TROISIÈME RÉFLEXION
Mais ce qu'il y a ici de plus terrible , et de plus capable d'alarmer les âmes dont je parle, c'est , en dernier lieu , que la ressource des sacrements, si utile aux autres pécheurs, devient unécueilà l'ame inconstante : participes facti sunt Spiritus sancti.
Un écueil, premièrement par l'usage, toujours inutile, de ces divins remèdes. Car une ame qui a vécu long-temps éloignée de l'autel , et caché durant plusieurs années dans le trésor de son cœur, ses iniquités anciennes et nouvelles, sans venir les découvrir au tribunal sacré , porte, en venant se jeter aux pieds d'un homme de Dieu , des terreurs et des agitations de pénitence qu'elle n'a voit pas encore senties. La majesté du lieu , la sainte sévérité du juge , l'importance du remède , la honte seule et la confusion de ses crimes j tout cela fait sur son cœur des impressions si nouvelles et si profondes, qu'il n'est pas aisé de les effacer. Mais, pour vous, vous ne portez plus au tribunal qu'une ame familiarisée avec sa confusion : le récit de vos foiblesses , tant de fois répété, ne fait presque plus d'impression sur votre cœur : les plaies les plus honteuses ne sont plus pour vous que des redites familières qui ne vous frappent plus. Vous allez au tribunal , rassuré contre vous-même : vous ne rougissez plus de vos aveux : et comme la honte qui découvre les misères de votre conscience , n'est presque plus sensible ; la douleur aussi qui les déteste , n'a jamais de suite.
Secondement, un écueil, parla dissimulation inséparable des rechutes. On traîne le poids de ses crimes de tribunal en tribunal : à chaque nouvelle chute , on cherche un nouveau confesseur, pour s'épargner la honte qui accompagneroit l'aveu des mêmes foi blesses on lui laisse ignorer toutes les inconstances passées, et on fait gémir les ministres de Jésus-Christ, qu'on n'est venu, ce semble, instruire de ses honteuses fragilités, que pour leur laisser plus de loisir, en les abandonnant ensuite , de s'en affliger, et d'en répandre des larmes devant Dieu.
Troisièmement, un écueil, par le sacrilège inévitable dans les rechutes. Car se repentir sans cesse, et retomber sans cesse; ne venir se purifier, que pour se souiller encore ; ne dire, j'ai péché, que pour pécher de nouveau : ce n'est pas être un pénitent, dit un Père ; c'est être un moqueur, et un profanateur des choses saintes.
Je sais que la grâce du sacrement ne fixe pas l'instabilité du cœur humain, n'établit pas l'homme dans un état constant et invariable de justice : et je ne prétends pas dire absolument qu'on ait profané ie sacrement, dès qu'on redevient pécheur après avoir été pénitent. Hélas ! il faudroit pour cela ne pasconnoitre la misérable condition de la nature humaine, et ignorer même sa propre foiblesse. Mais
je dis que , lorsqu'on est sorti véritablement justifié des pieds du prêtre, si l'on est assez malheureux que de retomber, les rechutes du moins ne sont pas si promptes : il faut que le temps et les occasions aient insensiblement affoibli la grâce; que mille infidélités secrètes aient peu à peu préparé l'ame à une nouvelle chute; que des périls, mille fois méprisés, nous aient poussés, comme par autant de démarches insensibles, vers le moment fatal qui nous a vus relomber : on ne passe pas en un instant d'un état de justice à un état de péché.
L'ouvrage delà conversion n'est pas l'ouvrage d'un moment -. c'est un ouvrage difficile; il faut que des larmes abondantes, de longues prières, des violences douloureuses, des œuvres persévérantes nous y établissent : or on ne perd pas en un moment ce qu'on n'a voit acquis qu'avec des peines et des travaux infinis ; ce qui étoit le prix des larmes , des violences , des confusions , des déchirements de tout le cœur : quand il en a tant coulé pour se relever, on ne retombe pas si aisément; les difficultés d'une véritable conversion, en font , pour ainsi dire, la sûreté.
L'ouvrage de la conversion est un ouvrage solide : elle forme en nous une nouvelle créature ; elle change nos penchants ; elle nous donne un cœur nouveau; elle bâtit le nouvel édifice sur le roc : or le premier mouvement ne renverse pas ce qui devoit tenir contre les vents et les orages, et défier la durée même des siècles ; ce qui s'écroule en un instant , n'étoit bâti que sur le sable mouvant ; rien n'étoit changé , quand la vertu nous trouve aussi foibles que nous l'avions été dans le crime.
