‹ Œuvres de MassillonChapitre 74 sur 88 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

La force de la vertu de Dieu , dit l'Apôtre, ne paroît pas moins dans la conversion des pécheurs , que dans la résurrection des morts; et la même vertu suréminente, qui opéra sur Jésus-Christ pour le délivrer du tombeau , doit opérer sur l'ame depuis longtemps morte dans le péché, pour la rappeler à la vie de la grâce. J'y trouve seulement cette différence, que la voix toute-puissante de Dieu n'éprouve aucune résistance dans le cadavre qu'il ranime et qu'il rappelle à la vie ; au lieu que l'ame morte et corrompue , pour ainsi dire, parla vieillesse du crime, ne semble conserver encore un reste de force et de mouvement , que pour s'opposer à cette voix de vertu qui se fait entendre dans l'abîme où elle est ensevelie, et qui veut lui rendre la vie et la lumière. Cependant, quelque difficile que soit la conversion d'une ame de ce caractère, et quelque rares qu'en soient les exemples , l'Esprit de Dieu , pour nous apprendre à ne jamais désespérer delà miséricorde divine, lorsque nous voulons sincèrement sortir du crime, nous en propose aujourd'hui les moyens dans la résurrection de Lazare.

Le premier, c'est la conûance en Jésus -Christ. Si vous aviez été ici, dit une des sœurs de Lazare au Sauveur, mon frère ne seroit pas mort; mais je sais que tout ce que vous demanderez à Dieu , Dieu vous V accordera. Je suis moi-même la résurrection et la vie , lui répond Jésus-Christ; le croyez-vous ? Oui, Seigneur , dit-elle, j'ai toujours cru que vous étiez le Christ, Fils du Dieu vivant. C'est

par où commence le miracle de la résurrection de Lazare, par une confiance entière que Jésus-Christ est assez puissant pour le délivrer de la mort et de la corruption.

Car , mes Frères , l'illusion dont le démon se sert tous les jours, pour rendre inutiles nos désirs de conversion , et en arrêter les démarches , c'est de nous jeter dans la défiance et dans le découragement : il retrace vivement à notre imagination les horreurs d'une vie entière de crime : il nous dit en secret ce que les sœurs de Lazare disent à Jésus-Christ ; mais dans un sens bien différent : qu'il auroit fallu s'y prendre plus tôt, qu'on ne revient pas de si loin, qu'il n'est plus temps d'essayer d'un changement; et que la vieillesse et l'infection de nos plaies ne paroît plus laisser de ressource : Jamfetet, quatriduanus est e/iim. Etlà-dessus, on s'abandonne à la paresse et à l'indolence ; et après avoir irrité la justice de Dieu par nos égarements , nous outrageons sa miséricorde par l'excès de notre défiance.

J'avoue , mes Frères, qu'il en coûte à une ame depuis long-temps morte dans le péché , pour revenir à Dieu ; qu'il est difficile, après tant d'années de désordre , de se faire un cœur nouveau et de nouvelles inclinations ; et qu'il est même à propos que les obstacles , les peines, les difficultés , qui accompagnent toujours la conversion des âmes de ce caractère , fassent sentir aux grands pécheurs combien il est terrible d'avoir été presque une vie entière éloigné de Dieu.

Mais je dis que dès qu'une ame touchée de ses crimes veut sincèrement revenir à lui , ses plaies, quelles qu'en puissent être l'infection et la vieillesse, ne doivent plus alarmer sa confiance : je dis que ses misères doivent augmenter sa componction , mais non pas son découragement : je disque la première démarche de sa pénitence doit être d'adorer Jésus- Christ comme la résurrection et la vie; une confiance secrète , que nos misères sont toujours moindres que ses miséricordes ; une persuasion intime , que le sang de Jésus- Christ est plus puissant pour laver nos souillures que notre corruption ne sauroit l'être pour en contracter : je dis que moins l'ame criminelle trouve en elle de ressources pour la vertu , plus elle doit en attendre de celui qui se plaît à édifier l'ouvrage de la grâce sur le néant de la nature ; et que plus elle forme d'opposition au bien , plus elle offre en un sens de disposition à la puissance et à la miséricorde divine, qui veut que tout bien paroisse venir d'en-haut , et que l'homme ne s'attribue rien à lui-même.

