‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 89 sur 348 · PREMIER DIMANCHE DE CAREMK · texte numérisé non relu

PREMIER DIMANCHE DE CAREMK

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nuti.s vous refusons souvent la v<^riiê que nous devous encore respecter davantage : et après cela , TOUS nous accusez d'exagérer, d’outrer les vérités, et d’en former des fantômes de notre façon, pour alarmer ceux qui nous écoutent.

^ Mais, que nous reviendroit-il d’un ariifîce si indigne de la vérité qui nous est eonflce ? Ces déclamations outrées et puériles pouvoienl convenir à l’éloquence vénale de ces sopliistes , qui , au milieu des écoles de la Grèce , cherdioient à s’attirer des disciples en vantant la sagesse de leur secte. Itlais pour nous , mes Frères! eii ! nous voudrions pouvoir vous adoucir le joug, loin de le rendre plus pesant; nous voudrions pouvoir vous faciliter la voie, loin d’y jeter de nouveaux obstacles. Que ne pouvons-nons , comme le pasteur de l’KvangUe, vous porter nous- mêmes sur les épaules pour vous épargner les fatigues du chemin ! Pourquoi vous dégoûterions-nous de reiitrcprise du salut, en vous y représentant des dHricullés cliiméri- (|ues? C’est à nous à vous aplanir celles qui s’y trouvent en effet, et ù vous tendre la main pour soutenir votre foiblesse.

Méditez la toi de Jésus-Christ , mes Frères; qtie dis-je? ouvrez seulement rÊvangile, et lisez; alors vous comprendrez qne nous (irons un voile de discrétion sur la sévérité de ses maximes; alors, loin devons plaindre de nos excès, vous suppléerez Yoos-mèmes à notre silence et à nos adoucissements, et vous vons direz ce que nous craignons de vous dire, parce que vous ne pourriez pas le porter, (irand Dieu! porter sa croix dinquc jour, mépriser le monde et tout ce qu’il renferme, vivre comme étranger sur la terre, ne s’attacher qu’à voussenl, renoncer à tout ce ((ui flatte les sens, se renoncer sans cesse soi-même , regarder comme heureux ceux qui pleurent et qui sont affligés; voilà le précis de votre loi sainte. Eh! que peut ajouter l’esprit Immnin à la rigueur de cette doctrine? que pourrions-nous vous annoncer de plus triste et de plus formidable à l’ainour-propre ? Aussi vos reproches ne sont qu’un vain langage du monde , et une de ces façons de parler que nul n’approfondit, et que chacun adopte : votre con- .science les dément en secret ; et quand vous parlez de bonne foi, vous convenez que nous avons raison, et que l’Évangile est nn prédicateur bien plus sévère et plus effrayant pour le monde et pour ceux qui l’aiment, que nous ne saurions jamais l'être noas-mémes.

Premier devoir qa’exige de vous rautorité de la parole sainte, nn esprit de docilité.

Vous devez en second lieu , à l’aulorité de cette parole, un esprit de sincérité et d’application sur

