ue-t-il pas ? l.a perle des biens éternels , la {xissession de votre gloire, ô mon Dieu ? qui devoir lerendre à jamais heureux. Mais ce n’est là même que le coiimiencemeiU de ses malheurs; il va trouver des anlciirs dévorantes, un suppliée sans lin et sans mesure, une éternité d’horreur et de rage. Or, comparez ces deux destinées; quel parti prendra ici l’iiiqiie? Ri.squcra-l-il la courte durée de quelipies jours ? lisqiiera-t-iJ une éternité tout entière? S’en tieiidra-t-il au présent qui doit finir demain, et où il ne sauroit même être lieureiix ? craindra-t-il un avenir qui n’a plus d’autres bfirnesque IVteniité, et qui ne doit liiiir qu’avec Dieu même ? Quel est riioimne sage, qui dans une incertitude même égale, osât ici balancer ? et quel nom dotmerunsnous à l’impie, qui , ii’ayanl pour lui que des doutes frivoles, et voyant du côté de la fui, l’aulorilé , les exemples, la prescription , la raison , la voix de tous les siècles, le inonde entier, {irend seul le parti uffreux de ne point croire, meurt tranquille, couime s’il ne devait plus vivre ; laisse sa destinée ctcrncile entreles mains du liasarü, et va tenter moliemeul un si grand événement? O Dieu ! csi-ce daiic )ù un liomme conduit {lai une raison Iramiuille, ou un furieux qui n’atteml {dns de res-sourc» que de son d(ises{)oir? 1/inceililude de rimpie est donc insensée dons les raisons sur les({ucllcs elle s’u{>ppuie.
by C-;iOgIe
LDM)I DE LA PKEMIÊKE SEMAINE.
Mais f en dernier lien ^ elle est encore affreuse dans ses conséquences. Et ici souffrez que je laisse les grandes raisons de doctrine : je ne veux parler qu’à la conscience de l’incrédule, et m’en tenir aux preuves de sentiuieiil.
Or, si tout doit finir avec nous, si l’homme ne doit rien attendre après cette vie, et que ce soit ici notre pairie, noire origine, et la seule félicité que iK)us pouvons nous promellre , poun|noi ii’y sommes-nous pas lieureux ? Si nous ne naixsons que fiour les plaisirs des sens, pourquoi nepenvent-ils nous salisfairc, et laissenl-ils toujours un fonds d’ennui et de tristesse dans notre cœur ? Si l’homme n’a rien au-dessus de la béte, que ne coule-l-il ses jours comme elle, sans souci, saus iiK|uiclude, sans dcgunt , sans tristesse, dans la félicité des sens et de la cliair ? Si l’hunime n’a fioiiit d'autre bonheur à espérer qu'un bonheur lejuporel , |MJurqiioi ne le trouve-t-il nulle part sur la terre? d’où vient que les richesses l’inquiètenl ; que les butineurs le fatiguent ; que les plaisirs le lassent; que les sciences le confondent, et irritent sa curiosité loin de la satisfaire; que la réputation le gène et l'cmbarra&se ; que tout cela ensemble ne peut remplir rimniensité de son Cffur, et lui laisse encoi'e qiiel((ue cliose à desirer? Tous les autres éire-s conteqis de leur destinée, parobsent heureux , à leur manière , dans la situation où l’auteur de la nature les a placés : les astres tranquilles dans le linnament, ne quittent ]»as leur séjour pour aller éclairer une autre terre : la terre réglée dans ses niouvemenU, ne s’clance pas en haut pour aller prendre leurplacc : les animaux rampent dans les campagnes , sans envier la destinée de l’homme qui liabite les villes et les palais somptueux: les oiseaux se réjouissent dans les airs, sans penser s’il y a des créatures plus heureuses qu’eux sur la terre : tout est lieureux , pour ainsi dire , tout est à sa place dans la nature : i’homnie seul est inquiet et mécontent; i’iiotnme seul est en proie à ses désirs , se laisse décliirer par des craintes , trouve son supplice daus ses espérances, devient triste et mallieureux au milieu (lésés plaisirs; l’homme seul ne rencontre rien ici-bas où son cœur puisse se fixer.