Et en effet , mon cher Auditeur, quelle que puisse être l'horreur de vos crimes passés , le Seigneur n'est pas bien éloigné de vous faire grâce, dès qu'il vous inspire le désir et la résolution de la demander. 11 est écrit dans l'histoire des Juges , que le père de Samson , effrayé de l'apparition de l'ange du Seigneur , qui après lui avoir annoncé la naissance d'un fils, et ordonné d'offrir un sa-

criflce, a voit, comme un feu dévorant, consumé l'hostie et le bûcher , et disparu ensuite à ses yeux; qu'effrayé, dis-je, de ce spectacle, il crut qu'il alloitêtre lui-même frappé de mort avec sa femme , parcequ'ils avoient vu le Seigneur : Morte moriemur, quia vidimus Dominum (Judic, xiii, 22). Mais son épouse, sainte et éclairée, condamna sa défiance. Si le Seigneur , lui répondit-elle , vouloit nous perdre , il n'auroit pas fait descendre le feu du ciel sur notre sacrifice; il ne l'eût pas reçu de nos mains, il ne nous eût pas découvert ses secrets et ses merveilles , et ce que nous avions ignoré jusqu'ici: Si Dominus nos vellet occidere, de manihus nostris holocaustum et libam°nta non suscepisset ; nec ostendisset nobis hœc omnia , neque ea quœ sunt ventura dixisset ( Ibid., v. 23).

Et voilà ce que je vous réponds aujourd'hui. Yous croyez voire mort et votre perte inévitable ; l'état de votre conscience vous décourage ; en vain des étincelles de grâce et de lumière tombent dans votre cœur, vous touchent, vous sollicitent, et sont toutes prêtes à consumer le sacrifice de vos passions : vous vous persuadez que c'est fait de vous sans ressource. Mais si le Seigneur vouloit vous abandonner et vous perdre , il ne feroit pas descendre le feu du ciel sur votre cœur ; il n'allumeroit pas en vous de saints désirs et des sentiments de pénitence : Si Dominus nos vellet occidere , de manibus nostris holocaustum et lïb ameuta non suscepisset; s'il vouloit vous laisser mourir dans l'aveuglement de vos passions , il ne vous montreroit pas les vérités du salut ; il ne vous les mettroit pas dans un jour qui vous éclaire et qui vous trouble ; il n'ouvriroit pas vos yeux sur les malheurs à venir que vous vous préparez : nec ostendisset nobis hœc omnia, neque ea quœ sunt ventura dixisset. D'ailleurs, que savez-vous si Jésus-Christ n'a pas permis que vous tombassiez dans cet état déplorable, pour faire du prodige de votre conversion, un attraitpour la conversion de vos frères? que savezvous si sa miséricorde n'a pas ménagé à vos passions l'éclat qui les a rendues publiques, afin que mille pécheurs, témoins de vos égarements, ne désespèrent pas de leur retour, et soient animés par le spectacle de votre pénitence ? que savez-vous si vos crimes et vos scandales mêmes ne sont pas entrés dans les desseins de la bonté du Seigneur sur vos frères ; et si votre état qui paroît désespéré, comme celui de Lazare, est bien moins un préjugé de mort pour vous , qu'une occasion de manifester la gloire de Dieu : Lifirmitas hœc non est ad mortem, sedpro glorid Dei ? Lorsque sa grâce ramène un pécheur ordinaire, le fruit de sa conversion se borne à lui seul ; mais quand il va choisir un pécheur d'éclat, un Lazare depuis longtemps mort et corrompu ; ah! les vues de sa miséricorde sont alors plus étendues : elle prépare en un seul changement , mille changements à venir : elle se forme mille élus en un seul; et les crimes d'un pécheur deviennent la semence de mille Justes : l/ifirmitas hœc non est ad mortem . sedpro glorid Dei. Vous perdez courage