vous-inèine; c’esi-à-<lire, être ici un censeur rigoureux de votre propre conscience; avoir sans cesse sous les yeux d’un côté l’état de voue ame, de raiilre les vérités qne nous annonçons ; vous mesurer sur cette règle ; vous approfondir dans cette lumière; vous juger par cette loi; écouler, comme adressées à vous seul , les saintes maximes annoncées à la multitude; vous regarder comme seul ici devant Jésus-Christ qui parle à vous seul par notre bouclie , et qui peut-être même ne noas envoie ici que pour vous seul. Car, mes Frères, nul ne prend ici pour soi la vérité qui l'attaque et qui le condamne; nul ne s’y croit un personnage intéressé : il semble que nous nousfurnmns à plaisir des fantômes pour les comluiire , et que la réalité du pédteur qne nous attaquons ne se trouve nulle part. L’impudique ne se recmmolt point dans les traits les plus vifs et les plus ressemblants de sa passion. I/bomme chaigé d’un bien mal acquis, et peut-être du sang et de la dépouille des peuples, condamne avec iïous cette injustice dans les autres, et ne voit pas qu’il se juge luimême. Le courtisan dévoré d’ambition , et qui sacrifie tous les Jours à cette idole 1a conscience et la probité , convient de la bassesse de cette passion dans ses semblables, et la regarde comme une vertu, 011 comme la grande science de la cour , pour lui-même. Chacun s’envisage toujours par certains côtés favorables qui l'empêchent de se rccoimoltre tel qu’il est. Nous avons beao , pour ainsi dire , le montrer au doigt ; on trouve toujours en soi certains (rails adoucis qui changent la ressemblance. On se dit tout bas à soi-même : Je ne .suis pas cet homme. Et tandis que le public nous applique peut-être des vérités si ressemblantes , seuls , ou nous réussissons à nous y mécunnoltre, ou nous n'y découvrons peut-être que les défauts de nos frères ; nous cliercbons à nos propresportraits des ressemblances étrangères; nous sommes ingénieux à détourner sur les autres le coup que la vérité n’avoit porté que sur nous ; la malignité des applications est l’unique fruit qne nous retirons de la peinture que la chair fait de nos vices, cl nous jugeons témérairement nos frères, où nous aurioiLs dû nous juger nous-mêmes. El c’est ainsi, ômon Dieu! que les hommes corrompus abusent de tout, et que la lumière même de la vérité ferme leurs yeux sur leurs propres égarements, et ne les ouvre que pour voir daas les autres, ou ce qui n’est pas, ou ce qu’elle aaroildû leur cacher!

Tels sont les devoirs qu’exige de tous rautorité de la parole sainte : venons à ceux qui sont attachés à sa fin. Sa fin , mes Frères, toils le savez.

SÜK LA PAROLE DE DlEl*.

c*est la conversion des cceur$« rétablissement de la vérité, la destruction de Terreur et du péclic , la sanctification du nom de Jésus-Christ; tout y est grand , tout y est sérieux, lotit y est digne de la pins sublime fonction de la hiérarchie : et de là il est aisé de conclure que vous devez nous écooter avec un esprit de respect religieux qui ne méprise pas la simplicité de nos discours, et avec un esprit de fui qui n*y cherche rien d’humain, rien' de fri^ vole, rien <|ui ne rë)M)ude à Tcxccllence et à la diguité de sa fin.

Je dur un esprit de respect religieux i|ui uc méprise pas la simplicité de nos discours : car quelque éclairé que vous soyez d’ailleurs , vous ne devez pas vous faire de vm prétendues lumières un litre pour négliger les instruclioas que TÊgUse donne aux fidèles. Augustin, déjà si célèbre à Milan par ses talents et par son ékH|uenoe, ne dédaignoil pas d’a.<isister assidûment aux instructions publiques du grand Ambroise. L’onction de l’esprit vous apprendra toujours ici ce <|ue vous ignorez peut-être encore. Si vous avez la science qui enfle , vi^us vous affermirez dans la charité qui édifie. St votre esprit n’y apprend rien de nouveau , votre cœur y sentira peut-être des choses nouvelles : vous y apprendrez du moins que votre savoir n’est rien , si vous ignorez la science du salut; que vous n’êtes qu’une nuée sans eau , élevé à la vérité par vos talents et par vos connoUsances sur le reste des hommes, mais vide de grâce, et le jouet des vents et des passions devant Dieu; et qu’enün une ame simple et pure apprendra tout en un instant dans le sein de Dieu , et sera transformée de clarté en clarté; au lieu que vous, après une vie entière de veilles et de travail, et un amas inutile de coimoîssances et de lumières , n’aurez peut-être pour partage que les ténèbres étemelles.