L'ouvrage de la conversion est un ouvrage sérieux : on délibère long-temps avant que de faire celle grande démarche; on se la refuse long-temps à soi-même ; on balance, on recule , on n'ose commencer; on veut, et on ne veut plus ; on s'épuise en réflexions sur les obstacles et sur les suites ; les incertitudes et les lenteurs ne finissent pas : or une entreprise si long-temps méditée , on ne l'abandonne pas le même jour presque qu'où venoit delà finir.
C'est-à-dire, que lorsque l'on sort absous devant Dieu du tribunal, oo en sort changé: et cependant au sortir de là, vous vous retrouvez toujours le même; on voit dans les mêmes circonstances les mêmes i hutes : la présence d'un objet triomphoit de votre foiblesse ; elle en triomphe encore : une complaisance vous rendoit infidèle au devoir ; elle vous le rend encore : on ne voit pas que vous évitiez ces entreliens , ces lieux , ces plaisirs qui sont pourtant de toutes vos confessions ; vous n'en cultivez pas moins des liaisons toujours fatales à votre innocence; vous n'en raballez rien d'un jeu, qui est devenu la plus importante occupation de votre vie ; vous n'en retranchez rieu à des profusions dont des créanciers , des domestiques, et les pauvres eux-mêmes, souffrent ; rien à un sommeil où dans la mollesse d'un lit et dans l'oisiveté de vos pensées , vous laissez reposer
SUK LMCONSTÀNCE, etc. 517
votre esprit sur des images toujours dangereuses à votre ame; rien à une vie inutile qui vous damne : on ne voit ni précautions pour l'avenir, ni mesures pour satisfaire au passé : les jeûnes, les veilles, les larmes les macérations, et tout cet appareil de la pénitence, vous ne le connoissez même pas : la prière, le recueillement, la retraite, et tous ces secours si nécessaires à la piété, vous les négligez : en un mot, vous êtes encore le même, et le pénitent en vous ressemble parfaitement au pécheur : ah ! ce n'est donc pas le doigt de Dieu qui avoit chassé le démon de votre ame. Lorsque vous avez guéri une ame, ô mon Dieu ! il paroît que votre main toute-puissante s'en est mêlée : vos miracles et les transformations de votre grâce sont durables, et ne ressemblent pointa ces prestiges des imposteurs, qui s'évanouissent et échappent à la vue un moment après qu'on venoit de les voir paroître.
Aussi les saints ont tous regardé la pénitence de ces a mes infidèles, comme des dérisions publiques des sacrements, et des outrages faits à la sainteté de nos mystères. On leséloignoit de l'autel sacré; on les regardoit comme des animaux immondes, cent fois revenus à leurs vomissements, et devant lesquels il ne falloit plus jeter les choses saintes : on se défioit même d'une pénitence , qui avoit pu être suivie d'une seconde infidélité. Jugez , mon cher Auditeur, ce que les saints auroient pensé des vôtres, et ce que l'Église en pense encore aujourd'hui : jugez des plaintes que vous faites quelquefois contre les ministres de la pénitence, lesquels vous retrouvant toujours retombant dans les mêmes égarements , toujours renouvelant et vos promesses et vos rechutes , n'osent plus enfin vous délier qu'après de longues épreuves, de peur de jeter le saint aux chiens.
Je sais que nous ne devons pas aggraver le joug ; qu'on ne décrie et ne déshonore pas moins la religion, lorsqu'on ajoute un seul iota à la loi par un excès de sévérité , que lorsqu'on Ien retranche par une lâcheté criminelle; et qu'il ne faut pas fournir aux pécheurs par une vaine ostentation de zèle et de rigueur, des prétextes de s'éloigner des choses saintes. Mais aussi faut-il confier à l'instant le sang de Jésus-Christ à des profanesqui l'ont mille fois souillé ? Fautil ajouter foi à des promesses si souvent violées? faut-il accorder à la persévérance dans l'occasion et dans l'habitude du crime, c'està-dire, à tous les signes les moins équivoques de l'impénitence, les gracesqu'on ne peut accorderqu'à un sincère repentir? Ne devonsnous pas, comme le prophète Elisée , savoir arrêter l'huile de la grâce , et suspendre la vertu des sacrements , lorsqu'on ne nous présente que des vases pleins, je veux dire, des cœurs toujours prévenus des mêmes passions?