D’où vient cela? 0 homme! Ne seroit-ce point parce que vous êtes ici-bas déplacé ; que vous êtes fait pour le ciel; que votre cœur est plo> grand que le monde ; que la terre n’est pas votre ftalrie ; et que tout ce qui n’est {>as Dieu , n’est rien pour vous ? Répondez si vous {louvez . on plulùl interrt^ez votre cœur , et v»n.s serez fidèle.
En second lien, si lont meurt avec le corps, qui est-ce qui a pu [»ersuader à tous les hoomics,
de tous les siècles et de tous les pays, que leur aroe éloii immortelle? d'où a pu venir au genre humain cette idée étrange d’immortalité? un sentiment si éloigné de ia nature de l’iiomme , puisqu’il ne seroit ne que pour les fonctions des sens , auroit-il pu prévaloir sur la terre? Car si riioiimie, comme la bêle, n’est fait que pour le temps, rien ne doit être plus inconiprclieusible pour lui , que la seule idée d’imiiiurlalile. Des maclûnes pétrie.s de bouc, qui ne devixiient vivre, et n’avoir pour objet qu’une félicité seasuelle, auroienl elles ja- .maU pu ou se donner, on trouver enelles-mènies de si nobles sentiments, et des idées si .sublimes? Cependant cette idée si extraordinaire est devenue l’idée de tous les liommes : cette idée si opposée même aux sens , puiMpie l’homme , comme la bête , meurt tout entier à nos yeux , s’est établie sur tonte la terre : ce sentiment (pii n’anruil pas dû même trouver un inventeur dans l’iinivers, a trouvé une docilité universelle |Nirrai tons les peuples; les plus sauvages, comme les pin.s cultivés; les plus polis , comme les plus grossiers; les plu.s inlldète.s , comme les pItLs sonniis à la foi.
Car, remontez jusqu’à la naissance des siècles, parcourez toutes les nations, lisez l’histoire des royaumes et des enipire.s, écoutez ceux qui reviennent (les lies les plus éloignées; riminurtalité de l’ame a toujours été, et est encore la croyance de tou.s les peuples de l’univers. La connoissance d’un seul Dieu a pu s'effacer sur la terre ; sa gloire, sa pins.sance, son immensité ont pu s’anéantir , iKHU* ainsi dire, dans le ccrtir et dans l’esprit des hommes; des peuples entiers et sauvages peuvent vivre encore san.s culte , sans religion, sans Dieu dans ce monde : mais ils attendent tous an avenir; mais le sentiment de l’immortalité de l’ame n’a pu s’effacer de leur cœur ; mais iU se figurent tous mie région que nos âmes habiteront après notre mort; et en oubliant Dieu , ils n’ont pa ne pfis se sentir eux-mémes.
Or, d’où vient que des hotuines si différents d’humeur, de culte, de |iays, de sentiments, d’intérêts , de figure même, et qui à peine paroissent entre eux de même espèce, conviennent tous pourtant en ce |K)int, et veulent tous être immortels ? Ce n’est pas ici une collu>ion; carc(Hiinientferezv(Hi8 convenir ensemble les hommes de tous les pays et de tous les siècles? Ce n’est pas un préjugé de l’éducation ; car les m(Ptirs, les usages, le culte, qui d’ordinaire sont la suite des préjugés, ne sont pas le.s mêmes parmi tous les peuples ; le sentiment de rimmortaJiié leur est commun ù tous. Ce ii’esl pas une secte; car outre que c’est 1a religion universelle du monde, ce dogme n*a
Digitiz----* Giiosle
VÉRITÉ DTIN AVENIR.
point eu de chef et de proieeteor : les hommes se le sont persuadé eux-tnénies , ou plutôt la nature le leur a appris sans le secours des maîtres; et seul depuis le commencement des choses , il a passé des pères aux enfants, et s*esl toujours maintenu sur la terre. 0 1 vous qui croyez être un amas de boue , sortez donc du monde , où vous vous trou> vez seul de votre avis; allez donc chercher dans une autre terre des hommes d’une autre espèce, et semblables à la l>èie : ou pliildt ayez borrcur de vous-même de vous UxHiver comme seul dans l'univers, de vous révolter contre toute la nature, de désavouer voire propre crrur; et reconnoUsez, dans un sentiment commun à tous les liommes , l'impression commune de l'autour qui les a formés !