Quel abus, mes Frères, de se bannir de ces assemblées saintes, sons prétexte qu’on en sait assez, et peut-être aussi qu’on est assez instruit des devoirs de la piété dont on fait profession depuis long-temps; et que des lectures diréüennes et un peu de réflexion dans la retraite, mènent plus loin, et sont plus utiles que tous nos discours ! Mais, mon cher Auditeur, si vous faites profession de la piété et de la justice , quelle pliu douce consolation pouvez-vous avoir, que d’entendre publier les merveilles du Seigneur, les ordonnances de sa loi sainte, des vérités que vous aimez , que vous pratiquez, et dont vous devez souhaiter que la connoissarice soit donnée à tous les hommes ? Quel spectacle plus consolant pour vous , que de voir vos frères usseinhlcs ici au pie»l de Taulel , altenük à la parole de la vie , éloignes des spcc-

taeJes du monde et des occasions du péclié , formant de saints désirs, ouvrant leurs cteurs à la voix de Dieu , concevant peut-être les prémices de TLsprit saint, et les commencements de leur pénitence; et de pouvoir vous unir à eux pour obtenir du Père des miséricordes, (|u’il achève dans leur ame Touvrage du salut qu’il a commencé d’y opérer.

Ce u'est pas que la méditation des divines Écritures ne fournisse à la piété chrétienne des ressources consolantes. Mais le Seigneur attache à la vertu de notre ministère , et à la vocation légitime , grâces que vous ne trouverez pas ailleurs. I.es vérités les plus simples dans la bouche des pasteurs, ou de ceux qui vous parlent à leur place , tirent de la grâce de leur mission une force qu’elles n'ont pas toutes seules ; et le même livre d’Isale, qui, lu dans un char par cet officier de la reine d’Éthiopie, éloit (loiir lui un livre ferme, et amusüit son loisir sans éclairer sa foi , dévelop|)é par Philippe, devint à l’instant pour lui une parole de vie et de salut. Et enhn, vous devez cel exemple à vos frères , celle édilicalion à TÉgilse , ce res|)tct à la parole de Jésus-Christ , cette uniformité à Tesprit de paix et d’unité qui nous lie. Eh ! banissez-vous , à la bonne heure , de ces assemblées profanes et criminelles, où la piété est toujours gémissante , étrangère , contrainte : mais c’est ici sa place ; c'est l’assemblée des saints , puisque ce n’est que pour les funner que notre ministère a été établi, et se perpétue encore dans TKgliso.

J ’ai dit en second lieu , un esprit de foi ; et celle disposition en renferme deux : un amour pour la parole sainte indépendant des talents de Tbonmie qui TOUS Tannunce; un goût formé par la religion, qui ne vknue (^s y chercher de vaints ornements, mais les vérités solides du salut : c'est-à-dire, ne Tccouler ni avec un esprit de censure , ni avec un esprit de airiosilé.

El en effet, votre amour pour la parole de Jésus-Christ doit vous aveugler, pour ainsi dire, sur les défauts de ceux qui vous Tunnoocent : vous devez la trouver belle, divine, digne de tous vos hommages dans une bouche même impolie et grossière. Sous quelque couleur qu’on vous la présente , revêtue d’ornements pompeux, ou simple et négligée, pourvu que vous en rcconnoissicz encore les traits oMestes, elle a les mêmes droits sur votre cœur. Et certes perd-elle quel((ne chose de sa sainteté pour passer par des canaux moins brillants et moins riches? Qjie le .Seigneur parlât autrefois à travers liii Imi^sunvil et méprisal^le aux yeux, uu sur une tiueu de gloire; qu’il rendit ses

piïk.miki; di.man

oraclt's au milieu du dt^cri el dans im talMU-nncle l'ouvert de |K.‘ain( d’animaux « ou dans le temple de Salomon le plus maguili<|ue qui ait jamais été élevé à la grioire de son nom , sa parole sainte y perdoit-elie queKpie cimsc de sa dignité ? et comme c’étoit le même Seifn»eur qui (>arloit partout , la foi d'Israël y foisoil-elle (pielque différence ?