en sentant l'extrémité de vos misères ; mais peut-être c'est cette extrémité elle-même qui vous approche plus du moment heureux de votre conversion, et que la bonté de Dieu vous a réservé pour être un monument public de l'excès de "ses miséricordes envers les plus grands pécheurs. Croyez seulement, comme le dit Jésus-Christ aux sœurs de Lazare, et vous verrez la gloire de Dieu : vous verrez vos proches, vos amis, vos sujets, les complices de vos égarements devenir les imitateurs de votre pénitence ; vous verrez les âmes les plus déplorées soupirer après le bonheur de votre nouvelle vie ; et Jû monde lui-même forcé de rendre gloire à Dieu , et en rappelant vos excès passés , admirer le prodige de votre destinée présente : Quoniam si credideris , videbls gloriam Dei. Prenez dans vos misères mêmes de nouveaux motifs de conGance : bénissez par avance la sagesse miséricordieuse de celui qui saura tirer de vos passions un nouvel avantage pour sa gloire : tout coopère au salut des siens ; et il ne permet de grands excès, que pour opérer de grandes miséricordes. Dieu veut toujours le salut de sa créature ; et dès que nous voulons retourner à lui, nous ne devons pas craindre que sa justice nous rebute, mais que notre volonté ne soit pas sincère.

Et la preuve la plus décisive de notre sincérité, c'est Téloignement des occasions, qui mettent un obstacle invincible à notre résurrection et à notre délivrance : obstacles flgurés par la pierre qui fermoit l'entrée du tombeau de Lazare, et que Jésus-Christ commence par ordonner qu'on oie , avant d'opérer le miracle de la résurrection : Tolllte lapidem; ôtez la pierre. Second moyen marqué dans notre Evangile.

En effet, on voit tous les jours des pécheurs, lassés du désordre, qui voudroient revenir à Dieu ; mais qui ne peuvent se résoudre à sortir du milieu de ces objets , de ces lieux, de ces situations , de ces écueils qui les ont éloignés de lui : ils se persuadent qu'ils pourront éteindre leurs passions, finir le cours d'une vie désordonnée ; en un mot , ressusciter avant que doter la pierre : ils font même quelques efforts ; ils s'adressent à des hommes de Dieu ; ils prennent des mesures de changement ; mais de ces mesures qui , n'éloignant pas les périls, n'avancent point leur sûreté ; et toute leur vie se passe tristement à détester leurs chaînes, et à ne pouvoir parvenir à les rompre.

D'où vient cela, mes Frères? c'est que les passions ne commencent à s'affoiblir, que par l'éloignement des objets qui les ont allumées ; c'est une erreur de croire que le cœur puisse changer, tandis que tout ce qui l'environne est encore à notre égard le même. Vous voulez devenir chaste, et vous vivez au milieu des périls, des liaisons, des familiarités, des plaisirs qui ont mille fois corrompu votre ame : vous voudriez commencer à faire quelques réflexions sérieuses sur votre éternité , et à mettre quelque intervalle entre la

vie et la mort ; et vous n'en voulez point mettre entre la mort et les dissipations qui vous empêchent de penser à votre salut , et vous attendez que le goût d'une vie chrétienne vous vienne au milieu des agitations, des plaisirs, des inutilités, des espérances humaines, dont vous ne voulez rien rabattre : vous voulez que votre cœur se fasse de nouvelles inclinations au milieu de tout ce qui nourrit et fortiGe les anciennes, et que la lampe de la foi et de la grâce se rallume au milieu des vents et des tempêtes; elle qui, dans le secret même du sanctuaire , s'éteint souvent , faute d'huile et de nourriture , et fait aux âmes tièdes et retirées un danger de la sûreté même de leur retraite