Eh ï que ferions-nous , en vous accordant un pardon que Dieu vous refuse, que multiplier vos crimes, et vous charger d'une nouvelle malédiction? Ah ! plût au ciel, ame infidèle qui m'écoutez, que vous eussiez trouvé tous les tribunaux fermés à vos incon-
stances honteuses, et que vos fragilités tant de fois confessées, et autant de fois renouvelées, n'eussent pas rencontré un asile dans 1 indulgence même du sanctuaire! On ne vous verroit plus dans les mêmes foiblesses et dans les mêmes misères, depuis tant d'années que vous venez vous en accuser : vous ne seriez plus couverte de cette lèpre que vous avez presque portée dès l'enfance, si comme la sœur de Moïse, vous aviez trouvé un législateur sage et sévère, qui sans avoir égard au rang que vous tenez dans votre peuple , sans acquiescer à la chair et au sang, vous eût séparée du tabernacle saint , et du camp du Seigneur, jusqu'à ce que votre humiliation et votre douleur vous eussent disposée à recevoir la guéri son , et à venir présenter vos offrandes avec le reste des fidèles. Une seule confession faite à un ministre saint et éclairé, vous auroit renouvelée ; et vous voilà encore la même , après tant de sacrements , et de démarches inutiles de pénitence !
Mais, que dis- je, la même ? non-seulement tous vos crimes passés , tant de fois inutilement confessés, subsistent encore, mais vous êtes de plus coupable d'une infinité de sacrements mille fois profanés : vous avez ajouté à des désordres qui n'ont jamais été pardonnes, parceque vous ne vous en êtes jamais repenti comme il faut ; vous y avez, dis-je , ajouté la circonstance affreuse d'un grand nombre de sacrilèges. Mais il eût donc mieux valu, me direz-vous , demeurer endurci dans mon habitude, et ne faire jamais d'effort pour en sortir? C'est-à-dire, que, pour éviter d'être profanateur, vous voulez devenir impie. Ah ! sans doute, il eût mieux valu demeurer pécheur, que venir profaner le sang de Jesus-Christ. Mais n'aviez vous point d'autre moyen d'éviter le sacrilège? ne pouviez- vous pas vous disposer, par une sincère pénitence, à approcher dignement de l'autel ? est-ce une alternative inévitable, ou d'abuser des choses saintes, ou de s'en éloigner? Ah ! ce ne sont pas ces remèdes divins, qu'il faut fuir ; ce sont les passions , qu'il faut vaincre .- ce n'est pas en secouant le joug, qu'il faut éviter les profanations; c'est en usant, avec piété , des grâces de l'Eglise ! ce n'est pas en disant avec l'impie : Puisque la loi m'est une occasion de chute, pourquoi me blâme-t-on, lorsque je ne l'observe pas? mais c'est en disant avec une ame touchée : J'ai lavé mes pieds, comment les salirois je encore? vous avez brisé mes liens , ô mon Dieu ! on ne me verra plus en resserrer les funestes nœuds : vous avez chassé le démon impur de mon ame, qui devoit être le temple de l'Esprit saint ; ah! je ne permettrai plus qu'il y rentre, de peur qu'il n'y habite pour toujours, et que mon dernier état ne devienne pire que le premier !
Je dis pire : car quelle ressource de salut peut- il vous rester en core? La connoissance de la vérité ? personne n'en est plus instruit, et ne la connoît mieux que vous. Le goût de la piété , et les sentiments de la grâce? jamais cœur n'y fut plus sensible que le vôtre. Le secours des sacrements? mais ces divins remèdes eux-mêmes
SUR L'INCONSTANCE, etc. 51 9
Sont devenus vos maux les plus désespérés , et vos plus grand* crimes. Grand Dieu! vous seul connoissez ceux qui vous appartien nent, et vous les avez marqués sur le front d'un sceau ineffaçable de salut , c'est un secret éternel sur lequel l'homme ne peut jeter les yeux sans témérité : mais quand vous tirerez un jour le voile , trouverons-nous dans ce nombre beaucoup de cesaraes légères dont je parle ? Dernière ressource de salut inutile à l'ame inconstante , la ressource des sacrements. Tmpossibile est eos qui participes facti sunt Spiritûs sancti , et prolapsi sunt , rursks renovari ad pœnitentiam.