Cependant, parmi tous ceux qui nons écoulent, il en est peu anjounrhui qui ne s’ériu^'nt en juges el en eensinjrs de la parole sainte. Ou ne vient ici que pmir décider «lu mérite de ceux qui l’aunoncent , pour faire des parallèles insensés , pour prononcer sur la différence des jours el des inslruclions ; on se fait honneur d'iHre difdcile : on pasye sans nlleulion sur tes vérités les plus étonnantes, el qui semieiil d’un plus grand usage |>oiir soi ; el tout If nuilqu’ou relire d’un discours chrétien, se l)orne à en avoir mieux remarqué les défauts que tout autre. De sorte qu*on [M*ut appliquer à la ]i!iqtart de nos auditeurs ce que Josiqdi , devenu le sauveur «le TCgyple, «Ii.s«»ii jwr pun* feinte tt ses hères : Ce n’esl (i;is |M)ur chercher le froment el la nourriture, que v«>iis êtes venus ici, c’csl ciHnme des e-spions qui venez remarquer les en- «Iroits foihies de cctlc contrée ; lixploratores estis; «1 ridfatis hi^rnilora terrw, reuistis, ((iK\. , AUI , 9.) Ce n’esl pas pour votis nimrrir du |Kiin de la [kirole , cl cherclier des secours el des remèdes utiles à vas maux , que vous venez nous écouler; c’est po«ir trouver od placer «{ueiipics vaines censures, el vous faire honneur de nos défaiiis, «]ui sont peut-être une punition terrible de Dieu sur vous, le(|uel refuse à vos crimes des ouvriers plus accnnipHs, el «|ui numient pu vous rappeler à In jiénilcuce : A.rp/orflforcs esiis ,• «f ridffltis in/îri«foro terrw, renistif.

Mais de bonne foi, mes Frères, i|uel«ine foilde «pie soit notre langage, n'<‘n di.snns-nous pas toujours assez pour vous confondre, pour dissi[ier vos errem s, el pour vous faire convenir en secret des égarements «pje vous ne pouvez vous jusiilier à vous-mêmes? P'aut-il des talents si sublimes pour vous ilire que les fomi«'-aleurs , les avares , el les hommes Staus miséricorde , u’entiéront jamais dans le royaume de Dieu; «{ue si vous ne faites IRmitenCî. vous périiTz; cl qu’il ne sort de rien d’être p«>ssesseur du mi>n«ie eniier, si l’un vient à penlre son arne? n’csl-ce pas la simplicité im'me «pii fail toute la force de ces divines vérités ? el dans la Imuchc du plus obscur de tous les ministres seroieiil-elles moins effrayantes?

Et d’ailleurs, s'il éluil |)erfnis de nous recommaiuler ici nous-mêmes, cuiiune le disoU autre-

:iii: lu. c.vHÉME.

fois rA;)«)lre à des liJèles ingrats , plus attentjts à (^nsurer la simplicilé de son extérieur el de son langage, et sa figure méprisable, comme il dit liii-mêinc, .vux yeux des hommes, que touchés di's fatigues et des périls infinis ipi’il avoil essuyés pour leur annonc«*r rEvaiigile el les c«>uverlir à la foi : s’il «'luit (RTinis , nous vo«is dirions : Mes Frères, nous suiiten«ms («oiir v«ius tout le poids d’un ministère |Kinihle; nos soins, nos veilles, nos prières, les travaux inllmstpii nous conduisent àces chaires chrétiennes, n’ont iMiiiit «raiilre objet que votre salut : eh! ne mérit«>ns-uous pas «lu moins «pie vous resqH*ctiez nos peines? le zèle qui souffre tout [MUir vous assurer le salut, peul-il jamais devenir le triste sujet de vos dérisions el de vos censures? Demamlez à Dieu, à la Ixxme heure, |»our la gloire de l’EglLsc et pour l’Iioniieiir de -on Evangile, «pi’i! suscite à son peuple des ouvriers puissiuU en {larolc ; de ces hommes «pie ronction seule «le l’esprit de Dieu rend éli>- 4|uciils , et 4](ii aimuuccrn TÉvangile d'une manière digne de son élévation et de sa sainteté. Mais ({U3ud no. .s y inauqnons, que votre foi supplée à nos discours; que votre pitUc rende à la vérité «laus vos c«i’urs ce «pi’elle perd «laus noire Itouclie ; et par vos degoâls injiLstes , ri’ol)lige pas les ministres de l’Evangile à recourir, pour >ous plaire, aux vains artifices d’une élo«|uence humaine, à briller plultH qu’à instruire, et à descemlre chez les Philistins, comme autrefois les Israélites, pour aiguiser leurs iiislrumenis destinés à cultiver la terre ; je veux dire , à chercher dans les sciences |>roriiucs, ou «laus le langage d’un monde ennemi , des ornements étrangers pour enibellir la simplicité de ri>angile , el donner aux instnimcnls et aux talents destinés à faii'e croître et fructifier la semence sainte, un brillant et une subtilité «lui eu émousse la force et la verltt, et «pit met un faux éclat à la place du zèle et de la vérité : Drsrenrlehai enjo omnis Isrnd ad Philisthiimf lit exacueret MJütsqifisque romc/rm stium, et lujouem. (1 Une. , Mil , 20.)

