VI
ktk MARDI DE LA DEUXIEME SEMAINE.
SERMON
Omnia l'ero opéra sua faciunt ut videantur ab hominibus. Ils font toutes leurs actions pour être remarqués des hommes.
(Matth., xxiii, 5.)
Ce n'est pas la fausse piété,, et l'attention à s'attirer les regards publics dans la pratique des œuvres saintes , qui me paroît recueil le plus à craindre pour le commun des ûdèles. Le vice des Pharisiens peut trouver encore des imitateurs , mais ce n'est pas le vice du plus grand nombre. Le respect humain qui fait que nous servons Dieu pour mériter l'estime des hommes est bien plus rare , que celui qui nous empêche de le servir, de peur de la perdre. La tentation la plus ordinaire n'est pas de se glorifier d'une fausse vertu; c'est de rougir de la véritable : et la timidité criminelle du respect humain damne bien plus de chrétiens, que l'effronterie et la duplicité de l'hypocrisie.
En quoi ces deux vices se ressemblent , c'est que tous les deux sacrifient le salut éternel aux vains jugements des hommes. Or, comme de tous les obstacles de conversion, la timidité du respect humain, la crainte foible et criminelle du monde, est le plus commun et le plus dangereux , il importe d'en faire sentir toute l'illusion. Car en quelque état que la Providence nous ait fait naître, nous tenons tous à un certain monde qui nous environne : nos proches , nos amis , nos protecteurs , nos maîtres ; c'est ce petit nombre de personnes qui forme pour nous un monde à part , dont nous craignons les jugements, et au goût duquel nous sacrifions môme nos désirs de vertu, si en les accomplissant nous devons nous attirer ses dérisions et ses censures. Je dis donc que cette disposition renferme , premièrement, un mépris de Dieu qui la rend très criminelle; secondement, une crainte du monde qui la rend très insensée; troisièmement, un préjugé contre la vertu qui la rend très injuste. Un mépris de Dieu qui la rend très criminelle , pareeque vous craignez le monde plus que Dieu; une crainte du monde qui la rend très insensée, pareeque vous comptez pour beaucoup la vanité de ses jugements; enfin un préjugé contre la vertu qui la rend très injuste, pareeque vous vous la figurez comme une condition toujours exposée au mépris et aux dérisions du monde, au lieu que le monde lui-même la respecte et l'admire. Le crime du respect hu«
main, sa folie et son injustice, voilà tout le sujet de ce discourt. Implorons, etc. Ave, Maria.