Vous venez nous dire après cela , que vous ne manquez pas de bonne volonté ; mais que le moment n'est pas encore venu. Et comment peut-il venir au milieu de tout ce qui l'éloigné? Mais quelle est cette bonne volonté renfermée au dedans de vous, qui n'a jamais de suite , qui ne conduit jamais à rien de réel , et n'a aucune démarche sérieuse de changement ? c'est-à-dire, vous vou driez changer , sans qu'il vous en coûtât rien ; vous voudriez vous sauver, comme vous vous êtes perdu ; vous voudriez que les mêmes mœurs qui ont éloigné votre cœur de Dieu , l'en rapprochassent ; et que ce qui a été jusqu'ici l'occasion de votre perte, devînt luimême la voie et la facilité de votre salut. Commencez par éloigner les occasions , qui ont été tant de fois , et qui sont encore tous les jours, l'écueil de votre innocence ; ôlez la pierre qui ferme l'entrée de la grâce à votre ame : Tollite lapidem : après cela vous aurez droit de demander à Dieu qu'il achève en vous son ouvrage. Alors, séparé de tous les objets qui nourrissoient en vous des passions injustes , vous pourrez lui dire : C'est à vous maintenant , ô mon Dieu ! à changer mon cœur : je vous ai sacrifié tous les attachements qui pou voient le retenir encore ; j'ai éloigné de moi tous les écueils, où ma foiblesse auroit pu encore faire naufrage ; j'ai changé tous les dehors qui dépendoient de moi : c'est à vous, Seigneur, qui seul pouvez changer les cœurs, à faire maintenant le reste, à briser les liens invisibles, à surmonter les obstacles intérieurs, à triompher de ma corruption tout entière : j'ai ôté la pierre fatale, qui m'empêchoit d'entendre votre voix; faites-la retentir à présent jusque dans l'abîme où je suis encore enseveli ; ordonnez-moi de sortir de ce tombeau fatal, de ce lieu d'infection et de pourriture : mais ordonnez-le-moi avec cette parole puissante qui se fait entendre aux morts , et qui est pour eux une parole de résurrection et de vie : confiez moi à vos disciples, pour me délier de ces liens qui tiennent toutes les puissances de mon ame captives ; et que le ministère de votre Église mette le dernier sceau à ma résurrection et à ma délivrance.

Et voilà, mes Frères, le dernier moyen proposé dans notre Évangile. Dés que la pierre fut ôtée, le Sauveur dit à haute voix : La-

zare, sortez dehors. Lazare sort, encore les pieds et les mains liés; et Jésus-Christ le remet à ses disciples pour le délier : Solvite , et sinite abire.

Remarquez ici, mes Frères, que Jésus-Christ n'ordonne aux disciples de délier Lazare, qu'après qu'il s'est montré tout entier hors du tombeau. Il faut se manifester à l'Église, dit saint Bernard, avant de recevoir par son ministère le bienfait de notre délivrance. Lazare, sortez dehors .- c'est-à-dire, continue ce Père, Jusques à quand demeurerez-vous caché et enseveli au dedans de votre conscience , jusques à quand cèlerez- vous votre iniquité dans votre sein : Quousque conscientiœ tuœ caligo te detinet (S. Bern.) ?

Vous n'ignorez pas sans doute , mes Frères, que la rémission de nos crimes ne nous est accordée que par le canal et le ministère de l'Eglise, et qu'il faut venir découvrir et présenter nos liens à la piété des ministres, qui seuls ont l'autorité de lier et de délier sur la terre ; ce n'est pas sur quoi vous avez besoin d'être instruits. Mais je dis, qu'aûn que la conversion soit solide et durable, il faut se montrer tout entier hors du tombeau, comme Lazare. Il ne s'agit pas ici d'une confession ordinaire : un pécheur invétéré doit remonter jusqu'à son enfance; jusqu'à la première naissance de ses passions ; jusques aux commencements de sa vie, qui ont été ceux de ses crimes. Il ne faut plus laisser de doutes et d'obscurités dans la conscience ; laisser dans les ténèbres les premières mœurs, sous prétexte qu'elles ont été déjà révélées au prêtre : il faut une manifestation universelle ; ne compter pour rien tout ce qu'on a fait jusqu'ici; les sacrements reçus, et les confessions faites dans la vie mondaine et déréglée, les mettre même au nombre de nos crimes ; regarder la conscience comme un chaos , où jusqu'ici on n'a pas porté la lumière, et sur laquelle toutes nos fausses pénitences passées n'ont fait que répandre de nouvelles ténèbres.

Car , hélas ! mes Frères ! une ame qui revient à Dieu après les égarements du monde et des passions , doit présumer qu'ayant vécu jusque-là dans des affections et des habitudes criminelles, tous les sacrements reçus en cet état ont été pour elle des profanations et des crimes.

Premièrement , pareeque n'ayant jamais eu de douleur véritable de ses fautes , ni par conséquent de volonté sincère de s'en corriger, les remèdes de l'Église, loin de la purifier, ont achevé de la souiller, et de rendre ses maux plus incurables.

Secondement, parcequ'elle ne s'est jamais connue elle-même; et qu'ainsi elle n'a pu se faire connoître au tribunal. Car, hélas ! mes Frères ! le monde au milieu duquel cette ame a toujours vécu , et où elle a toujours pensé et jugé de tout comme le monde ; le monde, dis-je, ne trouvant de sensé et de raisonnable, que ses maximes et ses façons de penser ; le monde connoît-il assez la sainteté de l'Évan-

gile, les obligations de la foi, l'étendue des devoirs, pour entrer dans le détail des transgressions que la foi condamne?