Enfin, et je liiiis avec celte dernière raison : la société universelle des hommes , les lois qui nous unissent les uns aux autres , les devoirs les plus sacrés et les plus inviol&bles de la vie civile , tout cela ti'esl fondé que sur la certitude d'un avenir. A insi , si tout meurt avec le corps , il faut que fitnivers prenne d’autres lois, d'autres mœurs, d’autres usages , et que tout change de face sur la terre. Si tout meori avec le corps , les maximes de l'équilé, de l’amitié, de l’hooneur, de la bonne foi, de la reconnoissance, ne sont donc plus que des erreurs populaires; puisque nous ne devons rien à des hommes qui ne nous sont rien, auxquels nucpn nœud commun de culte et d’espérance ne nous lie, qui vont demain relomberdans le néant, et qui ne sont dija plus. .Si tout meurt avec nous , les doux noms d’enfant , de père , d’ami , d’époux , sont donc des noms de théâtre, et de vains litres qui nou.s abusent ; puisque l'amitié , celle même qui vient de la vertu , n’est [dus un lien durable; que nos pères qui nous ont précédés ne sont plus; que nos enfants ne seront point nos successeurs; carie néant, tel que nous devons être un jour, n’a point de suite : que la société sacrée des noces n’est plus qu’une union bnitale , d’où , par un assemblage bizarre et fortuit, sortent des êtres qui nous ressemblent, mais qui n'ont de commun avec nous que le néant.
Que dirai-je encore? Si tout meurt avec nous, les annales domestiques , et la suite de nos ancêtres n’est donc plus qu’une suite de diimères , puisque nous n’avons plus d’aîeux , et que nous n’aurons point de nevenx; les soins du nom et de la postérité sont donc frivoles ; l’honneur qu’on rend à la mémoire des hommes illustres , une erreur puérile , puisqu’il est ridicule d’honorer ce qui n’est plus ; la religion des tombeaux , une illusion vulgaire ; les cendres de nos pères et de nos amis , une vile poussière qu’il faut jeter au vent , et qui n’ap-
partient à personne ; les dernières inlent ions des moiiranLs si sacrées parmi les peuples les plus l>arbares, le dernier son d'une macliine qui se dissout; et pour tout dire, en un mot, si tout meurt avec nous, les lois sont dune une servitude insensée ; les rois et les souverains, dés rdiiiùmes que la foi- Messe des peuples a élevés; la justice, imeiLsnrpalionsur la liberté des hommes; la lui des mariages, un vain scrupule; la pudeur, un préjugé; l’honneur et la probité , des chimères; les incestes , les parricides, les |>erndies noires, des jeux de la nature , et des noms que la politique des législateurs a inventés.
Voilà où se réduit la piiilo.'<opiiie sublime des impies ; voilà celte force , cette raison , cette sagesse qu’ils nous vantent éternellement. Convenez de leurs maximes, et l’univers entier retombe dans un aiïreux ctiaos; et tout est confondu sur la terre ; et toutes les idées du vice et de la vertu sont renversées: et les lois les plus inviolables de la société s'évanouissent; et la discipline des mœurs périt ; et le gouvernement des étals et des empires n’a plus de règle; et toute l’harmonie du corps politique s'écroule; et le genre humain n'est plus qu’un assemblage d'insensés, de barbares, d'impudiques, de furieux, de fourbes , de dénattirés , qui n’oiit plus d’autre loi que la force ; plas d'autre frein que leurs passions et la crainte de l’autorité; plus d’niiire lien que l’irréligion et l'indépendance; plus d’autre Dieu qu’eux-mêmes. Voilà le monde des impies ; et si ce plan alTi eux de république vous plaît , formez , si voua le pouvez , une société de ces hommes monstrueux. Tout ce qui nous reste à vous dire, c'est que vous êtes digne d’y occuper une place.
Qu’il est donc digne de l’homme, mes Frères, d’attendre une destinée étemelle ; de régler ses mœurs sur la loi; et de vivre comme devant un jour rendre compte de ses actions devanlcelui qui pèsera les esprits , et qui surprendra les sages dams leur sagesse !
L’incertitude de l'impie est donc suspecte dans son principe , insensée dans ses raisons , affreose dans ses conséquences. Mais après vous avoir moutré que rien n'est plus oppo.^ à la droite raison que le doute qu’il se forme sur l’avenir , achevons de le confondre dans ses prétextes; et montrons que rien n’est plus opposé à l’idée d’un Dieu sage et au sentiment de la propre conscience.