Et voilà, mes Frères, ledennerü« faulopposéàcel esprit «le foi, un esprit de curiosité. Vous ne distinguez J1.1S assez la .sainte gravité «le notre ministère, de cet art valu el frivole , «pii ne se propose que l’arrangemenl «lu «liscoiirs el la gloire de l’eluqucuce: vtviis n’âsoislez ù nos discours «pie comme autrefois Augustin encore pécheur a.ssistoil à ceux d’Ambroise. Ce n’eloil pas, dit cet illustre i>enitent, pour y apprendre de la Ixmcbe de riiomme de Dieu , les secrets de la vie éternelle , que je clierchois depuis si long-temps, ni pour y trouver des renunies aux plaies lioiitcuses et invétérées «k

VEIUTE D*UN AVKMK.

mon amcy que vous senlconnoisÂieis, ù mon bien ! | cV'toil pimr examiner si M>n éloqueiK'e ré|K>ndoit à sa grawlc n.‘{>ulafion, el si ses discours Koutenoient les applaudissemeiits que lui doimoil tout 5011 peuple. Ix» vérités qu'il unmmçuil ne m'inléressoieul point ; je irélois luuclié que de la lieauté et de la douceur du discours: lierum nuieiii fiirtiriosus ef contempior adsla/tain . et delectahar suavitate sermoui$. (CuNF. lih. j, c.'lS.)

Et telle est enotire aujourd'hui la situation déplorable (Tune iiiTinitc de fidèles qui nous écoutent, lestpieU chargiii de crimes comme Augustin, liés comme lui des (tassions les plus honteuses, loin de venir chercher ici des remèdes à leurs maux, viennent y cherdier de vains oniemenls qui amusent les malades sans les guérir; ((iii font que nous plaisons au (KHdietir, mais qui ne font pas que le (téclieur se déplaise à lui-mème. Ils viennent , ce semble, nous dire ce que les habitants de Rahylone disuienl autrefois aux Israélites captifs : Chantez-nous les cantiques de Sion : Ihjmnum cautate notais de cantiris Sion. (Ps. cxxxvi, 3.) Us viennent chercher l'harmonie et ragrémenl dans les vérit^ serieuses de la muiale de Jésus- Cliristjdans les soupirs de la triste Sion étrangère et captive , et veulent que nous (tensions à flatter Toreille en publiant les menaces et h‘s maximes s<‘vèresde rÊvangile : f/ymnuM ronfafe uo&isde CAufiriStÇioii.