J'avois donc raison de vous dire, mes Frères, que, de tous les caractères, l'inconstance dans les voies du salut, étoit le moins propre au royaume de Dieu. Il est des ressources pour les autres pécheurs .pour celui-ci , il n'en est plus; ou du moins il n'en paroit plus : il faut sortir, pour en trouver, des voies ordinaires de la Providence sur le salut des hommes. Cependant le pécheur inconstant est , de tous les pécheurs, le moins frappé du danger de son état : les sentiments de religion , qui le conduisent de temps en temps au tribunal et à l'autel saint, l'endorment et le rassurent. Le libertinage de tant de pécheurs endurcis, qui vivent, comme des impies, sans Dieu, sans culte, sans sacrements, donne à ses yeux un nouveau mérite à la différence de sa conduite; il se sait bon gré de n'en être pas encore venu à ce point d'endurcissement et d'irréligion ; il s'applaudit de conserver encore du moins dans ses foiblesses , et dans ses inconstances éternelles , la force de recourir de temps en temps au remède ; il se dit tout bas à lui-même , comme le pharisien : Je ne suis pas fait comme les autres hommes ( Luc, xvm, 11 ). Ce parallèle nourrit et flatte en secret sa sécurité : il se croit plus religieux ; et il ne voit pas que la profanation des choses saintes , est la seule marque de religion qui lui reste encore.
Mais ce n'est pas tout : ces vains dehors mômes, ces foibles restes ne se soutiennent pas long-temps, et disparoissent enfln : on peut flotter quelques années entre les sacrements et les rechutes ; cet abus des choses saintes mène toujours à l'endurcissement : Dieu, si long-temps méprisé , méprise à son tour ; le cœur se lasse de ses inconstances : comme les vérités , à force d'être connues , ne font plus d'impression ; que le goût de la vertu , pour avoir été trop souvent senti , est émoussé ; que les sacrements ne sont plus qu'une gêne inutile et incommode, on s'en épargne la cérémonie ; on trouve plus doux de se reposer dans le désordre ; tous les efforts qu'on a faits pour en sortir , qui , n'ayant jamais été sincères , ont toujours été sans succès, nous dégoûtent d'en faire de nouveaux, nous accoutument à nous laisser aller tranquillement à nous-mêmes : comme les démarches qu'on faisoit pour le salut étoient d'autant plus pénibles, qu'elles n'étoient ni soutenues ni adoucies par un repentir véritable, on ne demande pas mieux que de les cesser et d'en
5^0 rROiaiÉME DIMANCHE DE OÀRÈME.
être quitte. Ainsi l'inconstance elle-même nous conduit à ce funeste repos ; les inspirations cessent ; les remords s'apaisent ; la conscience se calme; les alternatives de vice et de vertu finissent enfin par un état fixe et tranquille de crime ; les esprits impurs rentrent en plus grand nombre dans l'amc, et y établissent enfin une demeure constante et perpétuelle : Et ingressi habitant ibi.
Et c'est alors que le retour est comme désespéré , et l'iniquité consommée. Vous étiez touché autrefois à l'approche de la solennité pascale; vous ne Tètes plus : les discours de piété vous Irou voient « ncore sensible ; ils n'excitent plus que vos dégoûts ou vos censures : Se seul spectacle d'un homme de bien réveilloit en vous des désirs secrets de vertu ; vous serez le premier à parler avec dérision de la sainteté de ses exemples : vous aviez encore retenu certaines pratiques de piété; vous faisiez encore de temps en temps certaines prières à Dieu pour lui demander qu'il vous délivrât de vos misères : mais depuis que le Seigneur s'est retiré de vous , ah ! vous vivrez sans joug et sans règle : vous entasserez monstre sur monstre ; pas le plus petit retour sur vous-même ; plus d'autre trouble que ceux qui naîtront de vos passions traversées ; plus d'autre crainte que de manquer d'occasions de plaisir et de crime ; plus d'autre vicissitude dans le cœur , que la naissance de quelque nouvelle passion ; plus de sentiment , que pour la volupté ; plus de dégoût , que pour la piété et la justice.
