‹ Œuvres de MassillonChapitre 65 sur 88 · SUR LA CERTITUDE D'UNE CHUTE DANS LA TIÉDEUR · texte numérisé non relu

SUR LA CERTITUDE D'UNE CHUTE DANS LA TIÉDEUR

Surgens Jésus de sjnagogâ, introivit in domum Simonis : socrus autan Simonis tenebatur niagnis febribus.

Jésus étant sorti de la synagogue, entra dans la maison de Simon , dont la belle-mère avoit une grosse fièvre. ( Luc , iv, 38. )

Puisque Simon jugea la présence de Jésus-Christ nécessaire pour la guérison de sa belle-mère, il falloit sans doute, mes Frères , que le mal fût pressant , et menaçât d'une mort prochaine ; il falloit que les remèdes ordinaires fussent devenus inutiles , et qu'il n'y eût qu'un miracle qui pût opérer sa guérison , et la tirer des portes de la mort : cependant l'Évangile ne la dit attaquée que d'une simple fièvre. Partout ailleurs on n'a recours à Jésus-Christ que pour ressusciter des morts , guérir des paralytiques , rendre la vue et l'ouïe à des sourds et à des aveugles de naissance , et , en un mot , pour guérir des maux incurables à tout autre qu'au souverain Maître de la mort et de la vie des hommes : ici on l'appelle pour rendre seulement la santé à un fébricitant. D'où vient que la toutepuissance est employée pour une infirmité si légère? c'est que cette fièvre étant l'image naturelle de la tiédeur dans les voies de Dieu, l'Esprit saint a voulu nous faire entendre par-là que cette maladie si légère en apparence , et dont on ne craint pas le danger ; cette tiédeur si ordinaire dans la piété, est une maladie qui immanquablement tue l'ame , et qu'il faut un miracle pour qu'elle ne conduise pas à la mort.

Oui , mes Frères , de toutes les maximes de la morale chrétienne, il n'en est point sur laquelle l'expérience permette moins de s'abuser, que sur celle qui nous assure que le mépris des moindres obligations conduit insensiblement à la transgression des plus essentielles ; et que la négligence dans les voies de Dieu n'est jamais loin de la chute. Celui qui méprise les petites choses tombera peu à peu, dit l'Esprit saint ; celui qui les méprise, c'est-à-dire, qui les viole de propos délibéré, qui en fait comme un plan et un état de conduite : car si vous y manquiez seulement quelquefois par fragilité , ou par surprise, c'est la destinée de tous les Justes , et ce discours ne vous regarderoit plus ; mais les mépriser dans le sens déjà expliqué , et qui ne convient qu'aux âmes tièdes et infidèles , c'est une voie qui aboutit toujours à la perte de la justice. Premièrement , pareeque les grâces spéciales , nécessaires pour persévérer dans la vertu ,

n'y sont plus données. Secondement , parceque les passions qui nous entraînent au vice s'y fortifient. Troisièmement enfin , parce que tous les secours extérieurs de la piété y deviennent inutiles.

Développons ces trois réflexions : elles renferment des instructions importantes sur tout le détail de la vie chrétienne; utiles, non-seulement aux âmes qui font profession d'une piété publique et déclarée , mais encore à celles qui font consister toute la vertu dans une bonne conduite ; et dans une certaine régularité que le monde luimême exige. Implorons , etc. Ave , Maria,

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