O vous! qui m’écoutez , et que ce discours regarde, rentrez un mometileii vous-méines; votre sort est comme dé(tloré aux yeux de Dieu; vos plaies invétérées ne laissent presque plus d’es(>oir de guérison; vos maux (tressent, te teiiqis est court; Dieu, lassé de vous souffrir depuis si longtenqts, va enfin vous frapper el vous sur(>rendre: voilà les inaliHnirs étemels que nous vous (trëdisoiis, et qui arrivent tous les jours à vos semblables. Vous n’étes (tas loin de raccom(>lissement ; nous vous montrons le glaive terrible du Seigneur suspendu sur votre tète, cl (trèl à tomber sur vous : el loin de frémir sur les suites de votre destine^ et prendre des mesures pour vous déro- Iter au glaive qui vous menace , vous vous amusez à examiner s'il brille, el s’il a de l'éclat; et vous dtercliez dans les terreurs mêmes de la prédictiou', les beautés (Hiériles d’une vaine éloquence. Grand Dieu ! que le pécheur (tarolt méprisable el digne de risée , <|uand on l'envisage dans votre lumière !

Car, mes Frères, sommes-nous donc ici snr une tribune profane , pour ménager avec des paroies artinclenses les suffrages d'une assemblée oish e ; ou dans la cliaire clirétieime et à la place de

Jésus*Chrbt, pour vous instruire, (tour vous reprendre , pour vous sanctifier au non» el sou.s les yeux de celui qui mtus envoie? Est-ce ici une (lis|mte de gloire, un exei-cice d’esprit el d'uisixeté, ou le (ilus saint et le plus important ministère de la foi ? Eh ! pourquoi venez-vous vous arrêter à nos foiltles talents, el chercher des qualités luiraaines «n Dieu seul parle el agit? Des instrumeuts les plus vils ne

sont-ils (wsquelquefoislesplus(Hü()reÿà!a|mksance de sa grâce? les murs de Jéricho ne toiiibenl-lls pas, quand il lui plaît, au bruit des phi.s fragiles trompettes ? Eh ! que nous iiii(Hirtc de vous plaire, si nous ne vous clwngetms (»as? que nous sert d’èlre élo<|uenl8, si vous êtes toujours pécheurs ? quel fruit nous revient-il de vos louanges, si vf»us n’en relirez vous-mêmes aucun de nos instructions? Notre gloire, c’est réUibiisscmeul du règne de Dieu dans vos cœurs ; vos larmes toutes seules , bien mieux que vos a()plaudissemenls, peuvent faire notre éloge; el nou.s ne voulons point d’aulr' couronne que vüus-même.s et votre salut éternel .fiosi 50if-<f.

SERMOÎV

POd LB U vm

DK LA PRKMIÈKK SEMAI.M: DK KAIlKMi:.

SCR EA VÉRITÉ D’IiN AVENIR.

IbunI ht Di jru|tp/iriuin irUnitim, Jtisti oulrm in ritntH aUi'nom.

Ceux-ci iront dans le Mipplicc eicnicl , et les Juste* iront dans U rie éternelJc. (Mattm., xx\. W.)

Voilà, mes Frères , à quoi sc tcmhncroiu enfin les désirs, les es|H.'rances , les conseils cl les entreprises des hommes ; voilà où viendront enfin échouer les v*aines réflexions des sag^’s el des esprits forts , les doutes el les Incerliltides élerucllcs des incrédules, les vastes projets desnmqiiérants, les monuments de la gloire humaine , les soins de rambilion, les distinctions des talents, les inrjuictudes delà fortune, la [»ros(iérité des empires, el toutes les révolulloas frivoles de la terre. Tel sera le dénouement re<IoiilahIü , qui nous dévelop(>era enlln les mystères de la Providence sur les diverses destinées des enfants d’Adam , el qui justifiera sa conduite dans le gouvernenient de l’imivers. Celle vie n’est donc <|u’uii instant rapide, el le commencement d*uu aveair étemel.

LUNDI DK LA PREMIÉKL SEMAINE.

Des tourments qui ne finiront plus , ou les délices d'une félicité immortelle , partageront enfin le sort de tous les liommes ; et l’une de ces deux destinées doit être la nôtre.