Eh ! ne voyons-nous pas aussi tous les jours qu'il n'est pas de pécheurs plus extrêmes dans leurs désordres , que ceux , qui après avoir suivi quelque temps le parti de la vertu , se rengagent dans les plaisirs; et se rendent au monde qu'ils avoient abandonné? Il semble que Dieu, indigné de leur apostasie, maudit ces âmes inconstantes et légères ; qu'il les frappe d'aveuglement, les livre à un sens réprouvé et à toute la corruption de leurs désirs : ce ne sont plus des pécheurs ordinaires ; ce sont des monstres , sans foi ,• sans pudeur , sans aucun frein qui les retienne ; et leur dernier état devient infiniment pire que le premier. Le monde ne nous fournit que trop tous les jours de ces tristes spectacles ; et l'inconstance des pécheurs dans les voies de la piété , et leur retour plus vif et plus extrême qu'auparavant dans le vice, ne lui donne que trop d'occasions de faire des dérisions injustes de la piété même. Non , mes Frères , la vertu ne dégénère jamais en vice médiocre. La manne, celte viande formée dans le ciel ; lorsqu'elle venoit à se corrompre sur la terre , dit l'Ecriture , elle n'étoit plus qu'un amas de vers et de pourriture t Seat ère cœpit vermibus, atque computruit ( Exod., xvi , 20). Tel est le sort dune ame qui , élevée jusque dans le ciel par une conversion sincère , en retombe encore , pour ainsi dire , et vient de nouveau se corrompre sur la terre ; ce n'est plus qu'un spectacle d'horreur ; elle n'exhale plus qu'une odeur de mort ; ses scandales répandent partout l'infection du vice ; et il n'est pas de corruption,
SUR L'INCOKSTAKCE, etc. 521
dit un prophète, pire que la sienne : Corrumpetur putredine pesumd (Mien., ii , 10).
Vivez-vous donc encore, mon cher Auditeur, dans ces alternatives de grâce et de péché? déclarez- vous enûn ; c'est assez balancer entre le ciel et la terre , comme le disoit autrefois un prophète à des pécheurs semblables à vous : Usquequb claudicatis in duas partes ( 3. Reg. , xvm , 21 ) ? Si Baal est votre dieu , adorez-le tout seul, à la bonne heure; mais si le Seigneur est le Dieu véritable, n'adorez plus que lui seul aussi : Si Dominus est Deus, sçquimini eum ; si autem Baal, sequimini illum (Ib ). Pourquoi ees efforts pour revenir au Seigneur, et ces foiblesses qui vous en séparent? pourquoi ces vicissitudes puériles et éternelles, de crime et de vertu? pourquoi ces plaisirs et ces larmes? Ah! ou essuyez vos larmes pour toujours , et recevez votre consolation en ce monde; ou n'y cherchez plus d'autres consolations, ni d'autres plaisirs, que ceux de la grâce et de l'innocence. Fixez- vous enûn : je ne parle ici que pour l'intérêt même de votre repos. Quelle vie pénible que ces révolutions perpétuelles de crime et de repentir ; vous le savez : éternellement combattu , et par ces troubles secrets qui vous rappellent à l'innocence, et par ces penchants infortunés qui vous rentraînent dans le vice ; toujours occupé , ou à pleurer vos foiblesses, ou à surmonter vos remords : jamais heureux ; soit dans le crime , où vous ne trouvez point de paix ; soit dans la vertu, où vous ne pouvez vous faire une situation durable! Ayez donc pitié de votre ame; fixez- vous enûn : établissez une paix solide dans votre conscience : mettez à profit ces derniers traits de miséricorde que la bonté de Dieu laisse encore tomber sur votre cœur. Peut-être touchez -vous à cette dernière inconstance , qui va terminer par l'endurcissement toutes les inégalités de votre vie, et que comme un arbre plus dune fois mort et déraciné, selon l'expression d'un apôtre, vous allez rester pour toujours sur le côté que vous tomberez : fixez donc dans le devoir toutes les agitations de votre ame, afin que fondé et enraciné dans la charité , vous ne soyez plus un de ces hommes temporels , dont parle Jésus-Christ , qui ne croient en 1 i que pour un peu de temps ; et que vous puissiez un jour aller recevoir dans le ciel la couronne du salut et de l'immortalité, promise à ceux qui auront persévéré jusqu'à la fin. Ainsi soit-il.
SERMON