‹ Œuvres de MassillonChapitre 38 sur 88 · SERMON POUR LE MERCREDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE DE CARÊME · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE MERCREDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE DE CARÊME

F.tfiunt noi'issima homims illius pejorn prioribus.

Et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. ( MATTH. , xn , 45.)

Quelle peinture effrayante noire Évangile nous trace- t-il de la rechute , mes (rès chers Frères ; de ce péché si commun , qui n'alarme plus les consciences , et avec lequel presque tout le monde s'est familiarisé , pareequ'il paroît être devenu l'état ordinaire des chrétiens ! nous n'imaginons rien de plus horrible que le sort d'un homme possédé du démon, livré à la discrétion et à toute la fureur de cet ennemi du genre humain; et n'étant plus, à proprement parler, que l'instrument infortuné de sa malice et de sa corruption. Ah! s'il faut en croire notre divin Maître, le sort d'une ame infidèle, qui , après être sortie de ses premiers égarements, après avoir goûté le don céleste , se laisse ren traîner dans les voies de péché qu'elle avoit quittées, et retourne à son vomissement, est tout autrement déplorable : ce n'est plus d'un seul démon dont elle est possédée ; elle est livrée à sept autres démons plus méchants que le premier, qui s'en emparent, et qui, la regardant comme leur conquête, en font leur demeure, et s'y établissent pour n'en plus sortir : Et vitrantes habitant ibi (Matth., xii, 45).

C'est cette dernière circonstance qui doit nous faire trembler, mes très chers Frères, et qui fait dire à notre divin Sauveur que le der nier état de cet homme devient pire que le premier : fiant novissima hominis illius pejora prioribus; car elle nous fait entendre que la rechute est comme un signe et un préjugé de noire réprobation , et qu'il est bien rare que nous revenions à Dieu , lorsqu'après l'avoir quitté, nous sommes retournés à la créature.

Et si vous me demandez, Chrétiens, qu'a donc la rechute de si horrible , et pourquoi il est si difficile de se relever après être retombé ; en veici les raisons : écoutez-les, vous dont la fidélité envers Dieu jusqu'ici ne s'est point démentie, afin qu'elles vous servent de préservatif contre un si grand malheur. Et vous, dont les mœurs n'ont peut-être roulé jusqu'à présent que sur ces alternatives de réconciliation et de crime ; qui faites tant de démarches de conversion, et toujours autant de pas en arrière ; et qui, loin d'être effrayés sur votre état, vous rassurez sur ces retours passagers ver* Dieu : écoutez-les aussi, ces raisons, et voyez si l'affreuse tranquillité dans laquelle vous vivez est bien fondée

Je dis que le péché de rechute imprime en nous comme un carac-

324 MERCREDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE, tère de réprobation, et que rarement on s'en relève; pourquoi? pareeque c'est un de ces vices que rien n'excuse , et duquel on a tout à craindre. En premier lieu , rien n'excuse un pécheur de re chute; pareeque son péché n'est plus ni surprise, ni foiblesse, ni ignorance, mais l'ingratitude la plus odieuse, la perGdie la plus noire, le mépris le plus affecté. En second lieu, on a tout à craindre du péché de rechute; pareeque d'ordinaire il conduit à l'irnpénitence et à un état fixe et tranquille de crime. Deux motifs dont je vais me servir aujourd'hui pour vous faire trembler sur l'état du pécheur qui retombe; l'énormilé du péché de rechute, le danger du péché de rechute. C'est le moins excusable et le plus dangereux de tous les crimes. Implorons, etc. Ave, Maria.

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