Cependant l'image de ce grand spectacle, qui avait pu autrefois effrayer la férocité des tyrans , ébranler la fermeté des pliilosophes , troubler la mollesse et les voluptés des césars, adoucir les peuples les plus barbares, former tant de martyrs, peupler les déserts, et soumettre tout l’univers au joug de la croix ; celle image si effrayante n’est presque plus destinée aujourd’hui qu’ô alarmer la timidité du simple peuple : ces grands objets sont devenus des peintures vulgaires qu’on n’ose presque plus exposer i la fausse délicatesse des puissants et des sages du monde ; et tout le fruit que nous retirons d’ordinaire de ces sortes de discours , c’est de faire demander au sortir de U , si tout se passera comme nous l’avons dit.

Car, mes Frères , nous vivons dans des temps où la foi de plusieurs a fait naufrage ; où une affrense philosophie, comme un venin mortel, se répand en secret, et entreprend de justifier les abominations et les vices contre la foi des peines et des récompenses futures. Cette plaie a passé des palais des grands jusque dans le peuple; et partout la piété des Justes est blessée par les discours de l’irréligion et les maximes du libertinage.

Et certes, mes Frères , je ne suis pas surpris que des hommes dissolus doutent d’un avenir , et tâclient de combattre ou d’affoihlir une vérité si capable de troubler leurs voluptés criminelles. Il est affreux d’atlendre un malheur étemel. Le monde n’a point de plaisir à l’épreuve d’une pensée si funeste ; aussi le monde a de tout temps essayé de l’effacer du coeur et de l’esprit des hommes ; il sent bien que la fui d’un avenir est un frein incommode aux passions humaines, et qu’il ne réussira jamais à faire des voluptueux tranquilles et détemiinés, qu’il u’euait fait auparavant des incrédules.

Otons donc, mes Frères, à la corruption du CŒur humain un appui si monstrueux et si fragile : prouvons aux âmes dissolues , qu’elles survivront à leurs désordres ; que tout ne meurt pas avec le corps ; que cette vie finira leurs crimes , maison pas leurs malheurs; et pour mieux confondre l’impiété, attaquons-la dans les vains prétexles sur lesquels elle s’appuie.

Premièrement, qui sait, nous dit l’impie, si tout ne meurt pas avec nous? Cette autre vie dont on nous parle , est-elle bien sûre ? Qui en est revenu pour nous dire ce qui s’y passe?

becondement , est-il digne de la grandeur de

Dieu , disent-ils encore , de s’abaisser è ce qui se passe parmi les hommes ? Que lui importe que des vers de terre comme nous , s’égorgent , se trompent, se déchirent, vivent dans les plaisirs o<i dans la tempérance? ii’est-ce pas un orgueil à rbomme de croire qu’un Dieu si grand s’occupe de lui?

Enfin, quelle ap|iarence, ajoutent-ils, que Dieu ayant fait naître l’Iiomme tel qu’il est , il punisse comme des crimes des penclianls de plaisir que nous trouvons en nous, et (|ue la nature nous a donnés ? Voili toute la philosophie des âmes voluptueuses ; l’incertitude d’un avenir ; la grandeur de Dieu qu’une vile créature ne peut offenser ; la foiMesse née avec l’homme, et à qui il seroit injuste d’en faire un crime.

Prouvons donc d’abonl. contre l’incertitude des impies , que la vérité d’un avenir est justifiée par les plus pures lumières de la raison; en second lien , contre l’idée indigne (|u’ils se forment de la grandeur de Dieu, que celle vérité est justifiée par sa sagesse et par sa gloire; enfin, contre le prétexte tiré de la foiblesse de l’homme , qu’elle est justifiée )iar le jugement même de sa propre conscience. La certitude d’un avenir , la nécessité d’un avenir , le sentiment secret d’un avenir : voilà lont mon discours.

O Dieu ! ne regarder |ias l’outrage que les blasphèmes de l’impiété font à votre gloire ; regardez seulement , et voyez de quoi la raison que vous n’éclairez plus , est capable. Heconnoissez dans les égarements monstrueux de l’esprit humain, toute la sévérité de votre justice , lorsqu’elle l’abandonne; afin que plus j’exposerai ici les hlaspliènies insensés de l’impie, plus ils deviennent à vta> yeux un objet digne de votre pitié , et des richesses de votre miséricorde. Ate, Maria.

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