‹ Œuvres de MassillonChapitre 18 sur 88 · SERMON POUR LE JOUR DE NOËL · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE JOUR DE NOËL

Evangeliso vobis gaudium magnum, quod erit omni populo ; quia natus est vobis hodie Salvator, qui est Chris tus Dominus.

Je viens vous apporter une nouvelle qui sera pour tout le peuple le suje\ d'une grande joie ; c'est qu'aujourd nui il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. ( Loc, H, 10, 83.)

Sire,

Voilà en effet la grande nouvelle que le monde attendoit depuis quatre mille ans : voilà le grand événement que tant de prophètes avoient prédit; que tant de cérémonies avoient figuré, que tant de Justes avoient attendu , et que toute la nature sembloit promettre et hâter par la corruption universelle répandue sur toute chair ; voilà le grand bienfait que la bonté de Dieu préparoit aux hommes , depuis que l'infidélité de leur premier père les eut tous assujettis au péché et à la mort.

Le Sauveur, le Christ , le Seigneur, paroît enfin aujourd'hui sur la terre. Les nuées enfantent le Juste : l'étoile de Jacob se montre à l'univers; le sceptre est sorti de Juda, et celui qui devoit venir est arrivé; les temps mystérieux sont accomplis; le Seigneur a fait paroître le signe promis à la Judée : une vierge a conçu et enfanté ; et de Bethléem sort le conducteur qui doit instruire et régir tout Israël.

Quels nouveaux biens, mes Frères, cette naissance n'annoncet-elle pas aux hommes ! Elle n'auroit pas été durant tant de siècles annoncée , attendue , désirée ; elle n'auroit pas fait la religion de tout un peuple, l'objet de toutes les prophéties , le dénoûment de toutes les figures , l'unique fin de toutes les démarches de Dieu envers les hommes, si elle n'avoit été la plus grande marque d'amour qu'il pouvoit leur donner. Quelle nuit heureuse que celle qui vient de présider à cet enfantement divin ! elle a vu la lumière du monde luire dans ses ténèbres : les cieux en retentissent de joie et de cantiques d'actions de grâces.

Mais , mes Frères , pour entrer dans les transports d'allégresse que cette naissance répand dans le ciel et sur la terre , il faut participer aux bienfaits qu'elle vient nous apporter La joie commune n'est fondée que sur le salut commun qui nous est offert : et si , malgré ce secours, nous nous obstinons encore à périr, l'Eglise

t36 LE JOUR DE NOËL.

fleure sur nous, et nous mêlons le deuil et la tristesse à la joie que lui inspire une si heureuse nouvelle.

Or quels sont les bienfaits inestimables que cette naissance vient apporter aux hommes? Les esprits célestes eux-mêmes viennent l'apprendre aujourd'hui aux pasteurs: elle vient rendre la gloire à Dieu et la paix aux hommes ; et voilà tout le fond de ce grand mystère développé. A Dieu , la gloire que les hommes avoient voulu lui ravir ; aux hommes , la paix qu'ils n'avoient cessé de se ravir à eux mêmes. Implorons, etc. Ave, Maria.

Page 1