Troisièmement enfin , pareeque, quand même elle auroit connu toutes ses misères, n'en ayant jamais eu de douleur sincère, elle n'a pu les faire connoître ; car il n'y a que la douleur qui sache s'expliquer comme il faut, et représenter au naturel les maux qu'elle sent et qu'elle abhorre : il faut avoir le cœur touché pour savoir se faire entendre sur les plaies et les misères du cœur même : un pécheur touché d'une passion profane , en parle plus vivement , plus éloquemment : rien ne lui échappe des maux insensés et déplorables qu'il endure : il entre dans tous les replis de son cœur, ses jalousies, ses craintes, ses espérances. Comme il n'y a que l'esprit de l'homme, dit l'Apôtre, qui sache ce qui se passe dans l'homme, il n'y a que le cœur aussi qui puisse savoir ce qui se passe dans le cœur. La douleur donne des yeux pour tout voir , et des paroles pour tout dire; elle a un langage qu&rien ne sauroit imiter : ainsi une ame mondaine, et encore liée par le cœur à tous ses désordres, a beau venir s'accuser , elle ne sauroit se faire connoître : sans avoir un dessein formel de dissimuler ses plaies, elle ne les montre jamais dans toute leur horreur , parccqu'elle ne les sent pas , et n'en est pas frappée elle-même : ses paroles se sentent toujours de Finsensibilité de son cœur, et il est impossible qu'elle montre dans toute leur laideur des difformités qu'elle ne connoît pas, et quelle aime encore : elle doit donc regarder tout le temps de sa vie passée, comme un temps de ténèbres et d'aveuglement , où elle ne s'est jamais vue qu'avec des yeux de chair et de sang; jamais jugée que par des jugements de passion et d'amour-propre; jamais accusée qu'avec un langage d'erreur et d'impénilence ; jamais montrée que dans un jour faux et imparfait. Ce n'est donc pas assez doter la pierre du tombeau , il faut que cette ame criminelle en sorte ellemême; qu'elle se montre, pour ainsi dire, au grand jour ; qu'elle manifeste toute sa vie ; et que depuis le premier âge jusqu'au jour heureux de sa délivrance, rien ne puisse échapper aux yeux des ministres prêts à la délier.

Mais cette démarche, dites-vous, a des difficultés qui peuvent jeter le trouble , l'embarras , le découragement dans la conscience , et suspendre la résolution d'un changement de vie. Quoi ! mes Frères, vous entrez dans des discussions si pénibles et si infinies, pour éclaircir vos affaires temporelles ; et pour établir l'ordre et la sûreté dans votre conscience, et pour ne laisser plus rien de douteux dans l'affaire de votre éternité, vous vous plaindriez dès qu'il doit vous en coûter quelques soins et quelques recherches ! Vous dites si souvent vous-même, quand il s'agit d'une démarche décisive pour la ruine ou pour la conservation de votre fortune , qu'il ne faut rien risquer, rien négliger; qu'il faut tout voir soi-

même, tout éclaircir, tout approfondir, et n'avoir rien à se reprocher ; et cette maxime si raisonnable sur des intérêts passagers ctjfrivoles, le seroit moins sur le grand et sur l'unique intérêt du salut ?

Ah ! mes Frères, que nous avons peu de foi ! Et qu'avons-nous de plus important en cette vie, que le soin de mettre en état ce compte redoutable, que nous devons rendre au Juge éternel, et au Scrutateur de nos cœurs et de nos pensées : c'est-à-dire, le soin de régler notre conscience , d'en dissiper les ténèbres , d'en purifier les souillures, d'en éclaircir les intérêts éternels, d'en assurer les espérances ; nous assurer nous-mêmes , autant que la condition présente le permet, de son état et de ses dispositions; et n'aller pas paroître devant Dieu comme des insensés, inconnus à nous-mêmes, incertains de ce que nous sommes , et de ce que nous devons être pour toujours? Tels sont les moyens de conversion marqués dans le miracle de la résurrection de Lazare : achevons l'histoire de notre Evangile ; et voyons quels sont les motifs qui déterminent Jésus- Christ à l'opérer.

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